majesté

majesté

n.f. [ lat. majestas ]
1. Caractère de grandeur, de dignité, de noblesse : La majesté divine gloire, grandeur
2. (Avec une majuscule) Titre des empereurs, des rois : Sa Majesté la reine.
3. Air extérieur de grandeur, de noblesse : Elle a une démarche pleine de majesté beauté, distinction, grandeur
Pluriel de majesté,
pluriel du pronom de la première personne employé, dans le style officiel, par les personnes ayant une autorité : Dans « Nous, maire de la commune, décidons d'accorder le droit de passage », « nous » est un pluriel de majesté.

MAJESTÉ

(ma-jè-sté) s. f.
Caractère extérieur de grandeur, apparence auguste.
Un prince épouvanté De voir tant de colère et tant de majesté [CORN., Pomp. III, 2]
Une majesté douce épand sur son visage De quoi s'assujettir le plus noble courage [ID., ib. III, 3]
On dit que le cardinal [de Richelieu], le voyant [Vaugelas] entrer dans sa chambre, s'avança vers lui avec cette majesté douce et riante, qui l'accompagnait presque toujours [PELLISSON, Hist. Acad. III]
Une reine portant sur son visage la majesté de tant de rois, conservant dans son cœur l'humilité du fils de Dieu [FLÉCH., Marie-Thérèse.]
Seigneur, je n'ai jamais contemplé qu'avec crainte L'Auguste majesté sur votre front empreinte [RAC., Esth. II, 7]
Quel ton, quel ascendant ne prennent-ils pas [les riches] sur les savants ? quelle majesté n'observent-ils pas à l'égard de ces hommes chétifs que leur mérite n'a ni placés ni enrichis ! [LA BRUY., VI]
Il est nécessaire que vous ayez une certaine majesté dans votre extérieur [FÉN., Tél. XI]
Fig. Grandeur imprimant le respect. La majesté du peuple romain. La majesté du sénat.
Ont-ils [les rois] rendu l'esprit, ce n'est plus que poussière Que cette majesté si pompeuse et si fière, Dont l'éclat orgueilleux étonnait l'univers [MALH., I, 3]
Il [Dieu] leur [aux rois] fait voir en leur retirant sa puissance que toute leur majesté est empruntée [BOSSUET, Reine d'Anglet.]
Il [Charles 1er] a montré qu'il n'est pas permis aux rebelles de faire perdre la majesté à un roi qui sait se connaître [ID., ib.]
La majesté est l'image de la grandeur de Dieu dans le prince [ID., Polit. V, IV, 1]
Les rois, non plus que le soleil, n'ont pas reçu en vain l'éclat qui les environne ; il est nécessaire au genre humain ; et ils doivent, pour le repos autant que pour la décoration de l'univers, soutenir une majesté qui n'est qu'un rayon de celle de Dieu [ID., Mar.-Thér.]
Il [Condé] apprit à l'Espagne, trop dédaigneuse, quelle était cette majesté que la mauvaise fortune ne pouvait ravir à de si grands princes [les Stuarts détrônés] [ID., Louis de Bourbon.]
C'est l'esprit du christianisme de faire respecter les rois avec une espèce de religion que le même Tertullien appelle très bien la religion de la seconde majesté ; cette seconde majesté n'est qu'un écoulement de la première, c'est-à-dire de la divine [ID., Polit. III, II, 3]
La majesté des rois inspire plus de respect que de tendresse ; c'est une espèce de religion civile et de culte politique, qui nous fait révérer ces traits que la main de Dieu a gravés sur le front de ceux à qui il daigne communiquer sa puissance [FLÉCH., Mme de Mont.]
Au fond de leur palais leur majesté terrible [des rois de Perse] Affecte à leurs sujets de se rendre invisible [RAC., Esth. I, 3]
Être heureux comme un roi, dit le peuple hébété ; Hélas ! pour le bonheur que fait la majesté ? [VOLT., 1er disc.]
Il se dit de Dieu.
Dieu y parut dans sa majesté [BOSSUET, Hist. II, 4]
Elle voudrait disparaître tout entière devant la majesté du roi des rois [ID., Mar.-Thér.]
Celui qui règne dans les cieux, à qui seul appartient la gloire, la majesté, l'indépendance [ID., Reine d'Angl.]
Le terme de majesté n'est attribué à Jésus-Christ dans l'Évangile que lorsqu'il s'agit du jugement universel [BOURDAL., Jugem. dern. 1er avent, p. 47]
Il ordonnait [à ceux qui n'étaient pas suffisamment respectueux durant le service divin] qu'on fléchît le genou et qu'on se tût devant la majesté présente qui, pour être cachée, n'en était pas moins redoutable [FLÉCH., Duc de Mont.]
Et vous, sous sa majesté sainte, Cieux, abaissez-vous [RAC., Esth. III, 9]
Viens-tu du Dieu vivant braver la majesté ? [ID., Athal. II, 2]
Lorsque, prosternée sous la majesté de ses regards [de Dieu], la vile créature reconnaît qu'elle n'est que cendre et poussière en sa présence [MASS., Carême, Prière 2]
Il se dit aussi des choses qui impriment le respect. La majesté du trône. La majesté de l'empire romain.
[La paix] Donne aux champs les moissons fertiles, Et, de la majesté des lois Appuyant les pouvoirs suprêmes, Fait demeurer les diadèmes Fermes sur la tête des rois [MALH., III, 2]
