pesant, ante

PESANT, ANTE

(pe-zan, zan-t') adj.
Qui pèse.
Laissez-là ces mousquets trop pesants pour vos bras [BOILEAU, Épître IV]
Fig.
Plier la tête sous le pesant joug de la nécessité [J. J. ROUSS., Lett. à M. D. Corresp. t. II, p. 10, dans POUGENS]
Terre pesante, ancien nom de la baryte.
Terme de physique. Qui est doué de la propriété de tendre vers le centre de la terre, et qui, même lorsqu'il est retenu par quelque obstacle, exprime encore sa tendance à tomber par la pression qu'il exerce contre cet obstacle, c'est-à-dire par son poids.
On sait par toutes les expériences que les corps pesants tombent de quinze pieds dans la première seconde de leur chute [FONTEN., Newton.]
Qui est du poids réglé par la loi. Espèces pesantes.
Terme de marine. Un grain est pesant, le vent est pesant, quand leur violence est dans le cas de faire incliner le navire outre mesure, ou, seulement, quand il y a danger pour la mâture et la voilure. La mer est pesante, quand la lame retombe sur elle-même avec fracas. Un navire est pesant, lorsqu'il a des formes trop renflées, ou qu'en général il marche mal ou se meut malaisément.
Terme de manége. Cheval pesant, celui qui ne s'enlève pas facilement du devant. Ce cheval est pesant à la main, il porte la tête basse, il s'appuie sur le mors. Fig. Cet homme est pesant à la main, il est ennuyeux, incommode dans la conversation.
Il se dit des coups qui tombent avec poids, qui sont violents. Des coups pesants ébranlèrent la porte. Avoir la main pesante, le bras pesant, être fort et robuste. donner de grands coups.
Et n'était que ses mains sont un peu trop pesantes, J'en serais fort satisfait [MOL., Amph. II, 1]
Fig. Il a la main pesante, se dit de celui dont la vengeance est à craindre.
Qui manque d'agilité, de légèreté. Ce chirurgien, ce maître d'écriture, ce peintre a la main pesante, il opère, il écrit, il peint sans légèreté. Un pied pesant, une marche, une danse sans légèreté.
Tous entonnent un hymne ; et, couronné de chêne, Chacun d'un pied pesant frappe gaiement la plaine [DELILLE, Géorg. I]
Lent, tardif.
Il s'avança avec toute la diligence dont était capable une armée aussi pesante que la sienne [VAUGEL., Q. C. III, 7]
Elle [Irène] lui demande [à Esculape] pourquoi elle devient pesante [LA BRUY., XI]
Comme Catulus était âgé et pesant, tout roulait sur Sylla [VERTOT, Révol. rom. x, p. 20]
Le tétras a les ailes courtes, et, par conséquent, le vol pesant [BUFF., Ois. t. III, p. 308]
Fig. Qui engourdit. Sommeil pesant. Ivresse pesante. Avoir la tête pesante, éprouver un sentiment comme d'un poids dans la tête.
10° Fig. Qui manque de grâce, de prestesse, de vivacité, en parlant des personnes.
Il n'est pas sans esprit ; mais, né triste et pesant, Il veut être folâtre, évaporé, plaisant [BOILEAU, Épît. IX]
La Fontaine, si connu par ses Fables, et toutefois si pesant en conversation [SAINT-SIMON, 28, 73]
Les grâces qu'il [Fontenelle] répandait sur la philosophie semblaient une profanation à ceux qui ne se croient solides que parce qu'ils sont pesants [DUCLOS, Œuv. t. IX, p. 319]
Il se dit aussi des choses. Style pesant.
Il n'oublia pas la fiole de Roland, qui était le sujet du voyage ; il eut assez de peine à la porter, car l'esprit de ce héros était de sa nature assez pesant [FONTEN., les Mondes, 2e soir.]
Il méprise Racine, il insulte à Corneille, Lulli n'a point de sons pour sa pesante oreille [VOLT., Ép. 50]
11° Fig. À charge, qui semble peser, en parlant des personnes et des choses.
