naïf, ive

NAÏF, IVE

(na-ïf, i-v'. Au pluriel, qu'il écrivait naïfz, le XVIe siècle prononçait na-ï, sans f, J. PELLETIER, dans LIVET, la Gramm. franç. p. 148) adj.
Natif (vieilli en ce sens).
Une couleur de roses... avait... Rehaussé de son teint la naïve blancheur [LA FONT., Climène, Comédie.]
En termes de lapidaire, pointe naïve, diamant qui, naturellement et sans taille, offre une forme pyramidale.
Fig. Qui retrace simplement la vérité, la nature, sans artifice et sans effort. Faire une description, une peinture, une relation naïve. L'attitude, la pose de cette statue est naïve.
Jacques Amyot, plus connu par sa naïve traduction de Plutarque que par cette ambassade [VOLT., Mœurs, 172]
Fig. Qui est gracieusement inspiré par le sentiment. Une beauté naïve.
Les grâces naïves de l'enfance.... À cet air si naïf croirait-on qu'elle y touche ? [REGNARD, le Distr. I, 4]
La nature naïve anime ses discours [VOLT., Zaïre, IV, 3]
J'estime ta valeur Et de ton cœur ouvert la naïve candeur [ID., Scythes, II, 2]
Tout ce qui est vrai n'est pas naïf : mais tout ce qui est naïf est vrai, d'une vérité piquante, originale et rare [DIDER., Pensées sur la peint. Œuv. t. XV, p. 232, dans POUGENS.]
Soit que j'eusse perdu la naïve confiance du premier âge [MARMONTEL, Mém. VII]
Dans un long entretien, à sa pitié naïve J'offris tout le tableau des maux que j'ai soufferts [DUCIS, Othello, I, 5]
Ciel ! de faibles sanglots ! un cri naïf et tendre ! [M. J. CHÉN., Œdipe roi, V, 3]
En parlant des personnes, qui obéit gracieusement à ses sentiments.
Une personne franche et naïve Elle [Mme de Bouillon sortant de l'interrogatoire pour l'affaire des poisons] fut reçue de tous ses amis, parents et amies avec adoration ; tant elle était jolie, naïve, naturelle, hardie, et d'un bon air et d'un esprit tranquille [SÉV., 31 janv. 1680]
Qui dit sa pensée sans détour, ingénument.
Vous dites donc que Diderot est un bon homme ; je le crois, car il est naïf [VOLT., Lett. d'Argental, 12 mars 1758]
En mauvaise part. Qui dit par un excès de simplicité ce qu'il aurait intérêt à cacher. C'est un homme naïf dont on tire tout ce qu'on veut. Vous êtes bien naïf.
Il lui dit qu'il était un peu naïf [HAMILT., Gramm. IV]
En ce sens, il se dit des choses. Une réponse naïve. Un amour-propre naïf. Une vanité naïve.
Il se prend encore en mauvaise part et s'applique à ceux qui ne sont pas pénétrants, qui ne comprennent pas ce que tout le monde comprend. Ah ! vous comptiez qu'arrivé au pouvoir, il tiendrait ses promesses ; vous êtes naïf.
S. m. Ce qui est naïf. L'école flamande offre des modèles du naïf en peinture.
La cour désabusée Dédaigna de ces vers [burlesques] l'extravagance aisée, distingua le naïf du plat et du bouffon [BOILEAU, Art poét. I]
Brancas parlait bien et de source, avec un air naturel, souvent un naïf inimitable [SAINT-SIMON, 447, 277]

SYNONYME

  • NAÏF, NATUREL. Le naturel est opposé au recherché et au forcé ; le naïf est opposé au réfléchi, et appartient au sentiment. En littérature, le naïf est le naturel dans les petites choses.

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Il a un fiz nez de nos gens, Qui devers sa mere est naïs De nos [nous], del regne et du païs [, Chron. de Normand. t. I, p. 365, V. 8186]
    [Les seigneurs] Qui de nostre franchise [immunité] sont prudhome naïf [nés instruits] [, Sax. XXIV]
  • XIIIe s.
    La pierre est de roche naïve, De quoi l'en fist le fondement [, la Rose, 3852]
    ... Jà fame, jor qu'ele vive, N'aura fors sa biauté naïve [, ib. 8942]
    Moult est chetis et fox [fou] naïs, Qui croit que ci est son païs [, ib. 5649]
  • XIVe s.
    ....Alloit à piet, par la forest naïe [, Baud. de Seb. VIII, 68]
  • XVIe s.
    De tel façon, que ce qui tant me nuit, Corromp du tout le nayf de ma muse [MAROT, III, 274]
    L'un grave en bronze, et dans le marbre à force Veut le naïf de nature imiter [RONS., Odes, III, 18]
    Cela faict [des coups de bâtons reçus], voylà Chicquanous riche pour quatre moys ; comme si coups de baston feussent ses naïfves moissons [RAB., Pant. IV, 12]
    L'histoire du siege de Jerusalem qui represente au naïf celuy de nostre ville [Paris] [, Sat. Mén. p. 156]
    Il avoit la langue un peu grasse, ce qui ne luy seoit pas mal, ains donnoit une certaine grace naïfve et attrayante à son parler [AMYOT, Alc. 2]
    Puis, tout ravy de leur grace naïve, Dormir au frais d'une source d'eau vive, Dont le doux bruit semble parler d'amour [DESPORTES, Bergeries.]
    Ils font une mine de duc et d'empereur ; mais tantost après les voyez devenus valets et crocheteurs miserables, qui est leur naïfve et originelle condition [MONT., I, 327]
    Mes deffauts s'y liront au vif, mes imperfections et ma forme naïfve, autant que la reverence publique me l'a permis [ID., Essais, l'auteur au lecteur.]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. natiu ; espagn. et ital. nativo ; du lat. nativus, qui vient de natus, né.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    NAÏF. Ajoutez :
    Au naïf, naïvement.
    Vous les représentez [mes vertus] au naïf [RAC., Lexique, éd. P. Mesnard.]