misérable

misérable

adj. et n. [ du lat. miserabilis, touchant, de miserari, avoir pitié de ]
Qui manque de ressources ; qui témoigne d'une extrême pauvreté : Ce vieillard est misérable indigent, nécessiteux ; riche pauvre ; luxueux
adj.
1. De nature à susciter la pitié : Les conditions de vie des réfugiés sont misérables déplorable, pitoyable ; enviable
2. Digne de mépris ; sans valeur : Une misérable vengeance mesquin ; noble dérisoire ; considérable

MISÉRABLE

(mi-zé-ra-bl') adj.
Qui est dans la misère, ou dans le malheur.
Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir [LA FONT., Fabl. VII, 1]
La grandeur de l'homme est grande en ce qu'il se connaît misérable [PASC., Pens. I, 3, éd. HAVET.]
Il [l'homme] veut être heureux, et il se voit misérable [ID., ib. I, 8]
C'est être d'autant plus misérable qu'on est tombé de plus haut [ID., ib. VIII, 13]
On n'est pas misérable sans sentiment : une maison ruinée ne l'est pas ; il n'y a que l'homme de misérable [ID., ib. XXV, 82]
Nous sommes plaisants de nous reposer dans la société de nos semblables : misérables comme nous, impuissants comme nous [ID., ib. XIV, 1]
Nous voici donc, hélas ! À ce jour détestable Dont la seule frayeur me rendait misérable [RAC., Théb. I, 1]
Et ce héros aimable Est aussi malheureux que je suis misérable [ID., Mithr. II, 1]
Haï, craint, envié, souvent plus misérable Que tous les malheureux que mon pouvoir accable [ID., Esth. II, 1]
Mais dans l'ennui qui m'accable, Si mes amis sont heureux, Je serai moins misérable [VOLT., Usage de la vie.]
Le plus heureux est celui qui souffre le moins de peines ; le plus misérable est celui qui sent le moins de plaisirs [J. J. ROUSS., Ém. II]
Par exagération.
Ce misérable M. d'Auxerre n'a pas même un bon carrosse ? [MAINTENON, Lett. à Mme de Caylus, 24 nov. 1716]
Il se dit des choses. Une misérable condition. Son sort est misérable.
La plupart des hommes emploient la première partie de leur vie à rendre l'autre misérable [LA BRUY., XI]
Faire une fin misérable, mourir dans la misère, et aussi mourir d'une mort funeste.
Digne de pitié.
Misérable, je puis adoucir des taureaux, Et je ne puis toucher les volontés d'un homme [CORN., Médée, III, 3]
Misérable vengeur d'une juste querelle, Et malheureux objet d'une injuste rigueur [ID., Cid, I, 9]
Misérables humains, ceci s'adresse à vous [LA FONT., Fabl. X, 13]
Il se dit aussi des choses.
C'est une misérable suite de la nature humaine [PASC., dans COUSIN]
On traîne, on va donner en spectacle funeste De son corps tout sanglant le misérable reste [RAC., Esth. III, 8]
Digne de mépris et de haine. Il faut être bien misérable pour faire une telle action.
Le croyez-vous vous-mêmes, misérables que vous êtes ? [PASC., Prov. XVI]
Misérable, tu cours à ta perte infaillible [RAC., Phèdre, IV, 3]
Misérable ! et je vis ! et je soutiens la vue De ce sacré soleil dont je suis descendue [ID., ib. IV, 6]
Misérable Zaïre ! Tu ne jouiras pas.... [VOLT., Zaïre, V, 7]
Qui est sans valeur, sans mérite. Un auteur misérable.
N'avez-vous point de honte de me mettre en état d'appréhender auprès de vous un misérable bourgeois ? [BUSSY, dans RICHELET]
Un misérable faiseur de vers [PATRU, Oraison pour Archias, dans RICHELET]
Lucrèce était un misérable physicien, et il avait cela de commun avec toute l'antiquité [VOLT., Dict. phil. Poëtes.]
Il se dit aussi des choses. Un livre misérable.
Si vous ne m'aimiez, il faudrait brûler mes misérables lettres avant que de les ouvrir [SÉV., 425]
