mordre

mordre

v.t. [ lat. mordere ]
1. Serrer, saisir fortement avec les dents en blessant, en entamant : Le chien a mordu son maître. Mordre une pomme croquer
2. (Sans compl.) Attaquer avec les dents : Cet animal ne risque pas de mordre. Ça mord le poisson prend l'appât
3. Ronger ; pénétrer dans : La lime mord le métal entamer
4. S'accrocher ; trouver prise : Des crampons qui mordent bien la glace.
5. Aller au-delà de la limite fixée : La voiture a mordu la ligne blanche empiéter sur
6. (Sans compl.) Réaliser un saut mordu : À son premier essai, il a mordu.
v.t. ind.
1. (dans) Entamer avec les dents : Mordre dans une pêche.
2. (dans) S'enfoncer dans : La vis mord dans le bois.
3. (à) Prendre goût à : Elle a mordu à l'informatique.
4. (à) Se laisser prendre ou tromper : Il a mordu à notre histoire.
5. (sur) Empiéter sur : La haie mord sur notre jardin. La réunion mordra un peu sur l'après-midi.
Mordre à l'appât ou à l'hameçon,
s'en saisir, en parlant du poisson ; fig., se laisser prendre à qqch, en parlant de qqn.

se mordre

v.pr.
Se mordre les doigts de qqch,
Fam. s'en repentir amèrement.

mordre


Participe passé: mordu
Gérondif: mordant

Indicatif présent
je mords
tu mords
il/elle mord
nous mordons
vous mordez
ils/elles mordent
Passé simple
je mordis
tu mordis
il/elle mordit
nous mordîmes
vous mordîtes
ils/elles mordirent
Imparfait
je mordais
tu mordais
il/elle mordait
nous mordions
vous mordiez
ils/elles mordaient
Futur
je mordrai
tu mordras
il/elle mordra
nous mordrons
vous mordrez
ils/elles mordront
Conditionnel présent
je mordrais
tu mordrais
il/elle mordrait
nous mordrions
vous mordriez
ils/elles mordraient
Subjonctif imparfait
je mordisse
tu mordisses
il/elle mordît
nous mordissions
vous mordissiez
ils/elles mordissent
Subjonctif présent
je morde
tu mordes
il/elle morde
nous mordions
vous mordiez
ils/elles mordent
Impératif
mords (tu)
mordons (nous)
mordez (vous)
Plus-que-parfait
j'avais mordu
tu avais mordu
il/elle avait mordu
nous avions mordu
vous aviez mordu
ils/elles avaient mordu
Futur antérieur
j'aurai mordu
tu auras mordu
il/elle aura mordu
nous aurons mordu
vous aurez mordu
ils/elles auront mordu
Passé composé
j'ai mordu
tu as mordu
il/elle a mordu
nous avons mordu
vous avez mordu
ils/elles ont mordu
Conditionnel passé
j'aurais mordu
tu aurais mordu
il/elle aurait mordu
nous aurions mordu
vous auriez mordu
ils/elles auraient mordu
Passé antérieur
j'eus mordu
tu eus mordu
il/elle eut mordu
nous eûmes mordu
vous eûtes mordu
ils/elles eurent mordu
Subjonctif passé
j'aie mordu
tu aies mordu
il/elle ait mordu
nous ayons mordu
vous ayez mordu
ils/elles aient mordu
Subjonctif plus-que-parfait
j'eusse mordu
tu eusses mordu
il/elle eût mordu
nous eussions mordu
vous eussiez mordu
ils/elles eussent mordu

