mot


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mot

n.m. [ du bas lat. muttum, grognement ]
1. Son ou groupe de sons d'une langue que l'on peut représenter par l'écriture, auquel on peut associer un sens et qui est considéré comme une unité linguistique autonome ; terme, vocable : Mot difficile à prononcer. Ces mots sont illisibles.
2. Petit nombre de paroles, de phrases : Le directeur veut te dire un mot
il veut te parler : Elle n'a pas dit un mot de toute la soirée
elle est restée silencieuse
3. Billet ; courte lettre : Il lui a envoyé un mot pour la remercier.
4. Sentence ; parole historique : Ce mot est attribué à Clovis.
5. Parole remarquable par sa drôlerie, son ingéniosité : Ils rient parce que leur collègue a fait un mot
6. Élément d'information stocké ou traité d'un seul tenant dans un ordinateur.
Au bas mot,
en évaluant au plus bas : Cela coûtera au bas mot cinq mille euros.
Avoir des mots avec qqn,
se quereller avec lui.
Avoir le dernier mot,
l'emporter dans une discussion, une querelle.
Avoir son mot à dire,
être en droit de donner son avis.
Bon mot ou mot d'esprit,
parole spirituelle.
En un mot,
brièvement.
Grand mot,
Péjor. terme emphatique.
Gros mot,
terme grossier, injurieux.
Le fin mot de l'histoire ou de l'affaire,
son sens caché.
Mot à mot ou mot pour mot,
littéralement ; sans rien changer : Répéter, traduire mot à mot.
Mot clé ou mot-clé,
celui qui donne l'explication d'un problème.
Mot composé
Mot d'ordre,
consigne donnée en vue d'une action déterminée : Lancer un mot d'ordre de grève.
Ne pas avoir dit son dernier mot,
ne pas avoir encore montré tout ce dont on est capable.
Prendre qqn au mot,
accepter sur-le-champ une proposition qu'il a faite.
Se donner le mot,
se mettre d'accord, convenir de ce qu'il faut dire ou faire.
Se payer de mots,
parler au lieu d'agir.
Toucher un mot à qqn de qqch,
lui en parler brièvement.

MOT

(mo ; on prononçait mo au XVIe siècle, PALSGRAVE, p. 24, et non pas mot' ; le t se lie dans la prononciation soutenue : un mo-t ambigu ; dans la conversation, on ne le lie pas, excepté dans la locution : mot à mot ; quelques personnes font sentir le t, mot', quand mot finit une phrase ; cela n'est pas aujourd'hui de bon usage, bien qu'anciennement Régnier-Desmarais en ait fait une règle ; au pluriel, l's se lie : des mo-z ambigus ; mots rime, outre les terminaisons en ots, avec faux, repos, eaux, etc.) s. m.

