outrageux, euse

OUTRAGEUX, EUSE

(ou-tra-jeû, jeû-z') adj.
Qui fait outrage, en parlant des personnes.
Un tyran outrageux [MALH., Trait des bienf. de Sénèque, II, 18]
En toutes sortes de causes le plus puissant est estimé le plus outrageux [BALZAC, le Prince, ch. 17]
En matière de procès, tout homme peut aisément être obligé de commencer ; le plus injuste, le plus outrageux se donnera presque cet avantage [PATRU, Plaid. I]
Plût à Dieu que le sort te fût moins outrageux ! [CORN., la Suiv. II, 12]
Moi qui étais auparavant un blasphémateur, un persécuteur et un ennemi outrageux [SACI, Bible, St Paul, 1re épît. à Timoth. I, 13]
Un ennemi insolent et outrageux [BOSSUET, 3e serm. pour le 1er dim. de l'av. III]
Qui est de la nature de l'outrage, en parlant des choses.
Que pouvait-il arriver de plus outrageux à la maison de Rohan, à la mémoire des héros qu'elle a portés, qu'une cause si scandaleuse ? [PATRU, Plaid. II]
Arrête, déloyal, et laisse-moi parler, Que je rende un plein lustre à ma gloire ternie Par l'outrageux éclat que fait la calomnie [CORN., Toison d'or, V, 4]
Ne m'assassinez point, je vous prie, par les sensibles coups d'un soupçon outrageux [MOL., l'Av. I, 1]
Il [Luther] devint le plus violent de tous les hommes et le plus fécond en paroles outrageuses [BOSSUET, Var. 1, § 32]
C'était une charitable correction, et non une insulte outrageuse que vous aviez à lui faire [ID., Serm. pour le mardi de la 3e sem. de car. II.]
Il faut savoir douter, secouer la poussière du collége, et ne jamais s'exprimer avec une insolence outrageuse [VOLT., Dict. phil. Babel.]

HISTORIQUE

  • XIIIe s.
    Et se je sui outraigex du trouver [mes vers sont outrageux], Ne s'en doit pas ma dame à moi irer, Mais vers amour qui me fait dire outraige [QUESNES, Romancero, p. 84]
    Li rois l'entent, si fu iriez, Si li dist : par mon chief, dans Leus [seigneur loup], Moult estes ores outrageus, Que ma parole me desdites [, Ren. 19590]
    Il est assés sires du cors, Qui a le cuer en sa commande ; Outrageus est qui plus demande [, la Rose, 2008]
    Se li dons fu si outrageus [excessif] que li autre en demorent deshireté, li dons n'est pas à soufrir [BEAUMANOIR, LXX, 5]
    Les barons, qui deussent garder le leur pour bien emploier en lieu et tens, se pristrent à donner les grans mangers et les outrageuses viandes [JOINV., 217]
  • XVe s.
    [Philippe de Valois recevant les défis de son neveu le comte de Hainaut] n'en fit pas trop grand compte, et dit que son neveu estoit un fol outrageux [FROISS., I, I, 101]
    Encore fit cette comtesse de Montfort une très hardie emprise, qui ne fait mie à oublier, et que on doit bien recorder à hardi et outrageux fait d'armes [ID., I, I, 174]
    Un petit devant mie-nuit s'esleva un vent, un orage et une tempeste si grand et si horrible que si le monde dut finer, et n'y avoit si hardi et si outrageux de l'une partie et de l'autre qui ne voulust bien estre à terre [et non en mer] [ID., I, I, 196]
  • XVIe s.
    De mal conditionné jouvenceau, oultrageux et temeraire qu'il estoit auparavant, il devint homme très sage et très moderé [AMYOT, Lyc. 16]
    Plusieurs paroles oultrageuses contre nous [MONT., I, 59]
    Certes je serois oultrageux de vouloir desmentir nos livres [LA BOÉTIE, Servit. volont.]

ÉTYMOLOGIE

  • Outrage, et la terminaison eux, qui signifie plein de ; provenç. oltratgos, oltrajos ; espagn. ultrajoso ; ital. oltraggioso.