juge


Recherches associées à juge: juge de paix, juge d'instruction, magistrat

juge

n. [ lat. judex, judicis ]
1. Magistrat chargé de rendre la justice en appliquant les lois : Une juge de cour d'appel.
2. Commissaire chargé, dans une course, un sport, de constater l'ordre des arrivées, de réprimer les irrégularités qui pourraient se produire au cours d'une épreuve : Le juge de touche.
3. Personne qui est appelée à servir d'arbitre dans une contestation, à donner son avis : Je vous fais juge de la situation.
Être à la fois juge et partie,
être appelé à se prononcer sur un différend auquel on est soi-même mêlé.
Juge des enfants,
juge chargé des délits commis par les mineurs.
Juge d'instance,
juge du tribunal d'instance (on disait autref. juge de paix).
Juge d'instruction,
juge chargé, en France, de l'instruction préparatoire en matière pénale : La juge d'instruction a demandé une confrontation des témoins.

JUGE

(ju-j') s. m.
Celui qui juge, qui a le droit et l'autorité de juger. Les jurés ne sont juges que du fait. Dieu le souverain juge. L'Église est juge des choses de la foi.
La Syrie à vos lois est-elle assujettie Pour souffrir qu'une femme y soit juge et partie ? [CORN., Théod. V, 7]
Que je vous fasse vous-même le juge de votre propre cause [BOURDAL., Jugem. dern. 1er avent, p. 84]
Les rois, en des siècles plus innocents, furent autrefois eux-mêmes les juges du peuple [FLÉCH., Lamoign.]
Mais vous avez pour juge un père qui vous aime [RAC., Mithr. II, 2]
Tu me parles toujours comme un juge implacable Qui sur son tribunal intimide un coupable [VOLT., Fanat. I, 4]
Fig.
L'esprit de ce souverain juge du monde [l'homme] n'est pas si indépendant qu'il ne soit sujet à être troublé par le premier tintamarre qui se fait autour de lui [PASC., Pens. III, 9, éd. HAVET.]
Homme préposé par autorité publique pour rendre la justice aux particuliers.
Pendant que chacun tâche de vaincre [dans une discussion], on s'exerce bien plus à faire valoir la vraisemblance qu'à peser les raisons de part et d'autre ; et ceux qui ont été longtemps bons avocats ne sont pas pour cela par après les meilleurs juges [DESC., Méth. VI, 5]
Le juge prétendait qu'à tort et à travers On ne saurait manquer, condamnant un pervers [LA FONT., Fabl. II, 3]
Ô Seigneur, vous avez fait, comme dit le Sage, l'œil qui regarde et l'oreille qui entend ; vous donc qui donnez aux juges ces regards benins, ces oreilles attentives, et ce cœur toujours ouvert à la vérité, écoutez-nous pour celui qui écoutait tout le monde [BOSSUET, le Tellier.]
On y [dans le Tellier] vit tout l'esprit et les maximes d'un juge, qui, attaché à la règle, ne porte pas dans le tribunal ses propres pensées ni des adoucissements ou des rigueurs arbitraires, et qui veut que les lois gouvernent et non pas les hommes [ID., ib.]
L'ambition a fait trouver ces dangereux expédients où, semblable à un sépulcre blanchi, un juge artificieux ne garde que les apparences de la justice [ID., ib.]
Trente juges étaient tirés des principales villes pour composer la compagnie qui jugeait tout le royaume [d'Égypte] [ID., Hist. III, 3]
Aussi disait-il ordinairement qu'il y avait peu de différence entre un juge méchant et un juge ignorant [FLÉCH., Lamoignon.]
Dieu, dont la providence destine les juges pour gouverner son peuple, comme elle destine les prêtres pour le sanctifier [ID., ib.]
Ceux qui, renversant l'ordre des choses, se font une occupation de leurs amusements, et ne donnent à leurs charges que les restes d'une oisiveté languissante, comme s'ils n'étaient juges que pour être de temps en temps assis sur les fleurs de lis où ils vont peut-être rêver à leurs divertissements [ID., ib.]
