nourrir


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nourrir

v.t. [ lat. nutrire ]
1. Fournir des aliments à ; faire vivre en donnant des aliments : Ils préparent de quoi nourrir les vingt invités sustenter
2. Alimenter un nouveau-né de son lait : Elle nourrit encore son bébé allaiter
3. Donner les moyens de vivre et de subsister : Elle a une famille à nourrir à sa charge ; entretenir
4. Litt. Donner une formation à qqn ; lui fournir des idées : Ces débats nourrissent l'esprit critique enrichir, façonner éduquer, former
5. Faire durer un sentiment : Nous nourrissons l'espoir d'une amélioration caresser, entretenir
6. Entretenir en accroissant l'importance : Les pluies diluviennes nourrissaient la crue augmenter
7. Renforcer la matière d'un texte, d'une œuvre : L'auteur nourrit ses romans de faits divers étoffer

se nourrir

v.pr.
1. (de) Absorber pour s'alimenter : Ils se sont nourris de conserves pendant leur randonnée consommer, se restaurer
2. (Sans compl.) Absorber les aliments nécessaires pour vivre : La malade ne se nourrit plus s'alimenter, manger, se sustenter ; jeûner
3. (de) Tirer sa force, sa substance de : La révolte se nourrit de l'injustice.

nourrir


Participe passé: nourri
Gérondif: nourrissant

Indicatif présent
je nourris
tu nourris
il/elle nourrit
nous nourrissons
vous nourrissez
ils/elles nourrissent
Passé simple
je nourris
tu nourris
il/elle nourrit
nous nourrîmes
vous nourrîtes
ils/elles nourrirent
Imparfait
je nourrissais
tu nourrissais
il/elle nourrissait
nous nourrissions
vous nourrissiez
ils/elles nourrissaient
Futur
je nourrirai
tu nourriras
il/elle nourrira
nous nourrirons
vous nourrirez
ils/elles nourriront
Conditionnel présent
je nourrirais
tu nourrirais
il/elle nourrirait
nous nourririons
vous nourririez
ils/elles nourriraient
Subjonctif imparfait
je nourrisse
tu nourrisses
il/elle nourrît
nous nourrissions
vous nourrissiez
ils/elles nourrissent
Subjonctif présent
je nourrisse
tu nourrisses
il/elle nourrisse
nous nourrissions
vous nourrissiez
ils/elles nourrissent
Impératif
nourris (tu)
nourrissons (nous)
nourrissez (vous)
Plus-que-parfait
j'avais nourri
tu avais nourri
il/elle avait nourri
nous avions nourri
vous aviez nourri
ils/elles avaient nourri
Futur antérieur
j'aurai nourri
tu auras nourri
il/elle aura nourri
nous aurons nourri
vous aurez nourri
ils/elles auront nourri
Passé composé
j'ai nourri
tu as nourri
il/elle a nourri
nous avons nourri
vous avez nourri
ils/elles ont nourri
Conditionnel passé
j'aurais nourri
tu aurais nourri
il/elle aurait nourri
nous aurions nourri
vous auriez nourri
ils/elles auraient nourri
Passé antérieur
j'eus nourri
tu eus nourri
il/elle eut nourri
nous eûmes nourri
vous eûtes nourri
ils/elles eurent nourri
Subjonctif passé
j'aie nourri
tu aies nourri
il/elle ait nourri
nous ayons nourri
vous ayez nourri
ils/elles aient nourri
Subjonctif plus-que-parfait
j'eusse nourri
tu eusses nourri
il/elle eût nourri
nous eussions nourri
vous eussiez nourri
ils/elles eussent nourri

