participe

participe

n.m. [ lat. participium ]
En grammaire, forme verbale non personnelle, qui joue tantôt le rôle d'adjectif (variable), tantôt celui de verbe.
Participe passé,
forme qui sert à établir les temps composés de l'actif et tous les temps du passif : Le participe passé de « boire » est « bu ».
Participe présent,
forme toujours terminée par -ant qui marque un état ou une action simultanés à ceux de la principale : Le participe présent du verbe « coudre » est « cousant ».

participe

(paʀtisip)
nom masculin
grammaire forme du verbe participe présentpassé "Aimé" est le participe passé du verbe aimer.

PARTICIPE1

(par-ti-si-p') s. m.
Ancien terme de finance. Celui qui participait à une opération de finance. Les traitants et leurs participes.
Ancien terme de jurisprudence criminelle. Celui qui prend part à un crime.
Au carcan.... avec un écriteau contenant ces mots : Participes de la rebellion faites contre les droits du roi, [, Arrêt du cons. d'État, 22 juill. 1721]

HISTORIQUE

  • XVe s.
    Quant fit guerre à son participe [compagnon] [, Blason des faulces amours, p. 254, dans LACURNE]

ÉTYMOLOGIE

  • Lat. participem, de pars, partie (voy. PART 2), et capere, prendre.

PARTICIPE2

(par-ti-si-p') s. m.
Terme de grammaire. Mot qui participe de la nature du verbe et de l'adjectif.
Vieux pédagogue de la cour, appelé le tyran des mots et des syllabes, et qui s'appelait lui-même le grammairien à lunettes et à cheveux gris.... qui traite gravement l'affaire des gérondifs et des participes, comme si c'était celle de deux peuples voisins l'un de l'autre et jaloux de leurs frontières [BALZ., Socrate chrét. x.]
Vaugelas dit que la question des participes est ce qu'il y a, dans toute la grammaire française, de plus important et de plus ignoré ; j'aimerais mieux dire, ce qu'il y a de plus embarrassant [D'OLIVET, Ess. gramm. sect. IIe, p. 184, dans POUGENS]

REMARQUE

  • 1. Les participes se distinguent en participes présents et participes passés.
  • 2. Règle des participes présents : Autrefois les participes présents étaient traités comme des adjectifs, d'après la règle des participes présents latins d'où ils proviennent ; cela était plus simple et, par conséquent, valait mieux.
  • 3. C'est vers le milieu du XVIIe siècle que l'ancienne règle fut changée. Arnauld enseigna le premier, dans sa Grammaire générale, publiée en 1660, qu'il fallait distinguer le participe présent en ant de l'adjectif verbal de même désinence ; que le premier était indéclinable et que le second était déclinable. L'Académie ratifia cette décision.
  • 4. Voici comment l'adjectif verbal et le participe présent se distinguent l'un de l'autre : le premier marque un état, une qualité inhérente à la personne ou à la chose qu'il qualifie ; le second marque une action passagère et déterminée. Les exemples suivants montrent l'un et l'autre emploi. Mugissant, adjectif verbal :
    Tel enfin, triomphant de sa digue impuissante, Un fier torrent s'échappe, et l'onde mugissante Traîne.... [DELILLE, Énéide, II]
    Mugissant, participe présent :
    La mer mugissant ressemblait à une personne qui, ayant été trop longtemps irritée, n'a plus qu'un reste de trouble [FÉN., Tél. IV]
    Il va sans dire que toutes les fois que le participe a un régime direct, il est verbe et qu'il n'y a lieu à rien chercher. Dans les autres cas où le participe n'a point de régime ou n'a qu'un régime indirect c'est d'ordinaire l'intention de l'écrivain qui du mot donné fait soit un adjectif verbal, soit un participe.
  • 5. Règle du participe passé : le participe passé employé sans auxiliaire s'accorde comme un adjectif, en genre et en nombre avec le substantif ou le pronom qu'il modifie.
  • 6. Tout participe passé, employé dans les temps composés d'un verbe actif, s'accorde en genre et en nombre avec le régime direct, quand il est précédé de ce régime : La femme que nous avons vue ; Nous les avons entendus, etc.
  • 7. L'accord du participe passé n'a pas lieu quand le régime direct est placé après : Il a vendu sa maison. Romulus a fondé Rome.
  • 8. Dans les temps des verbes passifs, le participe passé s'accorde toujours en genre et en nombre avec le sujet du verbe. La vertu obscure est souvent méprisée.
  • 9. Dans les verbes neutres qui se conjuguent avec l'auxiliaire être, le participe passé s'accorde en genre et en nombre avec le sujet du verbe : Cette dame est sortie. Nous sommes venus.
  • 10. Dans les verbes neutres conjugués avec l'auxiliaire avoir, le participe passé est invariable : Elles ont dormi longtemps.
  • 11. Dans les verbes réfléchis, où le pronom personnel est régime direct, le participe passé s'accorde en genre et en nombre avec ce pronom : Elles se sont frappées. Elle s'est souvenue. Nous nous sommes vus.
  • 12. Dans les verbes réfléchis où le pronom personnel est régime indirect, le participe passé demeure invariable : Elles se sont plu à la lecture. Ils se sont partagé le gâteau.
  • 13. Dans les temps composés des verbes impersonnels, le participe passé reste invariable, même quand le régime du verbe le précède : Les grandes chaleurs qu'il a fait. La disette qu'il y a eu.
  • 14. Le participe passé, précédé du régime direct du verbe, s'accorde avec lui en genre et en nombre, suivant la règle, bien qu'il soit suivi d'un adjectif se rapportant à ce même régime : La douleur nous a rendus insensibles à tous les plaisirs. Adam et ève que Dieu avait créés innocents.
  • 15. Quand le participe passé conjugué avec l'auxiliaire avoir est précédé du régime et suivi immédiatement d'un infinitif, on distingue trois cas : 1° si l'infinitif est un verbe neutre, alors le participe s'accorde avec le régime : Je les ai vus venir ; 2° si le participe appartient à un verbe neutre, et l'infinitif est un verbe actif, le participe reste invariable, puisque l'action exprimée par l'infinitif porte sur le régime placé avant : Je vous envoie les livres que vous avez paru désirer ; 3° si le participe et l'infinitif sont tous deux des verbes actifs, l'infinitif est suivi d'un régime ou n'en est pas suivi ; dans le premier cas il n'y a aucune difficulté ; le régime direct qui précède appartient au participe : Je l'ai entendue lire ce verset. Mais si l'infinitif n'est pas suivi d'un régime, il faut examiner la phrase et y reconnaître si le régime direct appartient au participe passé ou à l'infinitif ; s'il appartient au participe passé, ce participe s'accorde avec lui ; s'il appartient à l'infinitif, le participe passé demeure invariable : Les liqueurs que j'ai vu verser ; Les liqueurs que je leur ai vu verser. Mais on dira avec l'accord : Les liqueurs que je les ai vus verser.
  • 16. Quand un verbe est sous-entendu, le participe passé ne s'accorde pas avec le régime direct qui le précède, parce que ce régime appartient au verbe sous-entendu : Il a cherché les plus noires couleurs qu'il a pu (sous-entendu chercher). Je lui aurais fait tous les vers qu'il aurait voulu (sous-entendu que je lui fisse). Je lui ai fait toutes les politesses que j'ai dû (sous-entendu lui faire).
  • 17. Dans l'ancienne langue on disait également : il a vendue sa maison, ou il a vendu sa maison ; dans le premier cas vendue s'accorde avec maison ; dans le second, vendu s'accorde avec un régime vague : il a vendu cela, sa maison.

