grève

(Mot repris de greve)

1. grève

n.f. [ lat. pop. grava, gravier ]
Terrain plat, couvert de gravier et de sable, le long de la mer ou d'un cours d'eau : Des promeneurs flânent sur la grève plage, rivage

2. grève

n.f. [ du nom de la place de Grève, à Paris, où se réunissaient les ouvriers au chômage ]
Cessation collective et concertée du travail décidée par des salariés : Faire grève ou faire la grève. Les ouvriers se sont mis en grève ils débraient
Grève de la faim,
refus de se nourrir afin d'appuyer une revendication ou de protester.
Grève de l'impôt,
refus d'acquitter l'impôt.
Grève du zèle,
mouvement revendicatif consistant, pour des salariés, à appliquer scrupuleusement les consignes de travail en vue de ralentir l'activité de l'entreprise.
Grève sauvage,
grève spontanée en dehors de toute consigne syndicale.
Grève sur le tas,
grève avec occupation du lieu de travail.
Grève surprise,
arrêt de travail pour lequel aucun préavis n'a été déposé.

GRÈVE1

(grè-v') s. f.
Terrain uni et sablonneux le long de la mer ou d'une grande rivière.
Deux fois par jour la mer reçut ordre de se lever de nouveau dans son lit et d'envahir ses grèves [CHATEAUB., Génie, I, IV, 4]
Que j'aime à contempler dans cette anse écartée La mer qui vient dormir sur la grève argentée, Sans soupir et sans mouvement ! [LAMART., Harm. I, 10]
La Grève, place de Paris sur le bord de la Seine, à côté de l'hôtel de ville, où se faisaient les exécutions juridiques.
Et pour ses factions il n'ira point en Grève [RÉGNIER, Sat. X]
Bien que les spectacles de la Grève ne soient pas de fort belles choses à mander à une personne de votre qualité, je vous dirai pourtant par pure stérilité de nouvelles, que l'on pend et roue ici tous les jours de la semaine [SCARRON, Œuv. t. I, p. 209]
À la fin tous ces jeux, que l'athéisme élève, Conduisent tristement le plaisant à la Grève [BOILEAU, Art p. II]
Ange de Grève, voy. ANGE. Faire grève, se tenir sur la place de Grève en attendant de l'ouvrage, suivant l'habitude de plusieurs corps de métiers parisiens (en ce sens on met un petit g). Par extension du sens de se tenir sur la place en attendant de l'ouvrage, coalition d'ouvriers qui refusent de travailler, tant qu'on ne leur aura pas accordé certaines conditions qu'ils réclament. La grève des maçons, des charpentiers. Faire grève, se mettre en grève, abandonner les travaux en se liguant pour obtenir une augmentation de salaire.
Terme de maçonnerie. Le gros sable qui sert à faire du mortier.
Nom donné aux bancs de sable qui se forment dans la Loire, et que le courant porte tantôt d'un côté, tantôt d'un autre.

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Il orent un vadlet en la greve trové, à cui un cheval unt pur uit deniers lué [, Th. le mart. 51]
  • XIIIe s.
    Maint ribaus ont les cuers si baus, Portans sas de charbon en Grieve, Que la poine riens ne lor grieve [, la Rose, 5065]
    Je voz donrai vingt tones de vin d'Auchoirre [Auxerre] por cent livres rendus en Greve à Paris [BEAUMANOIR, XXXIV, 64]
  • XVe s.
    Il y a très mauvais pays à chevaucher, pour les graves [FROISS., II, III, 11]
  • XVIe s.
    Une autre fois il se promenoit sur la greve le long de la marine.... [AMYOT, Thémist. 35]
    Cette matiere gluante, de la quelle se bastit la grave et la pierre [MONT., III, 219]
    Fait cardinal en greve [mis à mort sur la place de Grève] [COTGRAVE, ]

ÉTYMOLOGIE

  • Berry, grave, gravier ; génev. grave, endroit couvert de gravier ; provenç. grava ; vén. grava, lit d'un torrent ; grison, grava, greva, plaine de sable ; du radical grav ou grau qui se trouve dans le bas-breton grouan, sable, le kimry grou, et dans le sanscrit gravan ( le 1er a avec un accent long), pierre.