Résumé

Son monosyllabique ou polysyllabique, composé de plusieurs articulations, qui a un sens.
Mot nouveau, mot propre, mot faible.
Mots consacrés, sacramentels, factices, forgés.
Gros mots, mots gras.
Grands mots.
Paroles.
Ce qu'on écrit brièvement à quelqu'un.
Les mots, par opposition aux choses.
Sentence, apophthegme, dit notable, parole mémorable.
10° Un bon mot.
11° Mot fin.
12° Fin mot.
13° Mot trouvé.
14° Mot pour rire.
15° Prix que l'on demande ou que l'on offre d'une chose ; le dernier mot ; au bas mot ; prendre au mot.
16° Le mot d'une énigme, d'une charade, d'un logogriphe,
17° Le mot dans une devise.
18° Mot d'ordre.
19° En un mot ; en deux mots ; en peu de mots.
20° Mot à mot ; le mot à mot.
21° De mot à mot.
22° À ces mots.
23° À demi-mot ; le demi-mot.
24° À mots couverts.
25° Dans l'ancienne poésie française, vers qui se répétait dans toutes les stances d'un poëme.
26° En vénerie, sonner un ou deux mots.
Son monosyllabique ou polysyllabique, composé de plusieurs articulations, qui a un sens.
Vous vous souvenez du vieux pédagogue de la cour, et qu'on appelait autrefois le tyran des mots et des syllabes [Malherbe] [BALZAC, Socrate chrétien, X]
Cependant leur savoir ne s'étend seulement Qu'à regratter un mot douteux au jugement [RÉGNIER, Sat. IX]
J'ai une certaine tendresse pour tous ces beaux mots que je vois ainsi mourir, opprimés par la tyrannie de l'usage qui ne nous en donne point d'autres en leur place [VAUGEL., Rem. t. I, p. 206, dans POUGENS]
Je me souviens de cette belle différence qu'il y a entre les personnes et les mots, qui est que, quand une personne est accusée et que l'on doute de son innocence, on doit aller à l'absolution ; mais, quand on doute de la bonté d'un mot, il faut au contraire le condamner et se porter à la rigueur [ID., ib. t. II, p. 917]
Une oreille un peu délicate pâtit furieusement à entendre prononcer ces mots-là [MOL., Préc. 5]
Et Malherbe et Balzao, si savants en beaux mots [ID., F. sav. II, 7]
Quand, dans un discours, se trouvent des mots répétés, et qu'essayant de les corriger, on les trouve si propres, qu'on gâterait le discours, il les faut laisser [PASC., Pens. VII, 21, éd. HAVET.]
Il y en a qui vont jusqu'à cette absurdité d'expliquer un mot par le mot même ; j'en sais qui ont défini la lumière en cette façon : la lumière est un mouvement luminaire.... on voit assez de là qu'il y a des mots incapables d'être définis [PASC., Géom. I]
Ces mots primitifs, espace, temps, mouvement... [ID., ib.]
... L'imagination que l'on prend que les bonnes choses [des sciences] sont inaccessibles, en leur donnant le nom de grandes, hautes, élevées, sublimes.... je voudrais les nommer basses, communes, familières ; ces noms-là leur conviennent mieux, je hais les mots d'enflure [ID., ib. II]
Quelle facilité, quelle éloquence [dans une lettre] ! avec quel respect tous les mots viennent s'offrir à vous et à l'arrangement que vous en faites ! [SÉV., 24 mai 1690]
Il ne faut jamais disputer des mots, mais tâcher de les entendre [BOSSUET, Ét. d'orais. II, 2]
On vit redoubler sa valeur ; n'entendez pas par ce mot une hardiesse vaine, indiscrète, emportée [FLÉCH., Turenne]
Quand la Toute-Puissance D'un mot forma le ciel, l'air, la terre et les flots [BOILEAU, Sat. XI]
Ce n'est pas quelquefois qu'une muse un peu fine Sur un mot en passant ne joue et ne badine [ID., Art poét. II]
Ainsi, recommençant un ouvrage vingt fois, Si j'écris quatre mots, j'en effacerai trois [ID., Sat. II]
Il est un heureux choix de mots harmonieux ; Fuyez des mauvais sons le concours odieux [ID., Art poét. I]
Mais mon esprit, tremblant sur le choix de ses mots, N'en dira jamais un s'il ne tombe à propos [ID., Sat. II]
Et sur le ton grondeur lorsqu'elle les harangue [ses domestiques], Il faut voir de quels mots elle enrichit la langue [ID., ib. X]
Enfin Malherbe vint.... D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir [ID., Art poét. I]
Tantôt, cherchant la fin d'un vers que je construi, Je trouve au coin d'un bois le mot qui m'avait fui [ID., Ép. VI]
Et, sans dire un seul mot, j'avalais au hasard Quelque aile de poulet.... [ID., Sat. III]
Ils me font dire aussi des mots longs d'une toise [RAC., Plaid. III, 3]
Josabet livrerait même sa propre vie, S'il fallait que sa vie, à sa sincérité, Coûtât le moindre mot contre la vérité [ID., Ath. III, 4]
D'un mot ou d'un regard je puis le secourir [ID., Bajaz. I, 4]
Marot, par son tour et par son style, semble avoir écrit depuis Ronsard ; il n'y a guère entre ce premier et nous que la différence de quelques mots [LA BRUY., I]
Combien de ces mots aventuriers qui paraissent subitement, durent un temps, et que bientôt on ne revoit plus ! [ID., V]
Il n'appartient qu'à elles [les femmes] de faire lire dans un mot tout un sentiment, et de rendre délicatement une pensée qui est délicate [ID., I]
Chaque mot dans mon cœur enfonce le poignard [VOLT., Alz. III, 4]
Citer les meilleurs auteurs qui ont fait usage de ce mot, faire voir le plus ou moins d'étendue qu'ils lui ont donné, remarquer s'il est plus propre à la poésie qu'à la prose [ID., Dict. phil. Dictionnaire]
Quelle perte pour ceux d'entre nos écrivains qui ont l'imagination forte, que celle de tant de mots que nous revoyons avec plaisir dans Amyot et dans Montaigne ! [DIDEROT, Lett. sur les sourds-muets, Œuv. t. II, p. 343, dans POUGENS]
Un seul mot renferme souvent une collection d'idées : tels sont les termes d'esprit et de cœur [DUCLOS, Consid. mœurs, ch. 11]
Les mots sont des termes moyens entre les idées et les objets ; l'idée doit produire le mot, et le mot doit rappeler l'idée ; mais le sens des mots n'est pas toujours tellement déterminé qu'il amène cet effet [SENNEBIER, Ess. sur l'art d'observ. t. II, p. 45, dans POUGENS]
Mais l'abus.... sottise que ce mot ; ceux qui l'ont inventé, ce sont eux qui vraiment abusent de la presse [P. L. COUR., Pamphlet des pamphlets]
Ce pamphlétaire [P. L. Courier], qui ne se gênait d'aucune vérité périlleuse à dire, hésitait sur un mot, sur une virgule, se montrait timide à toute façon de parler qui n'était pas de la langue de ses auteurs [CARREL, Œuvr. t. V, p. 211]
Fig.
Là [sur la falaise], tout est comme un rêve, Chaque voix a des mots, Tout parle.... [V. HUGO, Odes, V, 25]
Familièrement. Traîner ses mots, parler très lentement. Compter ses mots, parler avec lenteur et avec affectation. Manger ses mots, voy. MANGER. Absolument. Pas un mot, c'est-à-dire silence complet.
Croyant que Milord l'avait oublié, je lui en parle avant de nous mettre à table ; pas un mot comme auparavant [J. J. ROUSS., Conf. XI]
Fig. N'entendre pas un mot de quelque chose, y être tout à fait ignorant, étranger.
Il n'entend pas un mot de finances [VOIT., Lett. 196]
On dit dans le même sens : il n'en sait pas un mot, il n'en sait pas le plus petit mot.
Elle ne sait pas le plus petit mot de tout ceci [GENLIS, théât. d'éduc. la Cloison, sc. 1]
Dire les mots et les paroles, dire crûment une chose qui aurait besoin d'être adoucie par l'expression. Un mot à deux ententes, à double entente, à double sens, mot susceptible de deux interprétations. On dit aussi : mot équivoque, mot ambigu.
Vos mines et vos cris aux ombres d'indécence Que d'un mot ambigu peut avoir l'innocence [MOL., Mis. III, 4]
Il n'y a pas le mot de vrai, un mot de vrai dans ce qu'on vous a rapporté, c'est-à-dire tout y est faux, controuvé.
Il n'y a pas le mot de vrai de tout ce que vous imaginez là [GOLDONI, Bourru bienfais. II, 3]
Un mot pour l'autre, mot dit ou écrit en place du mot qu'il faudrait.
On nous a pour la vie Chassés de vingt maisons. - Chassés ! quelle folie ! - Oh ! c'est un mot pour l'autre, et puisqu'il faut choisir, Point chassés, mais priés de ne plus revenir [GRESSET, le Méchant, II, 1]
Mot nouveau, mot qui n'existait pas dans la langue, et que l'on crée pour une raison quelconque.
Si est-ce que, lorsqu'il est question de faire un mot nouveau dont il semble que l'on ne peut se passer, comme est celui d'exactitude, la première chose à quoi il faut prendre garde, est qu'il ne soit point équivoque ; car dès là faites état qu'il ne sera jamais bien reçu [VAUGEL., Rem. t. I, p. 405]
L'on écrit régulièrement depuis vingt années ; l'on est esclave de la construction ; l'on a enrichi la langue de nouveaux mots [LA BRUY., I]
Il ne s'y trouve pas [dans Racine] un mot nouveau, c'est-à-dire pas un de ces mots qui se faisaient de son temps, comme il s'en est toujours fait et comme il s'en fera toujours [D'OLIVET, Rem. Racine, § 13]
N'employez jamais un mot nouveau, à moins qu'il n'ait ces trois qualités : être nécessaire, intelligible et sonore [VOLT., Conseils à un journ.]
Mot propre, mot qui exprime avec plus de justesse et d'exactitude que tout autre l'idée qu'on veut faire entendre.
La haine, qui s'efforce de paraître impartiale, n'a jamais pour la louange le mot propre, parce qu'elle ne cherche que des termes qui puissent affaiblir la vérité qu'elle exprime à regret [GENLIS, Mme de Maintenon, t. I, p. 237, dans POUGENS]
On dit par opposition : mot impropre. Mot faible, celui qui n'exprime l'idée qu'imparfaitement.
Mots consacrés, mots qui sont tellement propres et usités pour signifier certaines choses, qu'on ne peut se servir d'un autre mot sans parler improprement. Mots sacramentels ou sacramentaux, mots qui appartiennent à un sacrement. Par extension, mots sacramentels, ceux qui sont essentiels à la validité d'un acte, d'une convention. Mot factice ou fictif, mot qui n'existe pas réellement, mais qui est fait suivant les analogies de la langue. Mot forgé, mot créé par plaisanterie, d'après quelque circonstance ou quelque nom. Tartufiée est un mot forgé. Mot hybride, voy. HYBRIDE. Mot artificiel, mot sans signification, mais composé de telles lettres ou syllabes qu'il sert à rappeler certains objets et à aider la mémoire. Barbara dans la logique est un mot artificiel qui désigne un syllogisme dont les trois propositions sont universelles affirmatives.
Familièrement. Gros mots, jurements.
Sortez, m'a-t-il dit, petit.... je n'ose pas prononcer devant une femme le gros mot qu'il a dit [BEAUMARCH., Mar. de Figaro, I, 7]
Gros mots, menaces, paroles offensantes.
L'évêque de Rouen essuya les plus gros mots, dont la reine est prodigue dans sa colère [VOYER D'ARGENSON, Mém. p. 390, dans POUGENS]
Voy. aussi GROS, au n° 12. L'Académie donne : il a dit de gros mots et des gros mots ; c'est la même observation que pour de bons mots ou des bons mots, voy. BON, Rem. 4. Populairement. Avoir des mots, échanger des reproches. Mots gras, mots qui contiennent quelque impureté, et qu'on ne doit point dire en honnête compagnie et surtout devant des femmes. Mots de gueule, voy. GUEULE, au n° 3.
Grands mots, paroles ampoulées.
Il [Ronsard] vit... Tomber de ses grands mots le faste pédantesque [BOILEAU, Art poét. I]
Tout beau, dira quelqu'un, vous entrez en furie ; à quoi bon ces grands mots ?.... [ID., Sat. I]
Les pédants.... ne la distinguent pas [l'éloquence] de l'entassement des figures, de l'usage des grands mots et de la rondeur des périodes [LA BRUYÈRE, I]
Grands mots, expressions scientifiques employées hors de propos (voy. GRAND, n° 8).
... La métaphore et la métonymie, Grands mots que Pradon croit des termes de chimie [BOILEAU, Ép. X]
Un grand mot, une parole de grande importance.
Ô l'heureuse nouvelle, Le grand mot qu'on m'a dit ! nous irons, peuple aimé, Nous entrerons, troupe fidèle Dans la maison du Dieu qui seul a tout formé [CORN., Trad. du psaume CXXI]
Familièrement. Le grand mot est lâché, le mot qu'on retenait est enfin prononcé.
Paroles, et, particulièrement, peu de paroles. Dites-lui un mot en ma faveur. Il n'a pas pu placer un mot dans la conversation.
Un mot ne fait pas voir jusques au fond d'une âme [CORN., Rodog. IV, 1]
Faute d'un mot d'aveu dont il n'ose douter [ID., Sophon. IV, 3]
Ils ne m'ont jamais dit un mot de leur amour [MOL., Femm. sav. II, 3]