M. le Tellier savait qu'un juge doit rendre compte non-seulement de son travail, mais encore de son loisir [ID., le Tellier.]
Crois-tu qu'un juge n'ait qu'à faire bonne chère, Qu'à battre le pavé comme un tas de galants ? [RAC., Plaid. I, 4]
Ne raillons point ici de la magistrature ; Vois-tu ? je ne veux point être un juge en peinture [ID., ib. II, 13]
Celui qui sollicite son juge ne lui fait pas honneur [LA BRUY., XIV]
La maison de M. de Villars ressemblait-elle à ces maisons d'orgueil où ceux que les affaires y attirent pensent plus aux moyens d'aborder leur juge qu'à lui exposer leur droit et leur justice ? [MASS., Or. fun. Villars.]
Il craignait avec grande raison que la justice ne fût d'une part et les juges de l'autre [LE SAGE, Diable boit. ch. V, dans POUGENS]
Autrefois les juges, n'étant pas salariés par l'État, avaient des bénéfices dans les procès.
Le devoir des juges est de rendre la justice ; leur métier est de la différer ; quelques-uns savent leur devoir et font leur métier [LA BRUY., XIV]
Collectivement et absolument, tribunal. Renvoyer devant le juge, par-devant le juge.
Juges de rigueur, les juges qui doivent prononcer suivant la rigueur de la loi ; à la différence des arbitres, qui peuvent se décider d'après l'équité naturelle. Juges de rigueur, s'est dit aussi des juges subalternes ; à la différence des juges qui prononçaient en dernier ressort, et qui se permettaient quelquefois d'adoucir la rigueur de la loi. Juges naturels, ceux que la loi assigne aux accusés, aux parties, suivant leur qualité et l'espèce de la cause. Juges inférieurs, juges qui prononcent en premier ressort.
Juge d'instruction, magistrat établi pour rechercher les crimes et les délits, en recueillir les preuves ou indices, et faire arrêter et interroger les prévenus. Juge-commissaire, juge désigné par le tribunal dont il fait partie pour procéder à certaines opérations, et en faire son rapport s'il y a lieu. Juge de paix, magistrat principalement chargé de juger sommairement, sans frais et sans ministère d'avoués, les contestations de peu d'importance, et de concilier, s'il se peut, les différends dont le jugement est réservé aux tribunaux civils ordinaires. Juges extraordinaires, juges qui ne connaissent que de certaines matières distraites par la loi de la juridiction ordinaire.
Autrefois, juges ordinaires, juges à qui appartenait naturellement la connaissance des affaires civiles ou criminelles ; à la différence des juges de privilége, et de ceux qui étaient établis par commission. On appelait aussi juges ordinaires ceux qui servaient toute l'année, à la différence de ceux qui ne servaient que par semestre. Juges royaux, ceux qui rendaient la justice au nom du roi. Juges des seigneurs, ceux qui la rendaient au nom des seigneurs. Juge d'attribution, juge qui était établi pour connaître de certaines affaires. Juge délégué, celui qui était commis pour connaître d'une affaire particulière, par opposition à juge permanent. Juge botté, juge qui n'était pas gradué. Juge botté ne se dit plus que fig. d'un juge sans lumière et sans capacité. Juge a quo [duquel, sous-entendu on pouvait appeler], juge subalterne, juge dont on appelait. Autrefois juges et consuls, juges-consuls, aujourd'hui juges consulaires, juges pour les affaires commerciales, juges au tribunal de commerce.
Comme les négociants habiles et instruits dans leur art ont acquis par l'habitude et l'usage du commerce une connaissance suffisante pour juger les différends qui concernent le négoce et la marchandise, l'ordonnance [de 1673] a cru devoir ôter la connaissance de ces différends aux juges ordinaires, et en confie la décision aux négociants mêmes, ou du moins aux plus habiles et plus capables d'entre eux, choisis à cet effet dans chaque ville par le corps des négociants, et elle leur a donné la qualité de juges-consuls [POTHIER, Commentaire sur l'ordonnance du commerce, Paris, 1761, in-12, p. 216]
