grotesques

GROTESQUES

(gro-tè-sk') s. f. pl.
Terme de beaux-arts. Se dit des arabesques à l'imitation de celles qui ont été trouvées dans les édifices anciens ensevelis sous terre (ce qui est le sens primitif). Le sujet ni le dessin des grotesques n'ont rien de bouffon.
Par extension de l'idée de fantasque, irrégulier, qui est dans l'acception précédente. Figures qui font rire en outrant la nature. Peintre de grotesques.
Enfin on peut compter plus de mines burlesques Que n'en grava jamais Callot dans ses grotesques [SANLECQUE, Poëme sur le geste, dans Poésies, p. 66]
Fig. Imaginations grotesques (emploi inusité).
Ces grotesques sont si ridicules, qu'elles ne méritent pas qu'on s'y arrête [PATRU, Plaid. 16]
Il se prend adjectivement. Qui outre et contrefait la nature d'une manière bizarre. Des figures, des peintures grotesques.
M. de Saint-Amant ferait, comme il s'y était offert lui-même, la partie comique du dictionnaire, en recueillerait les termes grotesques, c'est-à-dire, comme nous parlerions aujourd'hui, burlesques [PELLISSON, Hist. de l'Acad. III]
Fig. Ridicule, bizarre, extravagant.
Qu'y a-t-il de plus propre à exciter le rire que de voir une chose aussi grave que la morale chrétienne remplie d'imaginations aussi grotesques que les vôtres ? [PASC., Prov. X]
Mais sa muse [de Ronsard], en français parlant grec et latin, Vit dans l'âge suivant, par un retour grotesque, Tomber de ses grands mots le faste pédantesque [BOILEAU, Art p. I]
Mme de Bouillon nous pria instamment d'aller voir toute la parentelle nombreuse et grotesque [de Crozat] [SAINT-SIMON, 172, 43]
De l'autre côté est Rochemaure en Languedoc, vieux château grotesque, qui a l'air d'avoir été bâti du reste des matériaux de la tour de Babel [DE BROSSES, Lettres sur l'Italie, t. I, lett. 1]
S. m. Ce qui est dans le genre grotesque. Il ne faut pas mêler le sublime au grotesque.
Danseur, bouffon, et, par extension, figure risible.
Des figures qui font de cet homme un grotesque [LA BRUY., XII]
C'est un poëte et le grotesque du genre humain [MONTESQ., Lett. pers. 48]

REMARQUE

  • 1. Grotesque venant de l'italien grottesca, et tenant à grotte, on ne voit pas pourquoi l'Académie qui n'y met qu'un t, ne se conforme pas à l'étymologie, ou, ne s'y conformant pas, pourquoi elle ne suit pas la même règle pour tous les mots où le double t ne sonne pas.
  • 2. On a dit jusque dans le XVIIe siècle crotesque, comme dans le XVIe, ce qui rapprochait ce mot de crote, anciennement dit pour grotte.
    Avec cela il avait un chapeau pointu à petit bord, tellement qu'il avoit une façon bien crotesque [, Francion, liv. X, p. 402]

HISTORIQUE

  • XVIe s.
    Le vuide tout autour, il le remplit de crotesques, qui sont peinctures fantasques, n'ayant grace qu'en la variété et estrangeté ; que sont ce icy aussi, à la verité, que crotesques et corps inonstrueux [ces Essais] ? [MONT., I, 205]
    Damoyselle qui oncq, bien qu'elle fust aymée, Ne tourna ses pensers qu'en grotesque ou fumée : Laissant le meritant pour prendre à son appoint Celuy qui à part soy ne l'aymoit d'un seul point [PASQUIER, Œuv. meslées, t. III, p. 426]

ÉTYMOLOGIE

  • Ital. grottesca, de grotta, grotte (voy. ce mot), à cause des peintures trouvées dans des cryptes ou grottes anciennes, particulierement lors de l'exhumation des thermes de Titus à Rome.