HISTORIQUE

  • XVIe s.
    Use hardiement des verbes et participes qui, de leur nature, n'ont point d'infinitifs après eux, comme tremblant de mourir, volant d'y aller, pour craignant de mourir, se hastant d'y aller [J. DU BELLAY, Œuv. p. 34. verso, dans LACURNE]
    Le participe est un nom, ainsi nommé parce qu'il participe du verbe en temps et en forme [P. RAMUS, dans LIVET, Gramm. franç. p. 225]

ÉTYMOLOGIE

  • Prov. particip ; esp. et ital. participio ; du lat. participium, de particeps (voy. PARTICIPE 1).

participe

PARTICIPE. n. m. T. de Grammaire. Forme verbale ainsi appelée parce qu'elle participe à la fois de la nature du verbe et de celle de l'adjectif.

Participe présent, Forme en ant, généralement invariable, qui indique une action ou un état ayant lieu dans le moment dont on parle. Je les ai rencontrés se promenant dans le Luxembourg. Il était variable dans l'ancienne langue, comme il l'est encore dans Toute affaire cessante et, substantivement, dans Les allants et venants. Les ayants droit.

Participe passé, Forme verbale, qui tantôt se joint aux auxiliaires Avoir et Être pour former les temps composés de la voix active ou passive, comme dans : Il a couru, Elle est aimée; et tantôt a la valeur d'un véritable adjectif, comme dans : Les choses dites ne valent pas les choses écrites. Une chambre bien rangée.