Mais disons donc un pauvre mot de ma fille [SÉV., 43]
Il n'a pas trouvé le moment de dire un mot en faveur de mon fils [ID., 583]
J'ai dit aussi que je croyais qu'il faudrait, quand il sera tout à fait résolu, en dire un petit mot au roi ; je voudrais que ce mot passât par vous [MAINTENON, Lett. au card. de Noailles, 27 janvier 1699]
Le prélat.... Leur confie en ces mots sa trop juste douleur [BOILEAU, Lutr. I]
Dès le premier mot ma langue embarrassée Dans ma bouche vingt fois a demeuré glacée [RAC., Bérén. II, 2]
Souvent d'un grand dessein un mot nous fait juger [ID., Athal. II, 6]
Seigneur, dites un mot, et vous nous sauvez tous [ID., Bajaz. II, 3]
Une audience destinée à rendre sommaire justice au peuple, aux artisans et aux petites affaires qui n'ont qu'un mot [SAINT-SIMON, 17, 196]
Léonor, qui était à la porte de sa chambre, ne perdait pas un mot de ce que l'on disait [LESAGE, Diable boit. ch. 5, dans POUGENS]
Jamais un mot d'amour n'est sorti de sa bouche [LAMOTTE, Inès de Castro, I, 3]
Si M. le maréchal de Richelieu était à Versailles, il pourrait lui en dire quelques mots, c'est-à-dire, en faire quelques plaisanteries, tourner mon entreprise en ridicule, se bien moquer de moi et de ma colonie [VOLT., Lett. d'Argental, 11 oct. 1771]
Ces raisons seront bien moins fortes qu'un mot de votre bouche, et je vous supplie d'avoir la bonté de dire ce mot à un prince qui ne se fait pas prier quand il s'agit de faire des heureux [ID., Lett. M. de la Touraille, 24 fév. 1768]
Et de son plein savoir, si je réplique un mot, Pour prouver que j'ai tort, il me déclare un sot [GILB., le XVIIIe siècle.]
C'est un mérite non commun, ni facile, de clore en peu de mots beaucoup de sens [P. L. COUR., Pamphl. des pamphl.]
Toucher un mot de, recommander une affaire, une personne. Elliptiquement, un mot, se dit pour touchez un mot, recommandez.
Cependant, s'il est vrai que mon service plaise, Sire, un bon mot de grâce au père de la Chaise [qui avait la feuille des bénéfices] [P. CORN., Au roi, 1676]
Si je n'en disais mot, je n'en pensais pas moins, c'est-à-dire tout en me taisant je n'en gardais pas moins ma pensée (voy. DIRE, n° 28).
Si je n'en disais mot, je n'en pensais pas moins [RÉGNIER, Sat. X]
N'avoir pas le mot à dire, le plus petit mot à dire, être sans aucun droit pour élever des objections.
Elle est, je vous assure, bien mortifiée et bien décontenancée ; je la vis l'autre jour, elle n'a pas le mot à dire [SÉV., 23]
Je n'ai pas le mot dire à tout le premier article de votre lettre [ID., 27 juin 1679]
Tout cela fut traité avec une justesse, une droiture, une vérité, que les plus grands critiques n'auraient pas eu le mot à dire [ID., 5 mars 1683]
Il n'y a pas le plus petit mot à dire à cela [MARIV., Serm. indiscr. I, 5]
N'être pas à un mot, ne pas se laisser imposer silence.
M. de Rohan n'était pas à un mot, ni aisé à persuader [SAINT-SIMON, 64, 58]
Avoir le dernier mot, l'emporter dans une discussion, faire taire son adversaire.
Oh ! puisque vous le prenez par là, vous n'aurez pas le dernier mot [FÉN., t. XIX, p. 341]
Au premier mot, à la première parole qui se dit de quelque chose, dès qu'on peut comprendre ce dont il s'agit.
Un noble cœur au premier mot doit prendre son parti [MOL., Festin, I, 3]
J'ai lu votre lettre au roi, qui l'a entendue au premier mot [MAINTENON, Lett. à Mme de Dangeau, t. VII, p. 81, dans POUGENS.]
Il faut que tout passe à son mot, il faut que tout se fasse comme il l'entend.
Mais que peut-on espérer, quand un homme, et encore un homme qui n'a pas plus d'autorité ni peut-être plus de savoir que les autres, ne veut rien entendre, et qu'il faut que tout passe à son mot ? [BOSSUET, Variat. V]
Dire deux mots, tenir quelque discours très court.
Mais, de grâce encor, sire, Deux mots en sa défense [CORN., Cid, II, 7]
Et j'ai deux mots à vous dire De la part de Jupiter [MOL., Amph. Prol.]
Dire deux mots de, s'occuper de l'affaire dont il s'agit.
L'autre reprit : il vous faut un remède, Demain matin, nous en dirons deux mots [LA FONT., Remède.]
Il est là dedans qui lui en dit deux mots [HAMILT., Gramm. 8]
Par forme de menace. Nous en dirons deux mots quand vous voudrez, nous viderons notre querelle quand il vous plaira. On dit dans le même sens : J'ai à me plaindre de lui, je lui en dirai deux mots. Par forme de provocation, quand on veut avoir une explication avec quelqu'un.
À moi, comte, deux mots [CORN., Cid, II, 2]
Par extension et par plaisanterie. Disons deux mots à cette bouteille de bourgogne, à ce pâté, entamons cette bouteille, ce pâté. Dire son mot, parler à propos, donner son avis, prendre part à la conversation.
Chacun lui dit son mot cette fois-là [LA FONT., Papef.]
Vous faites un dialogue, chacun y dit son mot très plaisamment [SÉV., 97]
S'il faut absolument que je dise mon mot, je commencerais par la douceur [MAINTENON, Lett. à Mme de Dangeau, 16 mai 1708]
Sur l'Œdipe nouveau de cette énigme obscure [l'univers], Chacun a dit mot [VOLT., Disc. 6]
Vous m'en direz quelques mots, c'est-à-dire vous apprécierez combien cela est bon, utile, etc.
Tu m'en diras quelques mots dans deux jours [LA FONT., Troq.]
Ne dire mot, ne répondre mot, ne point parler, ne point répondre.
Celle qui n'a dit mot, Monsieur, c'est la plus belle ou je ne suis qu'un sot [CORN., le Ment. I, 4]
Et vous ne dites mot à ces indignités [MOL., le Dép. III, 9]
Comme il ne répondit mot, je dis.... [PASC., Prov. IV]
Le bruit est pour le fat, les plaintes pour le sot ; L'honnête homme trompé s'éloigne et ne dit mot [LANOUE, la Coquette corrigée, I, 3]
Il écoutait tout et ne disait mot [BERN. DE ST-P., Café de Surate.]
On dit dans un sens analogue : ne sonner mot, ne souffler mot.
Ne soufflez mot, retenez votre haleine ; Tremblez, enfants, vous qui jurez parfois [BÉRANG., Préf.]
Trancher le mot, dire tout net, ne point pallier son discours, s'exprimer sans feinte, donner une réponse décisive.
Avoir prédit, tranchant le mot, Qu'il ne serait jamais qu'un sot [SCARR., Virg. VI]
Un mot, deux mots, s'il vous plaît, se dit familièrement pour appeler quelqu'un quand on a à lui parler.
De grâce, un mot, mon frère [MOL., Tart. I, 6]
Ce qu'on écrit brièvement à quelqu'un. Je lui en écrirai un mot.
Dites-moi quelque petit mot de ma tante [SÉV., 114]
Un mot de notre voyage, ma chère enfant [ID., 543]
Il serait à désirer que tous ceux qui prennent le parti de sortir de la vie laissassent par écrit leurs raisons, avec un petit mot de leur philosophie ; cela ne serait pas inutile aux vivants et à l'histoire de l'esprit humain [VOLT., Olympie, Note.]
Il n'y avait pas un mot de tout cela dans votre livre, mon cher oncle [ID., l'Ingénu, 5]
Garder dans son cœur de jeune homme Un nom mystérieux que jamais on ne nomme, Glisser un mot furtif dans une tendre main [V. HUGO, F. d'aut. 18]
Les mots, par opposition aux choses.
Si quelqu'un, plein de pensées plus hautes, prétend ici plus superbement mépriser toute cette étude des mots et du langage.... [PELLISSON, Hist. de l'Acad. III]
Un jeune Grec employait à l'étude des choses les précieuses années qu'un jeune Français consacre à l'étude des mots [D'OLIVET, Hist. Acad. t. II, p. 163, dans POUGENS]
Ce sont des mots, ce ne sont que des mots, c'est-à-dire ces paroles sont vides de sens ; et aussi ces paroles ne seront suivies d'aucun effet. Un mot d'écrit, un billet court.
N'ayant reçu des recommandations que de deux ou trois personnes, je me plaignais en général de toutes les autres, de qui je n'avais pas ouï un mot depuis que je suis ici [VOIT., Lett. 25]
Celui qui l'a fait [un sonnet] devait bien connaître l'humeur de la personne [une dame] à qui il écrivait, puisqu'ayant perdu un amant, il ne lui en dit pas un mot de consolation [ID., ib.]
Que dites-vous du tour, et de ce mot d'écrit ? [MOL., Éc. des femmes, III, 4]
On dit dans le même sens : un mot, deux mots. Donnez-moi un mot, donnez-moi deux mots de votre main.
Tenez, voyez ce mot, et sortez hors de doute ; Lisez-le donc tout haut [MOL., le Dép. I, 2]
Sentence, apophthegme, dit notable, parole mémorable.
Le docte saint Jean Chrysostome a renfermé en un petit mot une sentence remarquable, quand il a dit.... [BOSSUET, Sermons, Véritable convers. 1]
Saint Grégoire de Nazianze a dit ce beau mot du grand saint Basile : Il était prêtre, dit-il, avant même que d'être prêtre [ID., Bourgoing.]
Ces mots heureux qu'une approbation universelle transmet à la postérité [HAMILT., Gramm. 1]
Après avoir supputé longtemps sa dépense et ses forces, selon le mot de l'Évangile, elle en demeure là et ne jette pas même les premiers fondements de l'édifice [MASS., Carême, Enf. prod.]
Savez-vous bien que Pythagore, qui n'était pas un sot, et qui a mis toute sa philosophie en logogriphes, dit dans un de ses préceptes : Ne mangez pas votre cœur. C'est un grand mot [VOLT., Lett. Mme du Deffant, 31 déc. 1774]
Il se dit aussi de pensées moins importantes. Il lui échappe des mots fort heureux.
Et tel mot, pour avoir réjoui le lecteur, A coûté bien souvent des larmes à l'auteur [BOILEAU, Sat. VII]
Et dès qu'un mot plaisant vient luire à mon esprit, Je n'ai point de repos qu'il ne soit en écrit [ID., ib.]
Mot d'Évangile, voy. ÉVANGILE.
10° Un bon mot, une parole pleine de sens, de force (sens peu usité).
[Montaigne] s'arrête à faire entendre qu'il ne faut pas juger de la capacité d'un homme par l'excellence d'un bon mot qu'on lui entend dire [PASC., Géom. II]
Plus ordinairement, chose dite avec esprit.
Un jeune frisé.... Me vint prendre et me dit, pensant dire un bon mot : Pour un poëte du temps, vous êtes trop dévot [RÉGNIER, Sat. VIII]
Dieu ne créa que pour les sots Les méchants diseurs de bons mots [LA FONT., Fabl. VIII, 8]
Et dans tous ses propos On voit qu'il se travaille à dire de bons mots [MOL., Mis. II, 5]
Diseur de bons mots, mauvais caractère [PASC., Pens. VI, 19, éd. HAVET.]
Diseur de bons mots, mauvais caractère : je le dirais, s'il n'avait été dit [LA BRUY., VIII]
M. de Pompone m'a mandé qu'il me priait d'écrire tous les bons mots de Mme Cornuel [SÉV., 271]
Les uns.... d'autres.... j'en vois qui sont sans cesse à étudier de bons mots, pour avoir l'applaudissement du beau monde [BOSSUET, Sermons, Loi de Dieu, Préambule.]
Un jeune fou qui se croit tout permis, Et qui pour un bon mot va perdre vingt amis [BOILEAU, Sat. IX]
Ils blanchissent auprès d'eux [les rois] dans la pratique des bons mots, qui leur tiennent lieu d'exploits ; mais ils s'attirent, à force d'être plaisants, des emplois graves [ID., ib. X]
Personne, après Mme Cornuel, n'a plus dit de bons mots que Mme de Coulanges [Mme DE CAYLUS, Souvenirs, p. 127, dans POUGENS]
Les bons mots sont des hasards, et les agréments sont des titres [VOISENON, Sultan Misapouf, Œuv. t. V, p. 58, dans POUGENS]
Cacambo expliquait les bons mots du roi à Candide, et, quoique traduits, ils paraissaient toujours des bons mots ; de tout ce qui étonnait Candide, ce n'était pas ce qui l'étonnait le moins [VOLT., Candide, 18]
Par des bons mots, qui piquent et qu'on aime, Si naturels que l'on croirait soi-même Les avoir dits [ID., Ce qui plaît, etc.]
Je vous réponds que, si le roi a autant de millions que l'abbé de Voisenon dit de bons mots, il est plus riche que les empereurs de la Chine et des Indes [ID., Lett. Dupont, 16 août 1763]
J'ai rencontré souvent de ces gens à bons mots, De ces hommes charmants qui n'étaient que des sots [GRESSET, Méchant, IV, 4]
Et faisait jaillir à propos Le feu de la saillie et l'éclair des bons mots [DELILLE, Convers. Prolog.]
.... Un flacon délectable Verse avec son nectar les aimables propos, Et, comme son bouchon, fait partir les bons mots [ID., Homme des champs, I]
Absolument.
Des mots, de bons mots, des traits d'esprit Est-ce bien là l'emploi qu'un bon esprit doit prendre ? L'orateur des foyers et des mauvais propos ? Quels titres sont les siens ? l'insolence et des mots [GRESSET, le Méch. IV, 4]
Né avec le talent de la plaisanterie, ses mots étaient souvent répétés [CONDORCET, Vie de Volt.]
