orgueil

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orgueil

[ ɔrgœj] n.m. [ du frq. ]
1. Estime excessive de sa propre valeur : Être bouffi d'orgueil arrogance, fatuité, suffisance, vanité ; humilité, modestie
2. Sentiment de fierté légitime : Elle tire orgueil de sa promotion amour-propre, dignité
3. Sujet de fierté : Ce tramway ultramoderne est l'orgueil de la ville gloire, honneur ; honte

ORGUEIL

(or-gheull', ll mouillées) s. m.
Sentiment, état de l'âme où naît une opinion trop avantageuse de soi-même.
L'orgueil n'est pas toujours la marque des grands cœurs [CORN., Suréna, V, 1]
L'orgueil se dédommage toujours et ne perd rien, lors même qu'il renonce à la vanité [LA ROCHEFOUC., Max. 33]
L'orgueil ne veut pas devoir, et l'amour-propre ne veut pas payer [ID., ib. 228]
La nature, qui a sagement pourvu à la vie de l'homme par la disposition admirable des organes du corps, lui a sans doute donné l'orgueil pour lui épargner la douleur de connaître ses imperfections et ses misères [ID., ib. Prem. pens. n° 12]
L'orgueil qui naît des qualités spirituelles est de même genre que celui qui est fondé sur des avantages extérieurs [NICOLE, Ess. de mor. 1er traité, ch. 1]
Tout ce qui est au monde ou concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la vie [PASC., Pens. XXIV, 32, éd. HAVET.]
Jésus-Christ est un Dieu dont on s'approche sans orgueil, et sous lequel on s'abaisse sans désespoir [ID., ib. XVII, 7]
La misère persuade le désespoir, l'orgueil persuade la présomption ; l'incarnation montre à l'homme la grandeur de sa misère par la grandeur du remède qu'il a fallu [ID., ib. XII, 14]
Ils n'ont pu fuir ou l'orgueil ou la paresse, qui sont les deux sources de tous les vices [ID., ib. XII, 11]
Ô hommes.... vos maladies principales sont l'orgueil qui vous soustrait de Dieu, la concupiscence qui vous attache à la terre [ID., ib. XII, 2]
Orgueil contre-pesant toutes nos misères : ou il cache ses misères, ou, s'il les découvre, il se glorifie de les connaître [ID., ib. II, 2]
M. d'Aix doit être bien content que M. d'Arles lui quitte la place ; appelle-t-on cela de l'orgueil ? c'en est un au moins qui contente fort celui de M. l'archevêque d'Aix : ces deux orgueils, dont l'un demeure et l'autre s'en va, s'accommoderont fort bien ensemble [SÉV., 4 déc. 1689]
Les enfers où il [Alexandre] porte la peine éternelle d'avoir voulu se faire adorer comme un Dieu soit par orgueil, soit par politique [BOSSUET, la Vallière.]
Elle croyait voir partout dans ses actions un amour-propre déguisé en vertu.... ainsi Dieu l'humiliait par ce qui a coutume de nourrir l'orgueil [ID., Anne de Gonz.]
L'œil qui monte toujours [ID., Marie-Thér.]
Vous allez voir une reine qui, à l'exemple de David, attaque de tous côtés sa propre grandeur et tout l'orgueil qu'elle inspire [ID., ib.]
Saint Augustin définit l'orgueil une perverse imitation de la nature divine [ID., 1er sermon, Nativité, fragment d'un autre sermon]
L'âme regarde ces honneurs que le monde vante ; et aussitôt elle en voit le fond, elle voit l'orgueil qu'ils inspirent, et découvre dans cet orgueil et les disputes et les jalousies et tous les maux qu'il entraîne [ID., la Vallière.]
L'orgueil est l'endroit le plus vif du cœur ; pour peu qu'on y touche, la douleur nous fait jeter de hauts cris [BOURD., Pensées, t. II, p. 106]
Cet homme qui défendait les villes de Juda, qui domptait l'orgueil des enfants d'Ammon et d'Esaü [FLÉCH., Turenne.]
Mais, pour un vain bonheur qui vous a fait rimer, Gardez qu'un sot orgueil ne vous vienne enfumer [BOILEAU, Art p. II]
Je l'ai trouvé [Mardochée] couvert d'une affreuse poussière, Revêtu de lambeaux, tout pâle ; mais son œil Conservait sous la cendre encor le même orgueil [RAC., Esth. II, 1]
Dois-je au superbe Achille accorder la victoire ? Son téméraire orgueil, que je vais redoubler, Croira que je lui cède [ID., Iph. IV, 8]
C'en est fait : mon orgueil est forcé de plier [ID., Esth. III, 5]
Que son farouche orgueil le rendait odieux ! [ID., Phèdre, III, 1]
