prendre

(Mot repris de prenantes)

prendre

v.t. [ lat. prehendere ]
1. Saisir avec les mains ou avec un instrument : Prendre un crayon sur la table. Prendre qqn par le bras. Prendre des tiges de rosier avec des gants attraper
2. Se munir de : Prenez un imperméable. Elle a pris ses papiers d'identité avec elle emporter ; oublier
3. Se rendre acquéreur de : Prends du pain en rentrant acheter se fournir en
4. Fixer son choix sur : Laquelle prenez-vous ? — Je prends la rouge choisir ; laisser
5. Enlever qqch à qqn : Les cambrioleurs ont pris ce qui avait de la valeur dérober, subtiliser, voler ravir
6. Se rendre maître de : Les policiers ont pris les trafiquants appréhender, arrêter capturer conquérir, s'emparer de
7. Aller chercher qqn : Je passerai vous prendre à la gare.
8. S'assurer les services de qqn : Prendre un avocat engager
9. Ingérer qqch : Prendre son petit déjeuner. Pour vous soulager, prenez un cachet d'aspirine absorber, avaler boire
10. Se procurer ce que l'on a besoin de savoir : Prendre les mesures de qqn. Prendre des nouvelles de qqn demander, s'enquérir de recueillir
11. Utiliser un moyen de transport : Nous prendrons un taxi pour rentrer. Prendrez-vous le train ou l'avion ? voyagerez-vous par le train ou l'avion ?
12. S'engager sur une voie de communication, dans une direction ; passer par : Elle a pris un raccourci emprunter sortir d'ici
13. S'installer dans : Je prendrai un studio en ville louer entrer en, occuper
14. Livrer son corps à un élément naturel : Prendre le soleil. Prendre une douche se doucher
15. Opter pour un comportement, une action : Prendre des mesures pour lutter contre la pollution décider s'entourer de
16. Se charger de : Prendre ses responsabilités assumer se mettre à parler
17. Aborder qqn, qqch de telle manière : Elle prend les enfants par la douceur traiter envisager interpréter
18. En parlant d'un sentiment, s'emparer soudain de qqn ; envahir : L'angoisse nous prend en songeant aux otages étreindre, oppresser
19. Surprendre qqn en train de commettre une action répréhensible : Les policiers l'ont pris en flagrant délit de vol. Je l'ai pris à fouiller dans mes affaires.
20. Absorber entièrement qqn : Ses recherches la prennent entièrement accaparer
21. Recevoir en cadeau, en paiement : Prenez ces fleurs qui vous sont offertes par notre magasin. La maison ne prend pas les chèques accepter
22. Se faire donner : Prendre un rendez-vous chez le médecin obtenir admettre, recevoir
23. Nécessiter tant de temps, tant de place : La réparation a pris deux heures. Le dossier prend tout le bureau.
24. Accepter de transporter qqn, qqch, de transmettre qqch, de recevoir qqn : Prendre un auto-stoppeur. Ce train ne prend pas de voyageurs. Prendre un message pour qqn se charger de accueillir
25. Fam. Recevoir un coup, qqch sur le corps : Prendre une gifle. Il a pris une balle dans le bras.
26. Subir une modification de forme, d'aspect : Elle a pris quelques kilos pendant sa grossesse elle a grossi de
27. Accrocher, coincer involontairement un vêtement, une partie de son corps : Elle a pris sa jupe dans les ronces. L'enfant a pris ses doigts dans la porte coincer
28. En parlant d'un objet, d'un lieu, se laisser pénétrer par : Les murs prennent l'eau absorber, s'imprégner de
29. En parlant d'un mot, comporter telle lettre, tel signe : « Colline » prend deux « l », mais un seul « n ».
30. Suivi d'un nom, forme des locutions verbales : Prendre feu. Prendre racine. Prendre froid s'enrhumer faire attention à (Voir aussi ces mots.)
À tout prendre,
tout bien considéré : À tout prendre, il vaudrait mieux partir maintenant.