NOURRIR

(nou-rir) v. a.
Allaiter un enfant (ce qui est le premier sens de nutrire en latin).
Et qui [une fille] sous de feints noms, pour ne rien découvrir, Par son époux aux champs fut donnée à nourrir [MOL., Éc. des f. V, 9]
Au sein qui m'a nourri cette main s'est plongée [VOLT., Sémiram. V, 8]
Le fils que j'ai nourri périrait à son tour [ID., Oreste, I, 5]
Jeune femme, voulez-vous travailler à vous rendre heureuse, commencez d'abord par nourrir votre enfant [J. J. ROUSS., Lett. à Mme B. Corresp. t. II, p. 206, dans POUGENS.]
Cette femme ne saurait nourrir d'enfants, c'est-à-dire elle a le malheur de perdre tous ses enfants dès le bas âge. Absolument. Cette femme nourrit.
Entretenir la vie par ce qui en répare les déperditions, alimenter. Les aliments les plus propres à nourrir l'homme. Les fruits de la terre nourrissent l'homme et les animaux.
Trois lapins.... qui.... Sentaient encor le chou dont ils furent nourris [BOILEAU, Sat. III]
N'être pas nourri, n'avoir pas des aliments en qualité ou quantité suffisante. Absolument. Il y a des aliments qui nourrissent trop. Le vin nourrit.
Entretenir d'aliments, fournir des aliments. Il ne nourrit pas ses domestiques, il leur donne leurs vivres en argent. On est bien nourri, on est mal nourri dans cette pension. Il nourrit tant de chiens, de chevaux.
Que Sibâ le [David] nourrissait [BOSSUET, Reine d'Anglet.]
Tous les jours je l'invoque [le Seigneur] ; et d'un soin paternel Il me nourrit des dons offerts sur son autel [RAC., Ath. II, 7]
Les chevaux que sa main a nourris [ID., Phèdre, V, 5]
On l'abandonne aux mains qui daignent le nourrir [ID., Bajaz. I, 1]
La loi naturelle ordonne aux pères de nourrir leurs enfants, mais elle n'oblige pas de les faire héritiers [MONTESQ., Esp. XXVI, 6]
Il a poussé si loin l'ardeur philanthropique, Qu'il nourrit tous ses gens de soupe économique [ÉTIENNE, les Deux gendres, I, 1]
Par extension, élever, mener au terme de la croissance.
Attale qu'en otage ont nourri les Romains [CORN., Nicom. I, 1]
Rome, qui m'a nourri, vous parlera pour moi [ID., ib. I, 2]
Dieu lui nourrissait un vengeur [BOSSUET, Hist. I, 6]
Il fut nourri par les ministres mêmes de l'erreur [le protestantisme] [FLÉCH., Duc de Mont.]
Ô cher enfant que j'ai nourri, et qui m'as coûté tant de soins, je ne te verrai plus ; mais je verrai ta mère qui mourra de tristesse en me reprochant ta mort [FÉN., Tél. XVII]
Nourrir à, élever dans.
J'ai été nourri aux lettres dès mon enfance [DESC., Méth. I, 6]
Nourrir dans, donner, par l'éducation, certaines habitudes, certaines idées, etc.
Les pères nourrissaient leurs enfants dans cet espoir [BOSSUET, Hist. III, 5]
Idoménée a été nourri dans des idées de faste [FÉN., Tél. XI]
Il avait été nourri dans la mollesse [ID., ib. II]
Il est vrai, ma cruelle prudence, Dans une erreur coupable a nourri son enfance [BRIFFAUT, Ninus II, III, 7]
Fig. Il nourrit un serpent dans son sein, il protége, il assiste un ingrat, un méchant qui le perdra. Dans un sens analogue.
Votre soin téméraire Nourrit un ennemi dont il faut se défaire [VOLT., Orph. I, 4]
Élever des bestiaux, en trafiquer. Nourrir des moutons, des bœufs, des chevaux. Nourrir des vers à soie, les élever jusqu'à ce qu'ils soient en cocons et en soie.
Il se dit de ce qui donne, fournit de quoi vivre. La Sicile nourrissait Rome. Ces provinces nourrissaient la capitale. Cette terre le nourrit, lui et toute sa famille. Je veux un métier qui me nourrisse.
Entends ce jeune abbé, sophiste bel esprit : Monsieur fait le procès au Dieu qui le nourrit [GILB., Le 18e s.]
Produire, porter. Ce pays nourrit une nombreuse population.
Et tout ce que l'Espagne a nourri de vaillants [CORN., Cid, V, 1]
Son menton nourrissait une barbe touffue ; Toute sa personne velue Représentait un ours, mais un ours mal léché [LA FONT., Fabl. XI, 7]
Fig. Il se dit des aliments intellectuels et moraux.
