piqué, ée

PIQUÉ, ÉE1

(pi-ké, kée) part. passé de piquer
Entamé légèrement par quelque chose de pointu. Piqué par une épingle. Piqué par une guêpe. Une étoffe piquée des vers. Fig. et populairement. Qui n'est pas piqué des vers, sain, intact, frais.
Traversé de points qui les unissent, en parlant d'étoffes. Des bonnets piqués.
Notre amante.... coupe ses habits, Corps piqué d'or, garnitures de prix [LA FONT., Courtis.]
J'ai un habit de taffetas brun piqué avec des campanes d'argent.... mais je crois que ce n'est plus la mode [SÉV., 13 juin 1685]
Le maréchal de Saxe était au milieu de ce feu [à Fontenoy]..., il portait une espèce de bouclier de plusieurs doubles de taffetas piqué qui reposait sur l'arçon de sa selle [VOLT., Louis XV, 15]
Terme de cuisine. Où on a fait entrer, en piquant, quelque ingrédient.
Oignons piqués de clous de girofle [GENLIS, Maison rust. t. II, p. 112, dans POUGENS]
Absolument. Lardé de petits lardons.
Dans le pays même où l'on faisait pendre ceux qui avaient mangé une omelette au lard [le vendredi], on faisait brûler ceux [les Juifs] qui avaient ôté le lard d'un poulet piqué [VOLT., Dial. XXVI, 2]
Terme de construction. Se dit du moellon ou du grès dont le parement a été frappé de manière que chacun des coups de l'outil y laissât sa trace. S. m. Un piqué, un moellon taillé proprement et à vive arête.
Vin piqué, vin qui tend à se transformer en vinaigre. Substantivement. Goût de piqué, goût désagréable qui affecte les vins de Champagne et les vins clairets du Jura, et qui est causé par la production d'un ferment organisé.
Frappé d'un trait de satire.
....Vous fuyez devant Des gens en robe un peu sale Par vous piqués trop souvent [BÉRANG., Muse en fuite.]
Fig. Qui est ému par quelque sentiment vif comme par une piqûre.
Et ce prince, piqué d'une juste colère, S'emportera sans doute et bravera son père [CORN., Nic. I, 5]
Piqué d'une noble honte et d'une juste indignation contre son courage qui lui a manqué [BOSSUET, Panég. de S.]
Pierre, II., à cette vue, ne vous sentez-vous point piquées d'une pieuse et généreuse émulation ? [BOURDAL., Exhort. char. env. un sémin. t. I, p. 195]
Piqué au jeu, décidé à s'opiniâtrer en quelque chose.
Il est fort piqué au jeu, et ne peut entendre aucune remontrance [GUI PATIN, Nouv. lettr. t. II, p. 88, dans POUGENS]
Ils sont piqués au jeu, et l'on sait que la haine d'érudition est un mal qui cherche à s'exhaler [BAYLE, Lett. p. 577, dans POUGENS]
Fâché, irrité. Piqué par ces paroles.
Trop discret est Horace Pour un homme piqué [RÉGNIER, Sat. II]
Piqué jusqu'au vif contre son hyménée [CORN., Rodog. I, 6]
L'Amour était vivement piqué de voir que ce vieillard inconnu.... lui enlevait Télémaque [FÉN., Tél. VII]
Les choses étant sur le pied où elles sont [dans la société], l'homme le plus piqué n'a pas le droit de rien prendre au sérieux, ni d'y répondre avec dureté [DUCLOS, Consid. mœurs, 8]
Piqué que, piqué de ce que.
Comme un autre, le paon lui fit la révérence, Bien piqué que sur lui l'aigle eût la préférence [FR. DE NEUFCHÂTEAU, Fabl. v, 10]
Fig. Qui éprouve un désir, comme le palais que pique quelque chose d'épicé.
Et piqué des douceurs d'un amoureux visage [RÉGNIER, Ép. II]
Don Carlos demeura aussi piqué de la dame inconnue, que s'il l'eût vue au visage [SCARR., Rom. com. I, 9]
Pour mettre en mon pouvoir certaine Égyptienne Dont j'ai l'âme piquée, et qu'il faut que j'obtienne [MOL., l'Ét. v, 6]
10° En musique, notes piquées, suite de notes sur chacune desquelles on met un point ou un accent aigu, pour indiquer qu'elles doivent être rendues d'une manière égale par des coups de gosier, de langue ou d'archet secs et détachés. Substantivement. Quand la note est détachée d'une manière marquée, c'est un piqué pointé, et, plus détachée encore, elle devient un piqué accentué.