Il faut définir l'orgueil une passion qui fait que, de tout ce qui est au monde, l'on n'estime que soi [LA BRUY., Théophraste, XXIV]
L'orgueil, qui vous tient lieu de raison, fait peut-être que les mœurs au dehors paraissent égales et uniformes [MASS., Carême, Inconst.]
C'est le chef-d'œuvre de la plus sincère modestie que d'avouer de l'orgueil et les imprudences de cet orgueil [FONTEN., Saurin.]
Notre orgueil nous met si vite au fait de celui des autres [MARIV., Marianne, XIe part.]
Nous nous connaissons tous si bien en orgueil, que personne ne saurait nous faire un secret du sien [ID., Pays. parv. part. 4]
L'orgueil, joint à une vaste ambition, à la grandeur des idées, produisit chez les Romains les effets que l'on sait [MONTESQ., Esp. XIX, 9]
L'orgueil des petits consiste à parler toujours de soi ; l'orgueil des grands est de n'en jamais parler [VOLT., Dict. phil. Quisquis, Langleviel.]
Il se peut que Cicéron, qui d'ailleurs avait souvent vu le peuple romain, le peuple roi, lui applaudir et lui obéir, et qui était remercié par des rois qu'il ne connaissait pas, ait eu quelques mouvements d'orgueil et de vanité [ID., Dict. phil. Orgueil.]
Piron seul eut raison, quand dans un goût nouveau Il fit ce vers heureux digne de son tombeau : Ci-gît qui ne fut rien ; quoi que l'orgueil en dise, Humains, faibles humains, voilà votre devise [ID., la Vanité.]
L'orgueil est le premier des tyrans ou des consolateurs [DUCLOS, Consid. mœurs, 10]
L'orgueil humilié et rampant est toujours de l'orgueil [ID., ib. 13]
On a bien raison de dire : quand l'orgueil arrive, la pauvreté n'est pas loin [PICARD, Manie de briller, III, 18]
Orgueil de..., orgueil inspiré par.
Madame, ignorez-vous que l'orgueil de l'empire.... [RAC., Bajaz. II, 1]
Nous ne connaissons point l'orgueil de la naissance [VOLT., Fanat. I, 2]
En bonne part, sentiment noble, élevé, qui inspire une juste confiance en son propre mérite.
J'ai l'orgueil de croire que je ne suis pas indigne de votre amitié [, Dict. de l'Acad.]
Leur orgueil foule aux pieds l'orgueil du diadème [VOLT., Brutus, I, 4]
Plutôt que jusque-là j'abaisse mon orgueil, Je verrais sans pâlir les fers et le cercueil [ID., Zaïre, I, 1]
J'ai pensé qu'un guerrier, jaloux de sa puissance, Peut mettre l'orgueil même à pardonner l'offense [ID., Alz. IV, 2]
Soyez béni, mon Dieu, vous qui daignez me rendre L'innocence et son noble orgueil [GILBERT, Derniers vers.]
Faire l'orgueil de, être l'orgueil de, être un sujet d'orgueil pour.
Elle fait tout l'orgueil d'une superbe mère [RAC., Iphig. II, 1]
La fille d'Alpéric, l'orgueil de l'Helvétie [MASSON, Helv. III]
Un chêne antique, orgueil des paisibles hameaux [BAOUR-LORM., dans GIRAULT-DUVIVIER]
Il se dit aussi des choses qui ont le caractère de l'orgueil.
J'aurais peine à souffrir l'orgueil de ses reproches [CORN., Médée, II, 5]
Il abaisse à nos pieds l'orgueil des diadèmes [ID., Cinna, III, 4]
Et c'est là que, fuyant l'orgueil du diadème, Lasse de vains honneurs.... [RAC., Esth. I, 1]
L'orgueil de vos attraits pense tout asservir [VOLT., Marianne, II, 2]
Moi, que je flatte encor l'orgueil de sa beauté [ID., Alz. IV, 1]
Faste, pourpre.
Le luxe qui l'entoure, dont les pauvres et ses créanciers ont souffert ; l'orgueil de ses édifices, que le bien de la veuve et de l'orphelin, que la misère publique a peut-être élevés [MASS., Avent, Mort du péch.]
Terme de construction. Cale de bois, de pierre, ou de toute autre matière dure, qui fait dresser la tête d'un levier employé à soulever un corps quelconque et en soutient l'effort.
On peut trouver aussi que l'Académie, en prodiguant les proverbes, a trop épargné certains termes usités des artisans, et qui font des images ou peuvent en fournir.... Furetière avait raison de regretter le nom énergique d'orgueil, employé par les ouvriers pour désigner l'appui qui fait dresser la tête du levier, et que les savants appelaient du beau mot d'hypomochlion [VILLEMAIN, Préface du Dict. de l'Académie, 1835]