....Notre plus grand soin, notre première instance Doit être à le nourrir [l'esprit] du suc de la science [MOL., Femmes sav. II, 7]
Quand je veux nourrir mon esprit et ma pauvre âme [SÉV., 14 juill. 1680]
Vous dites que l'espérance est si jolie ; hélas ! il faut qu'elle le soit encore au delà de ce que vous dites, pour nourrir plus de la moitié du monde comme elle fait [ID., 11 sept. 1675]
Vous m'occupez toute la semaine ; le lundi au matin je les reçois [vos lettres], je les lis.... le jeudi j'attends le vendredi matin ; en voilà encore : cela me nourrit de la même sorte jusqu'au dimanche [ID., 12 juin 1680]
Le troupeau que je dois nourrir de la parole de vie [BOSSUET, Louis de Bourbon.]
Aimez-donc la vertu, nourissez-en votre âme [BOILEAU, Art p. IV]
En un sens défavorable. Nourrir son imagination de chimères.
Entretenir, faire profiter. La bonne terre nourrit les plantes, les arbres. Mettre du fumier auprès d'un arbre pour le nourrir. La pommade nourrit les cheveux.
Je vous souhaite souvent à l'air de ces bois [aux Rochers], qui nourrit le teint comme à Livry [SÉV., 11 déc. 1675]
Assur, dit le saint prophète, s'est élevé comme un grand arbre ; le ciel l'a nourri de sa rosée, la terre l'a engraissé de sa substance [BOSSUET, Serm. Ambition, 2]
10° Particulièrement, entretenir, faire durer, en parlant de choses matérielles qui consument ou se consument.
Ils lancent des torches ardentes et telles autres choses propres à nourrir le feu [VAUGEL., Q. C. IV, 3]
Il est probable que des comètes tombent dans le soleil ; les newtoniens conjecturent même que cela arrive, et ils le croient nécessaire pour nourrir cet astre, qui s'épuiserait insensiblement, puisqu'en répandant la lumière il perd continuellement de sa substance [CONDIL., Art de rais. III, 5]
Nourrir le feu, entretenir une canonnade, une fusillade non interrompue.
[À Fontenoy] la masse anglaise, faisant face de tout côté.... nourrissait ce feu continu quand elle était attaquée [VOLT., Louis XV, 15]
11° Fig. Faire durer en soi des sentiments, des passions, etc.
Et [son esprit] nourrissait ainsi d'éternelles douleurs [CORN., Hor. I, 1]
Et l'accueil gracieux qu'il recevait de vous Lui permet de nourrir un espoir assez doux [ID., ib. I, 3]
Souvenez-vous de votre dernière fin, et cessez de nourrir de l'inimitié contre personne [SACI, Bible, Ecclésiastiq. XXVIII, 6]
Tu nourrissais dans ton cœur une secrète estime de toi-même [BOURD., Serm. 24, Dim. après la Pentecôte, Domin. t. IV, p. 429]
Cette vive et constante tendresse qu'elle nourrissait pour lui [le roi] dans son cœur [FLÉCH., Mar.-Thér.]
Pourquoi nourrissez-vous le venin qui vous tue ? [RAC., Brit. I, 1]
Qui, dans l'obscurité nourrissant sa douleur,... [ID., ib. II, 3]
Je nourrissais encore un malheureux amour [ID., Mithr. I, 2]
Vous nourrissez un feu qu'il vous faudrait éteindre [ID., Phèdre, III, 1]
La haine qu'il avait nourrie dans son cœur contre Ulysse [FÉN., Tél. X]
Nourrir des envies, des animosités [MASS., Avent, Disp.]
Des passions que vous nourrissez dès l'enfance [ID., Carême, Impén.]
J'ai nourri mes chagrins sans les manifester [VOLT., Sémir. I, 5]
Je nourris dans mon cœur le mépris des richesses [ST-LAMB., Sais. II]
Il se dit des personnes ou des choses qui entretiennent, font durer un sentiment, une chose morale en quelqu'un.
Toujours pour nourrir mon souci S'offrira-t-il à ma pensée ? [RÉGNIER, Ode.]
Son humeur satirique est sans cesse nourrie Par le coupable encens de votre flatterie [MOL., Mis. II, 5]
C'est [Issy] un lieu où je vous ai vue ; cela nourrissait fort la tendresse [SÉV., 13 mai 1671]
Perte de temps et lettres inutiles, qui ne sont bonnes qu'à nourrir la lenteur et la nonchalance de mes yeux [ID., 20 juillet 1694]
Je connais les manières des provinces, et je sais le plaisir qu'on y prend à nourrir les divisions [ID., 28 nov. 1670]
Ma douceur a nourri son criminel espoir [TH. CORN., Cte d'Ess. II, 2]
Il [Jurieu] n'oublie rien pour nourrir en eux [les protestants réfugiés] ces sentiments qui les poussent à la révolte [BOSSUET, 5e avert. § 11]
