nue

nue

n.f. [ du lat. nubes, nuage ]
Litt. Espace céleste : « … ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue, / Pâle dans son lit vert où la lumière pleut » [le Dormeur du Val, Rimbaud].

nues

n.f. pl.
Porter aux nues,
exalter, louer excessivement.
Tomber des nues,
être extrêmement surpris.

NUE

(nue) s. f.
Toute masse de vapeur d'eau répandue dans l'atmosphère. Le tonnerre gronde dans la nue.
Les plus ardents transports d'une haine connue Ne sont qu'autant d'éclairs avortés dans la nue [CORN., Médée, I, 5]
Le soldat, étonné, dit que dans une nue Jusque sur le bûcher Diane est descendue [RAC., Iphig. V, 6]
Il se dit quelquefois pour le haut des airs, c'est-à-dire pour la place où sont les nues, qu'il y en ait actuellement ou non.
Nous avons percé la nue du cri de vive le roi ! [SÉV., 5 janv. 1674]
Tandis que dans les airs mille cloches émues D'un funèbre concert font retentir les nues [BOILEAU, Sat. VI]
Ses murs [de la tour de Montlhéri]... Sur la cime d'un roc s'allongent dans la nue [ID., Lutr. III]
Fig. Porter, élever une personne, une chose aux nues, la louer jusqu'aux nues, la louer avec excès.
Notre cardinal [Retz] élevait jusqu'aux nues cette maison de Langhac [SÉV., 9 oct. 1671]
J'ai entendu louer jusqu'aux nues les charmes qu'on trouve dans votre amitié [ID., 22 sept. 1680]
Et le peuple, élevant vos vertus jusqu'aux nues, Va partout de lauriers couronner vos statues [RAC., Bérén. IV, 6]
On dit dans un sens analogue : mettre aux nues.
S'il lui arrive le moindre malheur [au duc de Choiseul], je le mettrai aux nues ; je n'y mets pas tout le monde, il s'en faut beaucoup [VOLT., Lett. Mme du Deffant, 5 janv. 1759]
Fig. Cette pièce a été aux nues, elle a obtenu un très grand succès.
J'ai demain, pour ma part, cent places retenues, Et veux, après demain, vous faire aller aux nues [PIRON, Métrom. V, 13]
Le Philosophe sans le savoir chancelle à la première, à la seconde représentation, et j'en suis bien affligé ; à la troisième il va aux nues, et j'en suis transporté de joie [DIDER., Mém. t. IV, p. 35, dans POUGENS]
Par-dessus les nues, avec exagération.
Si j'avais trouvé cette juste comparaison..., vous me loueriez par-dessus les nues [SÉV., 4 août 1580]
Il est au-dessus des nues, sur les nues, se dit de quelqu'un qui a surmonté quelque grand obstacle, qui est dans une grande fortune.
Vous jugez très bien de Quantova [Mme de Montespan] ; si elle peut ne point reprendre ses vieilles brisées, elle poussera son autorité et sa grandeur au delà des nues [SÉV., 28 juin 1775]
Elle profitera peu de ma faveur ; une autre la porterait aux nues, mais vous connaissez mon humeur [MAINTENON, Lett. à M. d'Aubigné, 3 sept. 1684]
Villars épouvanté, quoique sur les nues [SAINT-SIMON, t. V, p. 99, édit. CHÉRUEL.]
Fig. Monter, sauter aux nues, bondir dans les nues, être dans un violent transport.
Cette pensée le fait sauter aux nues [SÉV., 456]
Je vous prie de ne point monter aux nues, ni me contraindre sur certaines choses ; laissez-moi la liberté de faire quelquefois ce que je veux [ID., t. III, p. 129, éd. RÉGNIER.]
Songez à Mme Cauvison ; ce fils, ce cher fils, dont les moindres intérêts la faisaient monter aux nues, marié contre son gré [ID., juillet 1690]
Pour moi, je saute aux nues quand je pense à cette infamie [ID., 7 déc. 1664]
M. de Bussy perdit hier son procès.... Bussy bondit dans la nue, sa fille est forcenée dans son lit [ID., 13 juin 1684]
Cela ferait sauter aux nues ; ils font une sottise, et pour la réparer ils en disent une autre [DIDER., Est-il bon ? est-il méchant ? III, 5]
Fig. Tomber des nues, arriver à l'improviste.
Il semble à quelques-uns qu'il [Héraclius cru mort] doit tomber des nues [CORN., Héracl. II, 1]
Quand il faut de nécessité finir la pièce, un bon homme semble tomber des nues pour.... [CORN., D. Sanche, Examen.]
Nous ne vous attendions point, je vous assure, et vous êtes tombé des nues pour nous, en vérité [REGNARD, Ret. impr. 11]
Il est tombé des nues, c'est-à-dire il n'est connu ni avoué de personne. En parlant d'une pièce de théâtre, ce dénoûment tombe des nues, il n'est point amené, point préparé. On dit dans le même sens : ce personnage, cet incident tombe des nues. En un autre sens, tomber des nues, n'être plus à soi (sens qu'on ne trouve que chez Mme de Sévigné et qui devait être de sa société).
Ils [les employés de la poste] m'ont mandé qu'il n'y en avait pas pour moi [de lettres de Mme de Grignan] ; me voilà tombée des nues ; je ne saurais vivre sans vos lettres [ID., 20 avr. 1672]
Je vais dans la chambre du chevalier [de Grignan].... nous parlons de vous ; je suis encore bien plus tombée des nues, quand il n'y est pas [ID., 31 janv. 1689]
Vous êtes chagrin, mon pauvre monsieur ; vraiment je ne m'en étonne pas ; vous êtes tombé des nues ; vous vous ôtez d'abord quatre petites personnes à la fois [il venait de mettre en pension dans un couvent quatre de ses filles] [ID., à Guitaut, 30 mars 1683]
Je crains que votre frère ne me quitte.... je fais venir en tous cas Hélène, pour ne pas tomber des nues [ID., 9 févr. 1676]
Tomber des nues, être tout étonné.
Le jeune homme tombé des nues Demandait : qu'est-ce là ? [LA FONT., Oies.]
Richard, tombé des nues, Fut tout heureux de pouvoir s'en aller [ID., Cal.]
Je suis toute ébaubie, et je tombe des nues [MOL., Tart. V, 5]
Ce qui s'appelle tomber du haut des nues, c'est ce qui arriva hier au soir aux Tuileries [la défense à Mademoiselle de se marier avec Lauzun] [SÉV., 10]
Je tombais des nues, j'étais ébahi, je ne savais que dire [J. J. ROUSS., Confess. IX]
Il semble tomber des nues, se dit d'un homme qui est embarrassé, décontenancé, qui ne sait à qui s'adresser dans la compagnie où il se trouve.
Fig. Se perdre dans les nues, s'égarer dans l'emphase et dans l'obscurité.
L'autre a peur de ramper, il se perd dans la nue [BOILEAU, Art p. I]
On voit combien c'est un rôle insensé que de se perdre dans les nues [DIDER., Claude et Nér. II, 21]
Une diction toujours dans les nues et des pensées qui rampent toujours [J. J. ROUSS., Hél. 2e préf.]
Fig. Être dans la nue, être obscur, n'avoir pas encore éclaté.
Il était question lundi d'une nouvelle [d'une bataille livrée] qui était encore dans la nue [SÉV., 18 août 1677]