participe


PARTICIPE, s. m. Terme de Gramaire. C' est une partie du Discours, ainsi nomée de ce qu'elle participe de la natûre du nom adjectif, en ce qu'il se joint à un substantif, et de celle du verbe, en ce qu'il exprime le même atribut. Des Gramairiens ajoutent, qu'il régit le même câs que le verbe d'où il est formé. Cela n'est pas exact, car il y a des participes qui régissent des câs diférens de celui que régit le verbe. On dit, p. ex. participer à, et participant de, etc.
   Il y a deux sortes de participes, les actifs et les passifs. Les premiers ont une signification active et les autres un sens passif.
   I. On apèle participes actifs ceux, qui sont terminés en ant. "Dieu aimant les hommes. Adam ayant péché. 1°. Ils difèrent des aûtres noms adjectifs, en ce qu'ils ont un régime, et qu'ils sont indéclinables, au lieu que les adjectifs ne régissent rien (ou du moins n'ont pas le régime direct, l'acusatif) et se déclinent selon les genres et les câs. C'est par là qu'on peut distinguer les adjectifs verbaux en ant, comme surprenant, charmant, des participes actifs: car on dit des tableaux charmans, une histoire surprenante; mais on ne dirait pas des hommes lisans, une femme lisante de bons livres: il faut dire lisant pour l'un et pour l'aûtre. = Il y a pourtant quelques participes actifs des verbes neutres qui se déclinent. On dit: une étofe aprochante de la vôtre; les villages dépendans de cette Seigneurie, et ainsi de tendant, usant, jouïssant, relevant, répugnant, et un petit nombre d'aûtres. = Autrefois on aimait assez à décliner les participes actifs. "Croyants la chôse permise. Boss. "Jeûnans par amour de la santé plutôt que par déférence aux préceptes de l' Église, oublians les affronts, pardonans par grandeur d'âme, etc. La Rûe.
   Et plus loin des Laquais, l'un l'autre s' agaçans,
   Font aboyer les chiens et jurer les pâssans.
       Boileau.
Souvent, du naturel les Auteurs s'écartans
Sont forcés d'obéïr au mauvais goût du tems.
       Du Resnel.
L'usage n'a point acordé cette licence aux Poètes. = Aujourd'hui on change en adjectifs verbaux un grand nombre de participes actifs. Nous avons inséré dans ce Dictionaire tous ceux, qui nous sont tombés sous les yeux. = Une règle plus générale encôre pour distinguer les adjectifs verbaux des participes actifs, c'est que ceux-là peuvent s'unir avec les tems du verbe être, ce que ceux-ci ne font pas. On dit: ce tableau est charmant; et on ne dirait pas, cet homme est lisant. = 2°. Le participe actif modifiant un nominatif absolu, ne doit pas le précéder. "Aprochant le tems de sa perte, on y établit Attale, payen de nation. Boss. On doit dire, le tems de sa perte aprochant, on y établit, etc. comme on dit, la chôse étant ainsi, la mine ayant manqué, etc. et non pas, étant la chôse ainsi, ayant manqué la mine, etc. "S'étant les Prélats rendus juges, au lieu de conférens amiables, dit Théodore de Beze, parlant du Colloque de Poissi. Il faut, les prélats s'étant rendus juges, etc. = 3°. Il faut placer le participe actif de manière qu' il n'ocasione point d'équivoque, et qu'on ne puisse pas douter à quel nom il se raporte. Dans cette phrâse: "Plutarque, dans la vie de Pompée, assûre qu'ayant demandé l'honeur du triomphe, Sylla s'y oposa; on peut douter si c'est Plutarque ou Pompée, qui avait demandé l'honeur du triomphe. Pour ôter l'équivoque, il falait dire: "Plutarque, dans la Vie de Pompée, assure que ce Général ayant demandé l'honeur du triomphe, etc.
   Mais dédaignant le sceptre, au moins en aparence,
   Le Senat abusé me força d'accepter
   Ce trône, unique objet, qui m'avait su tenter.
       Tibère.
Suivant la construction, dédaignant se raporte au Sénat; suivant l'Auteur à me, c. à. d. à Tibère qui parle. = De là on peut remarquer que généralement parlant, on ne doit pas faire raporter le participe actif aux câs obliques, c. à. d. aux câs autres que le nominatif. P. CORNEILLE dit, dans Polieucte.
   Sa faveur me courone entrant dans la carrière
   Et sortant du baptême, il m' envoie à la mort.
Est-ce sa faveur, qui entre dans la carrière? Est-ce il (Dieu) qui sort du Baptême? ceux, qui lisent ou entendent de pareilles phrâses, sont portés à raporter le participe au nominatif, et ce n'est que par réflexion qu'ils le raportent aux câs obliques. = Mon observation est justifiée par les remarques suivantes de M. l'Ab. D'OLIVET. — RACINE dit dans Phèdre.
   Par un indigne obstacle il n'est pas retenu,
   Et fixant de ses voeux l'inconstance fatale,
   Phèdre depuis long-tems ne craint plus de rivale.
Pendant qu'on lit le second vers, on se persuade, et avec raison, qu'il se raporte au nominatif (il) énoncé dans le premier. On n'est détrompé que par le troisième vers, qui prouve que tout ce qui est dit dans le second se raporte à Phèdre. Il faudroit pour parler clairement, dire: et depuis long-tems Phèdre fixant l'inconstance de ses voeux ne craint plus de rivale. D'OLIV. Sur quoi, je fais cette Observation, que si le participe actif jète de l'obscurité dans une phrâse, quoiqu'il se raporte à un nominatif, précisément parce qu'il est mal placé, il la rendra ordinairement bien plus obscure, s'il se raporte aux câs obliques, comme dans ces aûtres vers de Racine.
   Et voyant de son brâs voler par tout l'effori,
   L'Inde semble m'ouvrir un champ digne de moi.
Voyant se raporte non à l'Inde, qui est le nominatif suivant, mais à la persone qui parle (m'ouvrir.) Il se raporteroit au nominatif suivant, si la phrâse étoit conçûe ainsi.
   Et voyant de son bras voler par-tout l'effroi
   Je crus alors m'ouvrir, etc.
Voyant ne seroit en ce câs qu'une sorte d'aposition (de phrâse incidente) aussi permise en prôse qu'en vers. Mais de la manière, dont Racine l'emploie, cela fait une phrâse absolûe, c. à. d. qui subsiste par elle-même, qui n'est point régie, qui ne régit point, et qui, pour ainsi dire, demeure en l'air. D'OLIV. = 4°. Il ne faut pas éviter, avec moins de soin, de placer de suite et dans la même phrâse deux participes actifs, qui se raportent à deux nominatifs diférens; ou il faut les placer de manière qu'ils n'ocasionent ni équivoque, ni embârrâs. On comprendra la nécessité de cette atention par cette remarque de M. l'Ab. D'OLIVET sur ces vers de RACINE.