Ça me prend la tête,
Fam. cela m'énerve.
C'est à prendre ou à laisser,
il n'y a pas d'autre choix qu'accepter ou refuser.
Il y a à prendre et à laisser,
il y a du bon et du mauvais.
Prendre en (+ n.),
se mettre à éprouver un sentiment à l'égard de : Prendre qqn en pitié. Prendre qqch en horreur.
Prendre pour (+ n.),
choisir en tant que : Il l'a prise pour femme (= il l'a épousée). Elle m'a prise pour confidente ; se tromper sur le caractère, l'identité de : Je l'avais pris pour une personne de confiance j'avais cru qu'il l'était considéré comme
Prendre qqch sur soi,
en assumer la responsabilité : Vous pouvez vous absenter, je le prends sur moi.
Prendre son temps,
ne pas se presser.
v.t. ind. (à)
En parlant d'une idée, d'un comportement, venir soudain à qqn : Il lui a pris l'envie de se promener. Qu'est-ce qui leur prend ? d'où vient leur comportement tout à fait inattendu ?
Bien, mal m'en a pris,
cela m'a été profitable, préjudiciable.
v.i.
1. Passer de l'état liquide à l'état pâteux ou solide ; épaissir : Le plâtre commence à prendre se figer, se solidifier
2. Commencer à se développer : La bouture a bien pris s'enraciner, pousser
3. Commencer à brûler : Le feu ne veut pas prendre s'allumer, partir se déclarer
4. Produire l'effet recherché : La mystification n'a pas pris réussir
5. Suivre une direction ; s'engager dans une voie : Prenez à gauche tourner couper
Ça ne prend pas,
Fam. je ne vous crois pas.
Prendre sur soi,
réprimer un mouvement d'humeur ; s'imposer un choix désagréable et contraignant.

se prendre

v.pr.
1. S'accrocher : Sa manche s'est prise dans la poignée. La mouette s'est pris les ailes dans le filet.
2. (à) (Suivi de l'inf.) Litt. Se mettre à : Soudain elle rougit et se prit à pleurer commencer à
3. (de)Litt. Commencer à éprouver : Elle s'est prise de tendresse pour eux.
4. (pour) Se considérer comme : Il se prend pour un génie se croire
S'en prendre à qqn, à qqch,
s'attaquer à eux, les incriminer.
S'y prendre,
agir d'une certaine manière en vue d'un résultat : Vous vous y êtes mal prise. Nous aurions dû nous y prendre plus tôt.

prendre


Participe passé: pris
Gérondif: prenant

Indicatif présent
je prends
tu prends
il/elle prend
nous prenons
vous prenez
ils/elles prennent
Passé simple
je pris
tu pris
il/elle prit
nous prîmes
vous prîtes
ils/elles prirent
Imparfait
je prenais
tu prenais
il/elle prenait
nous prenions
vous preniez
ils/elles prenaient
Futur
je prendrai
tu prendras
il/elle prendra
nous prendrons
vous prendrez
ils/elles prendront
Conditionnel présent
je prendrais
tu prendrais
il/elle prendrait
nous prendrions
vous prendriez
ils/elles prendraient
Subjonctif imparfait
je prisse
tu prisses
il/elle prît
nous prissions
vous prissiez
ils/elles prissent
Subjonctif présent
je prenne
tu prennes
il/elle prenne
nous prenions
vous preniez
ils/elles prennent
Impératif
prends (tu)
prenons (nous)
prenez (vous)
Plus-que-parfait
j'avais pris
tu avais pris
il/elle avait pris
nous avions pris
vous aviez pris
ils/elles avaient pris
Futur antérieur
j'aurai pris
tu auras pris
il/elle aura pris
nous aurons pris
vous aurez pris
ils/elles auront pris
Passé composé
j'ai pris
tu as pris
il/elle a pris
nous avons pris
vous avez pris
ils/elles ont pris
Conditionnel passé
j'aurais pris
tu aurais pris
il/elle aurait pris
nous aurions pris
vous auriez pris
ils/elles auraient pris
Passé antérieur
j'eus pris
tu eus pris
il/elle eut pris
nous eûmes pris
vous eûtes pris
ils/elles eurent pris
Subjonctif passé
j'aie pris
tu aies pris
il/elle ait pris
nous ayons pris
vous ayez pris
ils/elles aient pris
Subjonctif plus-que-parfait
j'eusse pris
tu eusses pris
il/elle eût pris
nous eussions pris
vous eussiez pris
ils/elles eussent pris

PRENDRE

(pren-dr') , je prends, tu prends, il prend, nous prenons, vous prenez, ils prennent : je prenais ; je pris ; nous prîmes, vous prîtes, ils prirent ; je prendrai ; je prendrais ; prends, qu'il prenne, prenons ; que je prenne, que nous prenions ; que je prisse, qu'il prît ; prenant, pris v. a.

