piquant, ante

PIQUANT, ANTE

(pi-kan, kan-t') adj.
Qui pique. Les orties sont piquantes.
Il n'y a personne qui ne connaisse quelque douleur d'estomac ; celle que vous sentez est plus piquante et plus pesante [SÉV., 24 janv. 1680]
Je ne puis croire que ce ou cette d'Éon, ayant le menton garni d'une barbe noire très épaisse et très piquante, soit une femme [VOLT., Lett. d'Argental, 19 déc. 1777]
Fig.
Vieillard plus piquant qu'une ronce, Point de colère, entendons nous, Parlons tout bas et filons doux [SCARR., Virg. VI]
Qui est de haut goût et pique pour ainsi dire le palais, par opposition à fade. Moutarde piquante. Fig. Le sel piquant de ses bons mots, de ses reparties. Terme de cuisine. Sauce piquante, sauce fortement relevée par du vinaigre et des échalotes, que l'on sert chaude ou froide et quelquefois séparément.
Il se dit d'une température qui est très froide. Un vent piquant.
Le froid n'avait pas encore été aussi piquant de tout l'hiver [GENLIS, Veillées du château t. I, p. 134, dans POUGENS]
Fig. Qui fait une impression morale comparée à une piqûre.
Mille déplaisirs, d'autant plus piquants qu'on avait moins lieu de les attendre [BOURDAL., 2e dim. après l'Épiphan. Dominic. t. I, p. 93]
Fig. Il se dit des paroles qui blessent comme un instrument piquant.
De mots piquants partout Dorante vous outrage [MOL., Femm. sav. II, 3]
Mon père leur a dit de piquantes paroles [DUFRÉNY, Dédit, I, 1]
Nous entendons tous les jours, mes frères, les amateurs du monde eux-mêmes.... ....faire des invectives piquantes contre ses injustices et ses abus [MASS., Car. Dégoûts.]
Même sens, en parlant des personnes ou de leur humeur.
Parler et offenser, pour de certaines gens, est précisément la même chose ; ils sont piquants et amers [LA BRUY., V]
La charité est douce et prudente, et l'humeur est toujours piquante et téméraire [MASS., Carême, Mélange.]
Fig. Qui exerce sur l'esprit une action comparée à la sensation que produit sur le palais un mets épicé.
La sagesse pallie les défauts du corps, ennoblit l'esprit, ne rend la jeunesse que plus piquante, et la beauté que plus périlleuse [LA BRUY., III]
Goûtons, au lieu de nous en plaindre, Les attraits piquants du danger [BERNARD, Poés. div. Épitre XVI, à Galatée.]
Il n'est pas rare qu'une maîtresse coupable en devienne plus piquante [MARIVAUX, Paysan parv. part. v.]
Fig. Plein de vivacité, de finesse, d'agrément, en parlant des personnes et des choses.
L'originalité piquante de Dufrény était auprès de son panégyriste une assez bonne recommandation [D'ALEMB., Éloges, Marivaux.]
Au lieu d'être piquant, souvent on est bizarre [DELILLE, Jard. ch. I]
Elle ne doit tous ses défauts qu'au désir de paraître piquante, parce qu'elle est persuadée qu'une personne douce est toujours insipide [GENLIS, Ad. et Théod. t. II, p. 181, dans POUGENS]
En parlant des personnes, qui plaît par la vivacité, l'agrément de la physionomie, plus que par la régularité des traits.
Sa figure avait quelque chose de si piquant que le chevalier s'y laissa prendre [HAMILT., Gramm. 4]
Tantôt je la revois, belle, vive, piquante, Telle que pour charmer la formèrent les dieux, Telle qu'on voyait en tous lieux Vénus de tous les cœurs revenir triomphante [CHAUL., Élégie.]
Ce n'est pas, comme vous voyez, une beauté régulière ; mais elle est assez piquante [LESAGE, Turcaret, I, 2]
S. m. Pointes que portent certaines plantes, certains animaux. Les piquants de l'acacia.
Un autre animal à piquants qui ne nous était pas connu, a été rapporté de Cayenne à Paris.... [BUFF., Quadrup. t. XIII, p. 125]
Fig. Ce qui blesse comme les épines.
Les embarras domestiques de M. le Duc, les élans continuels de la plus furieuse jalousie, les vifs piquants d'en sentir sans cesse l'inutilité, toutes ces furies le tourmentèrent sans relâche [SAINT-SIMON, 261, 249]
10° Fig. Ce qui plaît à l'esprit, comme au palais un mets épicé. Le piquant de l'aventure.
Les Lettres provinciales ont perdu beaucoup de leur piquant, lorsque les jésuites ont été abolis [VOLT., Louis XIV, 32]
Elle n'a pas le piquant et les grâces de Mme de Tervures [GENLIS, Vœux témér. t. I, p. 15, dans POUGENS]

HISTORIQUE

  • XVIe s.
    Paroles piquantes [AMYOT, Fab. 14]
    Desguiser les viandes avec quelque saulce aigre et piquante [ID., Anton. 29]
    Il faisoit un chaud picquant et estouffé [D'AUB., Faen. III, 7]