SYNONYME

  • NUE, NUAGE, NUÉE. La nue est le nom le plus général. Nuée et nuage ont, étymologiquement, le sens de réunion, masse de nues en vertu de leur finale ; mais l'usage a mis ces nuances : on dit les nues quand on veut exprimer l'ensemble des nuages qui couvrent le ciel ; on dit nuages quand on les considère surtout dans leur isolement et leur séparation ; enfin nuée désigne surtout une grosse nue.

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Si cume la clarted del albe est bele e clere, quant li soleilz lieved par matin, quant nule nue ne niule [brouillard] n'i ad [, Rois, p. 211]
  • XIIIe s.
    La fille au roy d'Hongrie, n'a [il n'y a] mieudre sous la nue [, Berte, LII]
  • XVe s.
    Et [Philippe d'Artevelle] n'espargnoit non plus ni or ni argent, que doncque il lui plust des nues [FROISS., II, II, 160]
    Quoyque la nue de tristesse Par un long temps ait fait son cours [CH. D'ORL., Bal. 14]
  • XVIe s.
    [Gargantua] croyoit que les nues fussent poisles d'airain, et que vessies fussent lanternes [RAB., I, 11]
    Rampant au limon de la terre, je ne laisse pas de remarquer jusques dans les nues la haulteur inimitable de quelques ames heroiques [MONT., I, 263]

ÉTYMOLOGIE

  • Ital. nube ; du lat. nubes ; comparez le terme grec qui signifie nuage, l'all. Nebel, brouillard ; sanscr. nabhas, ciel, atmosphère, eau.

nue

NUE. n. f. Synonyme de nuage, mais qui, sauf dans certaines expressions proverbiales, figurées et familières, ne s'emploie guère que dans le style soutenu. L'éclair qui sort de la nue. Le soleil perce la nue. Le tonnerre gronde dans la nue. Cet oiseau fend les nues, se perd dans les nues. Le sommet de cette montagne se perd dans les nues.