Résumé

Saisir, mettre en sa main.
Saisir une chose non avec la main, mais avec quelque instrument ou de toute autre manière.
Il se dit des animaux qui saisissent avec leur gueule, leurs pattes, etc.
Mettre sur soi, en parlant de vêtements.
Emporter avec soi certaines choses par besoin ou par précaution.
Emporter en cachette ou de force, ôter à quelqu'un ce qu'il a.
Se saisir, s'emparer d'une personne.
Se dit de levées d'hommes qui se font.
Prendre, se dit de Dieu qui fait disparaître un être humain par la mort.
10° Arrêter pour emprisonner.
11° En guerre, s'emparer, se rendre maître de.
12° Attraper à la chasse, à la pêche, dans un piége.
13° Surprendre.
14° Y prendre.
15° Manger, boire, avaler, user de.
16° Être atteint par communication, en parlant de maladies contagieuses.
17° Il se dit de certaines conditions corporelles.
18° Contracter, adopter, en parlant de certaines qualités ou manières.
19° Prendre quelque chose, un nom, un titre, se le donner, se l'appliquer.
20° Exiger un certain prix pour une chose.
21° Accepter, recevoir.
22° Être partie prenante.
23° Au jeu, prendre des cartes.
24° Recevoir en partage.
25° Tirer de, emprunter.
26° Prendre, en termes de peinture.
27° Engager quelqu'un sous certaines conditions.
28° Aller joindre quelqu'un en quelque endroit, pour de là se rendre ailleurs avec lui.
29° Recueillir quelqu'un, lui donner l'hospitalité.
30° Prendre quelqu'un, le séparer du reste de la compagnie et s'adresser à lui.
31° Retrancher une partie d'un tout, ôter, tirer.
32° Se charger de.
33° S'établir dans. Entrer en jouissance d'une chose, à certaines conditions.
34° Choisir, préférer, se décider pour.
35° Trier, faire un choix.
36° S'engager dans une route, dans une voie de communication.
37° Il se dit de la façon dont on taille une étoffe, dont on découpe des viandes.
38° Comprendre, entendre, interpréter, considérer d'une certaine manière.
39° Prendre quelqu'un, le considérer, en faire l'objet d'une étude.
40° Soutenir, adopter.
41° Il se dit des sentiments que l'on éprouve.
42° Obtenir, se procurer.
43° Avec un nom de temps, remettre à une autre époque, à un autre moment.
44° Prendre les choses de haut, de loin.
45° Il se dit de quelques opérations scientifiques.
46° Prendre sa revanche, sa bisque.
47° Prendre, en termes de chasse.
48° Prendre, en termes de marine.
49° Prendre à.
50° Prendre dans.
51° Prendre quelqu'un en.
52° Prendre pour.
53° Avec un nom de chose pour sujet, entourer, envelopper. Fig. Faire impression.
54° Prendre se construit avec plusieurs substantifs sans article, et fait locution.
55° V. n. S'enraciner.
56° Réussir, avoir du succès.
57° S'attacher à, avec un nom de personne pour sujet.
58° Faire son effet, s'attacher à, avec un nom de chose pour sujet.