Grand juge, titre donné, sous le premier empire, au ministre de la justice.
Juge mage ou maje, titre qu'on donnait, dans quelques provinces méridionales de la France, au lieutenant du sénéchal.
Nom donné à ceux qui sont chargés de prononcer dans un concours. Les juges du concours.
10° Toute personne ou ensemble de personnes choisies pour prononcer sur un différend, ou dont le jugement, l'opinion a pouvoir de décider.
Puisqu'il veut te choisir pour juge, je n'y recule point [MOL., l'Avare, IV, 4]
Il est donc hérétique, me dit-il, demandez-le à ces bons pères. Je ne les pris pas pour juges [PASC., Prov. I]
Je fais M. de Grignan juge de ce que je dis [SÉV., 590]
Combien voudriez-vous donc, monsieur de la Brie ? - Vous-même je vous en fais juge [DANCOURT, la Femme d'intrigues, I, 6]
Je ne prends point pour juge un peuple téméraire [RAC., Athal. II, 5]
Les nations les ont pris pour juges de leurs différends [FÉN., Tél. VIII]
La confiance avec laquelle il a fait l'univers juge de sa conduite prouve assez qu'il ne se reprochait rien [FONT., Czar Pierre.]
Chacun s'érigera en juge de cette nouvelle démarche [MASS., Carême, Resp. hum.]
Il se dit, dans le même sens, de toute chose personnifiée.
Mon juge est mon amour, mon juge est ma Chimène [CORN., Cid, III, 1]
Dieu conduit l'Église dans la détermination des points de la foi, par l'assistance de son esprit qui ne peut errer ; au lieu que, dans les choses de fait, il a laissé agir par les sens et par la raison, qui en sont naturellement les juges [PASC., Prov. XVII]
Je puis.... Lui disputer les cœurs du peuple et de l'armée, Et pour juge entre nous prendre la renommée [RAC., Bajaz. III, 4]
Loin du triumvirat va chercher un refuge ; Je prends entre nous deux la victoire pour juge [VOLT., Triumv. V, 5]
11° Celui qui est capable de juger d'une chose, de l'apprécier.
Vous vous êtes, en ma faveur, trompé en une chose de laquelle vous êtes si bon juge [VOIT., Lett. 37]
Toutes les vaines excuses dont vous couvrez votre impénitence vous vont être ôtées.... mon discours, dont vous vous croyez peut-être les juges, vous jugera au dernier jour [BOSSUET, Anne de Gonz.]
Un auteur à genoux, dans une humble préface, Au lecteur qu'il ennuie a beau demander grâce ; Il ne gagnera rien sur ce juge irrité, Qui lui fait son procès de pleine autorité [BOILEAU, Sat. IX]
Pourquoi les amants, qui sont bons juges de ce qui touche, ne s'adressent-ils jamais qu'à la nuit ? [FONTEN., les Mondes, 1er soir.]
Se faire, s'établir, se constituer juge de quelqu'un, de quelque chose, se croire capable de juger quelqu'un, quelque chose.
12° Juges du camp, ceux qui, dans les combats judiciaires, dans les joutes et combats de chevaliers, étaient chargés de veiller à ce que tout se passât suivant l'usage et la loyauté.
13° Francs juges, voy. VEHME.
14° Titre des magistrats suprêmes des Juifs avant l'établissement de la royauté.
Depuis le temps des juges qui jugèrent Israël [SACI, Bible, Rois, IV, XXIII, 22]
Le livre des Juges ou, simplement, les Juges, le septième livre de l'Ancien Testament, qui contient l'histoire des Juifs pendant la domination des juges.
15° Juge et garde de la prévôté, juge subalterne du bailli. Juge d'armes, officier qui était chargé de vérifier et de certifier les armoiries et les titres de noblesse. Juge-garde, fonctionnaire qui veillait à la fabrication des monnaies.

