orgueilleux, euse

ORGUEILLEUX, EUSE

(or-gheu-lleû, lleû-z' ; quelques-uns prononcent or-ghè-lleû ; ce qui n'est pas bon) adj.
Qui a de l'orgueil.
Y eut-il jamais peuple plus orgueilleux que les Romains, ni qui eût un plus grand mépris pour tous les autres peuples du monde ? [BOSSUET, Sermons, Bonté et rigueur de Dieu, 2]
Et devant vous Ces maîtres orgueilleux fléchiraient comme nous [RAC., Brit. III, 4]
Qu'ont-ils gagné, ces esprits orgueilleux Qui menaçaient d'armer la terre entière ? Ils ont vu de nouveau resserrer leur frontière [ID., Poés. div. Idylle sur la paix.]
Empêchons, croyez-moi, que ce peuple orgueilleux Au fer qui l'a dompté n'accoutume ses yeux [VOLT., Alz. I, 1]
Que, dans le fond d'une de nos provinces à demi barbares, un homme qui aura acheté une petite charge et fait imprimer des vers médiocres, s'avise d'être orgueilleux, il y a là de quoi rire longtemps [VOLT., Dict. phil. Orgueil.]
Terme de médecine. Monomanie orgueilleuse ou ambitieuse, celle qui est caractérisée par un désir exagéré de la puissance et de la domination. Il se construit avec la préposition de. Il est orgueilleux d'avoir remporté le prix.
Son coursier.... Nage tout orgueilleux de la main qui le guide [BOILEAU, Ép. Passage du Rhin.]
Orgueilleux de leur pompe, et fiers d'un camp nombreux, Sans ordre ils s'avançaient d'un pas impétueux [VOLT., Henr. III]
D'Ailli, tout orgueilleux de trente ans de combats [ID., Henri VIII]
Le Rhône, Orgueilleux de tomber des portes du soleil [MASSON, Helvét. VI]
Substantivement.
Je mourrai satisfaite après cet orgueilleux [ROTR., Bélis. II, 17]
Pendant que les orgueilleux seront confondus, vous, fidèles.... vous commencerez à lever la tête [BOSSUET, Anne de Gonz.]
Sa beauté la rassure, et, malgré mon courroux, L'orgueilleuse m'attend encore à ses genoux [RAC., Andr. II, 5]
Il fait que tout prospère aux âmes innocentes, Tandis qu'en ses projets l'orgueilleux est trompé [ID., Esth. I, 1]
Cependant l'orgueilleuse l'observe en dessous et sourit en secret de la fierté de son esclave [J. J. ROUSS., Ém. V]
Où l'orgueil se montre. Un ton orgueilleux. D'orgueilleux transports.
Dans le langage relevé et poétique, on le dit de choses dont le caractère ou la grandeur sont comparés à une sorte d'orgueil.
Le mont Saint-Michel, ce mont si orgueilleux, que vous avez vu si fier, et qui vous a vue si belle [SÉV., à Mme de Grignan, 9 mai 1689]
[Les montagnes] Ce sont des monuments qu'a laissés la nature, D'un monde qui n'est plus décombres orgueilleux [MASSON, Helv. II]

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Mandez [à] Carlon, al orguillus, al fier [, Ch. de Rol. III]
    Li cheval sont orgoillus et courant [, ib. CCXCI]
  • XIIe s.
    Herupois sont prodome, orgoillox et gaillart [, Sax. XI]
    Deus me conseillera, qui tuz dis m'est prochiens, Qui l'orguilleus abat, le povre oste des fiens [fumiers] [, Th. le mart. 97]
  • XIIIe s.
    Après se tenoit Courtoisie, Qui moult estoit de tous prisie ; Si n'ere orguilleuse ne fole [, la Rose, 1237]
  • XVe s.
    Les Anglois, qui se trouvoient là bien deux mille, se tenoient grands et orgueilleux contre les Espaignols [FROISS., II, II, 42]
    Au mois de decembre que la mer est froide et orgueilleuse [ID., II, III, 47]
  • XVIe s.
    Les orgueilleux et fiers, les vivans de rapine [J. MAROT, V, 141]
    Bon fait battre l'orgueilleux quand il est seul [LEROUX DE LINCY, Prov. t. II, p. 252]

ÉTYMOLOGIE

  • Orgueil ; prov. orguelhos, erguelhos, orgoillos ; espagn. orgulloso ; ital. orgoglioso.