MORDRE

(mor-dr') , je mords, tu mords, il mord, nous mordons, vous mordez, ils mordent ; je mordais ; je mordis ; je mordrai ; je mordrais ; mords, qu'il morde, mordons, mordez, qu'ils mordent ; que je morde, que nous mordions, que vous mordiez ; que je mordisse ; mordant, mordu v. a.
Entamer avec les dents. Un chien enragé l'a mordu. Il a été mordu d'une vipère.
Dans le premier transport de ma douleur, je me jetai sur le glacis et je mordis la terre [J. J. ROUSS., Confess. I]
Qui leur eût dit que.... Les chevaux de Crimée un jour mordraient l'écorce Des vieux arbres du grand Louis ? [V. HUGO, Voix, 2]
Fig.
Rien que la médiocrité n'est bon ; c'est la pluralité qui a établi cela, et qui mord quiconque s'en échappe par quelque bout que ce soit [PASC., Pens. VI, 14, éd. HAVET.]
Un pâle pamphlétaire.... S'en vient, tout grelottant d'envie et d'impuissance, Sur le front du génie insulter l'espérance, Et mordre le laurier que son souffle a sali [A. DE MUSSET, Nuit de mai.]
Fig. Mordre le sein de sa nourrice, se montrer ingrat.
Ne mordez jamais le sein de vos nourrices [VOLT., Disc. aux Velches.]
Fig. Se mordre la langue, voy. LANGUE. Se mordre les lèvres de dépit, de rage, etc.
De rage, sans parler, je m'en mordais la lèvre [RÉGNIER, Sat. X]
Mordant ses lèvres de dépit [LA FONT., Nic.]
Si quelqu'un disait un bon mot, les autres baissaient les yeux et se mordaient les lèvres de douleur de ne l'avoir pas dit [VOLT., Babouc.]
Fig. Se mordre les lèvres, signifie aussi se montrer étonné, surpris.
Il [Télémaque] parle ainsi, et tous ces princes se mordent les lèvres et ne peuvent assez s'étonner de la vigueur avec laquelle il vient de parler [FÉN., t. XXI, p. 315]
S'en mordre les doigts, s'en mordre les pouces, se repentir d'une chose qu'on a faite.
Car on tient que, deux jours après son mariage, Il s'en mordit les doigts [TH. CORN., Baron d'Albikrac, II, 9]
Je crois que Lambert se mordra les pouces de m'avoir réimprimé ; dix volumes sont durs à la vente ; Dieu le bénisse et ceux qui liront mes sottises ; pour moi je voudrais les oublier [VOLT., Lett. Thiriot, 10 sept. 1756]
Se mordre les doigts, ses doigts, ronger ses doigts avec les dents, pendant qu'on est plongé dans la méditation et le travail.
Dès que j'y veux rêver [à louer], ma veine est aux abois ; J'ai beau frotter mon front, j'ai beau mordre mes doigts [BOILEAU, Sat. VII]
Mordre ses ongles, se ronger les ongles avec les dents ; et fig. se travailler l'esprit pour faire quelque composition en vers ou en prose. Fig. et familièrement. Je ne sais quel chien l'a mordu, je ne sais quel caprice le prend.
Quelque chien enragé l'a mordu, je m'assure [MOL., Éc. des f. II, 2]
Par extension, entamer avec le bec ou les suçoirs, se dit en parlant des oiseaux, des insectes. Le perroquet le mordit. Cet enfant est tout mordu de puces.
Absolument. Ce chien est dangereux, il mord. Mordre dans un morceau de pain.
Nos dogues mordent par instinct de courage, et lui par instinct de bassesse [VOLT., Écossaise, II, 4]
Il [l'agouti] mord cruellement [BUFF., Quadrup. t. III, p. 88]
Fig.
Il [J. B. Rousseau] a fait une épigramme sanglante contre vous ; elle commence ainsi.... Ce malheureux veut toujours mordre et n'a plus de dents [VOLT., Lett. d'Argens, 18 oct. 1736]
Mordre jusqu'au sang, serrer entre les dents jusqu'à ce que le sang vienne.
Il mord jusqu'au sang, en faisant sembler de baiser la main ; il sera mordu de même [VOLT., Lett. d'Alembert, 8 déc. 1776]
Mordre à l'hameçon, se dit du poisson qui saisit l'appât et l'hameçon.
S'il était des poissons dont la pêche réussissait lorsque la lumière du jour avait disparu, d'autres aussi ne mordaient jamais à l'hameçon ou n'approchaient jamais des filets dans les ténèbres [AMEILHON, Instit. Mém. litt. et beaux-arts, t. V, p. 382]
Fig. Mordre à l'hameçon, se laisser séduire par une proposition qui a été faite pour tromper, pour surprendre.
Charmé de ce qu'il mordait si bien à l'hameçon [LESAGE, Guzm. d'Alf. V, 5]
Fig. Il mord à la grappe, il trouve agréable ce qu'on lui dit, ce qu'on lui propose.
Elle s'aperçut que nous mordions à la grappe [LESAGE, Bachel. de Salam. ch. 19]
Fig. Mordre à quelque chose, y prendre goût, y faire des progrès. Ce jeune homme mord aux mathématiques.
