hôte, esse

HÔTE, ESSE

(ô-t', tè-s') s. m. et f.
Celui, celle qui reçoit et traite quelqu'un sans rétribution, qui lui donne l'hospitalité, par humanité, par amitié, par bienveillance. Nous remerciâmes notre hôte de l'accueil qu'il nous avait fait.
Mon hôte, maintenant que, sous tes nobles toits, De l'importun besoin j'ai calmé les abois [A. CHÉN., Idyll. le Mendiant.]
Il s'est dit des paysans ou bourgeois qui étaient contraints de loger les soldats, les officiers du roi. Fig.
Tous autres nœuds brisés, Seul hôte de toi-même et maître de la place [CORN., Imit. II, 8]
Et que peu de beaux corps, hôtes d'une belle âme, Assemblent l'un et l'autre point [LA FONT., Fabl. VII, 2]
Celui, celle qu'on reçoit et qu'on traite bien. Régaler ses hôtes.
Le fameux Scipion de qui vous fûtes l'hôte [CORN., Sophon. IV, 2]
....Notre bonne commère [la grenouille] S'efforce de tirer son hôte au fond de l'eau [LA FONT., Fabl. IV, 11]
Lycus lui-même emplit une coupe profonde, L'envoie à l'étranger : salut, mon hôte, bois [A. CHÉN., Idylles, le Mendiant.]
Pour boire à Jupiter, qui nous daigne envoyer L'étranger, devenu l'hôte de mon foyer [ID., ib.]
Mon hôte, tu franchis le seuil de ma famille, à l'heure qui jadis a vu naître ma fille [ID., ib.]
Dans l'ordre des chartreux, se disait d'un religieux qui demeurait dans une chartreuse dont il n'était pas profès. Par extension.
Nos hameaux Seront bientôt remplis de nos hôtes nouveaux [VOLT., Scythes, I, 5]
Fig.
C'est l'ordinaire effet de son épanchement [de la grâce divine], Que d'enfanter le zèle et semer l'allégresse ; C'est l'accompagnement de cette grande hôtesse [CORN., Imit. II, 9]
La folle inquiétude en ses plaisirs légère, Des lieux où l'on la porte hôtesse passagère [LA FONT., Élégie V]
L'inconstance d'une âme en ses plaisirs légère, Inquiète et partout hôtesse passagère [ID., Poésies mêlées, LXIX.]
Familièrement. Les animaux qui fréquentent, habitent la demeure de l'homme. Les rats sont des hôtes incommodes.
Habitant.
Et vous, hôtes du ciel, saintes légions d'anges.... [ROTROU, St-Genest, IV, 5]
Les hôtes des bois, les animaux qui les habitent.
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois [LA FONT., Fabl. I, 2]
Nous offrons cependant à sa troupe brillante Des hôtes de nos bois la dépouille sanglante [VOLT., Scythes, I, 1]
Le divers langage des hôtes du désert nous paraît calculé sur la grandeur ou le charme du lieu où ils vivent [CHATEAUB., Génie, I, V, 5]
Celui, celle qui tient une auberge, une hôtellerie. L'hôte, l'hôtesse du Cheval blanc.
T'ai-je encore décrit la dame brelandière Qui des joueurs chez soi se fait cabaretière, Et souffre des affronts que ne souffrirait pas L'hôtesse d'une auberge à dix sous par repas ? [BOILEAU, Sat. X]
Table d'hôte, table où plusieurs personnes réunies mangent à heure et à prix fixes. Vivre à table d'hôte.
À table d'hôte ? je vous entends, tant par tête ; combien êtes-vous, s'il vous plaît ? [DANCOURT, Maison de camp. sc. 30]
Fig. Il est l'hôte et l'hôtellerie, se dit d'un homme qui fait toutes sortes de fonctions dans une maison, qui se mêle de toutes sortes d'affaires.
Celui qui vient manger ou loger dans une hôtellerie, une auberge. Cet aubergiste a en ce moment des hôtes qui payent bien.
Celui qui donne à loyer une portion de sa maison. L'hôte est tenu des grosses réparations. Celui qui tient à loyer une portion de maison. Ce propriétaire a chez lui des hôtes commodes. Hôte a vieilli dans ces deux sens ; on dit aujourd'hui : propriétaire et locataire.
Terme de pêche. Hôte ou bourgeois, celui à qui appartient le bateau pêcheur.

PROVERBES

  • Il n'y en a point de plus foulé que l'hôte, se dit en parlant de certaines parties de plaisir où chacun porte son plat pour aller dîner chez quelqu'un de la société.
  • Qui compte sans son hôte compte deux fois, se dit de celui qui fait son compte en l'absence de la personne qui y est intéressée.
  • Compter sans son hôte, se méprendre, compter sur une chose qui ne se fait pas.
    Quand j'y veux demeurer, je compte sans mon hôte, Ils me donnent toujours quelque commission [HAUTEROCHE, les Appas tromp. I, 3]
  • Bon visage d'hôte, bon accueil de celui qui donne à manger chez lui, qui reçoit et héberge ses amis.

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Chez un hoste [ils] hebergent, qui moult estoit prudhom [, Sax. XXII]
    [Elle] Crioit en haut : aïe, aïe, Chevaliers, tu qui es mes ostes [, la Charrette, 1070]
    Tant qu'il aert parmi les temples [saisit par les tempes] Celui qui efforçoit s'ostesse [, ib. 1152]
  • XIIIe s.
    Du cuer toute grieté [chagrin] [il, l'amour] lui oste ; Près du cuer lui heberge un oste Que on appelle vrai-confort [, Bl. et Jeh. 1329]
    La premiere nuit que ele fu venue en la meson de s'ostesse [, Miracles St-Loys, p. 141]
    Hoste fu [je fus étranger] ; vous me recueillistes [J. DE MEUNG, Tr. 1419]
  • XVe s.
    Vrayement, s'il vous plaisoit, je seroye aujourd'hui vostre hoste, et vous feroye tout ayse de ce que nous avons [, Perceforest, t. I, f° 32]
    Sebille dist au roy, qui à son dextre costé seoit : Beau sire, je seray ceste nuyt vostre hostesse ; or je vous pry que me diez vostre nom et vostre pays [, ib. f° 35]
  • XVIe s.
    Les soldats donnerent si brusquement, que qui voulut faire teste paia l'hoste [D'AUB., Hist. I, 295]
    Belle hostesse c'est un mal pour la bourse [COTGRAVE, ]
    Une fois faut compter à l'hoste [ID., ]
    L'hoste et le poisson, passé trois jours, puent [ID., ]
    Tel hoste, tel hostel [ID., ]
    De meschant hoste, bon reconduiseur [ID., ]
    Il se peut bien seoir sans contredit, qui se met là où son hoste lui dit [ID., ]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. hoste, oste, osde ; espagn. huesped ; portug. hospede ; ital. oste ; du lat. hospitem, dont on conjecture deux étymologies : sanscrit, gosha, station des vaches, et pati, maître : le maître de la station des vaches où s'arrête le voyageur ; ou bien ghaspati, le maître qui donne à manger. Des étymologistes l'ont aussi rattaché à un radical qui se trouve dans les langues slaves : lithuanien, gaspada, hôtellerie ; mais voy. à HOSPODAR ce qui fait objection.