Il n'y a rien de plus éclatant [que la gloire], ni qui fasse plus de bruit parmi les hommes, et tout ensemble il n'y a rien de plus misérable ni de plus pauvre [BOSSUET, la Vallière.]
Rien n'est si petit et si misérable que de se donner pour ce qu'on n'est pas et se faire honneur du personnage d'un autre [MASS., Carême, Doutes sur la relig.]
Telle est la misérable faiblesse des hommes, qu'ils regardent avec admiration ceux qui ont fait du mal d'une manière brillante, et qu'ils parleront souvent plus volontiers du destructeur d'un empire que de celui qui l'a fondé [VOLT., Charles XII, discours.]
C'est une misérable consolation d'apprendre que des monstres sont abhorrés, mais c'est la seule qui reste à notre faiblesse [ID., Lett. d'Alemb. 18 juill. 1766]
Je l'ai lu, sans pouvoir y glaner une misérable ligne qui me servît [DIDER., Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 391, dans POUGENS]
Quelques-uns, tels que les fourmiliers, les paresseux, etc. sont d'une nature si misérable, qu'ils ont à peine les facultés de se mouvoir et de manger [BUFF., Quadrup. t. V, p. 168]
Tous ces êtres sont misérables sans être malheureux, et, dans ses productions les plus négligées, la nature paraît toujours plus en mère qu'en marâtre [ID., ib. t. VI, p. 88]
Ah ! monsieur, me dit-il, ma santé est bien misérable, et il entra dans le détail de ses maux de nerfs.... [MARMONTEL, Mém. VIII]
Substantivement. Un misérable, une misérable, celui, celle qui est dans la misère ou dans le malheur.
Comme les joies des misérables ne durent guère [VOIT., Lett. 25]
Puis la peur de la mort sied mal aux misérables [ROTR., Bélis. I, 2]
Il ne se faut jamais moquer des misérables ; Car qui peut s'assurer d'être toujours heureux ? [LA FONT., Fabl. V, 17]
En un mot il languit, le pauvre misérable [MOL., Éc. des f. II, 6]
J'aime les biens, parce qu'ils donnent le moyen d'en assister les misérables [PASC., Pens. XXIV, 69]
Et pour nous rendre heureux, perdons les misérables [RAC., Brit. II, 8]
Il se dit aussi de ceux qui sont dans une condition inférieure, ou de gens sans ressources.
Quand nous faisons besoin, nous autres misérables, Nous sommes les chéris et les incomparables [MOL., l'Ét. I, 2]
Moi qui sens de la pitié pour ce qui s'appelle des misérables [MAINTENON, Lett. à Mme des Ursins, 4 juill. 1706]
Lorsqu'en 1763 la Floride fut cédée par la cour de Madrid à celle de Londres, les cinq ou six cents misérables qui végétaient dans cette région se réfugièrent à Cuba [RAYNAL, Hist. phil. XII, 11]
Celui, celle qui est digne de haine ou de mépris.
On distingue les hommes en deux classes : la première, des hommes divins qui sacrifient leur amour-propre au bien public ; la seconde, des misérables qui n'aiment qu'eux-mêmes [VOLT., Trait. métaph. ch. 8]
C'est un misérable, ce n'est qu'un misérable, c'est un homme de néant, ou c'est un très malhonnête homme. Dans ce dernier sens, on dit quelquefois : c'est un grand misérable. C'est un petit misérable, se dit d'un enfant vicieux, et aussi d'une personne sans consistance.
Comment ! petit misérable, vous faites entendre qu'il n'y a que de mauvais catholiques qui aient justifié Jean Calas, rétabli sa mémoire, et déclaré sa famille innocente ! [VOLT., Facéties, Quest. sur les mir. 17e lettre.]
C'est une misérable ; la misérable, en parlant d'une femme que l'on méprise.
Quoi ! cette misérable à mon fils destinée Déclare maintenant sa haine contre moi ! [ROTR., Antig. IV, 2]