Comme elle [Pauline, la nièce de M. de Sévigné] a, ainsi que son oncle, la grossièreté de ne pouvoir mordre aux subtilités de la métaphysique [CH. DE SÉVIGNÉ, dans SÉV. 15 janv. 1690]
Il n'y saurait mordre, il ne peut comprendre, il ne peut réussir, et aussi il aspire à une chose à laquelle il ne saurait parvenir.
Poétiquement. Mordre la poudre, la poussière, la terre, être tué dans un combat.
....Dont la main.... Met Égée en prison et son orgueil à bas, Et fait mordre la terre à ses meilleurs soldats [CORN., Méd. IV, 3]
J'ai fait mordre la poudre à ces audacieux [RAC., Théb. I, 3]
Ronger, creuser, percer, en parlant de certaines choses qui exercent ces actions.
Les flots du lac, poussés par le vent, mordaient leurs rivages [CHATEAUBR., Natch. 2e part. 1re moitié.]
L'onde incendiaire [l'océan de flamme qui dévore Sodome] Mord l'îlot de pierre Qui fume et décroît [V. HUGO, Orient. 1]
Terme de gravure. Mordre une planche, ou faire mordre une planche, lui faire éprouver l'effet de l'eau-forte. Terme de teinturier. L'étoffe mord la teinture, prend la couleur.
V. n. Exercer une action corrosive, entamer. L'eau-forte mord sur les métaux. L'eau-forte n'a pas assez mordu sur cette planche. La lime ne mord pas dans l'acier trempé.
La rouille y mord [sur les fers] avec mille fois plus d'avantage que sur ceux dont la surface est garantie par la trempe [BUFF., Hist. min. Introd. part. exp. Œuv. t. VIII, p. 128]
Un chemin de glace où les pieds des chevaux, couverts d'un fer usé et poli, ne pouvaient pas mordre [SÉGUR, Hist. de Nap. IX, 9]
Terme de marine. Se dit de l'ancre dont la patte inférieure s'enfonce dans le sol. Le vent mord au nord, il tend à passer vers le nord.
Faire impression sur.
La Parque et ses ciseaux Avec peine y mordaient [sur le sanglier] ; la déesse infernale Reprit à plusieurs fois l'heure au monstre fatale [LA FONT., Fabl. VIII, 27]
Absolument. Terme de peinture. Se dit des couleurs qui s'attachent à la toile.
Empiéter. Mordre dans un mur, avancer dans un mur. Cette pièce de bois ne mord pas assez avant dans le mur pour y tenir ferme. Terme de couturière et de tailleur. Il faut mordre plus avant dans l'étoffe, il faut faire la couture un peu plus loin du bord de l'étoffe, pour qu'elle ne se défasse pas. En termes d'imprimerie, la frisquette mord, les bords de la frisquette empêchent quelques portions de papier de recevoir l'impression. Les dents de cette roue ne mordent pas assez sur les ailes du pignon, elles n'engrènent pas assez.
10° Fig. Faire une critique de quelqu'un ou de quelque chose comparée à une morsure.
Elle va d'un pas et d'un ordre Où la censure n'a que mordre [MALH., III, 3]
Ainsi sur chaque auteur il trouve de quoi mordre [RÉGNIER, Sat. X]
Leurs louanges mordent, leurs caresses égratignent [BALZ., De la cour, 6e disc.]
Esprits du dernier ordre, Qui, n'étant bons à rien, cherchez sur tout à mordre.... [LA FONT., Fabl. V, 16]
Que dites-vous de la beauté de cette retraite [du cardinal de Retz] ? le monde, par rage de ne pouvoir mordre sur un si beau dessein, dit qu'il en sortira [SÉV., 9 oct. 1675]
Votre peinture du cardinal Grimaldi est excellente ; cela mord [ID., 15 avr. 1671]
Belle conclusion et digne de l'exorde. - On l'entend bien toujours : qui voudra mordre y morde [RAC., Plaid. III, 3]
Pour ne pas donner à la médisance le moindre sujet de mordre, on convint que des dames respectables et les plus graves de la cour seraient présentés à cette entrevue [Mme DE CAYLUS, Souvenirs, p. 68, dans POUGENS]
L'envie veut mordre, l'intérêt veut gagner [VOLT., Lett. Albergati, 23 déc. 1760]
Dira-t-on qu'en des vers à mordre disposés Ma muse prête aux grands des vices supposés ? [GILB., XVIIIe siècle.]
Chacun, vous dénonçant à la haine publique, Se dit : fuyez cet homme, il mord, c'est un critique [ID., Mon apologie.]
Fig. Mordre en riant, faire, tout en plaisantant, quelque reproche incisif.
11° Se mordre, v. réfl. Se faire une morsure à soi-même. Il s'est mordu en mâchant. Se faire des morsures l'un à l'autre. Ces chiens se sont mordus cruellement. Fig. Ils ne se mordront pas, se dit de gens fort éloignés l'un de l'autre. Fig. Se déchirer, se faire du mal.
Très sots enfants de Dieu.... Ne vous mordez donc plus pour d'absurdes chimères [VOLT., Ép. 96]