59° Faire une impression trop forte.
60° Il se dit de ce qui s'allume ou fait explosion.
61° S'épaissir, se cailler, se glacer.
62° Commencer en un point et s'étendre de là.
63° Il se dit des maladies qui font invasion.
64° Impersonnellement, avoir de bonnes ou mauvaises suites
65° V. réfl. Se prendre, être saisi avec la main.
66° S'attacher, s'accrocher.
67° Être saisi dans un piége, dans un filet.
68° Être captivé.
69° S'unir ensemble.
70° Se prendre à, attaquer.
71° Se prendre à, employer de l'adresse, de l'habileté.
72° Suivi de à et d'un infinitif, commencer, se mettre à.
73° Être contracté, en parlant de maladies.
74° S'allumer.
75° Se figer.
76° Se prendre pour, prendre sa propre personne pour quelque autre.
77° Être compris, entendu, interprété.
78° Être employé, en parlant de mots et de locutions.
79° À tout prendre.
80° Au fait et au prendre.
Saisir, mettre en sa main.
Prends ta foudre, Louis, et va.... [MALH., II, 12]
Il vit son éléphant couché sur l'autre rive ; Il le prend, il l'emporte, au haut du mont arrive [LA FONT., Fabl. x, 14]
Célimène : Puis-je empêcher les gens de me trouver aimable ?... Dois-je prendre un bâton pour les mettre dehors ? - Alceste : Non, ce n'est pas, madame, un bâton qu'il faut prendre, Mais un cœur à leurs vœux moins facile et moins tendre [MOL., Mis. II, 1]
Je sais que, quand j'aurai dans l'esprit de prendre une chose plutôt qu'une autre, la situation de cette chose me fera diriger de son côté le mouvement de ma main [BOSSUET, Lib. arb. 2]
Elle vit avec étonnement que Dieu.... alla prendre comme par la main le roi son fils pour le conduire à son trône [ID., Reine d'Anglet.]
Il le prend par la main, le fait descendre avec lui [LA BRUY., XI]
On a inventé aux tables une grande cuiller pour la commodité du service : il la prend, la plonge dans le plat [ID., ib.]
Télémaque, qui était abattu et inconsolable, oublie sa douleur ; il prend ses armes, don précieux de la sage Minerve [FÉN., Tél. XVII]
Cent écus par jour sont bons à prendre, monsieur mon frère [DANCOURT, Déroute du pharaon, II, 3]
Il arriva qu'à l'oraison funèbre du maréchal de Guébriant, prononcée à Notre-Dame, les présidents des enquêtes prirent par le bras le vieux doyen Savare et l'arrachèrent de sa place [VOLT., Hist. parl. LIV]
Prendre les armes, s'armer, soit pour combattre, soit simplement pour rendre des honneurs.
Et, sans jeter d'alarmes, à tous mes Tyriens faites prendre les armes [RAC., Athal. II, 6]
Prendre quelqu'un aux cheveux, le saisir par les cheveux. Fig. Prendre l'occasion aux cheveux, saisir l'occasion, en profiter. On ne sait par où le prendre pour ne pas le faire crier, se dit d'un malade dont le corps est si douloureux qu'on ne peut le remuer sans lui causer de vives souffrances. Fig. On ne sait par où le prendre, se dit d'un homme très susceptible ou insensible à tout. Au jeu de paume, prendre la balle de volée, à la volée, au bond, la jouer de volée, la jouer au bond. Fig. Prendre la balle au bond, saisir vivement et à propos une occasion. Fig. Prendre le tison par où il brûle, prendre une affaire par le côté le plus difficile. Fig. Prendre la mouche, prendre la chèvre, se fâcher tout à coup et pour un sujet qui n'en vaut pas la peine.
On vient civilement pour s'éclaircir d'un doute, Et monsieur prend la chèvre, il met tout en déroute.... [REGNARD, le Joueur, III, 13]
Prendre la clef, mettre en sa poche la clef qui ouvre un appartement. Il a pris la clef, je ne puis rentrer. Fig. Prendre la clef des champs, s'évader, s'échapper. Prendre une chose à pleine main, en prendre à poignée autant que la main peut en tenir. Fig. Prendre une affaire en main, la diriger.
