gris, ise

GRIS, ISE

(grî, gri-z') adj.
Qui est de couleur entre blanc et noir, de couleur de cendre.
Certaine fée un jour était souris ; C'était la fatale journée Où l'ordre de la destinée Lui faisait prendre l'habit gris [LA MOTTE, Fabl. V, 20]
Papier gris, papier qui n'a pas de colle et qui sert à filtrer. Vin gris, vin très paillet. Patrouille grise, ronde d'agents de police qui fait un service de sûreté pendant la nuit, et qui ne porte pas d'uniforme, mais qui est couverte de manteaux gris. Sœur grise, espèce de religieuse qui sert les malades, et qui porte un costume gris.
Monseigneur fut enseveli, les uns ont dit par des sœurs grises, les autres par des frotteurs du château [SAINT-SIMON, 295, 26]
Terme d'anatomie. Substance grise de l'encéphale, substance de couleur grise qui est distribuée dans certaines parties de l'encéphale.
Il se dit de la nuance des cheveux qui par l'âge perdent leur couleur naturelle.
Les ridicules aventures D'un amoureux en cheveux gris [MALH., III, 3]
Il me sied bien, ma foi, de porter tête grise, Et d'être encor si prompt à faire une sottise [MOL., Ét. II, 6]
Qu'il y a d'enfants à cheveux gris, et qu'il y a d'enfants dans le monde, puisque nous n'y voyons autre chose que des hommes faibles en raison et impétueux en désirs ! [BOSSUET, 2e serm. Purific. 2]
Familièrement. Être tout gris, avoir les cheveux gris.
Par extension, sombre.
La nuit venait, et déjà ses mains grises Sur la nature étendaient ses rideaux [VOLT., Bégueule.]
Temps gris, temps couvert et froid. Elliptiquement. Il fait gris.
Terme d'imprimerie. Lettres grises, grandes lettres gravées sur bois ou sur cuivre, qui ont des vides de manière à n'être pas tout à fait noires, et dont on se sert au commencement des chapitres.
Fig. Qui est déplaisant comme quelque chose de sombre. Faire grise mine à quelqu'un, lui faire mauvais visage.
L'inconsolable dame Élise, Faisant une mine bien grise [SCARRON, Virg. IV]
Populairement. En voir de grises, éprouver de grandes contrariétés. En faire voir de grises, faire éprouver de grandes contrariétés.
Fig. et familièrement. Être gris, être à moitié ivre.
Il est gris dès le matin [BEAUMARCH., Mar. de Figaro, II, 21]
C'est peu d'être gris, Amis, soyons ivres [BÉRANG, Scandale.]
S. m. La couleur grise.
Les gris blanc, gris sale, gris brun, de castor, de Bréda et toutes autres sortes de gris [, Règlem. sur les manuf. août 1669, Teint. en soie, laine et fil, art. 69]
Gris de ramier [, ib. art. 15]
Gris tannés [, ib. art. 16]
Les gris plombés [, ib. art. 29]
L'intérieur était d'un gris de souris fort lustré [BONNET, Observ. 1, Insect.]
Gris de lin, couleur qui participe du blanc et du rouge.
Dans les derniers tournois, Monseigneur portait ses couleurs ; quelles sont ses couleurs ? l'aurore et le gris de lin [GENLIS, Jeanne de France, t. II, p. 11, dans POUGENS]
Adjectivement (emploi où le mot gris reste invariable et où l'on met un trait d'union). Couleur gris-de-lin. Étoffe gris-brun. Des habits gris-brun. Étoffe gris-de-perle.
N'est-elle pas rouge [la cassette] ? - Non, grise. - Hé oui, gris-rouge, c'est ce que je voulais dire [MOL., Avare, V, 2]
De quelle couleur me conseilles-tu de le prendre ? gris-de-fer ou gris-demore ? [BRUEYS., Avoc. Pat. I, 3]
Un cavalier vêtu de velours gris-blanc [LE SAGE, Diabl. boit. 13]
Dans les pays du nord il y en a de toutes couleurs [des renards], des noirs, des bleus, des gris, des gris-de-fer [BUFF., Quadrup. t. II, p. 216]
Elle [l'hirondelle de rivage] a toute la partie supérieure gris-de-souris [ID., Ois. t. XII, p. 394]
Sa lumière gris-de-perle [de la lune] descendait sur la cime indéterminée des forêts [CHATEAUB., Atala, le Récit des chasseurs.]
Fig.
Si les pensées n'y sont pas noires, elles y sont au moins gris-brun [SÉV., 221]
Tu verras les maris sourire avec un visage gris-brun [DALLAINVAL, École des bourg. III, 12]
Terme de vétérinaire. Le gris, robe du cheval caractérisée par un mélange de poils blancs et de poils noirs. On distingue plusieurs variétés : le gris très clair ; le gris clair ; le gris ordinaire ou cendré ; le gris foncé ; le gris ardoisé ; le gris de fer. Les espèces gris tourdille, gris étourneau, gris sale, sont dues à des modifications particulières de la nuance générale. Gris pommelé, se dit du poil des chevaux, qui est mêlé de blanc et de noir.
Habillement gris. Il ne porte que du gris.
Il est un petit homme Tout habillé de gris Dans Paris [BÉRANG., Petit h. gris.]
10° Petit-gris, voy. PETIT-GRIS, à son rang.
11° Gris-perlé, sorte de mauvais champignon.

