idéal, ale

IDÉAL, ALE

(i-dé-al, a-l') adj.
Qui n'a d'existence que dans l'idée, dans l'esprit. Des êtres idéaux.
Plus une philosophie est subtile et idéale, plus elle est vaine et inutile pour expliquer des choses qui ne demandent qu'un sens droit pour être connues [LA BRUY., XVI]
Ne voyant rien d'existant qui fût digne de mon délire, je le nourris dans un monde idéal que mon imagination eut bientôt peuplé d'êtres selon mon cœur [J. J. ROUSS., Confess. IX]
L'hypothèse de Ptolémée cesse alors d'être purement idéale et propre uniquement à représenter à l'imagination les mouvements célestes [LA PLACE, Expos. I, 11]
Le langage idéal de la musique [STAËL, Corinne, XV, 4]
Chimérique. Richesses idéales.
Par extension, qui réunit toutes les perfections que l'esprit peut concevoir, indépendamment de la réalité.
Cet état idéal d'innocence, de haute tempérance, d'abstinence entière de la chair, de tranquillité parfaite, de paix profonde a-t-il jamais existé ? [BUFF., Quadrup. t. II, p. 166]
Malheur à qui du fond de l'exil de la vie Entendit ces concerts d'un monde qu'il envie ! Du nectar idéal sitôt qu'elle a goûté, La nature répugne à la réalité [LAMART., Méd. I, 2]
Là je m'enivrerais en la source où j'aspire ; Là je retrouverais et l'espoir et l'amour, Et ce bien idéal que toute âme désire, Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour [ID., ib. I, 1]
Ce qu'il sait, ce qu'il voit des choses de la vie, Tout le porte, l'entraîne à son but idéal [A. DE MUSSET, La coupe et les lèvres, IV, 1]
S. m. Assemblage abstrait de perfections dont l'âme se forme l'idée, mais sans pouvoir y atteindre complétement.
Des traits qui portent l'empreinte des passions, mais ne retracent point l'idéal de la beauté [STAËL, Corinne, XVIII, 3]
Il règne ici [dernière scène d'Alzire] un idéal de vérité au-dessus de tout idéal poétique [CHATEAUBR., Génie, II, II, 7]
Le modèle intérieur du poëte, de l'artiste.
Le sujet de ce tableau n'est pas clair ; l'idéal n'en est pas assez caractéristique [DIDER., Salon de 1765, Œuv. t. XIII, p. 198, dans POUGENS]
Scène froide et mauvaise, où la misère de l'idéal n'est point rachetée par le faire [ID., Salon de 1767, t. XIV, p. 364]
Il y a entre le mérite du faire et le mérite de l'idéal la différence de ce qui attache les yeux et de ce qui attache l'âme [ID., ib. p. 421]
Quel que soit le faire, point de vraie beauté sans l'idéal [ID., ib. p. 421]
Le beau, celui même qu'on appelle idéal, en sculpture, comme en peinture, doit être un résumé du beau réel de la nature [FALCONET, Réflex. sur la sculpture, t. III, p. 5]
Au plur. Faut-il dire des idéals, comme on dit des chorals, ou des idéaux ? L'usage n'a pas prononcé. L'adjectif fait idéaux au pluriel. Le substantif peut le suivre ; cependant il semble que les idéals conserve mieux le sens du mot et a une forme moins lourde ; en traduisant la pièce de Schiller intitulée die Ideale, ne vaudrait-il pas mieux dire les Idéals que les Idéaux ?

SYNONYME

  • IDÉAL, CHIMÈRE, UTOPIE. Gardons-nous de confondre l'idéal et la chimère ; la chimère est une fantaisie, une imagination sans raison, une conception contre nature ; les anciens en donnaient bien l'idée quand ils formaient leurs chimères de parties qui ne peuvent aller ensemble, le corps d'une chèvre, la tête d'un lion et la queue d'un dragon ; l'idéal n'est point cela : il n'est rien de monstrueux ; c'est proprement une chose existante prise dans sa perfection ; sans doute cette perfection n'est pas actuellement réalisée, mais la réalité y tend, c'est sa destinée, sa règle, l'ordre le meilleur où elle puisse être, et où elle s'efforce de se placer, c'est, dans la vie privée, la sainteté, dans la vie publique, la justice et la fraternité la plus complète, c'est-à-dire la perfection ; et il est également sûr que l'homme y tend et qu'il n'y arrivera jamais.
    On reconnaît ici quelle ligne délicate sépare l'idéal et l'utopie : il s'agit de décider à quel point de perfection il est permis d'atteindre, et de ne pas passer au delà ; or il n'est pas aisé de marquer ce point, car l'homme et la société ont causé et réservent encore plus d'une surprise à ceux qui prétendent les borner [E. BERSOT, J. Débats du 22 oct. 1864]

HISTORIQUE

  • XVIe s.
    Leur forme idéale [des beaux pensers] [DESPORTES, Cléonice, XX]

ÉTYMOLOGIE

  • Lat. idealis, de idea, idée.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    IDÉAL.
    Ajoutez : Sur la question, discutée au Dictionnaire, de savoir s'il faut dire, au pluriel, idéaux ou idéals, voici des exemples contradictoires.
    On ne les aperçoit pas [le Christ et la Vierge] à la façon des personnages idéaux, reculés dans une antiquité lointaine, ou confinés dans un ciel supérieur : on les sent corporels [H. TAINE, Journ. des Débats, 18 nov. 1866]
    Cette tendance réaliste..., qui consiste à déshabiller familièrement les idéals les mieux gardés par le charme ou le respect [AUBRYET, Monit. univ. 30 sept. 1867, p. 1257, 4e col.]
    En prenant en considération les exemples du Dictionnaire et ceux du Supplément, on peut penser qu'il est préférable de dire, comme M. Taine, idéaux au pluriel de l'adjectif ; mais que, au pluriel du substantif, les idéals est admissible comme présentant plus rapidement à l'esprit le sens de ce mot, qui, en cet emploi, n'est pas ancien.

    REMARQUE

    • On voit à l'historique que Desportes a employé le mot idéal. Malherbe l'en blâme, comme d'un mot d'école (Lexique, éd. L. Lalanne). Ce blâme est malheureux ; car idéal est excellent et il a eu une grande fortune.