HISTORIQUE

  • XVIe s.
    On dit que la consolation des miserables est d'avoir des pareils [, l'Amant ressuscité, p. 502, dans LACURNE]
    Au dernier coin se sied la miserable crainte [D'AUB., Tragiques, la Chambre dorée.]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. et esp. miserable ; ital. miserabile ; du lat. miserabilis, de miserari, avoir pitié (voy. MISÈRE).

misérable

MISÉRABLE. adj. des deux genres. Qui est réduit à la misère, qui inspire la pitié. Cet homme, cette famille est bien misérable. Être réduit à un état misérable. En parlant des Choses, Il mène une vie, il a une existence bien misérable. Son sort est misérable. Une santé misérable. Par exagération, Il n'a qu'un misérable cheval dans son écurie. Il n'est couvert que d'un vêtement misérable. Salaire misérable. Substantivement, Secourir les misérables.

Faire une fin misérable, Mourir dans la misère, ou Trouver la mort dans des conditions peu honorables.

MISÉRABLE signifie aussi Qui inspire une pitié mêlée de mépris ou d'indignation. Il faut être bien misérable pour faire une telle action.

MISÉRABLE signifie encore Qui est sans valeur. Un auteur, un livre misérable. Toutes les raisons qu'il allègue sont misérables.

MISÉRABLE se dit substantivement par injure. C'est un misérable, ce n'est qu'un misérable, C'est un homme de néant, ou C'est un très malhonnête homme. Dans ce dernier sens, on dit quelquefois C'est un grand misérable. On dit aussi d'un Enfant, d'un jeune homme vicieux, C'est un petit misérable; et d'une Femme décriée pour sa mauvaise conduite, C'est une misérable.

miserable

Miserable, com. gen. penac. Miser, Miserandus, AErumnosus.

Miserable, qui esmeut à pitié et compassion, Miserabilis.

Aussi miserable que moy, Miser aeque atque ego.

Y a il homme du monde aussi miserable? An quisquam gentium est aeque miser?

Chose miserable et malheureuse, Miserum, Rem miseram.

Que feroyent les miserables? Quid facerent miseri?

misérable


MISÉRABLE, adj. MISÉRABLEMENT, adv. MISèRE, s. f. [Mizérable, rableman, mizère; 2e é fer. aux deux prem. è moy. et long au 3e.] Misère, exprime un état mal-heureux, une indigence extrême. Misérable, qui est dans la misère, dans le malheur. Misérablement, d'une manière misérable. "Il ou elle est au comble la misère, dans de la dernière misère. "Il est mort de faim et de misère; de pûre misère. "Cette famille est bien misérable. = S. m. Un pauvre misérable. "Assister, secourir les misérables. "Il vit; il est mort misérablement.
   I. Misère, outre son sens propre, a d'autres significations. 1°. Peine, dificulté. "C'est une misère d'avoir afaire à cet Avocat, il est trop employé. "C'est une grande misère que les procês. = 2°. Faiblesse et imperfection de l'homme. "C'est une étrange misère que de se laisser emporter à ses passions. "La misère de l'homme est bien grande. "Seigneur, ayez pitié de notre misère. "Dans le monde, tout n'est que misère et vanité. = 3°. En style proverb. Collier de misère, travail assidu. "Cette charge est pour lui le collier de misère. "Après un repôs de quelques jours, je vais reprendre le collier de misère.
   II. Misérable signifie quelquefois, 1°. Funeste. "Il a fait une fin misérable, il est mort en impie, en libertin endurci. = 2°. Méchant. "Il faut être bien misérable, pour faire une action si honteûse. = 3°. Mauvais en son genre. "Discours, pièce, livre, Auteur misérable. = 4°. Misérable suit ou précède le substantif, au choix de l'Orateur ou du Poète. "Misérables jouets de l'erreur, nous nous livrons en aveugles au moindre espoir, qui nous abûse et nous flate. Jérus. Délivrée.
   C'est moi qui brise ses faux Dieux,
   Misérables jouets des vents et des années.       Rouss.
= Misérable. Voyez Malheureux.

Synonymes et Contraires

misérable

adjectif misérable
1.  Qui dénote la misère.
3.  Qui inspire le mépris.

misérable

nom misérable
1.  Littéraire. Personne très pauvre.
démuni, déshérité, indigent, miséreux, nécessiteux, pouilleux, va-nu-pieds -familier: crève-la-faim, traîne-savates -littéraire: gueux -vieux: disetteux.
2.  Vieux. Personne méprisable.
Traductions

misérable

elend, erbärmlich, jämmerlich, miserabelmiserable, wretched, abject, dismal, meager, pitiful, poor, mean, forlorn, squalid, unenviable, wretchellendig, beklagenswaardig, belabberd, erbarmelijk, miserabel, schamel, schunnig, straatarm, stumperig, zielig, armoedig, armzalig, onbeduidend, ongelukkig, verrot, desolaat, ellendeling, haveloos, rampzalig, onnozelאביוני (ת), אומלל (ת), יחפן (ז), מסכן (ז), אֶבְיוֹנִי, יַחְפָן, אֻמְלָלbeklaaglik, beklaenswaardig, beklagenswaardig, beroerdάθλιοςkompatinda, malriĉega, mizeradigno de lástima, míserocelaka, hinamiserabile, misero, povero, sciagurato, squallidocoitado, lastimável, miserávelutfattigгоремычный可憐 (mizeʀabl)
adjectif
1. pauvre un quartier misérable
2. triste, malheureux une vie misérable

misérable

[mizeʀabl]
adj
(= lamentable, malheureux) → pitiful, wretched
d'aspect misérable → wretched-looking
une femme d'aspect misérable → a wretched-looking woman
(= insignifiant, mesquin) → miserable
nmf (vieilli) (= scélérat) → wretch (= miséreux) → poor wretch