Fig., Porter, élever une personne, une action aux nues, jusqu'aux nues, La louer excessivement.

Fig., Cette pièce a été aux nues, Cette pièce de théâtre a obtenu un très grand succès.

Fig., Faire sauter quelqu'un aux nues, Le faire bondir, l'impatienter, le mettre en colère. Quand on lui parle de son procès, on le fait sauter aux nues. Ne me dites pas cela, vous me feriez sauter aux nues.

Fig. et fam., Il a l'air de tomber des nues se dit de Quelqu'un qui est embarrassé, décontenancé, qui paraît ne pas comprendre ce dont il s'agit.

Fig. et fam., Tomber des nues, Être extrêmement surpris. Quand je vois, quand j'entends de pareilles choses, je tombe des nues.

Fig. et fam. Il est tombé des nues se dit de Quelqu'un qui surgit à l'improviste et dont on ne sait d'où il vient.

Fig., en parlant d'une Pièce de théâtre, Ce dénouement tombe des nues, Il n'est point amené, point préparé, il ne ressort point du sujet. On dit dans le même sens : Ce personnage, cet incident tombe des nues.

Fig., Se perdre dans les nues, S'élever dans ses discours, dans ses raisonnements, de manière à faire perdre aux autres et à perdre soi- même de vue le sujet qu'on traite, ou la chose qu'on a entrepris de prouver. À force de vouloir s'élever, il se perd dans les nues.

nûe


NûE, NUÉE, s. f. [1re lon. au 1er, 2e e muet au 1er, é fer. et long au 2d: Nû-e, nu-é-e.] Nuage. = Suivant le Dict. de Trév.Nûe est plus vague que Nuée, et en diffère à peu près comme le genre de l'espèce. Dailleurs nûe se dit plus souvent dans le propre que dans le figuré, et nuée plus souvent dans le figuré que dans propre: mais on ne peut distinguer cela que par un long usage. Nûe est plus poétique que nuage.
   La nûe en se formant s'abreuve dans les mers;
   Et sur l'aile des vens s'élève dans les airs.
MARIN, 6e Écl. de Virgile. = Suivant M. BEAUZÉE, l'idée de Nûe fait penser à l'élévation, celle de nuée à l'orage, celle de nuage à l'obscurité. — On dit donc, d'un oiseau, qui s'élève fort haut dans la région de l'air, qu'il se perd dans les nûes; qu'une nuée s'étend vers la droite, pour marquer ce qui est exposé aux accidens, dont elle menace; et qu'un nuage ne tardera pas à crever, pour indiquer qu'il est extrêmement condensé et noir. — Ces idées accessoires, ajoute-t'il, deviènent presque les principales dans le sens figuré. Élever jusqu'aux nûes, louer excessivement, tomber des nûes, sauter aux nûes, etc. (Voy. plus bâs.) "Une nuée se forme, dit-on, en parlant d'une conspiration: elle ne tardera pas d'éclater. "Nuage de poussière; avoir un nuage devant les yeux: les doutes, les incertitudes s' apellent des nuages.
   NûE, fournit à quelques expressions figurées du style familier. — Sauter aux nûes; montrer de l'impatience et de l'indignation de ce qu'on nous dit. — Être au dessus des nûes, bien dans ses afaires, ou, dans une grande faveur. — Tomber des nûes, être dans l'étonement, dans l'afliction. "Ce qui s'apelle tomber des nûes, c'est ce qui arriva hier au soir aux Thuileries. Sév. "Madame de la Fayette est tombée des nues: elle s'aperçoit à tous momens de la perte qu'elle a faite. Ibid. — On dit aussi qu' une chôse nous tombe des nûes, quand on ne sait d'où elle nous vient. "Il m'est tombé des nues le plus beau chapelet du monde. Sév. "Les deux Muses sont étonées de trouver là Molière, qui tombe en éfet comme des nûes. Ann. Litt. — Se perdre dans les nûes, perdre de vûe le sujet, que l'on traite.
   NUÉE, se dit figurément pour multitude. "Une nuée de corbeaux, de sauterelles. "Une nuée de Barbâres.

Synonymes et Contraires

nue

nom féminin nue
1.  Littéraire. Espace céleste.
2.  Littéraire. Ensemble de nuages.
Traductions