PROVERBES

  • De fou juge briève sentence, c'est-à-dire les ignorants décident sans examiner.
    On a vingt-quatre heures au palais pour maudire ses juges [BEAUMARCH., Barb. de Sév. II, 2]

HISTORIQUE

  • XIIIe s.
    Grant don fait juges aveugler, Droit abatre, tort elever [LEROUX DE LINCY, Prov. t. II, p. 132]
    [Hypocrisie] Ses anemis ne prise gaires, Qu'ele a baillis, provos et maires, Et si a juges [RUTEB., I, 204]
    Nus [nul] en sa querele ne doit estre juges et partie, excepté le roi ; car cil pot estre juges et partie en sa querele et en l'autrui [BEAUMANOIR, I, 24]
  • XIVe s.
    Le juge est bon, qui tost entent et tart juge [, Ménagier, I, 9]
  • XVe s.
    Par ce l'en peult appercevoir Souvent en mainte plaidoyerie Ung homme, affin de recepvoir, Estre ensemble juge et partie [COQUILLART, Plaidoyer de la simple et de la rusée.]
    Juge hastif est perilleux [LEROUX DE LINCY, Prov. t. II, p. 132]
  • XVIe s.
    Le peuple ne voulut point tirer au sort ceulx qui devroient estre juges de ce jeu, pour adjuger le prix à celuy des poetes qui l'auroit mieulx merité [AMYOT, Cimon, 14]
    Les voulez-vous faire [les philosophes] juges des droicts d'un procez, des actions d'un homme ? [MONT., I, 140]
    Et fera le juge d'appel ce que devoit faire le juge a quo [, Coust. génér. t. II, p. 413]
    Les juges [du camp] estoient Hercules, duc de Ferrare, et Louis, marquis de Saluces, lesquels estoient dedans un eschaffault près de celuy du roy, duquel pouvoient veoir tout à clair tous les coings et endroicts du champ, et sans empeschement adviser tout l'exploict de la bataille [J. D'AUTON, Ann. de Louis XII, p. 89, dans LACURNE]
    Tel juge tel jugement [LEROUX DE LINCY, t. II, p. 132]
    ...Nommer et elire cinq marchands... le premier desquels nous avons nommé juge des marchands, et les quatre autres consuls desdits marchands... Connoistront lesdits juge et consuls des marchands de tous procès et differends qui seront ci-après mus entre marchands [, Édit. de nov. 1563, art. 1 et 3]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. jutge ; espagn. juez ; portug. juiz ; ital. giudice ; du lat. judicem, de jus, droit, et dex, celui qui dit, de dicere. Il est vrai que l'on a dicere ( i long) et judicis ( 1er i bref) ; mais on doit remarquer que tous les mots tels que dicare ( i bref), causidicus ( 2nd i bref), etc. ont di ( i bref) ; d'ailleurs on sait que l'ancienne forme de dicere ( avec un i long) est deicere, lequel est un gouna du radical diç, montrer, dire.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    JUGE. Ajoutez :
    16° Le mot juge a pris diverses significations spéciales dans les îles Normandes : A Jersey et à Guernesey, juge délégué, personne désignée pendant la vacance de l'office de bailli, pour en exercer provisoirement les fonctions. A Aurigny et à Serk, autrefois, juge, le premier des jurés chargé de la présidence de la cour. À Aurigny, aujourd'hui, le juge fonctionnaire nommé par la couronne, président de la cour et des États de l'île. Lieutenant-juge, personne désignée pour exercer les fonctions du juge en son absence. Enfin le nom de juge est souvent donné aujourd'hui aux jurés de Jersey.

juge

JUGE. n. m. Celui qui est investi par autorité publique du pouvoir de dire le droit ou reconnaître le fait et de la fonction d'appliquer la loi dans les affaires litigieuses. Juge équitable, intègre, incorruptible. Juge prévaricateur. Juge sévère, rigoureux. Juge compétent. Juge civil, criminel. Juge en première instance. Juge en dernier ressort. Juges d'appel. Juge de police. Juge de commerce. Juge suppléant. Être juge dans une Cour d'appel. Nommer, instituer des juges. Installer un juge dans ses fonctions. Récuser un juge. Prendre le juge à partie. Donner des juges à quelqu'un. Avoir ses pairs pour juges. Personne ne peut être juge dans sa propre cause, n'est bon juge dans sa propre cause. On ne peut être à la fois juge et partie.

On dit aussi, par analogie, Dieu est le souverain juge, le juge suprême. L'Église est juge de tout ce qui a rapport à la foi.

Il se dit quelquefois, collectivement et absolument, pour Tribunal. Renvoyer devant le juge, par-devant le juge.

Juges naturels, Ceux que la loi assigne aux accusés, aux parties, suivant leur qualité et l'espèce de la cause. Nul ne peut être distrait à ses juges naturels.

Juges ordinaires se disait autrefois des Juges à qui appartenait naturellement la connaissance des affaires civiles ou criminelles. Il se dit aujourd'hui des Juges de droit commun, à la différence des juges établis par des lois spéciales.

Juge-commissaire, Juge désigné par le tribunal dont il fait partie pour procéder à certaines opérations et en faire son rapport, s'il y a lieu.