GRÈVE2

(grè-v') s. f.
Nom de la partie de l'armure qui couvrait la jambe.
Pour les armes défensives ils portaient des écus, des boucliers, des casques, des cuirasses, et quelquefois des grèves pour couvrir les jambes [FLEURY, Mœurs des Israél. tit. XXVI, 2e part. p. 330, dans POUGENS.]

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Greve [la jambe] [elle] avoit droite et bien menée [, Fl. et Blanchefl. v. 2877]
  • XVe s.
    Bien, dit messire Raoul, je le veuil ; mais entendez à moi, car je suis trop durement navré ; et mes chausses et mes greves sont jà toutes emplies de sang [FROISS., II, III, 122]
  • XVIe s.
    L'os de la greve ou tibia [PARÉ, XI, 23]

ÉTYMOLOGIE

  • Portug. greba ; de l'arabe djaurab, prononcé en Égypte gaurab, bas, vêtement pour les jambes.

grève

GRÈVE. n. f. Lieu uni et plat, couvert de gravier, de sable, le long de la mer ou d'une grande rivière. Les vagues se déploient sur la grève. La grève était couverte de débris.

Absolument, La Grève, Place publique de Paris, située sur le bord de la Seine, devant l'Hôtel de Ville, où l'on faisait autrefois les exécutions et où se réunissaient les ouvriers sans travail en attendant d'être embauchés. Le coupable fut décapité en Grève, en place de Grève. Par extension, il signifie aujourd'hui Entente, accord des ouvriers d'un atelier, d'une profession, pour cesser leur travail jusqu'à ce qu'ils aient obtenu une augmentation de salaire ou certains autres avantages. Le droit de grève. Faire grève. Se mettre en grève. Faits de grève. Grève perlée.

greve

Greve de la jambe, Tibia.

Qui a belle greve, Eucnemus. Bud.

¶ Greve, pour Gravier, Arena.

Estendre sur la greve, In arena sternere.

grève


GRèVE, s. f. GRÉVER, v. act. [1re è moy. et long au 1er, dont la 2e e muet; é fer. au 2d, dont la 2e est aussi un é fer. Devant l'e muet, le 1er e se change en è moy. Il grève, grèvera, etc. L'Acad. écrit grever sans acc. sur l'e. Trév. Gréver avec l'accent aigu. Cette dernière ortographe me parait préférable.] Grève, plage unie et sabloneûse. = À~ Paris, place publique, où l'on fait les exécutions; ainsi nomée, parce qu' elle est le long du bord de la Seine. "Éxécuté en grève, en place de grève.
   GRÉVER, Léser, faire tort et domage. "De quoi vous plaignez-vous? En quoi vous a-t-on grévé? = Ce verbe est peu usité hors du Palais; et dans le langage ordinaire, il n'est pas du beau style. Richelet le trouvait déja un peu vieux. Dans Trév. on dit qu'il comence à être un peu suranné. L'Acad. le met sans remarque.

Synonymes et Contraires

grève

nom féminin grève
Littéraire. Terrain sablonneux.
Traductions

grève

Streik, Ausstand, Strike, Arbeitskampfstrike, shore, bank, strandstaking, werkstaking, strand, zandoeverשביתה (נ), שְׁבִיתָהstrikomogok, pemogokansciopero, gretoストライキstavkaαπεργίαhuelgagreveإِضْرابstávkastrejkelakkoštrajk동맹 파업streikstrajkзабастовкаstrejkประท้วงgrevcuộc bãi công罢工стачка罷工 (gʀɛv)
nom féminin
1. arrêt du travail dans le but d'obtenirqqch faire grève une usine en grève
2. fait de ne plus manger pour exprimer un désaccord

grève

[gʀɛv] nf
[ouvriers, employés] → strike
en grève → on strike
Les ouvriers sont en grève depuis dix jours → The workers have been on strike for ten days.
se mettre en grève → to go on strike
faire grève → to be on strike
(= plage) → shore
Nous nous sommes promenés le long de la grève → We went for a walk along the shore.
bois de grève → driftwood
grève bouchon nfpartial strike (in key areas of a company)
grève de la faim nfhunger strike
grève de solidarité nfsympathy strike
grève du zèle nfwork-to-rule (Grande-Bretagne), slowdown (USA)
grève générale nfgeneral strike
grève perlée nfgo-slow (Grande-Bretagne), slowdown (USA)