Puisse le juste ciel dignement te payer, Et puisse ton supplice à jamais effrayer Tous ceux qui, comme toi, par de lâches adresses, Des princes malheureux nourrissent les faiblesses ! [RAC., Phèdre, IV, 6]
C'est ma mère, et je veux ignorer ses caprices ; Mais je ne prétends plus ignorer et souffrir Le ministre insolent qui les ose nourrir [ID., Brit. II, 1]
Ces lits où la mollesse S'unit avec les maux, Nourrissent la paresse, Sans donner le repos [FAVART, Annette et Lubin. sc. 8]
Ses périls nourrissaient ma tendresse inquiète [VOLT., Mérope, I, 1]
Et qu'elle serait assez heureuse pour se guérir d'un amour que rien ne nourrirait plus [ID., Cosi sancta.]
Ici votre indulgence et le nom de son père Nourrissent son orgueil au sein de la misère [ID., Oreste, II, 4]
Mme de Maintenon, qui blâmait Louis XIV, le laissait faire et l'a même excité plus d'une fois à être sévère ; elle nourrissait donc en lui des défauts qu'elle condamnait [CONDILLAC, Art d'écrire, II, 5]
Sa passion préparerait votre malheur et le sien, si vous la nourrissiez [DIDEROT, Père de famille, II, 4]
12° Nourrir une action, fournir un supplément de finance au capital d'une action.
Soit honneur, soit raison, soit impuissance, un grand nombre de personnes ne nourrissaient pas leurs actions, qui perdaient alors les trois quarts de leur prix originaire [RAYNAL, Hist. phil. IV, 16]
Nourrir un numéro à la loterie, mettre sur le même numéro à chaque tirage, en augmentant toujours la mise.
13° Terme de peinture. Nourrir un tableau de couleurs, mettre les couleurs assez abondamment pour qu'on puisse les mêler aisément et les empâter. Nourrir le trait, éviter la maigreur, la sécheresse. Terme de calligraphie. Nourrir ses lettres, faire que les traits soient suffisamment chargés d'encre, pour qu'ils ne soient pas trop maigres. En termes de musique, nourrir les sons, faire qu'ils soient pleins et retentissants, et les soutenir exactement pendant leur durée.
14° Nourrir le style, le fortifier soit par des expressions abondantes, soit par des citations, etc.
15° Nourrir ses grades, en matière bénéficiale, c'était renouveler l'insinuation dans le temps prescrit pendant le carême (voy. INSINUATION, n° 2).
16° Se nourrir, v. réfl. Prendre pour aliment. Se nourrir de pain.
Maintenant, pour nous nourrir, il faut répandre du sang malgré l'horreur qu'il nous cause naturellement [BOSSUET, Hist. II, 1]
C'est un personnage illustre dans son genre, et qui a porté le talent de se bien nourrir jusques où il pouvait aller ; on ne reverra plus un homme qui mange tant et qui mange si bien [LA BRUY., XI]
Les hommes qui ne se nourrissent que de chair crue ou de poisson sec, de sagou ou de riz, vivent aussi longtemps que ceux qui se nourrissent de pain ou de mets préparés [BUFF., Hist. nat. Homme, Œuvr. t. IV, p. 357]
Cet enfant, cet animal se nourrit bien, se nourrit mal, les aliments lui profitent bien, ne lui profitent pas. Cet arbre n'a pas de quoi se nourrir, il est planté dans une mauvaise terre.
17° Fig. Il se dit des aliments intellectuels et moraux.
Votre frère est tout à fait tourné du côté de la dévotion.... il viendra un jour [la mort] où l'on sera bien heureux de s'être nourri dans ces sortes de pensées chrétiennes [SÉV., 27 déc. 1684]
Il fait un carême éternel ; et, durant ce carême, il semble qu'il ne se nourrisse que d'oraisons et de jeûnes [BOSSUET, 2e panég. St Franç. de Paule, 1]
Me nourrissant de fiel, de larmes abreuvée [RAC., Phèdre, IV, 6]
Il apprit à se nourrir de la vérité [FÉN., Tél. XX]
Cet édifice et le terrain qui l'entoure appartenait jadis au célèbre Lebrun, qui se plut à le bâtir et le décorer avec ce goût exquis d'ornement et d'architecture dont le grand peintre s'était nourri [J. J. ROUSS., Confess. X]
18° Terme de marine. Se nourrir, se dit de l'état du ciel qui annonce quelque tempête. Le ciel commence à se nourrir.