Juge d'instruction, Magistrat établi pour rechercher les crimes et délits, en recueillir les preuves ou indices, et faire arrêter et interroger les prévenus. Il fut interrogé par le juge d'instruction.

Juge de paix, Magistrat principalement chargé de juger sommairement, sans frais et sans ministère d'avoués, les contestations de peu d'importance, et de concilier, s'il se peut, les différends dont le jugement est réservé aux tribunaux civils ordinaires. Le juge de paix du canton de..., de tel arrondissement. Le greffier du juge de paix. Citer quelqu'un devant le juge de paix. Le juge de paix ne put concilier les parties.

Juges consulaires, Juges pour les affaires commerciales, juges au tribunal de commerce.

JUGE se dit aussi de Toute personne choisie pour prononcer sur un différend, ou au jugement, à l'opinion de laquelle on s'en rapporte sur quelque chose. Il vous a reconnu pour juge. Faire l'office de juge. Convenir d'un juge. Vous en serez le juge. Je vous en fais juge. Je vous prends pour juge.

Juges du concours, Personnes chargées de prononcer dans un concours.

JUGE se dit, par extension, de Celui qui est capable de juger d'une chose. Vous êtes mauvais juge, bon juge en cela. Il a approuvé cet ouvrage, et vous savez qu'il est bon juge.

Se faire, s'établir, se constituer juge de quelqu'un, de quelque chose, Prétendre avoir le droit de juger, se croire capable de juger.

JUGE se dit figurément dans un sens analogue à celui qui précède, en parlant des Sens, de la conscience, etc. L'oreille est un juge difficile. La raison est un juge sévère. Les sens sont quelquefois des juges bien trompeurs. La conscience est juge de la moralité des actions.

Il se dit aussi de Certains magistrats suprêmes qui gouvernèrent le peuple juif durant la période qui commence à la mort de Josué et qui finit à la naissance de Samuel.

Le livre des Juges ou, simplement, Les Juges, Le septième livre de l'Ancien Testament, qui contient l'histoire des Juifs pendant la domination des juges.

juge

Un Juge, Iudex.

Un juge et arbitre, Disceptator.

Un juge des matieres criminelles, Quaestor.

Juges criminels, Capitales triumuiri.

Juge competant, auquel appartient la cognoissance d'une chose, Competens iudex.

Juges corrompus par argent, Numarij iudices.

Juge favorable, Obnoxius gratiae iudex.

Petit juge subalterne, comme lieutenant de baillif, Iuridicus,

Juge qui entend bien la raison, le tort et le droict des deux parties, AEquus iudex.

Juge nourri du gain judiciare, Pastus quaestu iudiciario iudex.

Juge qui garde à complaire aux parties, et porter faveur, Obnoxius gratiae iudex.

Juge ou magistrat condamné pour avoir prins argent pour juger, Damnatus sordium iudex aut magistratus.

Il n'avoit point empesché qu'il ne luy fust pourveu du juge selon la forme de la commission, que partie adverse disoit, Iudicium quin acciperet in ea ipsa verba quae Naeuius edebat, non recusauerat.

Quand il est prouveu à aucun de juges par sort, à la maniere ancienne, Iudices sortiri.

Quand le juge cognoist d'une matiere, Iudicium agi dicitur,

Il advient peu souvent que les juges criminels cognoissent de telles matieres, Rarum est vt in foro iudicia propter id solum constituantur.

Les juges Royaux, Magistratus principales. B.

Les juges font grande depesche, Calent iudicia.

Quand les juges vuident bien tost un procez, sans le tenir long temps en ses mains, Maturum iudicium.

Quand les juges ont baillé audience à aucun en son tour et ordre, Constitutus locus a iudicibus.

Quand les juges apres avoir ouy les parties, se conferent ensemble pour opiner, Ire in consilium.

Quand en une matiere criminelle, apres le plaidoyer des parties, le juge ordonnoit qu'elle s'en viendroient dedans trois jours, et que la cause seroit rappelée, Comperendinare reum.

Quand par faveur un juge ploye, et flechit du droict, Inflectere ius gratia.

Quand le juge tourne le proffit de la cause à soy, Litem in rem suam vertere.

Devant le juge, Ad iudicem.

Aller par devant le juge, In ius ambulare.

Aller par devant un juge plaider, à la charge d'estre condamné au double si on a mauvaise cause, Ire in duplum.

Bailler juges, Dare iudicium. B. ex Cic.