Tous les magistrats sont intéressés à prendre cette affaire en main [MOL., l'Avare, V, 1]
Si vous ne prenez pas cette affaire [faire jouer une tragédie de Voltaire] avec vivacité, avec emportement, avec rage, je suis perdu [VOLT., Lett. d'Argental, 25 oct. 1777]
Prendre en main les intérêts, le droit de quelqu'un, soutenir ses intérêts, ses droits.
Mais souvent sur ses vers un auteur intraitable à les protéger tous se croit intéressé, Et d'abord prend en main le droit de l'offensé [BOILEAU, Art p. I]
Dans le style soutenu, prendre en main le timon des affaires, les rênes de l'État, etc. gouverner les affaires publiques.
Saisir une chose non avec la main, mais avec quelque instrument ou de toute autre manière. Prendre du feu sur une pelle. Prendre la lune avec les dents, voy. LUNE. Il est à prendre, ou il n'est pas à prendre avec des pincettes, se dit de quelqu'un, de quelque chose extrêmement sale.
Il se dit des animaux qui saisissent avec leur gueule, leurs pattes, leurs griffes, etc. Le perroquet prend avec sa patte ce qu'on lui donne. Prendre le mors aux dents, voy. MORS.
En parlant de vêtements, mettre sur soi. Vous avez pris aujourd'hui un habit bien léger. Prendre le deuil, s'habiller de noir à l'occasion de la mort d'une personne.
J'ai su sa mort à Rome, ou j'en ai pris le deuil [CORN., Suite du Ment. I, 1]
Elle dit que tout est son parent en France ; dès qu'il meurt quelque grand, elle prend le deuil [SÉV., 216]
Il était mon cousin ; la cour prendra le deuil [C. DELAV., Louis XI, III, 13]
Prendre l'habit de religieux, ou, simplement, prendre l'habit, entrer en religion. Prendre le voile, se faire religieuse. Familièrement. Prendre le froc, se faire moine. Prendre le petit collet, entrer dans l'ordre ecclésiastique. Prendre la cuirasse, embrasser la profession des armes. Prendre le bonnet, se faire recevoir docteur. Prendre la haire, embrasser une vie pénitente.
Il prit, laissa, reprit la cuirasse et la haire [VOLT., Henr. IV]
Prendre la livrée, se faire laquais. Prendre la perruque, ou prendre perruque, commencer à porter perruque.
Emporter avec soi certaines choses par besoin ou par précaution. Prendre un parapluie, une lanterne. Prendre sa canne. son mouchoir, sa tabatière.
Emporter en cachette ou de force, ôter à quelqu'un ce qu'il a. On lui a pris une vache dans son pré.
Prenez tout, s'il se peut ; ne soyez jamais prise [RÉGNIER, Sat. XII]
On a traité mon maître avec moins de rigueur, On n'a pris que sa bourse, et tu prends jusqu'au cœur [CORN., Suite du Ment. I, 2]
Il m'a pris le ruban que vous m'aviez donné [MOL., Éc. des femm. II, 6]
Harpagon : Allons, rends-le-moi sans te fouiller. - La Flèche : Quoi ? - Harpagon : Ce que tu m'as pris. - La Flèche : Je ne vous ai rien pris du tout [MOL., l'Avare, I, 3]
Je veux que tu me dises des nouvelles de l'argent qu'on m'a pris. - On vous a pris de l'argent ? [ID., ib. V, 2]
Absolument.
Figaro : J'étais né pour être courtisan. - Suzanne : On dit que c'est un métier si difficile. - Figaro : Recevoir, prendre et demander, voilà le secret en trois mots [BEAUMARCH., Mar. de Fig. II, 3]
Absolument et en un sens particulier. Faire des profits illicites.