PROVERBES

  • Cela ne mord ni ne rue, se dit d'une chose indifférente.
  • S'il t'égratigne, mords-le, se dit à quelqu'un pour l'exciter à se battre, à se venger.
  • C'est un beau mâtin s'il voulait mordre, se dit d'un homme qui paraît avoir tout ce qu'il faut pour faire une chose, sauf la volonté, le courage, etc.
  • Tous les chiens qui aboient ne mordent pas, se dit, en méprisant, des menaces.
  • Chien qui aboie ne mord pas, c'est-à-dire ceux qui font le plus de bruit ne sont pas les plus à craindre.
  • Mordu de chien ou de chat, c'est toujours bête à quatre pattes, c'est-à-dire : que le mal nous arrive par celui-ci ou par celui-là, c'est toujours la même chose.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Al destre bras lui morst uns vers [verrat] si mals [, Ch. de Rol. LVI]
    Et porc et chien le mordent et defoulent [, ib. CLXXXIII]
  • XIIIe s.
    Et povreté fait pis que mort, Car ame et cors tormente et mort, Tant cum l'ung o [avec] l'autre demore [, la Rose, 8194]
    Briement les nommerai sans ordre, Por plustost à ma rime mordre [, ib. 10488]
    Penssons que, quant li homs est ou travail de mort, Ses biens ne ses richesces n'i valent un chat mort, Ne li pueent oster l'angoisse qui le mort, Ne ce dont conscience le reprent et remort [J. DE MEUNG, Test. 315]
  • XIVe s.
    Tenailles à ce porpocionées, à ce que il [elles] puissent mordre la chose qui est fichée enz [H. DE MONDEVILLE, f° 37, verso.]
    Philotecles qui avoit esté mors d'un serpent appellé vipere [ORESME, Eth. 210]
  • XVe s.
    [à la bataille de Montlhéry] du costé du roy fust un homme d'estat, qui s'enfuit jusques à Luzignan, sans repaistre ; et du costé du comte [de Charolois], un autre homme de bien jusques au Quesnoy-le-Comte ; ces deux n'avoient garde de se mordre l'un l'autre [COMM., Mém. I, 4]
  • XVIe s.
    Lequel en son epitaphe se complainct estre mort pour estre mords d'une chatte au petit doigt [RAB., Pant. IV, 17]
    À present, quand on void quelcun à la cour avec l'habillement de l'an precedent, on lui dit : nous le conoissons bien ; il ne nous mordra pas [LANOUE, 165]
    Quand quelqu'un estoit noté d'estre querelleux, on le fuyoit comme un cheval qui mord ou qui rue [ID., 245]
    Comme ceste avant garde faisoit bonne mine, ceulx de la religion ne l'osoyent aller mordre [ID., 593]
    M. le mareschal d'Anville estoit alors mordu des calomniateurs qui l'accusoyent d'avoir intelligence avec son cousin l'admiral [ID., 699]
    Mordre en riant [CALV., Instit. Ép. 309]
    Douleur poignante et mordante [PARÉ, VIII, 10]
    Piqués ou mordus des bestes venimeuses [ID., XXIII, 1]
    Je fus mords d'une vipere au bout du doigt index [ID., XXIII, 23]
    Lorsque la partie morse devient purpurée, noire ou verdoyante [ID., XIII, 30]
    Si j'oyois faire quelque conte où je ne peusse pas mordre.... [MONT., I, 200]
    Socrates avoit seul mordu à certes au precepte de se cognoistre [ID., II, 62]
    Il faut leur faire baisser la teste et mordre la terre soubs l'auctorité [ID., II, 150]
    Une volupté cuisante et mordante [ID., II, 215]
    Il adjouxta à son dire ce traict de risée : Un homme mort ne mord point [AMYOT, Pomp. 108]
    Bien souvent les sages et vrayes remonstrances mordent et irritent ceulx qui sont en malheur [ID., Phoc. 2]
    On ne sçait qui mord ni qui rue [COTGRAVE, ]
    Tel rit qui mord [ID., ]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. mordre ; espagn. et portug. morder ; ital. mordere ; du latin mordere ( 1er e long). Le français et le provençal ont rendu brève la syllabe de, dit mordere ( 1er e bref), et reculé l'accent ; d'ailleurs le supin morsum et le parfait momordi se rapportent à un mordere ( 1er e bref) plutôt qu'à un mordere ( 1er e long) ; et il est possible que les langues romanes représentent une forme archaïque conservée populairement. Mordere se rattache au radical sanscrit mard, broyer.