Bailler juges pour faire le procez de quelqu'un, Constituere iudicium capitis in aliquem.

Apres qu'on eut convenu de juges, Posteaquam reiectio iudicum facta est,

Estre en la grace du juge, In animum iudicis admitti.

Faire juge aucun de quelque different, Iudicem facere.

Faire autruy juge de soy, Calculum de se permittere.

Mener aucun par force devant le juge, Aliquem ad praetorem rapere.

Faire l'office de juge, Induere personam iudicis.

Ils furent presens, et s'y trouverent pour parfaire le nombre des juges qui les condamnoient, Ad explendam damnationem praesto fuerunt.

Ordonner qu'une matiere qui n'a point accoustumé de venir en jugement y vienne, et aussi bailler juges extraordinaires en certains cas, comme les commissaires de la Tour quarrée à Paris, Nouam quaestionem constituere.

Recevoir quelqu'un pour juge, Iudicem retinere aliquem.

Recuser un juge, Recusare, Eierare.

¶ Chose deliberée et arrestée par juges ou philosophes, Dogma dogmatis.

Ce sur quoy le juge a à faire droict, Iudicatio.

Le gain et acquest que fait un mauvais juge qui vend ses sentences, Quaestus iudiciarius.

Le jugement par lequel le juge absoult ou condamne quelqu'un en faveur d'un autre, sans regarder au droict, Condonatum iudicium alicui.

La sentence par laquelle le juge criminel ordonne que avant que proceder au jugement diffinitif, leurs tesmoings viendront, ou qu'il sera plus à plein informé, ou autre chose semblable, Ampliatio.

Mots que anciennement l'un des deux contendans disoit maintesfois à l'autre qui valoient autant comme de dire, Je croiray de nostre different tout le premier et l'en feray juge. Et aucunesfois avoient accoustumé de le nommer, disans: Je m'en rapporte à un tel, et le vous offre, qu'il soit juge de nostre different, Iudicem tibi fero.

Juge delegué du magistrat, Recuperator.

Appartenant à juges deleguez, Recuperatorius.

Un juge droicturier, Un bon juge, Iudex integer et innocens, Iudex aequus. Bud.

Un juge trop doux, Iudex indulgens. B.

Un juge bien expert, et bon rapporteur, Homo disertus, expertusque enarrator, in causarum iudiciis experiens et facilis, litium etiam inspector diligens. B.

Un juge de causes civiles et de partie à partie, Rei priuatae iudex. B.

Un juge qui se laisse corrompre par argent, dons, ou promesses, Iudex sordidus. B.

Juges deleguez par le Roy, Recuperatores. B.

Juges qui font bonne mine, Iudices inani censurae supercilio graues. B.

Juges chastellains et autres champestres, Iudices Comopolitani, Castellani, Vicani. B.

Juges commis par la Cour, Disceptatores a Curia delecti. B.

Juge competent, Iustus iudex.

Juge incompetent, Iudex iurisdictionis impos, vel impotens, Iudex iuris reddendi partibus impotens. Bud.

Plaider par devant les juges inferieurs, Ex inferiore loco dicere. B.

Bonne compagnie de juges, Frequens delectumque consilium. B.

Petite compagnie de juges, N'estre pas en nombre suffisant pour juger, Consilij infrequentia. B.

Ce jour les juges n'estoient pas bien pour moy, Causae agendae die, consessus mihi non satis aequus erat. B.

Juges nommez et accordez entre les parties, Iudices edititij. B.

Offrir prendre quelqu'un à juge ou arbitre, Ferre iudicem, Arbitrium deferre, vel iudicium. B.

Le juge ordinaire des parties, Suus partium iudex. B.

Juges pourveus de leurs offices par le Roy, Iudices codicillares. B.

Juges qui sont particuliers en leurs opinions, Iudices suae sententiae. B.

Un juge bon praticien, Iudex experiens litium disceptator, promptaeque iurisdictionis, aut expeditae interlocutionis, et rei consentaneae. B.

Juges propices, Iudices secundi. B.

Renvoyer les parties par devant le mesme juge, ou son lieutenant autre que celuy dont a esté appelé pour proceder, etc. Ad idem tribunal, non etiam ad eundem hominem, causam ab integro disceptandam relegare. B.