PROVERBES

  • Il n'y a point de petit métier, il n'y a si petit métier qui ne nourrisse son maître, c'est-à-dire le travail, quelque peu lucratif qu'il soit, donne de quoi vivre.
  • Une besace bien promenée nourrit son maître.

SYNONYME

  • NOURRIR, ALIMENTER. Nourrir, c'est proprement fournir l'aliment à l'enfant, au petit qui vient de naître. Alimenter est plus général ; il se dit de toute espèce de choses qui entretiennent la vie. Mais, quand nourrir passe à son sens plus général, il devient alors tout à fait synonyme d'alimenter ; seulement, alimenter en ce sens a toujours quelque chose de technique.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Li mien baron, nurrit [je] vous ai long temps [, Ch. de Rol. CCXLV]
  • XIIe s.
    Pese moi [je suis fâché] quant [je] fui onques en son ostel norris, Puisqu'estre me convient [il me faut] ses mortex enemis [son ennemi mortel] [, Sax. XXVI]
    Qui molt fu ses norriz [de ses familiers] [, Ronc. p. 9]
  • XIIIe s.
    Car je ne fu pas norriz à Pontoise [QUESNES, Romancero, p. 83]
    Ai-ge paour que Diex me faille, Qui norrist les oiseaux aux chans ? [, Nouv. rec. de fabl. et contes anc. t. II, p. 452]
    Leans out un lion nourri d'ancesserie [depuis longtemps] [, Berte, II]
    Jà fu Berte ma fille en si bon lieu nourrie [élevée en si bonne famille] [, ib. LXXII]
    [Symon et Constance] Qui l'ont [Berte] avec leur fille mout doucement nourrie [, ib. CIX]
    Car li rois de Hongrie fu en France nourris [, ib. v]
  • XVe s.
    Or vous vueil je recorder par quel moyen la paix y a esté mise et nourrie [FROISS., II, III, 12]
    Ces haines couvertes estoient de longtemps nourries entre celles deux parties [ID., II, II, 52]
    Adonc amour et ses nourris [élèves] Auront de Dangier moins doubtance [CH. D'ORL., Ball. 25]
    Mais passent temps en esbas et en ris, Et s'en tournent gras, gros et bien nourris [AL. CHARTIER, le Débat des deux fortunes.]
    Dissimuler toutes ces desobeissances, affin de ne nourrir guerres à ses subjectz [COMM., II, 4]
    Le mariage du roy qui est aujourd'huy avec la fille aisnée du roy Edouard.... et la duché de Guyenne pour le nourrir [ID., IV, 8]
    Il fait mal nourrir autruy enfant ; Car il s'en va quand il est grand [LEROUX DE LINCY, Prov. t. II, p. 309]
  • XVIe s.
    Les malfaiteurs jadis avoyent de coustume de se vestir de noir, nourrir leurs barbes, et user d'autres signes de dueil pour fleschir leurs juges à misericorde [CALV., Instit. 997]
    ... De ne nourrir leurs cheveux, mais de les raser en rond [ID., ib. 1182]
    Il fut nourri à Thebes en la maison de Pammenes [AMYOT, Pélop. 43]
    Sylla se partit du païs de l'Attique, qui estoit maigre, et qui en pleine paix ne l'eust sceu nourrir [ID., Sylla, 34]
    Il apparut un esprit à sa nourrice, lequel luy predit qu'elle nourrissoit un enfant qui seroit un jour cause d'un grand bien à tous les Romains [ID., Cicér. 2]
    Gargantua, depuis les troys jusques à cinq ans, feut nourry et institué en toute discipline convenante [RAB., I, 11]
    Nos souhaits interieurs pour la pluspart naissent et se nourrissent aux despens d'aultruy [MONT., I, 105]
    S'il estoit adonné d'une application trop indiscrete à l'estude des livres, je ne vouldrois qu'on la luy nourrist [ID., I, 181]
    Je nourrissois des imaginations hardies [ID., I, 195]
    Je veulz seulement faire luicter ensemble les traicts de cinq poëtes latins.... or debvra l'enfant bien nourry [instruit] trouver, au prix des aultres, les deux premiers traisnants [ID., II, 265]
    Un grain d'orge bien nourri [PARÉ, XXV, 21]
    La litharge doit estre nourrie avec deux onces d'huile [ID., XXV, 26]
    Il a été nourri en un tonneau, il n'a rien vu que par le bondon [LEROUX DE LINCY, Prov. t. II, p. 204]
    Celui-là est bon pere qui nourrit [COTGRAVE, ]
    Qui veut avoir bon chien, il faut qu'il le nourrisse [ID., ]
    Tel le chien nourrit, qui puis mange la courroie de son soulier [ID., ]
    M. Cossains estoit vieux soldat et capitaine, gentilhomme nourry en Piedmont de M. de la Mothe Gondrin [BRANT., Cap. franc. t. IV, p. 284]
    Le capitaine Bequin, aussi sage et bon capitaine, qui fut blessé et mourut à la Rochelle, nourry laquais de M. de Nemours [ID., ib. p. 126]
    Nourri aux pieds de mon roi, desquels je faisois mon chevet en toutes les saisons de ses travaux [D'AUB., Hist. Préface]