   C'est ce qui l'arrachant du sein de ses États,
   Au trône de Cyrus lui fit porter ses pâs,
   Et du plus ferme empire ébranlant les colonnes
   Ataquer, conquérir et rendre les couronnes.
       Alex.
On est tenté d'abord de croire que ces deux participes actifs arrachant, ébranlant, se raportent au même substantif; et cela, éfectivement, devroit être pour la netteté du discours. Cependant il est certain que le premier se raporte à la gloire (ce qui) qui arrache Alexandre du sein de ses États; au lieu que le second est dit d'Alexandre lui-même, qui ébranle les colonnes, etc. Il est bien vrai que la force du sens empêche qu'on ne s'y puisse méprendre, si l'on veut y donner attention; mais, pour ne point être à la merci de nos Lecteurs, suivons l'avis de Quintilien, dit M. d'Olivet, et faisons en sorte, non-seulement qu'on nous entende, mais qu'on ne puisse pas même, le voulut-on, ne pas nous entendre. = 5°. IL ne faut pas non plus employer deux participes actifs, avec raport au même nom, sans les joindre par une conjonction. "Firme, qui s'aperçut de quelque changement, craignant d'un côté d'être abandoné, et de l' aûtre s'ennuyant d'entretenir tant de troupes à ses dépens, se sauva dans les montagnes. Fléch. Vie de Théodore. La phrâse est régulière: mais la suivante de M. Godeau ne l'est pas: "Les vainqueurs ayant rencontré la litière d'Auguste, croyant qu'il étoit dedans, la faussèrent. Il falloit, et croyant qu'il étoit dedans, etc. Wailli. = 6°. Ne mettez pas le relatif en devant un participe actif. "Je vous ai mis mon fils entre les mains, en voulant faire un homme de bien. Dites: voulant en faire. Cet en pronom relatif, placé devant, peut être pris pour en préposition, signe du gérondif, ce qui peut faire quelque embârras dans la phrâse. = 7°. C'est une aûtre faûte, que de placer les deux en l'un pronom, l'aûtre préposition, à la suite l'un de l' aûtre. "Le Prince tempère la rigueur du pouvoir en en partageant les fonctions. Ces deux en de suite font une cacophonie. Il faut donc prendre un aûtre tour et dire, par exemple: le prince, pour tempérer la rigueur du pouvoir, a soin d'en tempérer les fonctions. = 8°. Quand on joint des participes passifs, dont l'un a une négation et l'autre n'en a point, il faut répéter le participe actif ayant ou étant devant le second On dira bien: la ville ayant été prise et abandonée au pillage, le soldat y fit un butin immense: mais on ne peut pas dire avec un Auteur moderne: les idées de la Religion n'étant pas mises en oeuvre, et réléguées dans un coin de l'âme, perdent de leur force et de leur éclat. Il faut dire: n'étant pas mises en oeuvre et étant réléguées, etc. Wailli. = 9°. Les participes actifs sonnent mal à la fin des vers, dit M. Ménage.
   À~ leur odeur l'anglois se relâchant...
   Notre amitié va recherchant.
       Malherbe.
Et dans Syracuse arrivant.ID.
En un sujet aisé moins de peïne aportant.ID.
Ces participes sont encôre plus désagréables à la fin du vers, lorsqu'ils finissent le sens que lorsque le sens est suspendu. Ils sont aussi plus désagréables dans les grands vers que dans les petits. Mén. = Suivant M. l'Ab. de Fontenai, jamais le participe ne peut être harmonieux; il figure mal dans toute espèce de poésie; et il ne doit même se montrer que rârement dans la prôse.
   Rem. M. l'Ab. Girard et M. de Wailli apèlent gérondif le participe actif. Pour nous, nous ne regardons comme gérondif que ce même participe précédé de la prép. en: "En jouant avec son frère, il l'a blessé: voilà le gérondif: "Je l'ai trouvé jouant et causant, comme si de rien n'était. Voilà le participe actif. Voy. GÉRONDIF.
   II. PARTICIPE PASSIF. Sa fonction est de former tous les tems composés des verbes avec les auxiliaires avoir ou être; j'ai aimé, je suis aimé, etc. = Le participe passif est quelquefois déclinable, quelquefois indéclinable; et c'est là un des articles les plus embarrassans de la Gramaire. Ce que nous dirons de mieux là-dessus, est tiré d'un excellent Traité des Participes, composé par M. l'Ab. D'OLIVET.
   1re RèGLE. Les participes passifs sont ordinairement indéclinables, quand ils sont précédés des tems du verbe auxiliaire avoir: les grands Princes ont toujours protégé les Sciences; et non pas protégés, en le faisant raporter au nominatif Princes, ni protégées en le faisant raporter aux câs Sciences. = Autrefois les Poètes, pour la comodité de la rime, déclinaient dans ces ocasions le participe: témoins ces vers de Corneille.
   Et c'est enfin à lui (à Dieu) que mes voeux ont donée
   Cette virginité, que l'on a condamnée.
Aucun poète ne prendrait aujourd'hui cette licence. Mais ce qu'il y a d'étonant c'est que des prosateurs l'aient prise sans prétexte et sans nécessité; et non-seulement des étrangers comme Leibnitz. "Votre altesse ayant parûe (paru) surprise; mais des Auteurs élevés en France. "Voilà les idées fabuleuses, qui ont passées (passé) des Égyptiens chez les Phéniciens. Miss. du Lev. "Après avoir consumés leurs biens dans la débauche. P. Barre, Hist. d'Allem. "Les Sicambres ayant passés (passé) dans le pays des Tenctères. Ibid. "Pour peu que la guerre eut mal tournée. Ibid. Dites, eut mal tourné. — M. Laus de Boissi dit aussi, dans une notice, insérée dans le Mercure. "Quelques-unes de ces pièces de Théâtre ont déjà parues séparément. C'est une faûte grossière, un vrai solécisme. — Un Auteur de la Vie de St. Jean de la Croix fait toujours acorder le participe avec le régime: ces vérités avoient pénétrée son âme. "Il avoit heureusement trouvée cette Religion, qui lui avoit été prédite. Ailleurs il le fait acorder avec le nominatif. "Tous ont atestés que, etc. Il faut, avoient pénétré, avoit trouvé, ont atesté, etc. On peut apeler cette faute, qui est très-grossière un italianisme.
   2e RèGLE, et la plus importante. Si le participe passif est précédé du nom qu' il régit, il s'acorde avec lui en genre et en nombre.
   Quels courages Vénus n'a-t-elle pas domptés.