PROVERBE

    La nuit tous les chats sont gris, voy. CHAT.

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Un petit mantel gris [, Ronc. p. 24]
  • XIIIe s.
    Il la recouvrent chaut et de gris [petit-gris] et d'ermin [, Berte, LV]
  • XVe s.
    De Cisteaux qui est ordre grise [ordre portant le gris ou plutôt le blanc] [EUST. DESCH., Poésies mss. f° 559]
    Et pareillement ne exposeront en vente gris en bote qui ne soit bon et loyal ; et seront tenus mectre gris d'aumusse fin, gris entre fin et le moindre gris chacun à part, sans les mesler les ungs par les autres [, Ordonn. juillet 1486]
    Faire grise mine et mauvais recueil ausdites masques [, Aresta amorum, p. 417, dans LACURNE]
  • XVIe s.
    Ventre saint gris, que tu es aise [MAROT, I, 213]
    J'ay bon vouloir, respond la teste grise [ID., II, 299]
    Quel visage eus-tu d'elle ? - Gris [ID., I, 202]
    Sous du gris ou du bureau habite bien souvent un courage de pourpre [CALV., Instit. 664]
    Laisse le gris [froc] et son austerité [MARG., Nouv. LXIV]
    Quatre grands roussins gris-pommelez [CARLOIX, VIII, 28]
    Gris de lin, gris d'esté.... gris de ramier, gris perlé, gris argenté [D'AUB., Faen. I, 2]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. gris ; espagn. et portug. gris, petit-gris ; ital. griso, grigio ; bas-lat. griseus du IXe siècle ; du germanique : ancien saxon, gris, qui a les cheveux blancs ; allem. mod. Greis, vieillard. Comme grec s'est dit gris, Génin, Récréat. t. I, p. 137-144, a prétendu que gris venait de là ; mais l'antiquité de griseus ne permet pas une pareille étymologie ; il a pensé aussi que gris dans le sens d'un peu ivre représentait le latin graecari, faire la débauche, faire le grec ; mais gris en ce sens paraît récent, du moins l'historique n'en offre pas de trace ; il faut donc y voir un mot de plaisanterie pour indiquer l'état entre le blanc et le noir et figurément entre la raison et l'ivresse.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    GRIS.
    Ajoutez :
  • Substantivement. Le gris s'est dit autrefois pour vent de bise, vent froid.
  • Vendeur de gris, nom d'une statue qui était sur la place du parvis Notre-Dame, et qui y resta jusqu'à 1745 ; à cause de sa situation sur le bord de la rivière, domaine du vent, le populaire l'avait ainsi baptisée.
    Hé quoi, madame la statue.... Depuis que vous vendez du gris à tous les simples de Paris [, les Révélations du jeûneur, p. 3, Paris, 1649, dans CH. NISARD, Parisianismes, p. 129]
    Les Parisiens d'abord envoyaient au vendeur de gris, pour acheter de sa marchandise, les nouveaux venus de la province aux dépens desquels ils voulaient s'amuser ; c'est ainsi qu'aujourd'hui on envoie un garçon simple et crédule acheter chez l'épicier de l'huile de cotret [CH. NISARD, ib. p. 130]
  • Ajoutez :
  • Substantivement. Le gris d'officier, une légère ivresse...
    Soit un commencement d'ivresse, le gris d'officier, soit enfin l'ivresse proprement dite [Dr DANET, Monit. univ. 10 août 1868, p. 1183, 3e col.]
  • 12° Bois gris, se dit, dans le commerce des bois, par opposition à bois pelard.
    On cote les bois gris de 120 à 125 fr. le décastère ; les bois pelards, de 112 à 115 fr. ;.... les falourdes grises, 38 fr. ; les falourdes pelards, de 58 à 60 fr. le cent [, Journ. offic. 5 janv. 1874, p. 127, 1re col.]