On dit maintenant en ce sens : faire des mots.
11° Mot fin, expression dont la force ou l'esprit ne paraît qu'après qu'on y a réfléchi.
12° Fig. Le fin mot, ce qu'il y a de secret, d'important dans une affaire. Je n'entends pas le fin mot de tout cela, je ne comprends pas ce qu'on veut, à quoi tendent tous ces discours et cette conduite singulière. Dire le fin mot, manifester entièrement son projet, ses vues.
13° Mot trouvé, mot si heureux ou si heureusement placé, qu'il semble le résultat d'une trouvaille, non d'un effort de l'esprit.
Qui pense finement et s'exprime avec grâce Fait tout passer ; car tout passe ; Je l'ai cent fois éprouvé, Quand le mot est bien trouvé [LA FONT., Tabl.]
Voilà ce que Boileau appelle des mots trouvés [VOLT., Dict. phil. Dictionnaire.]
14° Familièrement. Mot pour rire, ce que l'on dit en plaisantant pour amuser les autres.
Eh bien, il parle livre ; il a le mot pour rire [RÉGNIER, Sat. XII]
Le bon Picard a donc le petit mot pour rire ! [COLLIN D'HARLEVILLE, Optimiste, I, 9]
Il n'y a pas le mot pour rire, se dit lorsqu'un homme, voulant être plaisant, ne l'est pas du tout. Il n'y a pas le mot pour rire à ce qu'il dit. Où est là le mot pour rire ? Je ne sais où est le mot pour rire dans cette affaire, se dit d'une affaire qui a mal réussi, qui est fort désagréable. Il n'y a pas là le mot pour rire, le plus petit mot pour rire, la chose dont on parle ne doit pas être tournée en plaisanterie.
15° Prix que l'on demande ou que l'on offre d'une chose. Je n'en rabattrai rien ; je n'ai pas deux mots.
Je priai Jolet de faire le marché au mot du père [au prix que le père avait marqué], et que je donnerais le surplus [SAINT-SIMON, 427, 165]
Le premier mot, le premier prix, celui sur lequel il est possible que l'on fasse quelque diminution ou quelque augmentation. Le dernier mot, le dernier prix que l'on offre ou que l'on accepte.
Allons, ton dernier mot, bonhomme, et prends-y garde. - Faut-il vous parler clair ? - Oui. - C'est que je le garde [mon moulin] ; Voilà mon dernier mot [ANDRIEUX, le Meunier de Sans-Souci]
Fig. Il se dit, dans toute discussion, de ce qui est la détermination dernière.
Fort bien ! C'est votre dernier mot ? et moi voici le mien [COLLIN D'HARLEVILLE, Vieux célib. IV, 5]
Au bas mot, en évaluant la chose au plus petit prix. Prendre au mot, accepter sur-le-champ les offres, les propositions qui sont faites, et, en général, les dires de quelqu'un.
On prend soudain au mot les hommes de sa sorte [CORN., Mél. II, 4]
Maître AEéas au mot le prit, Et fit compliment au poëte [SCARR., Virg. VI]
Vous êtes bientôt prise au mot, ma fille [BOSSUET, Lett. Cornuau, 77]
Sans s'imaginer qu'elle dût le prendre au mot [HAMILT., Gramm. 7]
J'aurais été le plus puni, si l'on m'eût pris au mot [MARIVAUX, Pays. parv. part. c.]
Quelque permission qu'ils [les grands] semblent nous donner d'oublier leur rang, il ne faut jamais les prendre au mot [DIDER., Principes de polit. 32]
Lâcher le mot, voy. LÂCHER, n° 10.
16° Le mot d'une énigme, d'une charade, d'un logogriphe, le mot qu'on propose à deviner dans une énigme, dans un logogriphe, etc. Fig.
C'est une énigme dont chacun a cherché le mot depuis Pythagore [VOLT., âme, 14]
Il est nécessaire de vous expliquer cette énigme ; en voici le mot.... [GENLIS, Adèle et Théod. t. I, p. 273, dans POUGENS]
Fig. Le mot de la situation, ce qui l'explique. Fig. Chercher le mot, avoir le mot d'une chose, en chercher, en avoir trouvé l'explication.
J'ai vainement cherche le mot de l'univers [LAMART., Méd. I, 2]
Vous dites là le mot, ce que vous dites éclaircit la difficulté, est décisif.
Le gouvernement deviendra toujours corrupteur, quand, par sa nature, il sera corrompu ; voilà le mot [RAYNAL, Hist. phil. XIX, 14]
17° Mot, dans une devise, signifie les paroles de la devise. Il se dit également d'un mot ou d'une phrase courte que quelques maisons illustres placent dans leurs armoiries.
18° Terme de guerre. Mot d'ordre, sorte de reconnaissance donnée par un chef à ceux qui sont sous ses ordres pour qu'ils puissent se reconnaître, et qui est composée de deux mots : l'un, mot d'ordre proprement dit, est celui de la demande ; l'autre, mot de ralliement, est celui de la réponse. Donner le mot, prendre le mot, porter le mot. Quand un poste reconnaît une patrouille, il en reçoit le mot d'ordre, et donne celui de ralliement. Quand une patrouille rencontre une ronde, elle lui donne les deux mots d'ordre.
Il est arrivé à Brest une contestation entre le sieur chevalier de Chasteaurenaut et le sieur comte de Sourdis, chefs d'escadre, sur le commandement dans ledit port, ce dernier ayant prétendu donner le mot, quoique moins ancien... [, Seignelay à Demuin, 1681, dans JAL]
Les mots de ralliement ! - Dieu, Charle et Médicis [M. J. CHÉN., Charles IX, II, 4]
On disait autrefois dans le même sens : le mot du guet.
Son fils avait donné pour mot du guet : la meilleure des mères [DIDER., Claude et Nér. I, 38]
Le mot de passe, le mot qu'il faut dire pour qu'on vous laisse passer par un endroit gardé. Fig.
Prendre le mot de, subir les ordres de... Il dit, et croit bien dire, parlant de moi, le loustic du parti national, et fait là une faute, sans s'en douter, le bonhomme ; le mot est étranger ; lorsque l'on prend le mot des puissances étrangères, il ne faut pas le changer [P. L. COUR., Lettres particulières, II]
Fig. Avoir le mot, être averti de ce qu'il convient de faire ou de dire dans certaines circonstances.
Elle aura beau s'en plaindre ; Le concierge a le mot, vous n'avez rien à craindre [TH. CORN., Galant doublé, IV, 9]
Le roi, qui avait le mot, avait étalé tous ses trésors [VOLT., Zadig, 14]
M. d'Orbe a le mot pour entamer une savante dissertation [J. J. ROUSS., Hél. I, 35]
Dans un sens analogue, donner le mot, indiquer ce qu'il faut dire ou faire.
Janot, à qui Richard avait donné le mot [LA FONT., Rich.]
La voilà qui donne le mot à toute cette société de gens de bien, afin qu'ils concourent avec elle au succès de son entreprise [MARIV., Marianne, 9e part.]
Fig. Se donner le mot du guet, se dire le mot, se donner le mot, c'est-à-dire être de concert, d'intelligence ensemble.
Comme si toutes deux s'étaient donné le mot [LA FONT., Tabl.]
Si nous pouvions nous donner le mot de devenir sages [LA BRUY., XII]
Toutes les nations ont dansé autrefois à la nouvelle lune ; s'étaient-elles donné le mot ? non, pas plus que pour se réjouir à la naissance de son fils [VOLT., Dict. phil. Antiquité]
Aucun n'est parti, et ils se sont tous donné le mot de ne pas quitter [, Correspond. de Klinglin, t. I, p. 127]
19° En un mot, bref, enfin.
En un mot, il faut vivre de manière que nous mourions à l'usage même de la vie [BOSSUET, Sermons, Véritable convers. 2]
Elle flotte, elle hésite, en un mot elle est femme [RAC., Athal. III, 3]
En un mot, en une seule parole, en quelques paroles. En un mot, je n'en ferai rien. Pour répondre en un mot à toutes vos raisons, je vous dis que je n'y irai pas. En deux mots, en trois mots, même sens.
Voilà précisément mon histoire en trois mots [DESTOUCHES, le Philosophe marié, I, 4]
Nicomède, en deux mots, ce désordre me fâche [CORN., Nicom. IV, 3]
Admirable portrait des gens du siècle, exprimé en deux mots par ce saint docteur [BOURDAL., 4e dim. après Pâq. Dominic. t. II, p. 145]
En peu de mots, brièvement.
....Qu'il n'est point de coupable en repos ; C'est ce qu'il faut ici montrer en peu de mots [BOILEAU, Épître X]
Familièrement. Autant en un mot qu'en cent, qu'en mille ; en un mot comme en cent, comme en mille, façons de parler par lesquelles on exprime sa dernière résolution.
En un mot comme en cent, je ne puis faire mieux [BOURSAULT, Fables d'Ésope, V, I]
En un mot comme en mille, tournez tant qu'il vous plaira, il n'y a rien de tel que d'être sage [MARIV., Marianne, 1re part.]
20° Mot à mot, mot pour mot, sans aucun changement ni dans les mots ni dans leur ordre.
Rappelle tous tes sens, rentre bien dans ton âme, Et réponds mot pour mot à chaque question [MOL., Amph. II, 1]
Lessius que le père Héreau suit mot à mot [PASC., Prov. VII]
Elle me conta mot à mot une conversation qu'elle avait eue avec le roi [SÉV., 12]
C'est en vain qu'on écrirait mot pour mot ces narrations [HAMILT., Gramm. 5]
Il manquait d'intelligence et d'instruction, au point qu'il fallut lui expliquer son rôle en langage vulgaire et le lui montrer mot à mot comme à un enfant [MARMONTEL, Mém. III]
Cela est mot pour mot, mot à mot dans Montaigne, dans Bossuet, cela s'y trouve entièrement, identiquement.
Pour savoir si elles [ces propositions] étaient mot à mot dans Jansénius ou non [PASC., Prov. XVII]
Croirait-on que le jugement de Sancho dans l'île de Barataria est tiré presque mot à mot d'un recueil de légendes écrites en latin par un Espagnol du XIIe siècle, et dont la bibliothèque du roi conserve le manuscrit ? [SAINT-FOIX, Ess. Paris, Œuv. t. IV, dans POUGENS]
Cet homme [Bolingbroke], qui avait sans doute un beau génie, donna au célèbre Pope son plan du Tout est bien, qu'on retrouve en effet mot pour mot dans les œuvres posthumes de milord Bolingbroke [VOLT., Dict. phil. Bien, tout est bien.]
Dicter mot à mot, dicter un mot après l'autre, ne dicter qu'un mot à la fois. Traduire mot à mot, traduire un mot d'une langue en place d'un mot d'une autre langue, sans rien changer à l'ordre.
Homère, ce poëte si sensé, si harmonieux, si sublime, devient puéril, insipide et d'une bassesse insupportable quand on entreprend de le traduire en latin mot à mot, comme saint Jérôme l'a sagement remarqué [ROLLIN, Traité des Ét. I, 1]
S. m. Le mot à mot, une traduction littérale. Faire le mot à mot.
21° De mot à mot, même sens.
Voici donc de mot à mot comme on parla [BOSSUET, Var. XII, § 2]
Qui voudra faire un tissu de toute la doctrine de saint Augustin, n'a qu'à ramasser, de mot à mot seulement, ce qu'on trouve dans les endroits que ce Père a cités de saint Ambroise [ID., Déf. de la trad. et des saints Pères, VIII, 22]
22° À ces mots, loc. adv. usitée dans la narration, et signifiant après qu'il a été parlé ainsi.
À ces mots.... reconnaissant ma faute [BOILEAU, Sat. III]
On dit dans un sens analogue : à ce mot.
Dis-lui qu'avec douceur il traite sa captive ; Qu'il lui rende.... à ce mot, ce héros expiré.... [RAC., Phèdre, V, 6]
23° À demi-mot, sans dire tout. S'expliquer à demi-mot. Entendre à demi-mot, comprendre promptement ce qu'une personne veut dire, dès qu'elle a commencé de parler.
J'entends à demi-mot où va la raillerie [MOL., Sgan. 6]
Nous étions bien propres à vivre dans une même ville : nous nous entendons, ce me semble, à demi-mot [SÉV., à Bussy, 19 déc. 1670]
On dirait que les cœurs qui s'aiment s'entendent à demi-mot [CHATEAUB., Génie I, I, 2]
S. m. Le demi-mot, sorte de réticence par laquelle on fait entendre sa pensée sans l'exprimer nettement ; le demi-mot se rattache à l'euphémisme.
Riotes entre amants sont jeux pour la plupart ; Vous les trouverez tous bâtis sur ce modèle ; Un mot les met au champ, demi-mot les rappelle [LA FONT., l'Eunuque, V, 2]
Ce trait que vous lancez en passant, cette parole malicieuse, ce demi-mot qui donne tant à penser par son obscurité affectée [BOSSUET, Sermons, justice, 2]
Au plur. Demi-mots, insinuations, ouvertures discrètes.
D'Antin hasarda des demi-mots qui firent que le roi lui dit le mariage [SAINT-SIMON, 271, 168]
On sait comment il opinait : des demi-mots, des réticences, des phrases indécises ; du vague et de l'obscurité, ce fut tout ce que j'en tirai [MARMONTEL, Mém. III]
24° À mots couverts, en employant des expressions qui voilent le sens de ce qu'on dit.
D'après ce que tu m'en dis à mots couverts [MIRAB., Lett. orig. t. III, p. 539 dans POUGENS]
25° Mot se disait, dans l'ancienne poésie française, d'un vers qui se répétait dans toutes les stances d'un poëme ; ces stances s'appelaient gloses.
26° En termes de vénerie, sonner un ou deux mots, faire entendre, avec le cor, une ou deux notes prolongées.