Les lettres que vous m'avez envoyées, etc. etc. = Pour mieux entendre cette règle, il faut remarquer premièrement, que quand on dit que le participe est précédé du nom qu'il régit, on doit entendre ces paroles du régime absolu, autrement apelé simple ou direct (c'est l'acusatif) et non pas du régime relatif ou composé (il répond au datif des latins.) Remarquez deuxièmement qu'il n'y a que des pronoms, qui puissent régulièrement précéder le verbe, dont ils sont le régime simple, d'où l'on doit conclure qu'il n'y a que des pronoms, qui doivent faire décliner le participe. Remarquez enfin que de tous les pronoms, il n'y a que ceux-ci, me, nous, te, vous, le, la, les et que relatif, qui puissent être employés comme régime simple. D'OLIV. On doit, ce me semble, y ajouter les pronoms interrogatifs, comme le montre le premier exemple, que nous avons cité: quels courages, etc. On doit donc dire, quand il est question d'un nom du genre féminin; vous m'avez fâchée, je t'ai avertie, je t'ai trouvée; la lettre que j'ai reçue, et pour les noms au pluriel; vous nous avez ofensés; je vous ai aperçus ou aperçues; tu les a donc vus, ou vûes, etc. = Cette règle est tellement avouée par l'usage qu'on ne peut excuser de solécisme ceux qui la violent par inatention, ou par caprice, ou par ignorance. Plusieurs Auteurs y ont manqué par quelqu'un de ces principes. Le P. Griffet ne l'observe jamais, et il n'est certainement pas à imiter en cela. D'aûtres l'observent ordinairement, et quelquefois aussi ils y manquent. "La terreur qu'ils ont répandu parmi ces peuples, les a rendu encôre plus sauvages qu'ils n'étoient et les a forcé à se cacher dans les antres et les creux des montagnes. Let. Édif. Il falait, qu'ils ont repandûe, etc. les a rendus, les a forcés, etc. = Les Poètes eux-mêmes sont assujétis à cette règle, et il n'y a point de licence poétique, qui tiène. M. Leonard un des plus gracieux Poètes de ce siècle, ou l'a ignorée, ou il a cru que la violer n'étoit pas une grande faûte.
   Redoutant peu l'envie et la célébrité,
   À~ l'ombre des bosquets que lui-même a planté.
C'est une faûsse rime. Il faut plantés. Peut-être faut-il lire du bosquet, et est-ce une faute d'impression? je serais porté à le croire. = On ne peut pas excuser de même l'Auteur de Cromvel, le P. Marion, Jés.
   Détracteurs éfrontés que cent fois on a vu
   Des crimes, qu'ils ont faits, acuser la vertu.
Il falait: que cent fois on a vus; et alors c'était une fausse rime.
   Avant M. l'Ab. D'OLIVET, on n'avait pas découvert le véritable principe de la déclinaison du participe passif. On avait donc imaginé des exceptions qu'on apuyait de raisons arbitraires. Nous alons les raporter et les réfuter, d'après cet illustre Académicien. = 1re Exception. Les mêmes participes, disait-on, deviennent indéclinables, quand le nominatif est mis après le verbe: la justice que vous ont rendu vos juges; au lieu qu'on diroit, que vos Juges vous ont rendûe: dans le premier câs, juges, nominatif du verbe ont rendu, est après ce verbe: dans le second, il est avant. Cette exception est de Vaugelas. M. l'Abé d'Olivet ne l'admet pas. Depuis prês de trente ans, disait-il, que je suis à portée d'entendre les leçons de l'Académie, elle m'a paru, toutes les fois que cette question a été agitée, se décider pour le parti que j'embrasse (de s'en tenir à la règle générale): je vois d'âilleurs que nos meilleurs Écrivains en ont été les plus fidèles observateurs, et n'ont point eu d'égard à cette prétendûe exception. Tout le monde conait une jolie épigramme, traduite du latin:
   Pauvre Didon, où t'a réduite
   De deux Amans le triste sort?
   L'un en mourant cause ta fuite,
   L'aûtre, en fuyant, cause ta mort.
Et pour s'assurer que ce n'est point la rime qui a amené réduite, ne lit-on pas dans Racine, au milieu du vers:
   Ces yeux que n'ont émus ni soupirs ni terreur.
Dans ces deux exemples, les participes réduite et émus se déclinent, quoique les nominatifs sort, soupirs, terreur, soient aprês le verbe. M. l'Abé d'Olivet cite d' autres exemples. On en pourrait aussi citer de tout contraires. Mais encôre une fois, l'usage étant partagé, on ne peut mieux faire que de revenir à la règle générale. = 2e. Exception. Quand le participe est suivi immédiatement d' un infinitif, il est alors indéclinable; les vertus que vous avez entendu louer, et non pas entendûes. Je l' ai fait peindre (cette Dame) et non pas faite peindre. C'est ainsi que la plupart des Gramairiens ont proposé cette exception, qui n'en est pas une dans les exemples cités, puisque le pronom n'y est pas régi par le participe, mais par l'infinitif, et qui est faûsse dans d'aûtres exemples, tels que celui-ci de Racine, dans Britannicus.
   Cette nuit je l'ai vûe arriver en ces lieux.
Ce grand Poète avait mis dans sa 1ere édition, je l'ai vu cette nuit, etc. Il se corrigea. Pourquoi? Parce que vûe se raporte à Junie, dont parle Néron, et non pas à l'infinitif, qui suit. M. l'Ab. d'Olivet, à qui~ nous devons cette remarque, a rectifié cette règle, proposée par les Gramairiens, en distinguant les infinitifs des verbes neutres, qui n'ont point de régime simple, des infinitifs des verbes actifs. Les premiers n'empêchent pas le participe d'être décliné: les aûtres le rendent indéclinable. Ainsi, on dira d'une femme, en des sens diférens: Je l'ai vu peindre, c. à. d. j'ai vu faire son portrait; et je l'ai vûe peindre, c. à. d. je l'ai vûe le pinceau à la main. Dans le 1er exemple, peindre est actif: il régit le pronom la: le participe est donc indéclinable. Dans le second exemple, peindre est employé neutralement: le participe alors et non l'infinitif, régit le pronom la, qui précède: c'est donc alors la règle générale, qui oblige le participe à décliner, lorsqu'il est précédé de son régime simple. = Dites-en de même de ces phrâses: des soldats qu'on a contraints de marcher: on les a obligés à travailler, etc. Car la raison pour laquelle le participe se décline en ces ocasions, n'est pas, comme le disaient les Gramairiens, que l'infinitif soit précédé de quelque particule, comme de ou à; mais c'est qu' en en ces phrâses, ce n'est pas l'infinitif, mais le participe, qui régit le pronom. Ainsi, la règle générale est toujours maintenûe. La preuve de ce que je dis est dans ces phrâses, que cite M. Regnier, où le participe est