grec, ecque

GREC, ECQUE

(grèk, grè-k') adj.
Qui est de Grèce, qui appartient à la Grèce. La nation grecque. Qui a rapport aux usages, à la langue des Grecs. La langue grecque. Grammaire grecque. Dictionnaire grec. Y grec, la pénultième des lettres de l'alphabet français. Profil grec, profil dans lequel le front et le nez se trouvent sur une ligne droite ou légèrement ondulée à leur point de jonction, comme dans les statues grecques. L'Église grecque, l'Église d'Orient, qui diffère de l'Église romaine sur quelques points du dogme et sur l'autorité du pape. Le rit grec, le rit de l'Église grecque. Terme de marine. Vent grec, nom, sur la Méditerranée, du vent de nord-est. Calendrier grec, calendrier dont se servent les Grecs et les Russes, et qui est en arrière de douze jours sur le calendrier grégorien. Calendes grecques, voy. CALENDES. Débauche grecque, débauche contre nature, ainsi dite à cause du vice qui infectait l'antiquité.
Raimond les captiva tous deux [Canillac et Dubois], l'abbé par l'intrigue, le marquis par le même goût d'obscure débauche grecque [SAINT-SIMON, 437, 75]
S. m. et f. Grec, Grecque, celui, celle qui habite la Grèce.
Javan ou Ion (car, en hébreu, les mêmes lettres différemment ponctuées forment ces deux noms), fils de Japhet et petit-fils de Noé, est certainement le père de tous les peuples connus sous le nom de Grecs, quoiqu'il soit demeuré propre aux Ioniens dans cette nation [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. II, p. 488, dans POUGENS]
Craignez les Grecs, craignez leurs présents désastreux [DELILLE, Én. II]
Celui qui appartient à l'Église grecque. Les Latins et les Grecs diffèrent de croyance en plusieurs points. Un Grec latinisé, un Grec qui adopte les sentiments de l'Église latine. L'empire des Grecs, l'empire d'Orient ou Bas-Empire.
S. m. Le grec, la langue grecque.
Il n'est rien si commun qu'un nom à la latine ; Ceux qu'on habille en grec ont bien meilleure mine [MOL., les Fâch. III, 2]
Il a des vieux auteurs la pleine intelligence, Et sait du grec, madame, autant qu'homme de France [ID., F. sav. III, 5]
On verra qu'il [R. Simon] s'est ébloui lui-même et qu'il veut éblouir les autres par son grec et par son hébreu [BOSSUET, 1re instr sur la version du Nouv. Test. XXVII, 7e passage, 5]
Il sait le grec, continue l'homme d'État, c'est un grimaud, c'est un philosophe ; et en effet une fruitière à Athènes, selon les apparences, parlait grec, et par cette raison était philosophe ; les Bignon, les Lamoignon étaient de purs grimauds, qui peut en douter ? ils savaient le grec [LA BRUY., XII]
Il [Baratier] sut le grec à six ans, et l'hébreu à neuf [VOLT., Louis XIV, Écrivains.]
Grec littéral ou ancien, la langue écrite et parlée par les Grecs dans l'antiquité. Grec vulgaire ou moderne, e grec tel qu'il est aujourd'hui en usage parmi es Grecs. Fig. Cela est du grec pour moi, je n'y entends rien. Fig. Passez, c'est du grec, c'est-à-dire ne vous mêlez pas d'une affaire où vous n'entendez rien ; locution tirée de l'ancien état des lettres pendant le moyen âge, où, le grec étant ignoré, quand un passage grec se trouvait dans un auteur, on disait : Graeca sunt, non leguntur, c'est du grec, cela ne se lit pas. L'Académie écrit : Passé cela, c'est du grec pour lui ; ce qui signifierait : au delà de cela ; mais la vraie lecture est : passez cela.
Familièrement. Un grec, un homme habile dans la connaissance du grec.
Nous avons perdu depuis quelques mois l'un des plus grands grecs de l'Europe ; c'est M. Kuhnius, qui est mort à Strasbourg [BAYLE, Lett. à M***, 31 mars 1698]
Fig. Être grec en quelque chose, y être habile, trop habile.
Mais l'amour, n'est-ce pas une ardeur inquiète ? Car j'y suis grec, depuis que j'en tiens pour Lisette [TH. CORN., Amour à la mode, IV, 1]
Je sais déjà faire des mines ; pour le jargon, j'y suis grec [BARON, Homme à bonnes fort. IV, 14]
Nous sommes un peu grecs sur ces matières-là ; Qui pourra m'attraper bien habile sera [REGNARD, Fol. am. II, 5]
Vous imaginez bien que, si je fis cette observation à l'âge que j'avais, ma marraine, qui était grecque sur ce chapitre-là, ne manqua pas de la faire aussi de son côté [LESAGE, Est. Gonz. 55]
Gardez-vous bien de me prendre pour un grec sur tout ce que je vous dis là ; car je suis l'homme du monde le moins grec [VOLT., Lett. Chabanon, 9 mars 1772]
Qu'il s'avise de parler latin, j'y suis grec, je l'extermine [BEAUMARCH., Mar. de Figaro, III, 15]
Cet homme n'est pas grand grec, il n'est pas fort habile. Un grec, un homme qui filoute au jeu.
Histoire des grecs ou de ceux qui corrigent la fortune au jeu [, titre d'un ouvrage de P. ROUSSEAU, Londres, 1758]
Un peu fort de grec, s'est dit pour un peu risqué, graveleux, Si ce petit recueil [de chansons], un peu fort de grec, peut plaire aux personnes du bon ton qui veulent aujourd'hui tout à la grecque, on en donnera une suite [COLLÉ, Chansons joyeuses, préface]
À la grecque, à la manière des Grecs.
Esthecar est précisément ce que les Grecs appellent Persépolis ; il plaît à nos Grecs d'habiller tout l'univers à la grecque [VOLT., Dial. 29]
Il [le maréchal de Bellisle dans la retraite de Prague] ne perd que les soldats qui ne peuvent résister à la rigueur extrême de la saison ; que lui a-t-il manqué ? une plus longue course et des éloges exagérés à la grecque [ID., Dict. phil. Xénophon]
Reliure à la grecque, reliure dont les nervures ne paraissent pas sur le dos. Vivre à la grecque, vivre dans le luxe et la mollesse.

HISTORIQUE

  • XIIIe s.
    Et quant Grieu les virent venir, si ordenerent leur batailles [VILLEH., LXV]
    Il ont moult de peuple crestien, qui croient en la loy des Griex [JOINV., 264]
  • XVIe s.
    Faisant regrets, Semblent Troyens de nuict surprins des Grez [MAROT, II, 271]
    Il n'y eut jamais Grec de malice net [LEROUX DE LINCY, Prov. t. I, p. 289]

ÉTYMOLOGIE

  • Lat. Graecus, du grec, nom d'une peuplade hellénique, qui donna, chez les Romains, son nom au peuple entier ; les Grecs eux-mêmes se nommaient Hellènes.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    GREC. Ajoutez :
    17° Les grecs du roi, nom donné à des caractères grecs que Robert Estienne fit exécuter pour l'imprimerie royale à Paris.
    Conrad Néobur étant mort en 1540, il [Robert Estienne] lui succéda pour le grec et fit exécuter sous sa direction les types grecs, appelés les grecs du roi, et qui furent gravés par Claude Garamond sur les modèles du Crétois Ange Vergèce ; les grecs du roi forment trois corps de dimensions diverses [, Journ. offic. 28 mai 1873, p. 3400, 3e col.]