ÉTYMOLOGIE

  • Bourg. norri ; picard, norir ; wallon, noûri ; Hainaut, norir ; provenc. nurir, noirir ; cat. nudrir ; esp. nutrix ; ital. nutrire ; du lat. nutrire, nourrir. Selon la conjecture de Corssen (Nachtraege, p. 293), nutrire est le verbe dénominatif de nulrix, comme pistrire de pistor ; il explique nutrix par chute de l's initiale, comme étant snutrix, du radical sanscrit snu, couler, goutter : celle qui fait couler [le lait], la nourrice. Snu a déjà perdu son s dans le terme grec qui signifie nare, etc.

nourrir

NOURRIR. v. tr. Sustenter, servir d'aliment. Les aliments propres à nourrir l'homme. Cette fertile région produit tout ce qui est nécessaire pour nourrir hommes et animaux.

Absolument, Le pain nourrit beaucoup. Certaines viandes nourrissent trop.

Cet enfant, cet animal se nourrit bien, se nourrit mal, Les aliments lui profitent bien, ne lui profitent pas.

Par analogie, Cet arbre n'a pas de quoi se nourrir, Il est planté dans une mauvaise terre où il ne trouve pas un suc convenable et suffisant.

Fig., Ce blé, ce grain est bien nourri, Il est bien plein, bien rempli.

Fig., Un style nourri, Un style riche, plein, abondant. Un ouvrage nourri de pensées, de réflexions, Un ouvrage où les pensées justes, les réflexions judicieuses abondent. On dit aussi Un écrivain nourri des bons auteurs, Un écrivain qui fait preuve d'une grande connaissance des bons auteurs.

En termes de Peinture, Une couleur nourrie, Une couleur bien empâtée. Un trait nourri, Un trait qui n'est pas trop fin.

En termes de Calligraphie, Cette lettre est bien nourrie, Les traits qui la forment ont beaucoup de corps. Elle n'est pas bien nourrie, Elle est plus déliée qu'il ne faut.

En termes de Musique, Nourrir les sons, Faire qu'ils soient pleins et les soutenir pendant leur durée.

En langage militaire, Feu nourri, fusillade nourrie, Fusillade violente.

NOURRIR signifie aussi Élever un nouveau- né on l'allaitant. Elle a nourri ses trois enfants. Absolument, Cette femme nourrit.

Il signifie encore Entretenir d'aliments. Je l'ai vêtu et nourri pendant dix ans. Les enfants sont obligés de nourrir leur père et leur mère dans le besoin. Je lui donne tant par an pour me loger et pour me nourrir. On est bien nourri, on est mal nourri dans cette pension, dans cet hôtel. Être logé et nourri. Les oiseaux de proie se nourrissent de chair. L'homme se nourrit de pain, de viande, de légumes, etc. Cet anachorète ne se nourrit que de racines sauvages.

Fig., N'être pas nourri, N'être pas suffisamment nourri, être mal nourri. Les enfants ne sont pas nourris dans cette pension, dans ce collège. Les domestiques ne sont pas nourris dans cette maison.

Par plaisanterie, Cet homme est bien nourri, Il a beaucoup d'embonpoint.

NOURRIR signifie au figuré Instruire, élever. Ce jeune homme a été nourri dans l'amour de la vertu, dans la haine du vice. Il a été nourri aux lettres latines.

Fig., Il nourrit un serpent dans son sein, Il élève, il protège, il assiste un ingrat, un méchant qui le perdra, qui le ruinera quelque jour.

NOURRIR se dit aussi d'un Pays qui ordinairement en fournit un autre de vivres, d'une terre, d'un domaine qui donne au propriétaire de quoi le faire subsister, d'une profession qui procure de quoi vivre à celui qui l'exerce. La Sicile nourrissait Rome. Cette terre le nourrit, lui et toute sa famille. Ce métier ne nourrit pas son homme.

Il signifie quelquefois Produire, porter, renfermer. L'Afrique nourrit beaucoup d'animaux féroces. Cette terre nourrit une race d'hommes forts et courageux. Cette mer nourrit des poissons voraces et destructeurs. En ce sens, il vieillit.

NOURRIR signifie, au figuré, Donner un aliment. Nourrir son imagination de chimères. Se nourrir de la parole de Dieu. Il se nourrit d'idées tristes.