Ne considérez point cette grandeur suprême, Odieuse aux Romains et pesante à moi-même [CORN., Cinna, II, 1]
La garde de deux filles est une charge un peu trop pesante pour un homme de mon âge [MOL., Préc. 5]
Il n'y a personne qui ne connaisse quelque douleur d'estomac ; celle que vous sentez est plus piquante et plus pesante [SÉV., 24 janv. 1680]
Je ne crois point vous avoir été pesante [ID., 7 juin 1675]
Il me souvient encore comme il faut vivre pour n'être pas pesante [ID., 21 juin 1671]
Sa croix a été plus incommode que pesante [FLÉCH., Mme de Mont.]
Soit qu'en le conjurant de ne rien dire je lui eusse rendu mon secret plus pesant et plus difficile à garder [MARIVAUX, Marianne, 5e part.]
Le fardeau de la vie est trop pesant pour moi [VOLT., Sémiram. I, 5]
Ou les douleurs du corps si pesantes à l'âme [A. CHÉN., Élég. XXXIII]
Vivant, du rang suprême on sent mal le fardeau ; Mais qu'un sceptre est pesant, quand on entre au tombeau ! [DUCIS, Hamlet, II, 3]
12° Onéreux.
Je comprends fort bien.... la dépense de votre voyage ; je l'avais dit à notre abbé comme une chose pesante pour vous [SÉV., 20 mai 1672]
13° Substantivement. Valoir son pesant d'or, avoir d'excellentes qualités, en parlant des personnes, une grande valeur, en parlant des choses.
Otez-vous vitement, je tiens une pensée Qui vaut son pesant d'or.... [SCARR., Jodelet ou le maître valet, III, 7]
Il est vrai que les femmes [d'une certaine société] valent leur pesant d'or [SÉV., 6 mai 1676]
Cet homme-là vaut son pesant d'or [DANCOURT, le Chev. à la mode, IV, 2]
14° S. m. Morceau de fer ou de plomb que les tailleurs mettent sur leur ouvrage pour l'assujettir ; on dit aussi plomb.
15° Espèce de verroterie, qui sert à la traite, sur les côtes d'Afrique, et dont on distingue deux espèces, la jaune et la verte.
16° Adverbialement. Mille livres pesant.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    La bataille est merveilluse et pesant [, Ch. de Rol. CIX]
    Li adoubé [armés de toutes pièces] en sont li plus pesant [lourds] [, ib. CLXXVI]
  • XIIe s.
    Li cous fu mout pesant, le fit agenouiller [, Ronc. 196]
  • XIIIe s.
    Du mautemps ert [était] sa robe un peu pesant et sale [, Berte, XXVII]
    Et veoit que il estoit pesant et vius, et fist par conselgs que ses fius [son fils] fu coronés à Rains [, Chron. de Rains, p. 10]
  • XIVe s.
    Toute eau pesante est malvese [ORESME, Eth. 182]
  • XVe s.
    Vous avez mort le fils du comte de Stafford ; pesantes nouvelles seront au pere quand il le saura [FROISS., II, II, 235]
    Le comte Guy de Blois, quoiqu'il ne fust pas bien haitié, mais tout pesant pour la forte et longue maladie qu'il avoit eue en l'esté [ID., II, II, 211]
    Si fut la chose moult bien discutée, comme il affiert [convient] à si pesante besongne [, Bouciq. III, 4]
    Il [un vin] vaut bien vrayement Son pezant d'argent [BASSELIN, Vau de Vire, 39]
  • XVIe s.
    Il renvoya à Rome la plus pesante partie de son armée, retenant avec luy les plus dispos et legers [AMYOT, Cam. 64]
    À pesant beuf il faut dur esguillon [J. MAROT, V, 177]
    Une chaisne d'or pesante 25 063 marcz d'or [RAB., Garg. I, 8]
    Il ne trouve rien de trop chaud ny trop pesant [COTGRAVE, ]
    Que si Dieu prend à gré ces premices, je veux, Quand mes fruicts seront meurs, lui payer d'autres vœux, Me livrer aux travaux de la pesante histoire [D'AUB., Trag. Feux]