Les bassesses de la flatterie, indignes de la majesté du lieu où je parle, et du ministère sacré que j'exerce [BOSSUET, Gornay.]
Ainsi puisse être rendue la majesté à vos tribunaux ! [ID., le Tellier.]
Les prêtres de l'Oratoire.... y donnèrent [dans la chapelle royale] par leur piété, aux autels leur véritable décoration, et au service divin sa majesté naturelle [ID., Reine d'Anglet.]
Quoi ! vous pourriez, seigneur, par cette indignité De l'empire à vos pieds fouler la majesté ? [RAC., Bérén. IV, 8]
Ô grandeur des Romains, ô majesté flétrie ! [VOLT., Catil. IV, 6]
Le pouvoir royal même.
La majesté des rois d'Angleterre serait demeurée plus inviolable, si, contente de ses droits sacrés, elle n'avait point voulu attirer à soi les droits et l'autorité de l'Église [BOSSUET, Reine d'Anglet.]
Il ne faut point s'étonner s'ils [les Anglais] perdirent le respect de la majesté et des lois, et s'ils devinrent factieux, rebelles et opiniâtres [ID., ib.]
[Dans la révolution anglaise] nul frein à la licence, la majesté violée par des attentats jusqu'alors inconnus [ID., ib.]
Titre particulier qui se donne aux empereurs, aux rois et à leurs épouses (avec une M majuscule). Votre Majesté, Sire, a ordonné. Je rendrai compte à Sa Majesté.
Le zèle que vous [religieuses du Val-de-Grâce] avez pour votre Époux, vous faisait voir avec plaisir ces Majestés [Anne et Marie-Thérèse] humiliées en sa présence [FLÉCH., Marie-Thér.]
Le prince d'Orange ne se mêla point aux compliments, parce qu'il n'aurait point eu de Sire, ni de Majesté [SAINT-SIMON, 31, 101]
Louis XI fut le premier roi de France à qui on donna quelquefois le titre de Majesté, que jusque-là l'empereur seul avait porté [VOLT., Mœurs, 94]
Il n'y avait autrefois que l'empereur qui eût le titre de Majesté ; les autres rois s'appelaient Votre Altesse, Votre Sérénité, Votre Grâce [ID., Dict. phil. Cérémonies.]
Ce n'est que depuis 1741 que la chancellerie impériale traite les rois de Majestés dans le protocole de l'empire [ID., Suppl. au Siècle de Louis XIV, 1re part.]
L'empereur ne voulait point donner le titre de Majesté aux rois ses vainqueurs ; son ministre Lutzau, dans le premier acte de 1641, qui établissait les saufs-conduits et les conférences, parle des préliminaires entre sa sacrée Majesté césarienne et le sérénissime roi très chrétien [ID., Ann. Emp. Ferdinand III, 1648]
Votre Majesté se dit quand on adresse la parole au souverain ou à la souveraine. Sa Majesté se dit quand on parle du souverain ou de la souveraine. Vos Majestés se dit quand on parle à plusieurs têtes couronnées. Leurs Majestés se dit quand on parle de plusieurs têtes couronnées. Par abréviation on écrit V. M. [Votre Majesté], VV. MM. [Vos Majestés], S. M. [Sa Majesté], LL. MM. [Leurs Majestés]. Sa Majesté impériale, l'empereur des Français, l'empereur d'Autriche, que l'on qualifie aussi de Sacrée Majesté, mais seulement quand on lui parle, l'empereur de Russie, l'empereur du Brésil. Sa Majesté très chrétienne, le roi de France. Sa Majesté catholique, le roi d'Espagne. Sa Majesté très fidèle, le roi de Portugal. Sa Majesté britannique, le roi d'Angleterre. Sa Majesté suédoise, Sa Majesté danoise, le roi de Suède, le roi de Danemark. On dit aussi Sa Majesté le roi d'Angleterre. Sa Majesté le roi de Suède, etc. Fig.
Voilà comme les hommes sont ballottés par la fortune ; Sa Sacrée Majesté le hasard décide de tout [VOLT., Lett. Mariott. 26 fév. 1767]
Dans les temps anciens, Majesté n'était pas particulier aux souverains, et se disait d'autres grands personnages.
Il y a encore une lettre de lui [Charles IV] au cardinal Colombier, doyen du sacré collége, datée de l'an 1355, dans laquelle il appelle ce doyen Votre Majesté [VOLT., Mœurs, 70]
Terme de littérature. Caractère de pompe et de grandeur. La majesté du style.
On a pris pour de la majesté la pesanteur des vers qui se tiennent comme enchaînés deux à deux, et qui se retardent l'un l'autre ; mais la majesté consiste dans le nombre, le coloris, l'éclat et la pompe du style [MARMONTEL, Élém. litt. Œuv. t. X, p. 467, dans POUGENS]
Terme d'histoire romaine. Loi de majesté, loi punissant tout attentat contre le peuple romain, et appliquée par les empereurs à tout délit contre le prince.
Il y avait une loi de majesté contre ceux qui commettaient quelque attentat contre le peuple romain ; Tibère se saisit de cette loi et l'appliqua, non pas aux cas pour lesquels elle avait été faite, mais à tout ce qui put servir sa haine ou ses défiances [MONTESQ., Rom. 14]
Jugement de majesté, jugement prononcé en vertu de la loi de majesté.
Terme de diplomatique. Sceau de majesté, sceau des empereurs d'Allemagne. S'est dit aussi du grand sceau féodal de l'électeur de Mayence.