Il signifie aussi, figurément, Entretenir, faire subsister, faire durer. Nourrir l'espoir, le mécontentement, l'orgueil de quelqu'un. Nourrir dans son âme une passion malheureuse, un amour sans espérance, des souvenirs pleins de charmes. Nourrir en soi une illusion.

Nourrir un numéro à la loterie, Mettre sur le même numéro à chaque tirage, en augmentant toujours la mise.

NOURRIR se dit également de Certaines choses qui en entretiennent d'autres, qui les font profiter. La bonne terre nourrit les plantes, les arbres. Mettre du fumier au pied d'un arbre pour le nourrir. Le bois nourrit le feu.

Fig., Nourrir un dossier. Les services mutuels nourrissent l'amitié. L'étude, la lecture, la conversation des hommes éclairés nourrit l'esprit.

nourrir

Nourrir, act. pen. Nutrire, Adnutrire, Enutrire, Innutrire, Cibare, Educare, Educere, Alere, Exhibere, Tollere, Sustollere, Tolerare, Fouere, Nutricare.

Nourrir son enfant, Attollere partum.

Nourrir et entretenir, Alere.

Se nourrir à peine, Tolerare sese. B.

Nourrir petitement sans grand estat, Cultu humili aliquem educare.

Bailler et faire nourrir à chaque mere son faon, Submittere foetum matribus.

Nourrir et entretenir la malice d'aucun par dons, Malitiam praemiis exercere.

Qui nourrit, Altor, Educator.

Un homme qui se nourrit en procez, qui aime fort à plaider, Homo litium alumnus. B.

Qui est nourri, Altus, Nutritus.

Toute beste qu'on a nourri pour engraisser, Altilis.

Nourrir à rien faire, Alumnus otij. B.

Nourrir à la guerre, Alumnus belli. B.

Il est nourri à cela, Ita natus est, Ita educatus est. B.

Nourrir en practique, Bon praticien, Homo fori alumnus. B.

Nourri au labeur et travail, Alumnus laboris. B.

nourrir


NOURRIR, verb. act. NOURRISSANT, ANTE, adj. NOURRITûRE, s. f. [Nour-ri, r forte, ri-san, sante, nou-ritûre: 3e. lon. aux trois dern.] Nourrir, 1°. en parlant des chôses, servir d'aliment. "Quels sont les alimens les plus propres à nourrir l'homme? = V. n. "Le pain nourrit beaucoup. "Il y a des alimens qui nourrissent trop. = 2°. En parlant des plantes, leur fournir des sucs pour la végétation. "La bone terre nourrit les plante. = 3°. Se nourrir, prendre de la nourritûre. Il régit la prép. de: "L'homme se nourrit de pain, de viandes, de fruits, de légumes; ou il s'emploie sans régime: "Cet homme se nourrit bien; cet arbre n'a pas de quoi se nourrir. = 4°. Entretenir d'alimens. "Les enfans sont obligés de nourrir leurs pères et leurs mères dans le besoin. = 5°. En parlant des femmes, doner à teter à un enfant. "Elle a nourri tous ses enfans. = 6°. Figurément, élever, instruire. Il ne se dit pas seul et sans régime. "Il faut avoir soin de nourrir les enfans dans des sentimens de piété et d'honeur. = On disait aûtrefois, il a été bien nourri, mal nourri, pour, bien ou mal élevé. = 6°. En parlant des chôses, former, façoner l'esprit: "Les bones lectûres nourrissent l'esprit. "Se nourrir de la parole de Dieu; de la lectûre des bons livres.
   NOURRI, IE, adj. Homme bien nourri, grôs et grâs. — Blé, grain bien nourri, bien rempli. — Style nourri, plein, riche, abondant. = Lettre bien nourrie, dont les traits sont bien formés; qui n'est pas bien nourrie, qui est plus déliée qu'il ne faut.
   Rem. Nourrir s'emploie élégamment au figuré. "Il (d'Aguesseau) cherche par tout de quoi nourrir ce feu inconu (du génie) qui le dévore. Thomas. "Il nourrit ce peuple farouche dans l'esprit de tout entreprendre par la force. Boss. = Être nourri, au figuré, mène souvent à sa suite la prép. dans: "Il a été nourri dans la chicane. — Les Poètes substituent, quand cela les acomode, la prép. à.
   Moi, nourri dans la guerre aux horreurs du carnage.
       Athalie.
= Se nourrir s'emploie aussi au figuré: "Ils ne se nourrissent que d'idées tristes. Volt. "On ne s'étonne pas que s'étant nourri de Romans dans son enfance, il ait soutenu dans l'âge mûr tant de paradoxes et de systêmes romanesques. Ann. Litt. — Il se dit au propre aussi avec la prép. de: "Il ne se nourrissoit que d' herbes et de racines. Mais il ne se dit point sans régime. "La belle Niobé, dans une situation pareille à la vôtre, consentit enfin à se nourrir. Mde. Dacier, Iliade. Il falait, à mon avis, consentit à prendre de la nourritûre.
   NOURRISSANT, qui nourrit beaucoup, qui sustente. "Cela n'est pas assez nourrissant. "Cette viande est fort nourrisante.
   Nourrisant, Nutritif, Nourricier (syn.) Nourrissant se dit de ce qui nourrit beaucoup; il marque l'éfet: nutritif, qui a la faculté de nourrir; il marque la puissance, la vertu: Nourricier, qui opère la nutrition; il marque l'action. "Les mets nourrissans abondent en parties nutritives, dont l'estomac extrait une grande quantité de suc nourricier. Extr. des Syn. Fr. de Mr. l'Abé Roubaud.
   NOURRITûRE, aliment; ce qui nourrit. "Bone, ou mauvaise nourritûre. "Prendre de la nourritûre. "Mourir faûte de nourritûre. — Figurément: "L'esprit a besoin de nourritûre.
   Rem. Il s'est dit anciènement pour éducation. "Ce fut, dit Brantome, le Maréchal de Retz qui le pervertit (Charles IX) et lui fit oublier et laisser toute la belle nourriture que lui avoit donée le brave de Cipierre. — Richelet le met encôre en ce sens. "Il n'a point de nourritûre, d' éducation. Corneille, parlant d'Attale, qui avait été élevé à Rome, dit:
   Si vous faites état de cette nourriture.
   Donez ordre qu'il règne, elle vous en conjure.
       Nicomède.
— Il ne s'est conservé que dans le Proverbe; nourritûre pâsse natûre: la bone éducation peut corriger un mauvais naturel. — Et en parlant d'un enfant mal élevé, on dit, en plaisanterie, à celui qui en a pris soin: vous avez fait là une belle nourritûre.
   NOURRISSON. Voy. NOURRICE.