Les parties renvoyées par devant les juges à quo, Causa a Curia eo reiecta, vnde erat oriunda, Relegata ad suum iudicem causa Budaeus.

Juge ressortissant en la Cour par appel, Iudex obnoxius. B.

Les juges ressortissans sans moyen en la Cour de Parlement, Iudices primarij, Prouinciarum praefecti. B.

Les juges non ressortissans nuëment et sans moyen en la Cour, Iudices secundarij. B.

Juges soubalternes, Iudices municipales, siue secundarij, Iudices obnoxiae sententiae.

Juges souverains et en dernier ressort, Iudices vltimum iudicantes. B.

Un juge tres-sçavant et tres-bon praticien, sage, prudent, et diligent, Iudex iuris et vsus fori consultissimus, et praeterea cordatus, circunspectus et industrius. B.

Juges qui sont bons textuels, Iudices literarij. B.

Un juge qui ne veut point ouir parler les parties, Iudex qui potestatem adeundi sui non facit, Copiam sui adeuntibus inuidet, Non patitur secum agi. B.

Je ne veux point de ces juges-là, je les recuse, Nego me certaturum in eo foro, iisque iudicibus.

Un juge vertueux, constant et ferme, et qui ne flechit pour rien, Cassianus iudex. B.

Les juges Royaux, Iuridici regij, Iudices et magistratus municipales et primarij. B.

Les juges d'Eglise, Officia pontificia, et iudices canonici, et pontificij. B.

Assistant le juge de l'Eglise, ou, En la presence du juge de l'Eglise, Arbitrante rem interim duntaxat oculis auribusque pontificio iudice. B.

Juges laiz, Iuridici profani. B.

Juges qui abusent les poursuyvans de paroles, et ne les despeschent point, Iudices frustratores. B.

Juges qui aiment qu'on leur face des presens, ou qu'on face fumer leur cuisine, Iudices culinarii iuris consulti, et acres interpretes. B.

Avoir juges propices, Propitiis numinibus iudiciorum et praesentibus vti. B.

Il a eu des juges à son plaisir, Recuperatores aut disceptatores quos commodum ei fuit accepit. B.