Il [le chancelier Séguier] était aussi riche en entrant à la cour, qu'il l'était en mourant ; il est vrai qu'il a établi sa famille ; mais, si l'on prenait chez lui, ce n'était pas lui [SÉV., 3 févr. 1672]
Prendre un baiser, se dit d'un baiser ravi à une femme sans qu'elle le veuille.
Cet objet.... Me fit prendre un baiser sur votre belle bouche ; Mais las ! ce fut plutôt le baiser qui me prit [VOIT., Poés. Œuv. t. II, p. 90]
Prendre la maîtresse de quelqu'un, le supplanter près de sa maîtresse.
Ah ! s'il vous a pris votre maîtresse, repartit Freind, c'est une autre chose ; il ne faut jamais prendre le bien d'autrui [VOLT., Jenni, 2]
Poétiquement, prendre les jours, la vie, disposer de la vie de quelqu'un, le faire mourir.
Avec ma liberté, que vous m'avez ravie, Si vous le souhaitez, prenez encor ma vie [RAC., Brit. IV, 2]
Il me devait tes jours ; je rougis de les prendre En frappant un captif qui ne peut se défendre [C. DELAV., Fille du Cid, III, 6]
Fig. Il en prendrait sur l'autel, sur le maître autel, c'est-à-dire il prend hardiment tout ce qu'il peut et partout où il peut. Prendre se dit aussi des animaux. Le chat a pris le fromage. Le renard m'a pris trois poules.
Se saisir, s'emparer d'une personne. Il voulait résister, on l'a pris de force.
Nous n'avons pu prendre le jeune homme, parce qu'il était plus fort que nous, et qu'ayant ouvert la porte il s'est sauvé [SACI, Bible, Daniel, XIII, 39]
Prendre au corps, arrêter prisonnier. Prendre de force ou par force une femme, attenter à son honneur. Il se dit aussi des choses que l'on saisit, dont on s'empare. Il a pris le sabre de son ennemi.
De mon trône en son âme elle prend la moitié [CORN., Pomp. I, 2]
Prendre son bien où on le trouve, mettre ia main sur ce qui est à soi, en quelque endroit qu'on le rencontre.
La même réponse que faisait Molière à ceux qui lui reprochaient d'avoir pris une scène entière à Cyrano de Bergerac : cette scène m'appartient, puisqu'elle est bonne, et je prends mon bien où je le trouve [D'ALEMB., Éloges, Despréaux.]
Prendre se dit de levées d'hommes qui se font. L'empereur Napoléon prenait tous les jeunes gens de chaque conscription.
Il prendra vos enfants pour conduire ses chariots, il s'en fera des gens de cheval, et il les fera courir devant son char [SACI, Bible, Rois, I, VIII, 11]
Prendre se dit de Dieu qui fait disparaître un être humain par la mort.
Quoi ! c'est mon fils ! - Le vôtre : Dieu vous en a pris un, il vous en rend un autre [C. DELAV., Fille du Cid, I, 9]
10° Arrêter pour emprisonner.
Aussitôt le roi ordonna en secret à Hégésippe de prendre Protésilas et Timocrate, de les conduire en sûreté dans l'île de Samos, et de les y laisser [FÉN., Tél. XI]
J'ouvre la bouche et dis : je voudrais, s'il vous plaisait, ne pas payer Chambord ; sur ce mot on me prend, on me met en prison [P. L. COUR., Rép. aux anonym.]
Il a été pris comme dans un blé, il a été attrapé de manière à ne pouvoir se sauver.
11° En guerre, s'emparer, se rendre maître de.