Synonymes et Contraires

nourrir

verbe nourrir
1.  Donner des aliments à.
alimenter, gaver, gorger, rassasier, ravitailler -littéraire: repaître, restaurer -vieux: sustenter.
3.  Entretenir une idée.

nourrir (se)

verbe pronominal nourrir (se)
1.  Absorber des aliments.
absorber, consommer, engloutir, ingurgiter, manger, s'alimenter, se restaurer -argotique: briffer -familier: casser la croûte, casser la graine, enfourner, se sustenter -littéraire: se repaître -populaire: becqueter, becter, boulotter, croûter, grailler.
2.  Tirer sa force de.
s'abreuver, s'imprégner -littéraire: se repaître.
Traductions

nourrir

beköstigen, ernähren, hegen, nähren, verpflegen, fütternfeed, nourish, entertain, nurse, foster, nurturevoeden, opvoeden, voedzaam zijn, voeren, grootbrengenהאכיל (הפעיל), הזין (הפעיל), זן (פ'), כלכל (פיעל), הֵזִין, כִּלְכֵּל, הֶאֱכִיל, זָןalimentar, fomentar, mantenir, nodrirfodre, nærenutrialimentar, nutrir, dar de comerravita, syöttää tai ruokkianutrire, alimentare, cibare, pascere, sfamarealere, nutrirealimentar, nutrir, sustenarhrănikŕmiť, živiťτρέφω, ταΐζωيُطْعِمُkrmithraniti食物を与える음식(먹이)을 주다matenakarmićкормитьmataให้อาหารbeslemekcho ăn喂养 (nuʀiʀ)
verbe transitif
1. donner à manger à nourrir un bébé
2. figuré faire vivre nourrir toute la famille

nourrir

[nuʀiʀ] vt
(= alimenter) → to feed
nourrir au sein → to breast-feed
logé nourri → with board and lodging
(fig) [+ espoir] → to cherish [nuʀiʀ] vpr/réfl
(= s'alimenter) [personne] → to eat
se nourrir de légumes → to live on vegetables
(fig) (= s'inspirer)
La fiction se nourrit bien souvent de la réalité → Fiction is often based on reality.
Le jazz se nourrit d'influences variées → Jazz is inspired by a variety of influences.