mordre

MORDRE. (Je mords, tu mords, il mord; nous mordons. Je mordais. Je mordis. Je mordrai. Mords. Que je morde. Que je mordisse. Mordant. Mordu.) v. tr. Serrer avec les dents de manière à entamer. Un chien l'a mordu, l'a mordu au bras. Ce chien mord les passants, leur mord les jambes. Être mordu par un chien enragé. Il s'est mordu la langue. Il l'a mordu jusqu'au sang. Absolument, Ce chien mord cruellement. Mordre dans un morceau de pain.

Par extension, il se dit aussi des Oiseaux, de quelques insectes et de la vermine. Le perroquet mord. Cet enfant est tout mordu de puces.

Fig. et fam., Mordre le sein de sa nourrice, Se montrer ingrat.

Fig. et fam., Se mordre la langue, S'arrêter au moment de dire ce qu'on ne doit ou qu'on ne veut pas exprimer. J'allais en trop dire : je me suis à propos mordu la langue. On dit aussi Se mordre la langue d'avoir parlé, S'en repentir.

Fig. et fam., S'en mordre les doigts, s'en mordre les pouces, Se repentir d'une chose qu'on a faite. J'ai eu trop de confiance en lui, je m'en mords les doigts.

Prov. et fig., Chien qui aboie ne mord pas. Voyez CHIEN.

Fig. et fam., Mordre à la grappe, Saisir avec empressement une proposition, croire aveuglément à une promesse.

Fig. et fam., Mordre à l'hameçon, se dit d'une Personne qui se laisse séduire par une proposition qui cachait un piège.

Fig., Mordre la terre, Être terrassé. Il a fait mordre la terre à son adversaire.

Poétiquement, Mordre la poussière, Être renversé, tué dans un combat.

MORDRE signifie familièrement Prendre du goût pour une étude, y faire des progrès. Cet enfant commence à mordre au latin.

Il se dit figurément de Plusieurs choses inanimées qui rongent, qui creusent ou qui percent. L'eau-forte mord sur les métaux. L'eau- forte n'a pas assez mordu sur cette planche. La lime ne mord point dans l'acier bien trempé. Le burin a trop mordu en cet endroit. L'ancre n'a pu mordre sur ce fond de rocher.

Cette vis n'a pas mordu dans le bois, Elle n'a pas pénétré dans le bois.

Les dents de cette roue ne mordent pas assez sur le pignon, Elles n'engrènent pas assez.

En termes de Pêche, il signifie saisir l'appât. Le poisson mord, ne mord pas.

En termes de Gravure, Mordre une planche, ou Faire mordre une planche, Lui faire subir l'action de l'eau-forte, après avoir découvert en différents endroits, à l'aide d'une pointe à graver, le vernis dont elle est enduite.

