poèle

POÈLE1

(poî-l') s. m.
Voile qu'on tient sur la tête des mariés pendant la bénédiction nuptiale.
Il [le cardinal de Fleury] fut aumônier du roi, et en cette qualité il tint le poêle au mariage de feu M. le duc d'Orléans en 1692 [MAIRAN, Éloges, card. de Fleury.]
Mettre un enfant sous le poêle, se dit en parlant d'un enfant né avant le mariage qu'on a reconnu et légitimé, et sur lequel on étend le poêle à la cérémonie du mariage.
Drap dont on couvre le cercueil pendant les cérémonies funèbres, et dont quelquefois, par honneur, les coins sont tenus, pendant la marche du convoi, par certaines personnes.
M. Newton était honoré de son vivant, et l'a été après sa mort comme il devait l'être : les principaux de la nation se sont disputé l'honneur de porter le poêle à son convoi [VOLT., Mél. litt. Consid. due aux gens de lett.]
Dais sous lequel on porte le saint sacrement.
Dais qu'on présentait aux rois, aux princes et aux gouverneurs des provinces, quand ils faisaient leur entrée dans une ville.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Sur palies blancs siedent cil chevalier [, Ch. de Rol. VIII]
  • XIIe s.
    Li cuens Hues se dresse, s'est un paile vestu [, Sax. XXVIII]
    Bele Erembors à la fenestre, au jor, Sur ses genouz tient paile de coulor [, Romancero, p. 49]
  • XIIIe s.
    Voire s'il en y avoit plusors enfans nés avant qu'il espousast, et le [la] mere et li enfant à l'espouser estoient mis desoz le paile de sainte Eglise, si devenroient il loiel oir [BEAUMANOIR, XVIII, 2]
  • XVIe s.
    Ils lui presenterent à l'entrée de la ville un poele, [ce] qu'il trouva fort mauvais, comme n'estant du qu'au souverain [CARL., I, 36]
    Enfans nés avant le mariage, mis sous le poile sont legitimés [LOYSEL, 58]
    Un grand voile en forme de paesle [PARÉ, XXV, 40]
    Diogenes ceignit son palle en escharpe, recoursa ses manches jusques es coubtes [RABEL., Pant. III, Prol.]

ÉTYMOLOGIE

  • Picard, poisle, manteau ; provenç. palli, pali ; espagn. palio ; ital. pallio. Diez, contestant que poîle ou poile puisse venir du latin pallium, qui n'a pu donner que paile, le tire du bas-lat. petalum, ornement ou feuille métallique dorée sur la tête du pape (qui vient du grec signifiant, quelque chose d'étendu). Mais, si l'on suit la série des orthographes palie, paile, poele, poile, paesle, sans qu'il y ait interruption du sens, on verra que paile est devenu poile au XVIe siècle, comme je fois pour je fais, je vois pour je vaïs, etc.