PROVERBES

  • Qui ne dit mot consent, en certains cas, se taire c'est consentir.
    Sotencourt : Hem ! vous ne dites mot. - Lisette, à part : Qui ne dit mot consent [REGNARD, le Bal, sc. 8]
  • Il n'y a qu'un mot qui serve, il faut parler franc et sans déguisement, et dire une parole sur quoi on puisse faire quelque fond.
    Écoutez ; il n'y a qu'un mot qui serve ; je n'entends pas que vous ayez d'autres noms [MOL., Préc. 5]
  • Quand les mots sont dits, l'eau bénite est faite, quand on a conclu un marché, il faut l'exécuter.

REMARQUE

  • 1. Après mot employé pour annoncer un substantif, adjectif, verbe, adverbe, préposition que l'on cite, on joint ce substantif, etc. à mot sans préposition : Dans le mot tempête la pénultième syllabe est longue, Dict. de l'Acad. au mot pénultième. On peut aussi intercaler la préposition de : Le mot de vertu emporte presque toujours l'idée d'effort fait sur soi-même, Dict. de l'Acad. emporter. User des mots de tu et de toi en parlant à quelqu'un, ib. tutoyer.
  • 2. D'après Pautex, il vaut mieux mettre de en trois cas : 1° quand mot peut être remplacé par épithète : Le mot de gredin est injurieux ; 2° quand mot peut être remplacé par nom : Le mot de gazetier a été remplacé par le mot de journaliste ; 3° quand mot est équivalent à idée ou à quelque autre terme semblable : Le mot de mort est pénible à certaines personnes.

SYNONYME

  • 1. MOT, TERME., À l'idée de mot, terme ajoute l'idée de convenance au sujet dont on parle : La pureté du langage dépend des mots ; la précision du langage dépend des termes.
  • 2. MOT, PAROLE., Les paroles sont le son émis comme exprimant une idée, tandis que les mots représentent non-seulement le son, mais aussi l'écriture ; mais, dans quelques cas, mot se prend pour paroles, et il en devient synonyme : S'exprimer en peu de mots ou en peu de paroles.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    N'i ad paien qui un sul mot respondet [, Ch. de Rol. II]
    N'i a celui qui mot sont [sonne] ne mot tint [tinte] [, ib. XX]
    Il lur a dit un mot curteisement [, ib. LXXXIX]
    Il n'en sait mot, n'i a coulpe li bers [, ib. X]
    De nos franceis [il] va disant si mals moz [, ib. XCI]
  • XIIe s.
    Après ces moz [il] a son cheval monté [, Ronc. 56]
    À icest mot cheït Gautiers pasmés [, ib. 94]
    Que mot [ils] n'en savent par homme qui soit né [, ib. 166]
    Li cuiverz [le misérable] ne dit mot, l'ame s'en est alée [, ib. 196]
    Et je, qui sui au morir, Ne sai qu'un mot, tant [je] le desir : Merci [, Couci, IV]
    Jà de mon cuer n'istra [ne sortira] mais la senblance Dont [ma dame] me conquist as moz pleins de douçor [, ib. XVI]
    Et quant recort [je me rappelle] la simple courtoisie Et les douz mos que [elle] seut [a coutume] à moi parler [, ib. XXII]
    Enuit [ce soir] l'en adviendra [ce] dont encor [il] ne sait mot [, Sax. XVII]
    E li sainz comença mot à mot à prover, ù li reis par ces leis [lois] voleit tendre et aler [, Th. le mart. 57]
  • XIIIe s.
    Par moz couvers et par cointes semblans [, Hist. litt. de la France, t. XXIII, p. 791]
    Ne cil [ceux-là] ne sont bien apris ne courtois, Qui m'ont repris, si j'ai dit mot d'Artois [QUESNES, Romanc. p. 83]
    [Que] nul mal mot ne issent de vostre bouche [BRUN. LATINI, Trésor, p. 356]
    ....Ai hardement [hardiesse] pris, Por mot à mot mettre en escrit Le tornoiement Antecrist [HUON DE MERI, Tornoiement Antecrist, dans HOLLAND, Chrestien von Troies, p. 12]
    Et puis s'escria à plain mot : Traï vos a cil ki vos ot [celui qui vous eut] à guier [guider] et à maintenir [PH. MOUSKES, ms. p. 189, dans LACURNE]
    Il en fuiant un court mot sonne Du cor que il avoit au col [, Bl. et Jehan, V. 4091]
    Vilain mot [paroles qui attaquent la réputation d'une femme] [AUD. LE BASTARD, Romancero, p. 22]
    [Il] Lui conta mot et mot toute l'entention De bele Beatris.... [, ib. p. 33]
    À peine [elle] put mot dire, tant li cuers lui failli [, Berte, CXXVII]
    Sire, tel née [nie] et defent mout à mout le murtre et les cas que tel li met sus [, As. de J. 148]
    Tout otroie qui mot ne dit [, la Rose, 13188]
    Por ce est-il fous qui done à perte Bone aventure quant il l'ot [entend] : Estraire en doit aucun bon mot, Dont il puisse ces resbaudir Qui son conte volent oïr [, Ren. 19774]
    Li lai [les laïques] qui ont à plaidier contre aus [eux] en cort laie, n'entendent pas bien les mos meismes qu'il dient en françois [BEAUMANOIR, VI, 1]
    Il doit requerre à le [la] cort que se [sa] procuration soit transcrite mot à mot, et li transcris seelés du seel de le [la] cort [ID., IV, 28]
    Mult i a dolor et destrece, Quant l'en chiet en autrui dangier [l'on tombe sous l'autorité d'autrui] Por son boivre et por son mangier ; Trop i covient gros mos oïr [RUTEB., II, 81]
  • XIVe s.
    On rit, on joue, on rigole ; Et qui scet bon mot, si le dict, De ce n'est on mie escondit [, Modus, f° CX. verso]
    Quand tu auras trouvé le cerf du limier, tu dois corner pour les chiens long mot [, ib. f° X]
    Sacha [tira] le suppliant un petit coutel à un mot [poignard meurtrier qui ne laisse dire qu'un mot], qu'il avoit à sa ceinture [DU CANGE, cultellus.]
  • XVe s.
    Ils [les deux Anglais] ne savoient mot de françois, et l'escuier ne savoit mot d'anglois [FROISS., II, II, 67]
    Si s'en enorgueillirent grandement, et en commencerent à tenir leurs ramposnes et leurs gros mots [ID., II, III, 29]
    Pour avoir fait tailler et graver les armes de monseigneur et son mot sur ycelles vervelles [DE LABORDE, Émaux, p. 400]
    À nous te fault les armes rendre ; Ren toy, car tu es desconfis ; Dy le mot, plus ne puez [tu ne peux] attendre [E. DESCH., Poésies mss. f° 451]
    Elles [les femmes] desirent les citez, Les doulx mos à eulx [elles] usitez, Festes, marchiez et le theatre [ID., ib. f° 528]
    Armez et timbrez des armes et timbres des chevaliers, de leurs motz, de leurs noms et de leurs devises [OL. DE LA MARCHE, Mém. livre I, p. 259, dans LACURNE]
    Dictes hardiement le conseil ; bons mots n'espargnent personne [, Perceforest, t. I, f. 123]
    Et pour ce, noble deesse, veuillez tenir vostre mot [, ib. t. III, f° 162]
    Il fut contraint de leur accorder toutes leurs demandes ; et après qu'il leur eut dit le mot après plusieurs allées et venues... [COMM., II, 4]
    Et dist quelque bon mot à chascun de ses gens [quelque mot aimable] [ID., IV, 10]
    - Monseigneur - c'est assez. - Seullement ung mot. - Il est tard [COQUILL., Plaidoyer de la simple et de la rusée]
  • XVIe s.
    Le flamand, foullé et assailly de tous costez, se deffendoit à tous efforts, mais tant estoit jà battu et lassé qu'il estoit prest à dire le mot et pris [J. D'AUTON, Annales de Louis XII, p. 351, dans LACURNE]
    Tu pourras en trois mots luy dire mes ennuis [RONS., 284]
    Puis j'ai congneu que la tienne promesse Ne sont pas motz d'evangile ne messe [J. MAROT, V, 40]
    Contens n'avoir rien dict qui vaille aux neuf premiers vers, pourveu qu'au dixieme il y ait le petit mot pour rire [DU BELLAY, I, 24, verso.]
    Souvent pour un bon mot on perd un bon amy [ID., VI, 37, verso]
    ... Luy avoit grandement despleu, quoi qu'il n'en sonnast mot [RAB., Pant. IV, au card. de Chastillon]
    Des mots de gueule.... des mots dorés [ID., IV, 56]
    Pleust à Dieu.... que j'eusse le mot de la dive boutille [, ib.]
    Sur le mot de Solon que.... [MONT., I, 14]
    Courir après un bon mot [ID., I, 191]
    Il fut si miserable de se voir prins au mot [ID., I, 404]
    Mon ami, je t'en prie, depeche les moi, je te paierai à tes mots [ce que tu me demanderas] [DESPER., Contes, XX]
    Usant de mots qui remplissoient la bouche, afin de se faire estimer un grand docteur [ID., ib. XLII]

ÉTYMOLOGIE

  • Bourg. mô ; prov. et catal. mot ; esp. et port. mote ; ital. motto ; napol. mutto ; du bas-lat. muttum, mot (ne muttum quidem audet dicere) ; du lat. muttum, mot, grognement, muttire, grogner, murmurer.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    MOT. Ajoutez :
    27° Le mot de la fin, le mot, le trait par lequel on termine un discours, un article.
    Ce mot-là, messieurs, je l'ai retenu parce qu'il m'a paru devoir être le mot de la fin [, Journ. offic. 1er avril 1873, p. 2275, 1re col.]
    28° Rapprochement instantané entre deux idées dont le rapport n'était pas visible. Il y a beaucoup de mots dans cette pièce. Cette scène pétille de mots.

