outrer

(Mot repris de outra)

outrer

v.t.
1. Donner à qqch une importance exagérée, excessive : Elle nous a raconté l'incident en outrant sa déception amplifier, dramatiser, grossir ; limiter, restreindre
2. Provoquer l'indignation de : Cette mauvaise foi les a outrés révolter, scandaliser

outrer


Participe passé: outré
Gérondif: outrant

Indicatif présent
j'outre
tu outres
il/elle outre
nous outrons
vous outrez
ils/elles outrent
Passé simple
j'outrai
tu outras
il/elle outra
nous outrâmes
vous outrâtes
ils/elles outrèrent
Imparfait
j'outrais
tu outrais
il/elle outrait
nous outrions
vous outriez
ils/elles outraient
Futur
j'outrerai
tu outreras
il/elle outrera
nous outrerons
vous outrerez
ils/elles outreront
Conditionnel présent
j'outrerais
tu outrerais
il/elle outrerait
nous outrerions
vous outreriez
ils/elles outreraient
Subjonctif imparfait
j'outrasse
tu outrasses
il/elle outrât
nous outrassions
vous outrassiez
ils/elles outrassent
Subjonctif présent
j'outre
tu outres
il/elle outre
nous outrions
vous outriez
ils/elles outrent
Impératif
outre (tu)
outrons (nous)
outrez (vous)
Plus-que-parfait
j'avais outré
tu avais outré
il/elle avait outré
nous avions outré
vous aviez outré
ils/elles avaient outré
Futur antérieur
j'aurai outré
tu auras outré
il/elle aura outré
nous aurons outré
vous aurez outré
ils/elles auront outré
Passé composé
j'ai outré
tu as outré
il/elle a outré
nous avons outré
vous avez outré
ils/elles ont outré
Conditionnel passé
j'aurais outré
tu aurais outré
il/elle aurait outré
nous aurions outré
vous auriez outré
ils/elles auraient outré
Passé antérieur
j'eus outré
tu eus outré
il/elle eut outré
nous eûmes outré
vous eûtes outré
ils/elles eurent outré
Subjonctif passé
j'aie outré
tu aies outré
il/elle ait outré
nous ayons outré
vous ayez outré
ils/elles aient outré
Subjonctif plus-que-parfait
j'eusse outré
tu eusses outré
il/elle eût outré
nous eussions outré
vous eussiez outré
ils/elles eussent outré

OUTRER

(ou-tré) v. a.
Porter les choses au-delà de la mesure.
On se divertit à voir outrer cette mode jusqu'à la folie [SÉV., 29]
Vous avez outré les beaux sentiments [ID., 215]
Ne croyez jamais rien de bon de ceux qui outrent la vertu [BOSSUET, Var. XI, 60]
Les autres consistoires ont eu beau, aussi bien que lui, outrer la matière, jusqu'à dire que la peinture et la sculpture étaient des arts défendus de Dieu [ID., ib. XI, § 1]
Des excès de Luther qui outrait la grâce, qui l'eût cru ? on a passé aux excès des semi-pélagiens qui l'affaiblissent [ID., ib. XV, § 122]
Il était à propos d'outrer un peu les personnages pour les empêcher de se reconnaître [RAC., Plaid. Préf.]
Ils outrent toutes choses, les bonnes et les mauvaises [LA BRUY., XI]
Elle voulut mal à propos outrer la vengeance [HAMILT., Gramm. 11]
J'avoue que j'ai extrêmement outré le caractère de jolie femme ; mais vous avez outré aussi celui de grand homme [FONTEN., Dial. des morts, Alexandre et Phryné.]
Elle [la secte des stoïciens] n'outrait que les choses dans lesquelles il y a de la grandeur [MONTESQ., Espr. XXIV, 10]
....Mais on outre les choses, C'est donner à des riens les plus horribles causes [GRESSET, le Méch. IV, 4]
Il ne faut rien outrer, quand on veut être sage [DESTOUCH., Phil. marié, I, 4]
Rien n'est plus aisé que d'outrer la nature ; rien n'est plus difficile que de l'imiter [VOLT., Dict. phil. Anciens et modernes.]
Il est difficile aux hommes de ne pas outrer ce qui est bien [VAUVENARGUES, Des saillies.]
Un maître impatient de faire fortune outre presque toujours la mesure de leurs travaux [des nègres] [RAYNAL, Hist. phil. XI, 22]
Absolument. Il ne faut jamais outrer.
Exagérer.
On aura sans doute outré les rapports qu'on vous aura faits ; les termes que vous soulignez sont incroyables [VOLT., Lett. Maupertuis, 9 août 1740]
Sans avoir les bonnes qualités de son père [le régent], elle [la duchesse de Berry] en outrait tous les vices [DUCLOS, Œuvr. t. V, p. 203]
Surcharger de travail. Outrer des domestiques. Outrer un cheval, le pousser au delà de ses forces.
Alexandre ayant changé de cheval, après en avoir outré plusieurs en cette journée [VAUGEL., Q. C. 279]
Offenser grièvement, pousser à bout.
Parce qu'il outrera de plus en plus la reine, et qu'il outrera, de plus, ceux qui l'approchent [RETZ, Mém. II, liv. III, p. 451, dans POUGENS]
Ce manque de parole m'a outrée contre lui [SÉV., 20 juill. 1686]
S'outrer, v. réfl. Se fatiguer à l'excès.
L'impossibilité disparaît à son âme [de l'homme] ; Combien fait-il de vœux, combien fait-il de pas, S'outrant pour acquérir des biens et de la gloire ! [LA FONT., Fabl. VIII, 25]
Parlons de votre santé.... ménagez votre poitrine ; ne vous outrez pas sur l'écriture [ne vous fatiguez pas à écrire] [SÉV., déc. 1688]