indéclinable, quoique l'infinitif soit précédé d'une particule: une maison qu'on a comencé à bâtir: une fortification que j'ai apris à faire. Cet illustre Gramairien fait un grand raisonement, et done des moyens pour distinguer en quelles ocasions il faut, ou il ne faut pas décliner le participe suivi d'un infinitif, lequel est précédé des prépositions à ou de. Mais tout se réduit à dire que le participe est indéclinable, lorsque c'est l'infinitif, non le participe, qui a le régime simple. Car, dans les phrâses citées, c'est bâtir et faire, qui régissent, et non pas comencé et apris. = 3e Exception. Le participe est indéclinable, dit-on, lors qu'il étend son régime à un aûtre acusatif que le 1er terme de sa relation, comme: c'est une ville que le comerce a rendu puissante; cela les a rendus sages, etc. Que et les sont les premiers termes de la relation de rendus: or il étend son régime à un autre acusatif, savoir à puissante et à sages. On doit donc alors mettre rendu, et non pas rendûe ni rendus. Telle est l'opinion de Vaugelas, de Bouhours, de Regnier. Il n'y a que Ménage qui pense aûtrement. M. l'Abé d'Olivet se range de son côté, toujours d'après le même principe. L'usage sur cette exception n'est pas assez conu. Car dans la conversation des persones qui parlent le mieux, il est dificile que l'oreille la plus atentive distingue parfaitement si l'on prononce rendu ou rendue, lorsqu'il n'y a point de repos entre le participe et l'adjectif suivant. À~ l'égard de nos lectures, elles ne peuvent que redoubler notre embarras, puisqu'on trouve souvent dans le même Auteur le pour et le contre: dans cette incertitude ne vaut-il pas mieux s'en tenir à une règle si générale, qu'elle est confirmée par les prétendues exceptions qu' on y opôse, que de chercher les décisions de l'usage sur un article où les opinions et les exemples sont si souvent partagés. = Ce qui confirme encôre cette règle, même par raport aux phrâses que nous examinons ici, c'est qu'au moyen de quelques mots, glissés entre le participe et l'adjectif, on sent que le participe doit être décliné. "Cette ville qui n'était rien autrefois, le comerce l'a rendûe, en moins de trois ans, assez puissante pour tenir tête à ses voisins. "Les énemis nous ont rendus, au bout de vingt-quatre heures, maîtres de la place. = De plus, tout le monde dit: une signature reconûe faûsse, une Comédie trouvée mauvaise. Pourquoi lorsqu'on y aura introduit le verbe auxiliaire, voudra-t-on dire, une signature que les Juges ont reconu fausse; une Comédie que le parterre a trouvé fort mauvaise? ces raisons sont fort convaincantes; et si mon opinion était quelque chôse, je dirais que je suis de l'avis de M. d'Olivet. = 4e. Exception: le participe est indéclinable, quand le verbe auxiliaire avoir est employé impersonellement: les chaleurs excessives qu'il a fait, et non pas faites. Cette remarque est incontestable; mais ce n'est pas proprement une exception à la règle générale. Car on ne peut dire que les verbes impersonels aient un régime simple. Dans la phrâse citée, le que relatif n'est pas à l'acusatif. Il serait plutôt au nominatif; et c'est comme si l'on disait, les chaleurs qui se sont faites, s'il était permis de s'exprimer de la sorte. = 5e Exception. On ne décline point le participe, quand il y a quelque chôse de sous-entendu, comme: il lui a fait toutes les caresses qu'il a su; on sous-entend lui faire; qu'il a sur lui faire, et non pas sûes. C'est toujours pour la même raison, que nous avons aportée plus haut (2e exception), c'est que le pronom que est régi dans cette phrâse, non le participe su, mais par l'infinitif sous-entendu faire. = 6e Exception. M. Despreaux, dans son Remercîment à l'Académie, dit de Louis le Grand, qu'il a fait lui seul plus d'exploits que les autres n'en ont lu. M. d'Olivet le loue de n'avoir point mis le participe au pluriel; et il dit que lus aurait été une faute. La raison qu'il en done, c'est que le régime dans cette phrâse c'est en, qui est à l'ablatif. Mais je trouve qu'ici cet illustre Académicien, que j'honore comme mon maître, se trouve en défaut et a manqué d'atention. Car, quoique le pronom en soit ordinairement à l'ablatif, comme de, qu'il remplace, cependant l'un et l'aûtre sont quelquefois employés à l'acusatif; et comme on dit, en régime simple: je n'ai pas lu de plus beaux livres: on dira de même, je n' en ai pas lu ou lus de plus beaux. Et il est si vrai que en, comme de sont alors à l'acusatif, que dans la phrâse citée de Despreaux il n'y a pas d'autre régime simple: de sorte que si en se trouvait à l'ablatif, ont lu, qui est certainement actif, se trouverait sans ce régime simple ou absolu, qui acompagne toujours les verbes actifs. Car le que qui précède n'est pas un que pronom, mais un que conjonction régi par plus. On peut faire le même raisonement sur une phrâse de M. d'Olivet, qui a imité Boileau, et a suivi, comme de raison, la règle qu'il avait donée. "Délicatesse peut-être excessive, qui nous fait voir des hiatus, où MalherbeRacineDespreaux et Quinaut n'en ont point . Si en est à l'ablatif, ont vu n'a point dans cette phrâse de régime simple; et cependant comme verbe actif, il faut nécessairement qu'il en ait un. Disons donc que en, dans des phrâses pareilles, est à l'acusatif, et que s'il ne faut pas alors décliner le participe, c'est la seule exception que l'usage ait mise à la règle générale, si bien dévelopée par M. d'Olivet. Mais l'usage n'est point constant là-dessus. Plusieurs Auteurs ont décliné le participe dans cette ocasion. Le Gendre dit, parlant des licornes: "Le P. Lobo et d'autres Jésuites, qui ont demeuré plusieurs années en Éthiopie, témoignent qu'ils en ont vûes. Ils ajoutent que plusieurs Portugais en avoient vûes aussi en Éthiopie. Dans l'Ann. Litt. "Je demandois il y a quelque-tems à une persone fort au fait des Gazettes, car pour moi je n'en ai jamais lûes. M. d'Alembert répondant à J. J. Rousseau: "Vous décriez nos Pièces de Théâtre avec l'avantage non-seulement d' en avoir vûes, mais d'en avoir faites. Il est à remarquer que les exemples en ce genre, sont fort râres, soit pour, soit contre; d'où l'on peut conclure deux chôses, l'une que l'usage est donc partagé; l'autre, que l'une et l'autre manière surprend toujours, et laisse dans l'indécision. Je ne déciderai donc rien, et ayant instruit le procês à charge et à décharge, j'en laisserai la décision aux Lecteurs, qui prendront parti suivant leur goût. = 7e Exception. Les participes sont aussi indéclinables, disent les Gramairiens, quand ils sont suivis dans la même phrâse du pronom relatif que ou qui: les raisons qu'il a cru que j'aprouvais: les persones que j'ai vu qui étaient prévenûes. Mais il est aisé de ramener la 1re phrâse à la règle générale: le 1er que, qui est le régime, est régi par le verbe j'aprouvais, et non pas par le participe cru: les 2 que n'en font là qu'un seul. Il n'en est pas de même, il est vrai, du second exemple: mais le tour de la phrâse est assez extraordinaire, pour ne pas tirer à conséquence.