REMARQUE

  • 1. Faut-il dire, en parlant à un roi : Votre Majesté est maître ou maîtresse ? Quand il s'agit d'un adjectif, la règle n'est pas douteuse, l'adjectif s'accorde avec Majesté : Votre Majesté peut être assurée.... Mais avec des substantifs, lors même que les substantifs ont des féminins, il vaut mieux donner le genre masculin. Du moins tel est l'usage constaté par Bouhours dans ses Nouvelles remarques : Je l'ai assuré que Votre Majesté était le maître, DUC DE SAVOIE, dans BOUHOURS ; Cette acquisition ne donnerait à Sa Majesté aucun avantage solide, puisqu'aussi bien elle serait maître de ses États, MAZARIN, dans BOUHOURS.
  • 2. Faut-il dire : Votre Majesté est le plus éclairé des rois ou la plus éclairée des rois ? Il serait mieux de changer de tournure ; mais, si on tenait à suivre celle-ci, on dirait, vu que l'idée de roi et du masculin est celle qui domine : Votre majesté est le plus éclairé des rois.

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    E lors nostre Sire le demostrera, et lors parra [paraîtra] la majestez de Deu [, Machab. II, 2]
    Plein sunt li ciel et la terre de la majestet de ta gloire [, Liber psalm. p. 250]
  • XIIIe s.
    Or en ait Diex pitié, li rois de majesté [, Berte, X]
  • XIVe s.
    Pour les rebellions et malefices perpetrez encontre la magesté royal, en soy armant... [, Lettre de Charles V, Bibl. des chartes, 4e série, t. III, p. 425]
    Je croy qu'il a ou monde si noblement resgné, Qu'il a acquis l'amour de Dieu de maysté [, Guesclin. Variantes du vers 1732]
  • XVe s.
    Seoit le roi en majesté royale [FROISS., II, II, 74]
    Mais la grant benignité De ta royal majesté [E. DESCHAMPS, Lay du roy.]
    Gens de petit estat qui ne desiroient que de troubler les besongnes, pour eux augmenter et avoir majesté sur les plus riches [MONSTREL., t. II, p. 142, dans LACURNE]
  • XVIe s.
    Pour excuser son maistre envers Sa Majesté [le roi] [MONT., I, 38]
    Il avoit l'esprit prompt et subtil, le langage et la grace avec de la majesté, et le naturel actif et vigilant [CASTELN., 2]
    En ce temps (1575) n'estoit tenu pour bon courtisan qui disoit : le roy ; ains falloit dire leurs majestés à la mode de la cour ; sur quoi, par derision, fut fait le sonnet fles majestés [le pluriel fut commandé par un règlement de Henri III, peu après son retour de Pologne] [, Journal de l'Estoile, t. XLV, p. 118, collection Petitot, 1re série]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. majestat, maiestat ; espagn. magestad ; ital. magestà ; du latin majestatem, qui vient de majus pour magius, plus grand (voy. MAJEUR), et le suffixe tat qui fait des noms abstraits.

majesté

MAJESTÉ. n. f. Grandeur suprême, caractère auguste qui imprime le respect. La majesté divine. La majesté royale. La majesté des lois. La majesté des autels. La majesté du trône. La majesté de l'empire romain, du peuple romain.