MORDRE, en termes de Typographie, signifie Dépasser, déborder. La vignette mord sur les lettres, Elle avance sur les lettres.

En termes de Couture, Il faut mordre plus avant dans l'étoffe, Il faut faire la couture un peu plus loin du bord de l'étoffe, pour qu'elle ne se défasse pas.

MORDRE signifie, au figuré, Médire, reprendre, critiquer, censurer avec âpreté. Il cherche à mordre sur tout. Il n'y a point à mordre sur sa conduite. Il ne donne point à mordre sur lui.

mordre

Mordre, Mordere, Commordere, Demordere, Praemordere.

Mordre son maistre, Dentes in dominum afferre.

Mordre emmi, Admordere.

Qui mord, Mordax.

¶ Mordre en riant, Risu blando pungere.

Qui est mords, Morsus, Demorsus.

En mordant, Mordicus.

mordre


MORDRE, v. act. Je mords, tu mords, il mord; nous mordons, etc. Je mordois, ou mordais, je mordis, j'ai mordu, je mordrai, je mordrois ou mordrais. Mords; que je morde, je mordisse; mordant, mordu. = 1°. Au propre, serrer avec les dents. "Ce chien mord les passans. "Cet enfant a mordu sa nourrice = Par extension, on le dit des oiseaux, et même des insectes, quoiqu'ils n'aient point de dents. = 2°. Au figuré, médire, critiquer. En ce sens, il est neutre. "Il mord, il pince tout en riant. "Il cherche à mordre sur tout. "Il n'y a pas à mordre sur sa conduite.
   Esprit du dernier ordre,
   Qui, n'étant bon à rien, cherchez sur tout à mordre.
       La Font.
On dit assez élégamment, même en prôse, faire mordre la poussière à, terrasser, tuer. "Ils firent mordre la poussière à leurs énemis. L. T. = En parlant de sciences, n'y pas mordre, n'y rien comprendre. = On dit, en manière de proverbe: un aveugle y mordrait; cela est si clair, qu'un aveugle même le pourrait voir. = Il vaut autant être mordu d'un chien que d'une chienne; de quelque côté que viène le mal, on y est sensible. = Au chien qui mord, il faut jeter des pierres; tout le monde devrait se réunir contre les médisans. = Tout chien qui aboie ne mord pas, tous ceux qui menacent ne font pas toujours grand mal. = Il s'en mordra les doigts, ou les pouces; il s'en repentira. = Mordre à l'hameçon, ou à la grape, écouter avec plaisir une proposition; la recevoir volontiers.

Synonymes et Contraires

mordre

verbe transitif mordre
1.  Serrer entre les dents.
2.  Entamer quelque chose.
3.  Planter ses dents dans.

mordre

verbe transitif indirect mordre
1.  Familier. Prendre goût à.
2.  Déborder sur quelque chose.
Traductions

mordre

beißen, abbeißen, kauenbitebijten, happen, beitsen, knauwen, aantasten, bijten (in), de smaak te pakken krijgen (van), doordringen (in), steken [insect]הכיש (הפעיל), נגס (פ'), נישך (פיעל), נשך (פ'), עקץ (פ'), נָשַׁךְ, נָגַס, הִכִּישׁbytagafar, corroir, mossegarkousat, kousnoutbidemordimorderpurrabítamordere, abbocare, abboccare, addentare, azzannaremorderemorder, atacar metais, dar dentadas, rilharгрызть, кольнуть, кусатьbita, nappaδαγκώνω, τσιμπώbiteيَعَضُّgristiかむ물다pogryźćกัดısırmakcắnухапване (mɔʀdʀ)
verbe transitif
prendre avec les dents mordre dans une pomme se faire mordre par un chien

mordre

[mɔʀdʀ]
vt
(pour manger, attaquer) → to bite
Le chien a mordu le facteur → The dog bit the postman.
[lime, vis] → to bite into
vi
(PÊCHE) [poisson] → to bite
mordre à l'hameçon → to bite, to rise to the bait
Ça mord? → Is anything biting?
(= s'intéresser) mordre à qch → to take to sth
(en mangeant) mordre dans → to bite into
(= empiéter) mordre sur [+ ligne, limite] → to go over; [+ territoire, parcelle] → to go over into, to overlap into; [+ sujet, partie, domaine] → to overlap into