    REMARQUE

      Ajoutez :
    • 3. Il est bon de rappeler l'idée de Bayle sur la naissance des mots.
      Notez que la naissance d'un mot est pour l'ordinaire la mort d'un autre ; c'est comme à l'égard des productions de la nature [BAYLE, Dict. Poquelin, note D.]

mot

MOT. n. m. Son ou groupe de sons servant à exprimer des actions, des sensations, des sentiments, des idées, ainsi que leurs rapports. Mot français, latin, grec, etc. Mot barbare. Vieux mot. Mot qui n'est plus en usage, qui est tombé en désuétude, qui a vieilli. Mot nouveau. Mot usité, inusité. Mot familier, populaire, trivial. Mot savant, technique. Mot rude, harmonieux. Mot de deux syllabes, de trois syllabes. Mot simple, mot composé. Ces deux mots sont synonymes. Choisir ses mots. Bien prononcer, bien articuler les mots. Ce mot est fort expressif, fort significatif. Ce mot n'est pas de la langue. L'emploi, l'arrangement, le choix des mots. Ce mot a plusieurs significations, plusieurs acceptions différentes. Ce mot est du style poétique. Ce mot est dérivé du grec, est emprunté du latin.

Mot propre, Mot qui exprime avec plus de justesse et d'exactitude que tout autre l'idée qu'on veut faire entendre. Il faut, pour bien écrire, employer le mot propre. On dit, par opposition, Mot impropre.

Mot faible, Celui qui n'exprime qu'imparfaitement l'idée, qui ne lui donne pas toute sa force.

Mot à double entente, Mot qui a deux sens, qui est susceptible de deux interprétations. On dit aussi Mot équivoque ou ambigu.

Mot factice, Mot qui est dérivé d'un autre mot suivant l'analogie ordinaire, mais dont l'usage n'est pas établi.

Mot artificiel, Mot dont on se sert pour aider la mémoire par l'arrangement des lettres. Ainsi les termes de Logique, Barbara, Celarent, etc., sont des mots artificiels dont on se servait pour graver plus aisément dans la mémoire les différentes espèces de syllogismes.

Mot consacré, Mot qui est tellement propre et usité pour signifier une certaine chose, qu'on ne peut pas se servir d'un autre mot sans parler improprement. Ainsi, en Théologie, les mots Consubstantiel et Transsubstantiation sont des mots consacrés; de même qu'en Physique les mots Gravitation, Raréfaction, Condensation, etc.

Mot sacramentel ou sacramental. Mot qui appartient à un sacrement; et, par extension, Mot qui est essentiel à la validité d'un acte, d'une convention.

Mot forgé. Voyez FORGER.

Mot hybride. Voyez HYBRIDE.

Fig. et fam., Gros mot, Juron, mot grossier, malséant. Il a dit de gros mots, des gros mots.

Il signifie aussi Menaces, paroles offensantes. De la raillerie ils ont passé, ils en sont venus aux gros mots.

Fig., Grand mot. Voyez GRAND.

Fam., Le grand mot est lâché, Le mot qu'on retenait est enfin échappé.

Jeu de mots. Voyez JEU.

Jouer sur les mots. Voyez JOUER.

Mot d'une énigme, d'une charade, Mot qu'on propose à deviner dans une énigme, dans une charade.

Fig., C'est le mot de l'énigme, C'est l'explication de cette chose mystérieuse. On dit dans le même sens Voilà le fin mot de l'affaire.

Fig. et fam., Je n'entends pas le fin mot de tout cela, Je ne comprends pas ce qu'on veut, j'ignore à quoi tendent tous ces discours, ce que signifie cette conduite singulière.

Fig. et fam., Dire le fin mot, Manifester entièrement son projet, ses vues. Il n'a pas encore dit le fin mot.

Vous dites là le mot, Ce que vous dites éclaircit la difficulté, est décisif. Mot de la fin. Voyez FIN.

Fig. et fam., Traîner ses mots, Parler très lentement. Compter ses mots, Parler avec lenteur et avec affectation. Manger ses mots, la moitié de ses mots, Ne pas prononcer nettement toutes les lettres ou toutes les syllabes des mots. Peser ses mots, Parler avec prudence, après mûre réflexion.

Fig., Trancher le mot, Nommer les choses par leur nom, parler net. C'est un homme sans délicatesse; tranchons le mot, c'est un malhonnête homme. On dit dans le même sens : Il n'y a qu'un mot qui serve.

MOT se dit aussi de l'Ensemble des caractères qui figurent un mot. Effacer, rayer, ajouter un mot. Épeler les lettres d'un mot. Mot illisible. Deux mots ont été sautés.

MOT signifie encore Parole vaine, par opposition au sérieux d'une idée ou à la réalité d'un fait. Se payer de mots.

Fam., Ce sont des mots, ce ne sont que des mots, Ces paroles sont vides de sens. Les mêmes locutions signifient aussi Ces paroles ne seront suivies d'aucun effet. Ne vous inquiétez pas de ses menaces, ne croyez pas à ses promesses, ce sont des mots, ce ne sont que des mots.

MOT se prend aussi pour Ce qu'on dit ou ce qu'on écrit brièvement à quelqu'un. Si vous le voyez, je vous prie de lui dire un mot de ma part, un mot en ma faveur. Il ne m'en a pas dit un mot, un traître mot. Il lui a dit un mot à l'oreille. Je n'ai pas pu placer un mot dans la conversation. Je lui ai glissé un mot de votre affaire. Ce mot, jeté à propos dans la discussion, a concilié tous les avis. Dites-lui un mot pour moi dans la lettre que vous lui écrivez. Je lui en écrirai un mot. Faites-moi un mot de réponse. Je n'ai qu'un mot, que deux mots à vous dire. Je vous expliquerai cela en un mot, en deux mots, en trois mots, en quatre mots : l'usage ne va pas plus loin; on ne dit pas en cinq mots.

En quelques mots, en peu de mots, Brièvement, succinctement. Je vous expliquerai l'affaire en quelques mots. Voici, en peu de mots, le résumé de la situation.

Comprendre à demi-mot, Comprendre ce qu'un autre veut dire, sans qu'il se soit entièrement expliqué.

S'exprimer à mots couverts. Voyez COUVRIR.

Ne dire mot, ne répondre mot, Ne point parler, ne point répondre. Il demeura confus et ne dit mot. Il est parti sans dire mot, sans mot dire. Il n'eut pas le moindre mot, pas le plus petit mot à dire. On eut beau l'interroger, il ne répondit pas un mot.

Fam., S'il ne dit mot, il n'en pense pas moins, se dit d'un Homme qui, pour quelque raison que ce soit, s'abstient de dire ce qu'il éprouve ou ce qu'il pense, et signifie Il a plus d'esprit, plus de sentiment qu'il ne paraît en avoir, ou encore, Quoiqu'il garde le silence, il n'en a pas moins une opinion, un parti très arrêtés sur la chose dont il s'agit.

Prov., Qui ne dit mot consent, En certains cas, se taire c'est consentir.

Fam., Ne pas souffler mot, Ne rien dire.

Dire son mot, placer son mot, Intervenir dans une conversation.

Avoir le dernier mot, Ne pas céder dans une discussion.

Pop., Avoir des mots, Se quereller.

Un mot, deux mots, s'il vous plaît, Façons de parler elliptiques et familières dont on se sert lorsqu'on appelle quelqu'un pour lui parler.

Par forme de menace, Nous en dirons deux mots quand vous voudrez, Nous viderons notre querelle quand il vous plaira. On dit dans le même sens : J'ai à me plaindre de lui, je lui en dirai deux mots.

Familièrement et par plaisanterie, Dire deux mots à un pâté, Se servir un bon morceau de pâté. On dit dans le même sens Dire deux mots à une bouteille.

MOT signifie encore Sentence, apophtegme, parole mémorable. Mot historique. C'est un mot de Montaigne. Ce philosophe a dit un beau mot, un grand mot, un mot remarquable.

Il signifie aussi Trait d'esprit. Faire des mots. Mot heureux. Mot d'esprit. On dit dans un sens analogue Mot de caractère, Mot qui peint le caractère d'un individu. Mot d'auteur, Mot qui reflète l'esprit d'un auteur plutôt que le caractère du personnage dans la bouche de qui il est mis.

Bon mot, Trait ingénieux, vif et plaisant. Dire des bons mots. Diseur de bons mots. Il aimerait mieux perdre un ami qu'un bon mot.

Fam., Mot pour rire, Ce que l'on dit en plaisantant pour amuser les autres. Il a toujours le mot pour rire.

Il n'y a pas là le mot pour rire, se dit Lorsque la chose dont on parle est trop sérieuse pour être tournée en plaisanterie.

Mot à l'emporte-pièce. Voyez EMPORTE- PIÈCE.

MOT se dit, en outre, du Prix que l'on demande ou que l'on offre de quelque chose. Est-ce votre dernier mot? Dites-moi votre dernier mot. Je ne descendrai pas au-dessous de mille francs : c'est mon dernier mot.

Au bas mot, Au plus bas prix, au minimum.

Prendre quelqu'un au mot, Se hâter d'accepter une offre. Vous m'offrez votre démission : je vous prends au mot. Cela se dit surtout quand il s'agit du Prix d'un achat ou d'une vente. Il ne m'a demandé que vingt francs de ce volume : je l'ai pris au mot.