juge


JUGE, s. m. JUGEMENT, s. m. JUGER, v. act. et n. [2e e muet au 1er et au 2d; é fer. au dern. ge, geman, .] Juge, est celui, qui a le droit et l'autorité de juger, ou, qui se l'arroge. "Dieu est le souverain Juge. "Les Rois sont les juges naturels de leurs sujets. "Juge royal, juge de village, etc. — "Vous n'êtes pas bon juge de ces matières-là; en cela, etc. "Je vous en fais juge. Et fig. "Les sens sont juges de cela.
   JUGEMENT, est 1°. Décision prononcée en justice. "Rendre un jugement. "Apeler d'un jugement. = 2°. Avis, opinion. "Je me rends; je m'en raporte; je m'en tiens à votre jugement. = 3°. Aprobation ou condamnation, en fait de morale. "Jugement favorable, charitable, ou téméraire, mauvais, sinistre. = 4°. Faculté de l'âme, qui juge des chôses. "Avoir du jugement. Manquer de jugement. "Homme de bon, de grand jugement. "Il a de l'esprit, mais il n'a pas de jugement: il est sans jugement: il a perdu le jugement. "Il n'y a pas de jugement dans cet ouvrage; il n'est pas fait avec jugement. Voy. DISCERNEMENT.
   JUGER, 1°. Rendre la Justice. "Dieu viendra juger les vivans et les morts. Juger un procès. "Quand jugera-t'on cette affaire? — V. n. Juger en dernier ressort; définitivement, précipitamment; en conaissance de cause. = L'actif a quelquefois le sens du passif. "L'afaire est prête à juger, en état de juger; d'être jugée: mais il ne se dit de la sorte qu'à l'infinitif. = Il régit quelquefois les persones: "On le jugera, ou, il sera jugé demain. = 2°. Décider comme arbitre. "Jugez-nous. "Il nous jugera. "Jugez ce coup là, disent des joueurs à quelqu'un, qui les regarde jouer. On dit, en ce sens, au propre, et au fig. famil. juger des coups. = 3°. Juger de, décider du défaut ou de la perfection de quelque chôse. "Il juge fort mal de ces sortes de chôses: il en juge comme un aveugle des couleurs. — Et en matière de moeurs: juger mal de son prochain; en juger légèrement, témérairement; ou, favorablement, équitablement. "On ne doit point juger d'autrui par soi-même, ni en bien, ni en mal. = 4°. Faire usage de son jugement. "Les préventions nous empêchent de juger sainement. = Conjecturer. "Je jugerai bien que telle chôse arriverait. "Le Médecin juge mal de ce malade. = 6°. Être d'opinion, de sentiment que, etc. "Que jugez-vous que je doive faire? Il régit l'indicatif dans le sens afirmatif et le subjonctif dans le sens négatif ou interrogatif. "Je juge que vous devez le faire. "Je ne juge pas que vous deviez le faire. "Jugiez-vous que je dusse le faire? = 7°. Se figurer, comprendre. "Jugez quelle fut ma joie. "Vous pouvez bien juger si je fus bien aise de le voir.
   Rem. Dans le sens de croire, il régit quelquefois l'infinitif, lorsque le verbe régi se raporte au sujet de la phrâse, au nominatif du verbe régissant. "Le Roi de Portugal jugea devoir réduire sous son obéissance cette Province. Voy. D'ANSON. Si le verbe régi ne s'y raportait pas, on devrait se servir de la conj. que. "Le Conseil jugea que le Roi devait, etc. = Juger, décider: (syn.) On décide une contestation et une question: on juge une persone et un ouvrage. Les particuliers et les arbitres décident: les Corps et les Magistrats jugent. On décide quelqu' un à prendre un parti: on juge qu'il en prendra un. Encycl.Juger, décider régit quelquefois de et par dans la même phrâse. "Par cet échantillon jugez de la pièce. "Que je suis malheureux d'avoir jugé de votre coeur par le mien. Madame Dacier Trad. de Térence. — Mr. Marmontel substitue le datif à la prép. par. "Est-ce à l'air (par l'air) qu'on doit juger des hommes. M. l'Ab. Massieu lui avait doné le même régime. "Je jugeai de leur mérite (des Philosophes) à la gravité de leur extérieur, à la pâleur de leur visage et à la longueur de leur barbe. Traduct. de Lucien. Je crois que l'usage veut par au lieu d'à. M. Marin pense au contraire que l'usage admet l'un et l'aûtre. — Madame de B... met sur au lieu de par. "Si nous pouvons en juger sur (par) la plûpart des Lois, qui passèrent sous son règne. H. d'Angl. = Juger, imaginer, se figurer, régit de. "Jugez de ce que je dus sentir à cette triste nouvelle. * Un des Auteurs des Let. Édif. lui fait régir l'acusatif. "Il est aisé de juger ce que nous eûmes à essuyer d'insultes, etc. Peut-être l'Imprimeur a-t'il oublié le de. Corneille et Molière ont fait la même faute, mais on ne peut pas aporter la même excûse, du moins pour le dernier.
   Et vous pouvez juger les soins qu' elle en a pris.
       Corn.
  Et vous pouvez juger ce que je devois faire.
      Mol.
  Il falait, juger des soins, juger de ce que, etc.
   * On disait autrefois faire jugement de, pour, juger de; et l'Acad. l'a encôre dit dans ses sentiments sur Le Cid. "C'est se condamner soi-même que d'en faire jugement (d'en juger) selon ce qu'elles paroissent et non pas selon ce qu'elles sont.
   Au jugement de, adv. "La conscience, au jugement d'un Sage Payen, est pour la vertu le plus beau théâtre du monde. Millot.

Synonymes et Contraires

juge

nom masculin juge
Personne qui juge.
Traductions

juge

Richterjudge, adjudicator, justice, on trialrechter, richter, scheidsrechter, beoordelaarפוסק (ז), פסקן (ז), פרז (ז), שופט (ז), פּוֹסֵק, פַּסְקָןjutgesoudcedommerjuĝistino, juĝistojuezbíróhakimgiudice, pretorejuizсудьяdomareδικαστήςقاضٍtuomarisudac裁判官재판관dommersędziaผู้พิพากษาyargıçthẩm phán法官 (ʒyʒ)
nom masculin-féminin
personne chargée d'appliquer les lois un juge pour enfants

juge

[ʒyʒ] nm/f
(= magistrat) → judge
(personne exprimant un jugement)judge
je vous laisse juge de ... → I'll let you be the judge of ...