paysan, sanne

PAYSAN, SANNE

(pè-yi-zan, za-n') s. m. et f.
Homme, femme de campagne. Un riche paysan. Une bonne paysanne.
Un paysan son seigneur offensa ; L'histoire dit que c'était bagatelle ; Et toutefois ce seigneur le tança Fort rudement ; ce n'est chose nouvelle [LA FONT., Paysan.]
Je n'avais point de connaissance, point d'autre métier que celui de paysan ; je savais parfaitement semer, labourer la terre, tailler la vigne, et voilà tout [MARIVAUX, Pays. parv. part. 1]
Là [en Pologne], le paysan ne sème point pour lui, mais pour des seigneurs à qui lui, son champ et le travail de ses mains appartiennent [VOLT., Charles XII, 2]
Un paysan, non de France, où l'on prétend qu'il faut les faire mourir de misère, afin qu'ils nous fassent vivre [J. J. ROUSS., Lett. à Voltaire, Corresp. t. III, p. 225, dans POUGENS.]
C'est sur l'état du paysan que je juge d'un gouvernement, que je n'ai ni le temps ni le moyen de connaître [DUCLOS, Voy. Italie, Œuvr. t. VII, p. 35]
Guerre des paysans, soulèvement des paysans contre les nobles qui éclata, à la suite de la réforme religieuse, dans la Souabe, la Thuringe et la Franconie. C'est un paysan, un gros paysan, il a l'air d'un paysan, d'un franc paysan, c'est un homme rustre, impoli. À la paysanne, loc. adv. À la mode de la campagne. Un bonnet à la paysanne.
S. f. Paysanne, espèce de danse.
Adj. Qui appartient aux paysans.
C'est une assez méchante engeance que la race paysanne [DANCOURT, Vacances, SC. 2]
Je suis né pauvre et paysan, destiné par mon état à cultiver la terre [J. J. ROUSS., Ém. IV]

PROVERBES

  • Il faut acheter son blé d'un paysan et son vin d'un bourgeois, parce que le paysan vend toujours le plus beau de son blé, et que le bourgeois a toujours une meilleure cave que le paysan.
  • C'est toujours le paysan qui paye, proverbe d'allusion aux impôts de l'ancien régime.

REMARQUE

  • On prononce dans quelques provinces pèzan, en deux syllabes.
    Cette prononciation, qui n'est plus qu'un provincialisme, était, au XVIIe siècle, reçue à côté de l'autre : Que le paysan recueille, emplissant à milliers Greniers, granges, chartis, et caves et celliers [RÉGNIER, Sat. X]
    Et la bonne paysanne, apprenant mon désir [MOL., Éc. des femmes, I, 1]

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    N'avoit homme ou [au] pays si os [hardi], Ne bachelier ne païsant, Tant orgueilloux ne tant vaillant, Qui s'osast au jaiant [géant] combatre [, Brut, ms. f° 86, dans LACURNE]
  • XIIIe s.
    Li paisant de la terre les assaillirent, et ocistrent tous, fors quatre, sans plus, qui s'en retornerent à l'ost [VILLEH., LIV]
    Emmi sa voie [elle] encontre un païsan vilain [, Berte, LXXIII]
    Et s'il se presente à ceval et armés comme gentix hons, et li païsans qu'il apela se presente à pié comme campions, li gentix hons en a le pieur [le pire] [BEAUMANOIR, LXIV, 2]
  • XVe s.
    Pour quoi veult estre un païsant à un noble homme ressemblant ? [E. DESCH., Poésies mss. f° 519]
    À la longue n'est nulles des grandes [nations] dont le pays à la fin ne demeure aux paisans [aux nationaux, par opposition aux étrangers, à propos des mariages des princesses héritières] [COMM., VI, 2]
  • XVIe s.
    Veer surprit le fort qui estoit de l'autre costé de Zutphen par des soldats deguisez en païsandes [paysannes] [D'AUB., Hist. III, 318]
    Dieu mit des cœurs de rois aux seins des artisans, Et aux cerveaux des rois des esprits de paisans [ID., Tragiques, éd. LALANNE, p. 175]

ÉTYMOLOGIE

  • Pays : Berry, paisan (de deux syllabes) ; bourg. poysan ; espagn. paisano ; ital. paesano. Dans l'historique, paysan a parfois le sens de gens du pays, qui est le sens primitif.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    PAYSAN.
    Ajoutez :
    Chanter une chanson paysanne comme un ivrogne [D'ESPEISSE, (avocat et jurisconsulte à Montpellier), Œuvres, t. II, p. 227, Lyon, 1666]