pieux, euse

PIEUX, EUSE

(pi-eû, eù-z') adj.
Qui a de la piété.
Louis XIII rendit au ciel son âme juste et pieuse, et il parut que notre ministre était réservé au roi son fils [BOSSUET, le Tellier.]
Les trois pieuses Maries étant accourues dès le grand matin pour chercher leur bon maître [Jésus] dans ce lit de mort [ID., 1er sermon, Pâques, préambule.]
Puissiez-vous voir M. de Dangeau aussi pieux que vous êtes dévote ! [MAINTENON, Lett. à Mme de Dangeau, 10 nov. 1715]
C'est une chose délicate à un prince religieux de réformer la cour et de la rendre pieuse [LA BRUY., XIII]
Ce temple rustique Dont la mousse a couvert le modeste portique, Mais où le ciel encor parle à des cœurs pieux [LAMART., Méd. I, 22]
Substantivement.
Quoi qu'il en soit, il serait toujours vrai que le faux culte aurait bientôt commencé, même parmi les pieux et dans la famille de Seth [BOSSUET, Élévat. sur myst. VII, 7]
Qui a le caractère de la piété, en parlant des choses.
Eh ! merci de ma vie ! il en irait bien mieux, Si tout se gouvernait par ses ordres pieux [MOL., Tart. I, 1]
Ces pieux devoirs que l'on rend à sa mémoire, ces prières, ces expiations, ce sacrifice.... [FLÉCH., Mme de Mont.]
Et du concert pieux j'entends le bruit lointain [C. DELAV., Paria, I, 3]
Legs pieux, legs destiné à être employé en œuvres pies. Croyance pieuse, opinion qu'adoptent des personnes pieuses, bien qu'elle ne soit pas prescrite par la foi. Ironiquement, pieuse croyance, opinion peu éclairée. Substantivement. Le pieux, ce qui a le caractère de la piété.
Si le pieux y règne, on n'en a point banni Du profane innocent le mérite infini [LA FONT., Poésies mêlées, XXXIX.]
Qui tient à un sentiment d'amour filial, de compassion pour les malheureux, etc.
Toi, qui l'as honoré sur cette infâme rive D'une flamme pieuse autant comme chétive, Dis-moi quel bon démon a mis en ton pouvoir De rendre à ce héros ce funèbre devoir [CORN., Pomp. V, 1]
Il était conduit par l'amour pieux qu'un fils doit à son père [FÉN., Tél. XVIII]
Il alla lui-même retirer son corps sanglant et défiguré de l'endroit où il était caché sous un monceau de corps morts ; il versa sur lui des larmes pieuses [ID., ib. XVII]

ÉTYMOLOGIE

  • L'ancienne langue n'a pas pieux, dissyllabe ; elle a pif, piu en variantes, au régime, Sax. XXIV ; pius, au sujet et monosyllabe, Th. le mart. 157. Les autres exemples donnent ce mot toujours monosyllabe ; c'est donc la reproduction du latin pius : au nominatif, pius ou piex, au régime pif ou piu ; pius est traité comme deus, qui donne dieu monosyllabe. Le provençal a pios, pius. Pieux, de la langue moderne, vient ou d'une forme allongée de pie, ou plutôt d'un changement de prononciation dans cet ancien adjectif pius, piex.