REMARQUE

  • Scribe a employé le pluriel dans sa comédie du Puff, II, 3 : " J'aurais mieux aimé ne voir chez moi que de bonnes gens, et mon salon est le rendez-vous de tous les orgueils, de tous les ressentiments littéraires. " C. Delavigne avait déjà employé ce pluriel dans le Paria : " Que d'orgueils révoltés ! " et Duviquet, dans l'examen critique de cette pièce, disait : " C'est la première fois que j'ai vu le mot orgueil employé au pluriel ; et je doute qu'il fût possible à M. Delavigne d'autoriser ce pluriel par quelques exemples. " Duviquet se trompait ; on voit dans une phrase de Mme de Sévigné, qu'il est question de deux orgueils. Le pluriel est aussi dans J. Marot.

SYNONYME

  • ORGUEIL, VANITÉ. L'orgueil fait que nous nous estimons nous-mêmes au delà de ce qui est. La vanité fait que nous voulons être estimés d'autrui.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Consels d'orguill n'est dreiz que à plus mont [monte] [, Ch. de Rol. X]
    Veez l'orgoil de France la loée [, ib. CCXL]
  • XIIe s.
    ...comment soit Ses grans orgueus [son grant orgueil] abaissez et maumis [, Ronc. p. 30]
    Quant cil est morz qui m'a tolu l'orguel.... [, ib. p. 102]
    Pleine d'orgueil et dame sans guerdon [, Couci, II]
    ....Tout ce ne lo-je mie [je ne conseille] ; Que trop sembleroit estre orgoil et desverie [, Sax. XXII]
  • XIIIe s.
    Ha ! frere, vos orgiols vous grevera encore et fera de mescief [, Ch. de Rains, p. 206]
    La premiere avoit non Orguex, L'autre qui ne valoit pas miex Fu apelée Vilenie [, la Rose, 965]
  • XVe s.
    Grand orgueil est tantost mué [A. CHART., Poésies, p. 720]
  • XVIe s.
    Vaincu avez le More et son armée ; Genes soubmis, ses orgueilz abbatuz [J. MAROT, v, 65]
    Ceux qui condamnent les autres par orgueil, il avient après que Dieu les condamne par justice [LANOUE, 72]
    À orgueil ne manque de couvre deuil [LEROUX DE LINCY, Prov. t. II, p. 228]
    Il n'est orgueil que de pauvre enrichi [COTGRAVE, ]
    Orgueil n'a pas bon œil [ID., ]
    Ainsi l'orgueil de Rome est à ce point levé, Que d'un prestre, tout roi, tout empereur bravé, Est marchepied fangeux ; on void, sans qu'on s'estonne, La pantoufle crotter les fleurs de la couronne [D'AUB., Tragiques, Misères]

ÉTYMOLOGIE

  • Wallon, orgou, ôrgou ; anc. liégeois, orgowe ; provenç. orguelh, erguelh, orguoil, orgoil, argull ; catal. orgull ; espagn. orgullo ; portug. orgulho ; ital. orgoglio ; anc. ital. argoglio ; de l'anc. haut allem. urguol, remarquable, insigne, urgilo, orgueilleux ; anglo-sax. orgel, orgueilleux. L'anc. haut all. se décompose en ur, us, répondant au lat. ex, et guol, gil, gal, pétulant, luxuriant.

orgueil

ORGUEIL. (GUEIL se prononce comme DEUIL.) n. m. Excès d'estime de soi-même qui porte à se mettre au-dessus des autres. Orgueil insupportable. Orgueil insensé. Être plein, enflé, bouffi d'orgueil. Être fou d'orgueil. Rabattre l'orgueil de quelqu'un. Avoir des mouvements d'orgueil. L'orgueil perçait à travers son apparente modestie. Elliptiquement, L'orgueil de sa naissance, de ses richesses, de ses belles actions, L'orgueil que lui inspire sa naissance, etc.

Il se prend aussi quelquefois en bonne part et alors il désigne un Sentiment noble et élevé, une légitime fierté qui éloigne de toute sorte de bassesse. J'ai l'orgueil de croire que je ne suis pas indigne de votre estime.

Être l'orgueil de, faire l'orgueil de, Être le sujet d'une fierté légitime. Par ses beaux succès, ce jeune homme fait l'orgueil de sa famille.

orgueil

Orgueil, Fastus, Ferocitas, Sublatio animi, Superbia. Semble venir de orgilos, Iracundus.