MOT, dans un sens encore plus particulier, désigne un Billet portant assurance ou déclaration de quelque chose. Je vous prêterai mille francs, mais donnez-moi un mot de votre main, donnez-moi un mot d'écrit.

MOT signifie encore Mot convenu et désigne particulièrement, en termes de Guerre, le Mot ou plutôt les deux mots qu'un chef donne à ceux qui sont sous ses ordres, pour qu'ils puissent se reconnaître entre eux. Quand le chef donne deux mots, ce qui a presque toujours lieu, le premier s'appelle Mot d'ordre, et le second Mot de ralliement. Cependant on comprend aussi quelquefois sous la dénomination de Mot d'ordre l'un et l'autre de ces deux mots. Donner le mot. Aller prendre le mot. Le mot d'ordre, le mot qu'on avait donné, le jour du combat, était Masséna et Metz. Quand un poste reconnaît une patrouille, il en reçoit le mot d'ordre et lui donne celui de ralliement. On disait autrefois dans le même sens Le mot du guet.

Mot de passe, Mot qu'il faut dire pour qu'on vous laisse passer.

Fig., Avoir le mot, Être averti de ce qu'il convient de dire ou de faire dans une certaine circonstance. Vous pouvez compter sur lui, il a le mot.

Fig. et fam., Ces gens-là se sont donné le mot, Ils sont de concert et d'intelligence ensemble.

MOT, dans une devise, signifie les Paroles de la devise. Dans la devise de Louis XII, le corps était un porc-épic, et le mot Cominus et eminus; dans celle de Louis XIV, le corps était un soleil, et le mot Nec pluribus impar.

En termes de Jeu, Mot carré, Mots croisés, Jeux d'esprit où des lettres disposées en carré ou en croix forment les mots que l'on doit deviner.

À CES MOTS, loc. adv. usitée dans la narration. Après avoir ainsi parlé, après qu'on eut ainsi parlé. À ces mots, il quitta la réunion. À ces mots, il fondit en larmes.

EN UN MOT, loc. adv. Bref, enfin, en peu de mots. Il est bon, vertueux, désintéressé, généreux; en un mot, c'est un homme accompli. En un mot, je n'en ferai rien, Pour répondre en un mot à toutes vos raisons, je dis que je n'en ferai rien.

En un mot comme en cent, en un mot comme en mille, Façons de parler familières, par lesquelles on marque sa dernière résolution. En un mot comme en mille, je suis décidé à n'en rien faire.

MOT À MOT, MOT POUR MOT, loc. adv. Sans aucun changement ni dans les mots ni dans leur ordre. Apprendre quelque chose mot à mot. Transcrire, traduire, rendre mot à mot. Rapporter mot à mot, ou mot pour mot, tout ce qu'on a entendu dire.

Cette phrase est mot pour mot dans Montaigne, dans Voltaire, etc., Elle s'y trouve entièrement et dans les mêmes termes.

Dicter mot à mot, Dicter un mot après l'autre, ne dicter qu'un mot à la fois.

MOT À MOT s'emploie quelquefois substantivement et signifie Traduction littérale. Faire le mot à mot d'une version. Voilà le mot à mot de la phrase : il reste à la mettre en bon français.

mot

Mot, Dictio, Verbum. muthéô, idem valet quod loquor. Il signifie aussi le son de la trompe d'un Veneur sonné d'art et maistrise. Fouillous au 13. chap. Il doibt prendre sa trompe et sonner quatre ou cinq mots le gresle, à fin de les resjouyr et appeler à luy.

Ce mot Dominus, Haec vox Dominus.

C'est un mot arresté, Dictum est.

Un mot court et bien à propos, Dictum breuiter et commode.

Mots desquels on usoit le temps passé, Prisca vocabula.

Un mot digne de punition, Oratio capitalis.

Mots dorez, Sententiae.

Mots du guet, Tessera, Vigiliarum tessera.

Il entend le mot du guet, Hic nouit tesseram excubiarum rogare et reddere. B.

Mots fort anciens, Peruetusta verba.

Un mot frequenté et de rencontre, qu'on a accoustumé de dire souvent, Adagium.

Mots qui sont de la premiere façon, et ne sont point derivez d'autres, Natiua verba.

C'est un mot qui a esté bien dit, Prendre exemple à autruy, Hoc scitum est, Periculum ex aliis facere, tibi quod ex vsu siet.

Mots transposez l'un pour l'autre, Inuersa verba.

L'ordre et collocation des mots, Verborum constructio.

Plein de mots dorez, Sententiosus.

A mon mot, Meo pretio.

Reciter de mot à mot, Totidem verbis recitare, Ad verbum.

Transcrire un lieu de mot à mot, Locum ad literam subiicere.

En un mot, Vno verbo.

En trois mots, Tribus verbis.

Par un mot, Vno verbo.

Acheter au mot d'autruy, Emere pretio alterius.

A peine avoit il achevé le mot, qu'il s'en alla, Cum dicto abiit.

Dire quelque mot, Parler, Verba siue verbum facere.

Dire tout en un mot, Vno verbo complecti omnia.

Quand nous disons ce mot terni, Quum loquimur terni.

Qui dit mots à plaisir, Facetus, Facetosus.

Ne dire aucun mot, Nullum verbum interponere.

Qui ne dit mot, Tacitus homo.

Ne dire mot, In silentio reponere, Tenere se in silentio, vel intra silentium, Silere, Tacere, Reticere, Aliquid silentio transire.

Je n'ose plus dire mot, Nihil iam mutire audeo.

Je ne dy mot de Neron, Neronem transeo.

Faire taire aucun qu'il ne die plus mot, Opprimere orationem alicuius.

Sans dire mot, Tacitus, Tacite, Cum silentio.

Va t'en sans dire mot, Tu abi tacitus tuam viam.

Je n'en dy mot, Id omitto.

Si tu es sage, tu te tairas et ne diras mot de ce que tu sçais, Si sapis, quod scis nescis.

On ne dit mot de ces choses, Iacent haec in silentio, De his silentium est, De his nullum verbum.

On n'en a dit mot, Tacitum est.

Je passe et ne dy mot des choses passées, Pergo praeterita.

Empoigner un mot vilain et outrageux, Arripere maledictum ex triuio.

Entendre un mot en mauvaise partie, Ponere in vitio verbum aliquod.

Faire entresuyvre mots lesquels ouvrent la bouche comme quand l'un fine par la mesme voyele que l'autre commence, Vastius diducere verba.

Faire nouveaux mots, Vocabula rerum construere, Facere verba.

Peser ses mots, Appendere verba.

Prendre un mot à la rigueur, Suyvre le sens de la lettre, Verbum aliquod sequi.

Prendre au mot, Conditionem accipere. B.

Quand on prolonge trop ses mots, ou qu'on les fait durer trop longuement en la bouche, Latitudo verborum.

Ne s'arrester point au sens, mais prendre les mots au pied de la lettre, Ad angustias verborum aliquem reuocare.

Recueillir quelque mot de la response d'autruy, Arripere aliquid ex responsione alterius.

Rendre mot pour mot, Verbum pro verbo reddere, Totidem verbis transferre.

Respondere à chasque mot, et n'en laisser pas un, Verbum verbo respondere.

S'abuser aux mots, In errore verborum versari.

Se fournir des mots qu'on use en public, Accipere verba de foro.

Il suffit d'un mot, Verbum sat est.

Tourner quelque mot en mal, Ponere in vitio verbum aliquod, Peruerse interpretari, In malam partem accipere, vel interpretari.

User de mots anciens, Ex vetustate verba sumere.

User de mots vulgaires et populaires, sans avoir aucun mot de chois et d'eslite, Loqui inquinate.

Qui use de mots propres, Oratione maxime limatus atque subtilis.

User du mot d'un autre, Dictum alterius vsurpare.

Un mot à deux visages, ou à deux ententes, Dictum anceps. B.