Il se dit, par extension, en parlant des Personnes et des choses qui ont un air de grandeur propre à inspirer de l'admiration, du respect. Elle a un air de majesté. N'admirez-vous pas la majesté de cet édifice?

Il est aussi un Titre particulier qu'on donne aux empereurs, aux rois, aux impératrices, aux reines. On dit, en leur parlant, Votre Majesté, Vos Majestés; et en parlant d'eux, Sa Majesté, Leurs Majestés, Votre Majesté, sire, a ordonné. Par abréviation, on écrit, V. M., VV. MM., S. M., LL. MM.

Sa Majesté Impériale, Qualification donnée aux empereurs.

Sa Majesté Très Chrétienne, Le roi de France. Sa Majesté Catholique, Le roi d'Espagne. Sa Majesté Très Fidèle, Le roi de Portugal. Sa Majesté Britannique, Sa Majesté Suédoise, Sa Majesté Danoise, Le roi ou la reine d'Angleterre, le roi de Suède, le roi de Danemark; on dit aussi Sa Majesté le roi d'Angleterre, Sa Majesté le roi des Belges.

majesté

Majesté, Maiestas.

Abbaisser sa majesté, et se rendre contemptible, Soluere maiestatem.

Leser la majesté, Imminuere maiestatem.

Conserver et garder sa majesté, et ne la laisser fouler, Retinere maiestatem, vel ius suum.

Remettre sa majesté sus, et la confermer et mettre en asseurance, Constituere maiestatem.

majesté


MAJESTÉ, s. f. MAJESTUEUX, EûSE, adj. MAJESTUEûSEMENT, adv. [2e è moy. 4e lon. 5e e muet; en, dans le 3e, a le son d'an; tu-eû, eû-ze, eû-zeman.] Majesté, grandeur auguste et souveraine. Il se dit par excellence de Dieu; et par extension, des Rois, des Empires, des Lois. "La Majesté Divine. "La Majesté des Rois. "Crime de lèse-majesté divine et humaine. "La majesté du Sénat, du Peuple Romain. "Ce n'est pas de la majesté de la Loi dont ils sont jaloux; c'est la gloire et la faveur de Daniel qu'ils haïssent. Mass. = Dans le st. oratoire, on dit aussi la majesté d'un temple, d'un édifice magnifique, etc.
   Rem. En parlant aux Rois, quand ce mot est joint à un pur adjectif, ou à un participe, on met le fémin. "Votre Majesté est victorieûse; votre Majesté est fort élevée au-dessus des autres Souverains. Mais quand il est joint à des substantifs employés adjectivement, les sentimens sont partagés sur le genre. Les uns disent: "Depuis que votre Majesté est maître, d'aûtres disent, maîtresse de la Corse. Cependant maître est plus suivant la raison et l'usage. Voyez BOUH. Rem. nouv. On dit: Sa Majesté est le Père et le Protecteur de son Peuple (et non pas, la Mère, la Protectrice) on doit donc dire de même: "Sa Majesté est maître, (et non pas maîtresse) de la Franche-Comté. Ibid.
   MAJèSTUEUX, qui a de la majesté. Majestueûsement, avec majesté, avec grandeur. "Air majestueux, tâille, démarche majestueûse. "Temple majestueux; style majestueux. "Marcher majestueûsement. Prononcer majestueûsement un arrêt.

Synonymes et Contraires

majesté

nom féminin majesté
Littéraire. Air extérieur de grandeur.
Traductions

majesté

erhaben, majestätisch, Majestätmajesty, majestic, statelinessmajesteit, sire, statigheid, verhevenheid, majestueus, plechtstatig, statig, verhevenגאון (ז), הדרה (נ), רוממות (נ), גָּאוֹן, רוֹמְמוּת, הֲדָרָהmajesteco, reĝa moŝtomajestadeвеличие, Ваше Величествоμεγαλειότητα, μεγαλειότατοςmaestàجَلَالَةٌveličenstvomajestætmajestadmajesteettiveličanstvo威厳폐하majestetmajestatmajestätพระเจ้าแผ่นดินgörkemvẻ uy nghi雄伟 (maʒɛste)
nom féminin
1. titre donné à un roi, une reine Sa majesté.
2. beauté, noblesse la majesté d'un lieu

majesté

[maʒɛste] nfmajesty