Orgueil est logé, ou se tient és sourcils, Superbia in superciliis sedem habet.

Sans orgueil, Humiliter, Submisse.

¶ Un orgueil, c'est un billot que les ouvriers mettent devant quelque grosse pierre, ou autre chose qu'ils veulent mouvoir de lieu en autre avec des leviers, Hypomochlion. Pource que ce petit billot est cause de faire desplacer une chose sans comparaison plus pesante qu'il n'est, on luy a donné le nom d'orgueil.

orgueil


ORGUEIL, ou ORGUEUIL, s. m. ORGUEILLEUX, ou ORGUEUILLEUX, EûSE, adj. et subst. ORGUEUILLEûSEMENT, adv. [pron. Or-gheuil, gheu-glieû, glieû-ze, glieû-zeman: mouillez l'l finale du 1er, et les deux ll des aûtres.] L'Ab. Du Resnel écrit orgueuil, et c'est ainsi qu'il faudrait écrire pour conformer l'ortographe à la prononciation. En prononçant ce mot et ses dérivés, on exprime le son de la diphtongue eu, qui n'est pas indiqué par la terminaison ueil. Un étranger voyant ces caractères, et suivant l'analogie de la Langue, croirait devoir prononcer orgheil, et non pas orgheuil. = L'u devant l'e n'est là que pour doner au g un son fort, qu'il n'a pas devant cette voyèle: il faut donc un autre u aprês l'e, pour exprimer la diphtongue euil.
   ORGUEUIL, est l'opinion trop avantageûse de soi-même. Orgueuil, vanité, (Synon.) L'orgueuil fait que nous nous estimons; la vanité fait que nous voulons être estimés. GIR. Synon. = Orgueuil, se prend quelquefois en bone part; mais alors il est toujours acompagné de quelque épithète avantageûse comme un noble orgueuil.
   ORGUEUILLEUX, qui a de l'orgueuil. "Il est orgueuilleux. "Esprit orgueuilleux. = Subst. "C'est un orgueuilleux. Dieu se plait à abaisser les orgueuilleux = Qui est l'éfet de l'orgueuil. "Réponse, entreprise orgueuilleûse. "Il lui répondit d'une manière orgueilleûse. Voy. SUPERBE et GLORIEUX.
   Rem. 1°. Dans le haut style, orgueuilleux aime à précéder le substantif. "Les orgueuilleux transports; l'orgueilleûse colère. = 2°. Il se dit élégamment au figuré des chôses inanimées. "Les flots orgueuilleux; l'orgueilleux Apennin. "Les cimes orgueuilleûses des montagnes.
   Superbes monumens, qui portez jusqu'aux cieux
   Du néant des humains l'orgueuilleux témoignage.
       L. Rac.
= 3°. Orgueuilleux, régit quelquefois la prép. de devant les noms et les verbes. "Rome toute orgueuilleûse encôre de la gloire de son premier Empereur. L'Ab. De Cambacérès.
   Tout orgueuilleux d'avoir par son ramage,
   Du poulaillier mérité le suffrage.
       Rousseau.
Dans le Dict. Gram. on traite de latinisme cette phrâse: orgueuilleux d'un commandement universel; mais c'est un latinisme admis par l'usage. = 4°. Quoiqu'on dise substantivement, c'est un orgueuilleux, les orgueilleux, il n'en faut pas conclûre qu'on puisse dire, cet orgueilleux, comme a dit Brébeuf.
   De là cet orgueilleux plus fier que les torrens, etc.
   ORGUEILLEUX, s. m. Petit bouton qui vient sur la paupière de l'oeuil.
   ORGUEUILLEûSEMENT, d'une manière orgueuilleûse. Répondre orgueuilleûsement.

Synonymes et Contraires

orgueil

nom masculin orgueil
2.  Sentiment de dignité.
3.  Objet de fierté.
gloire, honneur, ornement -littéraire: fleuron.
Traductions

orgueil

trots, hovaardij, hoogmoedגאוותנות (נ), גבהות (נ), התגאות (נ), התנפחות (נ), עיניים רמות (נ״ר), עתק (ז), רהב (ז), רוח גבוהה (נ), שחץ (ז), שַׁחַץ, הִתְגָּאוּת, גַּאַוְתָנוּת, עָתָק, רַהַבhrdostHochmut, Übermutpride, vaingloryorgojloorgulloorgoglio, superbiaorgulho, soberbaчванливостьгордостstolthedstolthet (ɔʀgœj)
nom masculin
fait de se sentir supérieur aux autres

orgueil

[ɔʀgœj] nmpride