mot


MOT, s. m. [Le t final ne se prononce que devant une voyèle ou quelquefois à la fin de la phrâse.] 1°. Terme, expression (Synon.) Le mot est de la langue; le terme est du sujet; l'expression est de la pensée. L'usage décide du 1er, la convenance fait la bonté du 2d; le tour fait le mérite du dernier. "La pureté du langage dépend des mots, sa précision dépend des termes; et son brillant dépend des expressions. — Tout discours travaillé demande que les mots soient français, que les termes soient propres, et que les expressions soient nobles. — Un mot hazardé choque moins qu'un mot, qui a vieilli. Les termes d'Arts sont aujourd'hui moins ignorés dans le grand monde: il en est pourtant, qui n'ont de grâce que dans la bouche de ceux, qui font profession de ces arts. Les expressions guindées et trop recherchées font à l'égard du discours ce que le fard fait à l'égard de la beauté du sexe: employées pour embellir, elles enlaidissent. GIR. Synon.
   2°. Mot, se prend pour ce qu'on dit, ou qu' on écrit à quelqu'un en peu de paroles. "Il lui dit un mot à l'oreille. "Dites-lui en un mot. "Je lui en écrirai un mot. "Je vous expliquerai cela en un mot, en deux, ou trois, ou quatre mots. L'Acad. remarque que l'usage ne va pas plus loin, et qu'on ne dit pas en cinq mots. = En un mot, adv. se place à la tête de la phrâse. Bossuet dit; il n'y a qu'à demander en un mot à ces Messieurs, etc. Là il falait dire: en un mot, il n'y a qu'à demander, etc. — Cependant quand en un mot n'est précédé que de peu de paroles, il peut leur céder la première place. "Je vous dis en un mot, etc. Je soutiens en un mot que, etc. = Cet adverbe exprime une récapitulation abrégée de ce qu'on a dit. Quand on veut aporter une dernière raison, une dernière preûve, on doit se servir d'enfin. J'ai vu des Orateurs et des Écrivains ne pas distinguer le sens et l' emploi de ces deux adverbes: je n'en citerai qu'un seul exemple. "La Langue, qui se forma dans les Gaules, ne conserva que des mots, dérivés du latin. La syntaxe de cette langue se forma diférente de la syntaxe latine. En un mot, la langue naissante se vit asservie à rimer ses vers. L'Ab. Du Bos. Voilà trois chôses diférentes exprimées dans ces trois phrâses. En un mot est donc déplacé dans la 3e: il falait dire, enfin. = On dit, sans article: ne dire mot, ne répondre mot; ne pas parler, ne pas répondre. Et le proverbe dit: qui ne dit mot consent. — Ne soner mot, ne rien dire; est plus familier. = On dit d'un homme qui parle peu, s'il ne dit mot, il ne pense pas moins; ce qui se dit quelquefois par dérision. = On dit, traduire mot à mot. Plusieurs disent mot pour mot, comme Boileau, Fontenelle, Fréron, M. l'Ab. de Lille, etc. Bossuet disait de mot à mot. Le P. Paulian, dit mot par mot. Celui-ci doit probablement être mis sur le compte de l'Imprimeur. — Le Rich. Port. ne met que mot à mot, et mot pour mot: l'Acad. done plusieurs exemples du 1er et un seul du 2d. = Bossuet dit de Luther: il faut que tout pâsse à son mot, c. à. d. que tout se fasse suivant son goût et par ses ordres. Je ne crois pas que cette expression soit usitée aujourd'hui, du moins hors du discours familier. L'Acad. dit: il veut être payé à son mot.
   À~ demi mot, adv. Un Auteur moderne a dit au pluriel, à demi-mots: ce n'est pas l'usage. "Il est des chôses, qu'il faut entendre à demi-mots. On dit toujours à demi-mot, au singulier. = À~ ces mots, adv. Quand il eut dit cela. "À~ ces mots, Idoménée embrassa Télémaque. Fénél. — Il se met à la tête de la phrâse. = Sans dire mot, adv. Sans parler, sans rien dire. "Il se retira sans dire mot. On peut pâsser aux Poètes qui ont besoin d'une syllabe de plus de dire sans dire le mot.
   Monsieur part sans dire le mot.
       L'Ab. Reyre.
L'Acad. met, sans dire mot, sans mot dire. = N' avoir pas le plus petit mot à dire à une chôse; n'avoir rien à répliquer: "Cela est vrai, je n'ai pas le plus petit mot à dire à cela. Th. d'Éduc. = Prendre quelqu'un au mot, accepter sur le champ les ofres qu'il fait. = Doner le mot à quelqu'un; convenir de ce qu'on doit dire ou faire en présence d'autres persones. "Cette demoiselle se tournoit souvent de mon côté d'un air amical et familier; et moi je m'y conformois, comme si elle m'avoit doné le mot. MARIV. — Avoir le mot, être averti, être d'intelligence avec quelqu'un. "Cet homme, qui avoit le mot, ne fit semblant de rien. Les deux derniers ont raport au n°. 4°. Voy. à la fin. = Avoir le mot pour rire, être plaisant. "Je ne vois pas où est le mot pour rire à tout cela. = Trancher le mot, dire nettement sa pensée. = Traîner ses mots, parler très-lentement. = Compter ses mots, parler avec lenteur et avec afectation.
   Création des mots. VOLTAIRE a dit:
   Si vous ne pensez pas, créez de nouveaux mots.
On pourrait dire peut-être encore mieux, en renversant le sens du vers:
   Si vous pensez beaucoup, créez de nouveaux mots
Horace en seroit le garant:
   Dixeris egregiè notum si callida verbum,
   Reddiderit janctûra novum.
Mais il faut que ce soit, licentia sumpta pudenter. FRÉRON.
   À~ ce compte, on pourrait dire qu'il y a peu de pudeur parmi le plus grand nombre des Auteurs modernes. Jamais les licences poétiques n'ont été aussi loin que celles que se donent aujourd'hui les prosateurs. Il n'est si petit Auteur, qui ne se croie en droit de créer des mots, et jamais le néologisme n'a fait de si grands ravages. Si de créer des nouveaux mots était une preûve qu'on pense beaucoup, jamais la France n'aurait eu un si grand nombre de penseurs profonds et vigoureux. Mais tous ces Néologues ne sont pas des Rousseau de Genève et des Linguet. Il en est beaucoup, dont tout le mérite consiste dans l'afectation de ces locutions éphémères; je dis mérite aux yeux des sots. Dans le droit, Fréron, qui a corrigé le vers de Voltaire, avait raison. Dans le fait, c'est Voltaire, qui a le mieux dit:
   Si vous ne pensez pas, créez de nouveaux mots.
J. J. Rousseau exprime, dans la phrâse suivante, les conditions que doit avoir la création des mots nouveaux: "Quand j'ai hazardé le mot investigation, j'ai voulu rendre un service à la Langue, en y introduisant un terme doux et harmonieux, dont le sens est déjà connu, et qui n'a point de synonyme en français. C'est, je crois, toutes les conditions qu'on exige, pour autoriser cette liberté salutaire.
   Fortune des Mots. "Qui pourroit rendre raison, dit La Bruyère, de la fortune de certains mots, et de la proscription de quelques aûtres? Ains a péri: la voyèle qui le comence et qui est si propre à l'élison, n'a pu le sauver: il a cédé à un autre monosyllabe (mais) qui n'est au plus que son anagramme. Maint est un mot, qu'on ne devoit jamais abandoner, et par la facilité qu'il y avait à le couler dans le style, et par son origine, qui est toute française. Moult, quoique latin, était dans son tems d'un même mérite, et je ne vois pas par où beaucoup l'emporte sur lui, etc. etc. Horace l'a dit:
   Multa renascentur qu jam cecidere, cadentque.
   Qu munc sunt in honore vocabula, si volet usus,
   Quem penes arbitrium est et jus et norma loquendi.
L'usage est le souverain arbitre des langues. Mais on peut lui faire quelquefois de très-humbles remontrances, ou apeler même de ses Arrêts.
   Mots consacrés. On apèle ainsi des mots particuliers, qui ne s'emploient que dans certaines ocasions: tels sont Trinité, Incarnation, Nativité, Anonciation, Cénacle, Cène, etc. Les mots propres des Sciences et des Arts sont dans le même cas, tels que groupe, attitude, clair-obscur, etc. dans la Peintûre, raréfaction, condensation dans la Physique, etc. Mais ceux-ci ne sont mots consacrés que dans le propre; ils ne le sont pas dans le figuré, quand ils peuvent y être employés. = Quand le sujet l'exige, on doit employer ces mots consacrés, et non pas leurs synonymes. Celui, qui, au lieu de la Nativité de N. S. la Visitation de la S. V. voudrait dire, la Fête de la Naissance de N. S. la Fête de la Visite de la S. V. ne dirait rien qui vaille. — Cependant on dira bien: la Naissance de N. S. est bien diférente de celle des Princes: "La Visite que rendit la Ste Vierge à~ sa Cousine n'avait rien des visites profanes du monde. C'est ainsi qu'il faut s'exprimer dans ces phrâses, à caûse de celle et de Visites, qui sont dans le second membre. BOUH. Nativité et Visitation ne vaudroient rien là. Mais ceux, qui ont dit une chambre haute pour le cénacle, devaient dire aussi le souper pour la scène. L'un n'est pas plus ridicule que l'aûtre, et tous deux sont contre l'usage.
   Jeux de mots, pointes, quolibets. On dit aujourd' hui calembourg. Ils ont toujours été une preuve de mauvais goût; et les bons esprits leur ont toujours fait la guerre. Molière et Boileau sur-tout les ont combatus avec succês. Nous aurions besoin aujourd'hui de plusieurs Boileau et de plusieurs Molière.
   Bons mots: ils ne le sont pas pour tout le monde: il en est même peu, qui soient universellement goûtés. Il est impossible de les traduire d'une langue à l'aûtre. "Il expliquait les bons mots du Roi à son Maitre, et quoique traduits, ils paraissaient toujours des bons mots. De tout ce qui étonait Candide, ce n'était pas ce qui l'étona le moins. Volt. = Remarquez qu'on dit des bons mots, et non pas de bons mots; comme on dit des petits-maîtres, des petites maisons; et non pas de petits-maîtres, de petites maisons. — On dit aussi des grôs mots, et non pas de gros mots, des paroles obscènes.
   Ce n'étoit plus ces pieux entretiens,
   Qu'il entendoit chez nos douces vestales,
   Mais des gros mots, et non des plus chrétiens.
       Ververt.
Des gros mots sont aussi des injures grossières.
M. Moreau dit mauvais mot, pour dire, un bon mot, qui n'est qu'une mauvaise plaisanterie. On dit toujours des bons mots, même quand ils sont mauvais. On peut dire en plaisantant, un mauvais ou un méchant bon mot.
   3°. Mot, se dit pour sentence, apophtègme, dit remarquable. "Ce Philosophe a dit un beau, un excellent mot. = 4°. Parmi les gens de guerre, le mot que le Comandant done à ceux qui sont sous ces ordres, pour que ceux du même parti se puissent reconaître. "Le mot du guet, le mot de ralliement. "Doner le mot: aler prendre le mot. = 5°. Le mot d'une énigme, d'un logogriphe, est le mot qui exprime le nom de la chôse décrite. = Dans une devise, ce sont les paroles de la devise. Voyez DEVISE.

Synonymes et Contraires

mot

nom masculin mot
1.  Moyen d'expression.
2.  Parole prononcée.
3.  Parole mémorable.
boutade, pointe -littéraire: saillie, sentence, trait.
4.  Courte lettre.
billet, lettre, message, pli -familier: poulet -littéraire: missive -populaire: bafouille.
Traductions

mot

Wort, Vokabelword, note, termwoord, bewoording, briefje, regelאמרה (נ), דברה (נ), דיבור (ז), הגה (ז), מונח (ז), מילה (נ), מימרה (נ), מוּנָח, מִלָּה, דִּבּוּר, הֶגֶה, אִמְרָהwoordmot, paraulaslovoordλέξηvortopalabra, vocablo, palabroکلمهsanaszókataorðparola, detto, motto, vocabolo単語, 言葉, 語verbum, vocabulumordsłowo, wyrazpalavra, termo, vocábulocuvînt, vorbăсловоordnenosözcük, söz, كَلِمَةriječ단어คำtừ (mo)
nom masculin
1. lettre ou groupe de lettres qui a un sens apprendre de nouveaux mots
sans changer les mots ni leur ordre traduire mot à mot
2. parole, phrase, petit message dire un mot à qqn envoyer un mot à qqn
l'emporter dans une discussion
3. jeu qui consiste à trouver et à placer des mots dans une grille

mot

[mo] nm
(= terme, parole) → word
mot à mot → word for word
mot pour mot → word for word, verbatim
sur ces mots, à ces mots → with these words
en un mot → in a word
à mots couverts → in veiled terms
prendre qn au mot → to take sb at their word
se donner le mot → to send the word round
avoir son mot à dire → to have a say
avoir le dernier mot → to have the last word
le mot de la fin → the last word
(= formule) → saying
Il citait souvent ce mot de Gide → He often quoted this saying from Gide ...
bon mot → witticism, witty remark
(= message) → note, line
Je vais lui écrire un mot pour lui dire qu'on arrive → I'll write him a note to say we're coming., I'll drop him a line to say we're coming.