   Rem. Nous avons dit, plus haut, que régulièrement il n'y avait que les pronoms régis, qui pussent précéder le participe. Autrefois les Poètes se mettaient plus au large. Quand ils avaient besoin, pour la rime, de faire décliner le participe, ils le plaçaient devant le substantif qu'il régissait. Ainsi Molière, au lieu de dire, il a troublé la pièce dans le plus bel endroit, dit: il
   Dans le plus bel endroit a la Pièce troublée.
Et Corneille:
   Le seul amour de Rome a sa main animée...
   Aucun étonement n'a sa gloire flétrie.
Au lieu de, a animé sa main, a flétri sa gloire.
   3e RèGLE. Les participes passifs, précédés du verbe être, sont toujours déclinables, quand le verbe être est employé comme verbe subst. et il est employé comme tel dans les verbes passifs, le neutres, les réciproques passifs, et ceux qui ne sont réciproques que par expression: "Ils sont tombés, ils ont été châtiés: ces mauvaises nouvelles se sont répandûes: nous nous sommes aperçus de, etc. Quelque-fois les verbes réciproques passifs ont un régime, comme dans ces phrâses: elle s' est trouvée guérie: ces maisons se sont louées trop cher. Or, quand ce régime est un autre participe, comme guérie, au 1er exemple, Vaugelas dit qu' on ne doit pas décliner; Regnier, Ménage et d'Olivet sont d'avis contraire. Ils veulent qu'on décline; et je trouve qu'ils ont raison. = Dans les réciproques, employés impersonellement, le participe est indéclinable. "Il s'est formé une ligue; il s'est élevé une question. Je crois pouvoir condamner cette phrâse de Bossuet: "Dans le même Concile s'étant émûe une question sur, etc. Il faudrait dire: s'étant élevé une question; car aujourd'hui on ne dirait pas s'émouvoir, en ce sens.
   4e. RèGLE. Quand les tems du verbe être sont mis pour ceux du verbe avoir, ce qui arrive dans les réciproques directs et indirects, les participes passifs sont indéclinables: Lucrèce s'est doné la mort. C'est comme si l'on disait, a doné la mort à soi. = Pour mieux éclaircir cette règle, rapelons-nous le principe unique, qui résoud toutes les dificultés des participes. Dans cette phrâse, se n'est que le régime relatif, la mort étant le régime simple ou direct. Le participe n'est donc pas précédé de son régime: il ne doit donc pas être décliné. Des Auteurs modernes ont donc fait une faûte, quand ils ont dit, l'un: "Troie s'étoit atirée ces malheurs; l'aûtre: "Je me suis rapelée l'exemple, etc. Il falait dire, s'était atiré, je me suis rapelé, etc. = Avec ce principe, on comprendra pourquoi il faut dire, sans décliner: elle s'est mis des chimères dans l'esprit; et, en déclinant: les lois que s'étaient prescrites les Romains. Il est vrai que dans l'une et l'aûtre phrâse, le pronom se n'est pas régime relatif (et au datif), mais dans la première, chimère, qui est le régime simple ou direct, est aprês le participe, et dans le second, que est devant. On comprendra aussi pourquoi on dit: elle s'est fait peindre, et non pas, elle s'est faite; et pourquoi, au contraire, on dit: nous nous sommes rendus maîtres; nous nous sommes rendus puissans. C'est que, dans le premier exemple, le pronom se, régime simple, n'est pas régi par le participe fait, mais par l'infinitif peindre: ce n'est donc pas le câs de la règle, comme nous l'avons dit à la 2e exception. Dans le 2d exemple, ce même pronom se est régi directement et simplement par le participe rendus; et de plus, il le précéde. Il est donc dans le cas de la règle: on doit donc le décliner.
   5e RèGLE. Les participes passifs s' acordent avec un substantif, lorsqu'ils sont pris adjectivement, et qu' ils ne sont point à aucun tems des verbes avoir ou être: un ouvrage achevé; une maison achevée; des ouvrages achevés; des maisons achevées. = Ils s'acordent avec le nominatif du verbe, quand ils forment des tems composés avec les tems du verbe auxiliaire être, dans un verbe qui n'a point de régime: Je suis tombé, elle est tombée; nous sommes tombées, elles sont tombées. = Enfin, ils s'acordent avec le câs, lorsqu'ils forment avec l' auxiliaire avoir ou être, les tems composés d'un verbe précédé de son régime absolu, comme nous venons de l'expliquer fort au long. "Cette maison est à moi; je l'ai achetée: je vous rends vos livres: je les ai lus: les lettres que j'ai écrites, etc. etc.
   Remarque importante, à mon avis. Les participes passifs, employés adjectivement, doivent suivre le sort des adjectifs. Or, j'ôse dire des uns et des aûtres, ce que j' ai déjà dit des participes actifs, que quand ils sont à la tête de la phrâse, ils ne doivent se raporter qu'au nominatif dominant, et non pas à des noms, employés aux câs obliques. Une phrâse de St. Évremont nous offre un exemple de ces constructions irrégulières. "Détrompée heureûsement à la fin, on la voit renoncer à ces mêmes Dieux, qu'elle avoit rapelés. En voyant ce participe détrompée à la tête de la phrâse, on s'atend à le voir suivi d'un nominatif féminin, et c'est le nominatif on qui n'a nul raport avec le participe, lequel est régi par le pronom la, qui est à l'acusatif. Jusques-là, il n'y a que de l'embârras dans la phrâse; mais il y aurait de l'obscurité, et même de l'équivoque, si le sujet de la phrâse était aussi un nom féminin: si par exemple, on parlait d'une mère, charmée du changement de sa fille, et qu'on dit détrompée heureûsement à la fin, sa mère la voit renoncer à ses erreurs; ne demanderait-on pas si c'est la mère ou la fille qui est détrompée? Pour construire régulièrement la phrâse de St. Évrémont, il faudrait dire: détrompée heureusement, elle renonce, etc. Voy. Adjectif. V. n°. 14. = Les Poètes fournissent beaucoup d'exemples de cette construction peu favorable à la netteté du discours. Racine, dans Andromaque.