HISTORIQUE

  • XIIIe s.
    Il ont le premier baile [clôture] outré [passé], Clos de fossez et de palis [, Lai de l'ombre]
    Et Dant Primaut si fu tant gros, Qu'il ne pot le pertuis outrer [, Ren. 4407]
    Renart ne fet pas grant sejor, Ainz saut sor la creste del for : Là se quati, li chien l'outrerent, Le flair perdirent, sel passerent [, ib. 8117]
    S'ensi flerent [frappent] li autre, nostre gent est outrée [perdue], Et Antioche prise, et la terre gastée [, Ch. d'Ant. IV, 807]
    Puisque son champion aureit esté outré en champ, et que le champion en sereit perdu.... [, Ass. de J. I, 249]
  • XIVe s.
    Pour tant qu'au samedi se veulent reposer Pour le jour du sabbat, alerent ordener Qu'au dimenche devoient ceste besongne oultrer [, Guesclin. 9504]
  • XVIe s.
    L'artillerie adonques s'est montrée, Mais une piece est rompue et oultrée, Dont il advint trop merveilleux dommaige [J. MAROT, V, 92]
    Picqué et oultré jusques au vif d'une offense [MONT., II, 115]
    Adonc Solon se prit incontinent à frapper sa teste, et à faire et dire tout ce qu'ont accoustumé ceulx qui sont oultrez de douleur [AMYOT, Solon, 9]
    Il prit son espée à deux mains, et, en dressant la poincte contre son estomac, se laissa tomber dessus de son hault, sans faire autre demonstration de douleur, sinon qu'il jetta un soupir, à quoy ceux de dehors recogneurent bien qu'il s'estoit oultré [ID., Othon, 24]
    Outré de lassitude [D'AUB., Vie, XVI]
    Outré de depit et de colere [ID., ib. XLVI]
    Les jeunes gens outrent ordinairement les louanges ou les blasmes qu'ils donnent [ID., ib. XLVIII]
    Et les quatre furent si oultrez [battus], qu'il les fallut mener le lendemain en une charrette avec le mort au supplice [CARL., VI, 36]
    ....Plus un roy debonnaire Luy veut lascher la bride [au peuple] et moins il est outré, Plus luy-mesmes la serre et sert de son bon gré [RONS., 662]
    Imitateur d'Achille, alors que l'ire outrée L'enflammoit en sa nef contre le fils d'Atrée [ID., 664]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. ultrar ; ital. oltrare ; du lat. ultra, outre (voy. OUTRE 2).

outrer

OUTRER. v. tr. Porter les choses au-delà de la juste raison. Outrer une pensée, un sentiment, une comparaison. Outrer la mode. Il ne faut rien outrer.

Outrer un cheval, Le pousser au-delà de ses forces. Mener un cheval si longtemps au galop, c'est l'outrer.

OUTRER signifie encore Offenser quelqu'un gravement, pousser sa patience à bout. Vous l'avez outré. Vous l'avez tellement outré qu'il ne vous le pardonnera jamais.

outrer


OUTRER, v. act. [Ou-tré: 2e é fer.] 1°. En parlant des animaux sur-tout, acabler, surcharger de travail. "Outrer des ouvriers, un cheval: "Il s'est outré à travailler, à courir la poste. = 2°. En parlant des persones; pousser la patience à bout par des reproches, des réprimandes, des insultes. "Vous l' avez outré. = 3°. En parlant des chôses, les porter au delà de la juste raison. — C'est l'usage le plus comun de ce verbe. "Les Stoïciens ont outré la morale. "C' est un homme qui outre tout. = Il se dit sur-tout au participe, adjectivement: pensée outrée, sentimens outrés, morale outrée: "Le caractère de ce personage est outré = Avec la prép. de, il se dit des persones, dans le sens de pénétré, transporté: "Outré de douleur, de dépit, de colère, etc. "Outré de l'afront~ qu'il avait reçu. "Outré d'avoir manqué tant de fois son coup. = Sans régime, il se dit des persones, dans le sens d'excessif. "Cet homme est outré; il est outré en tout; en toutes chôses, il pâsse les limites de la raison.
   Rem. L'Ab. Des Fontaines condamne le réciproque s'outrer, comme un néologisme. Ce mot est plutôt vieux que nouveau. "Ménagez votre poitrine, écrit Mde de Sév. à sa Fille: ne vous outrez pas sur l'écritûre.
   Combien fait-il de voeux, combien perd-il de pas?
   S'outrant pour aquérir des biens ou de la gloire.
       La Font.

Synonymes et Contraires

outrer

verbe outrer
1.  Porter au-delà des limites.
2.  Irriter vivement quelqu'un.
Traductions

outrer

גדש (פ'), הזעיף (הפעיל), הִזְעִיף

outrer

outrage

outrer

[utʀe] vt
[+ pensée, attitude] → to exaggerate
(= indigner) [+ personne] → to outrage