   Prêt à servir toujours, sans espoir de salaire,
   Vos yeux ne sont que trop assurés de lui plaire.
En entendant réciter ces vers, on croit d'abord que ce sont les yeux qui sont prêts.
   D'un odieux amour sans cesse poursuivie,
   On prétend, malgré moi, m' arracher à la vie.
       Alex.
C'est la même construction que celle de la phrâse de St. Évremont. = Ce grand Poète d'ailleurs si exact, emploie même des participes qui ne se raportent à rien.
   Environné d'enfans, soutiens de ma puissance,
   Il ne manque à mon front que le bandeau royal.
       Esther.
On ne peut dire qu'environé se raporte à front. Ce participe est donc en l'air, pour parler ainsi.
   Boileau emploie la même construction.
   À~ nous-mêmes livrés dans une solitude,
   Notre bonheur bientôt fait notre inquiétude.
À~ quoi se raporte livrés? À~ aucun des mots de la phrâse. = On trouve des exemples pareils dans Rousseau, Crébillon, Voltaire, et dans presque tous nos Poètes. S'ils sont en possession d'une pareille licence, on ne doit pas du moins les imiter en prôse. Les Poètes eux-mêmes feront bien de ne pas en abuser, et de ne pas employer cette construction, lorsque le nominatif dominant est du même nombre et du même genre que le participe ou l'adjectif, qui ne s'y raporte pas; et cela, à caûse de l'équivoque~ qui peut en résulter. Cet inconvénient, alors presque inévitable, parait bien dans ces vers de Psyché. Les Princesses disent à leur soeur, en parlant des Princes ses amans:
   N'ayant ni beauté, ni naissance
   À~ pouvoir mériter leur amour et leurs soins.
   Ils nous favorisent au moins
   De l'honeur de leur confidence.
       Molière.
Selon la construction, il semble que, ils (les Princes) n'ont ni beauté, ni naissance, et c'est du pronom nous (les Princesses) que cela se dit, suivant l'intention de l'Auteur. = Voilà pour le participe actif. En voici un exemple pour le participe passif.
   Et-ce à l'ami, qui me tait ce qu' il pense;
   Est-ce au flateur, qui m'abuse et m'encense,
   Par tous les deux séduit au même point,
   Mon énemi seul ne me trompe point.
       Rouss.
Séduit parait se raporter à énemi, et c'est au pronom me qu'il se raporte. = J'avais quelque peine sur cette remarque. D'un côté le grand nombre d'exemples de cette construction me faisait croire que l'usage a prévalu. D'autre part, je ne pouvais croire que ce qui nuit à la netteté du discours puisse pâsser en loi. L'usage alors est un abus, contre lequel on peut toujours réclamer. Cette dernière réflexion m'a décidé. Voyez le comencement de cet article, n°. I. 3°. — Delà on peut remarquer, etc.
   6e RèGLE. Réguliérement parlant, les participes des verbes neutres ne doivent pas être employés adjectivement. On ne dit pas: cet homme, si souvent tombé, et toujours venu à bout de ses desseins, rarement sorti de son caractère, etc. mais il faut dire, qui est si souvent tombé, qui toujours est venu à bout de ses desseins, qui est rarement sorti de son caractère, etc. Il y a quelques exceptions: "Un homme, arrivé depuis peu, a raporté, etc. "J'étois parti d'Ithaque, pour aller demander aux aûtres Rois, revenus du siège de Troie, des nouvelles de mon père. Télémaque. "Le songe où je croyois avoir vu le sage Mentor descendu aux champs Élysées, achevoit de me décourager. Ibid. "Jusqu'à ce qu'Ulysse, remonté sur son trône, m'ait déclaré qu'il y consent. Ibid. = Ces participes adjectifs ne font point mal dans ces phrâses, je ne les trouve pas bien dans les phrâses suivantes. "Il avoit pris le nom d'Argenson d'une terre entrée (qui était) dans sa maison par sa grand'mère maternelle. Fonten. "La raison, une fois sortie de la règle, ne trouve plus rien qui l'arrête. Massill. Je voudrais dire, étant une fois sortie, etc. Quelques étoiles disparûes (qui ont disparu) ont fortifié cette opinion. Pluche. Les Philosophes venus long-tems après lui. Mde Dacier. Qui sont venus. "Polydamas acouru (étant) pour le dégager, lance son javelot. La même. "Le Roi d'Austrasie, rentré en France, (étant) avait pris Soissons. Moreau. "Couché à minuit, tombé mal à une heure, il est sufoqué. Anon. Celui-ci a abusé de la permission. "Nunno de Cunna, parti cette année (qui était) de Lisbone, prit et brûla la ville de Mombassa. L'Ab. Prévot. "Son ombre, acourue vers le trône, n'en a pas été repoussée. Linguet. Ce participe fait bien en cet endroit. "Épitre adressée à un homme illustre, pâssé dans le même pays. Id. Celui-ci ne me parait pas si bien. Je voudrais dire, qui étoit passé. "Louis de Bavière, resté Empereur... n'étoit qu'un cadet. Id. Voy. ÉCHOUER, EXPIRER, RÉCIDIVER. = Voilà bien des exemples contraires à la règle; mais plusieurs sont peu anciens, et ce nouvel usage n'est pas assez autorisé pour qu'on puisse le suivre sans dificulté. À~ la vérité, il est plus comode, et c'est peut-être ce qui le fera universellement adopter.
   Les verbes réciproques n'ont pas de participe proprement dit, le pron. pers. se étant de l'essence de ces verbes. Ils peuvent donc, encôre moins que les verbes neutres être employés comme adjectifs. "Monmouth, sauvé du champ de batâille, s'éloigna par une heureûse fuite. Hist. d'Angl. Il falait dire, s'étant sauvé, etc. "Si c'étoit le même individu, parti pour Barège, et évanouï (qui s'était) depuis, rien de plus aisé que de trouver le coupable. Ling. etc.

Traductions

participe

Mittelwort, Particip, Participium, Partizip, Partizipium

participe

participle

participe

deelwoord

participe

příčestí

participe

participo

participe

participio

participe

lýsingarháttur‎

participe

participio

participe

particípio

participe

μετοχή

participe

участва

participe

deltager

participe

osallistuu

participe

deltar

participe

[paʀtisip] nmparticiple
participe passé → past participle
participe présent → present participle