Vauban dit que le canon prendra cette place [PELLISSON, Lett. hist. t. III, p. 8]
On avait conté auparavant qu'un courtisan avait dit au roi : " Sire, vous prenez des loups comme Monseigneur, et il prend des villes comme vous, " [SÉV., 474]
Philisbourg est pris, ma chère enfant, votre fils se por e bien [ID., 475]
Je m'en vais après dîner à Brévanes.... Mme de Coulanges m'y souhaite, il y a six semaines : mais j'avais Philisbourg à prendre [ID., 479]
Ce duc [le duc de Lunebourg] avait chargé le maréchal de Créquy en flanc, pris son canon et son bagage [ID., 205]
La prise du vaisseau de guerre ostendois a satisfait Sa Majesté, et vous devez observer que ce n'est pas faire beaucoup que de prendre un vaisseau et laisser aller ensuite le capitaine et l'équipage... [, Seignelay à Panetié, 7 févr. 1678, dans JAL]
Cet étranger [un Allemand au service de Russie], exalté du désir de reprendre Moscou et de se naturaliser en Russie par cet exploit signalé, s'emporta loin des siens.... il se précipite vers le Kremlin, rencontre des avant-postes, les méprise, tombe dans une embuscade, et, se voyant pris dans une ville qu'il voulait prendre.... [SÉGUR, Hist. de Nap. IX, 6]
Faire prisonnier.
Josèphe leur concitoyen [des Juifs], un de leurs capitaines, un de leurs prêtres, qui avait été pris dans cette guerre en défendant son pays [BOSSUET, Hist. II, 8]
S'ils [les Grecs] l'eussent prise [Artémise], elle n'aurait mérité que d'être comblée de louanges et d'honneurs [ROLLIN, Hist. anc. Œuvr. t. III, p. 239, dans POUGENS]
12° Attraper à la chasse, à la pêche, dans un piége, etc.
Tel est pris qui croyait prendre [LA FONT., Fabl. VIII, 9]
Un manant au miroir prenait des oisillons [ID., ib. VI, 15]
Là, cormoran, le bon apôtre.... Vous les prenait sans peine [les poissons], un jour l'un, un jour l'autre [ID., ib. X, 4]
Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris [ID., ib. I, 18]
Les poissons se moquent de moi comme les hommes ; je ne prends rien, je meurs de faim [VOLT., Zadig, 17]
On prend la pie dans les mêmes piéges et de la même manière que la corneilie [BUFF., Ois. t. V, p. 121]
Fig. Se laisser prendre au piége, à l'hameçon, se laisser tromper.
Je me suis laissé prendre à l'appât des grandeurs [P. LEBRUN, Marie Stuart, II, 2]
Dans un sens analogue. Ne vous laissez pas prendre à ses paroles, à sa feinte douceur.
Qui, chaleur, force, enthousiasme, voilà ses expressions, et vous vous laissez prendre à ce galimatias [GENLIS, Théât. d'éduc. les Faux amis, I, 4]
Fig. Cette femme l'a pris dans ses filets, cette femme l'a séduit. Fig. Prendre quelqu'un au trébuchet, obtenir par artifice quelque chose de quelqu'un. Fig. Prendre un rat, voy. RAT. Prendre se dit aussi des animaux qui chassent ou pêchent. Le chat a pris une souris. La mouette a pris un poisson. Fig. S'emparer de l'esprit, du cœur.
Alléguant maint exemple en ce siècle où nous sommes, Qu'il n'est rien si facile à prendre que les hommes [RÉGNIER, Sat. III]
Que la vengeance est douce à l'esprit d'une femme ! Je l'attaquai par là, par là je pris son âme [CORN., Cinna, V, 2]
Pour une qu'amour prend par l'âme, Il en prend mille par les yeux [LA FONT., Nicaise.]
Tout ce qu'elle m'a dit m'a semblé si spirituel, que, si elle avait manqué de me prendre par les yeux, elle m'aurait pris par les oreilles [BOURSAULT, Lett. nouv. t. III, p. 39, dans POUGENS]
Comme la raison n'est pas toujours écoutée, lorsque nos inclinations y résistent, parce que notre inclination est elle-même souvent la plus pressante raison qui nous émeuve, Dieu saura nous prendre encore de ce côté-là.... [BOSSUET, Lib. arb. VII]
Il me prenait par mon propre intérêt [FÉN., Tél. XII]
Les jeunes gens veulent être pris par les sens [DIDER., Pens. philos. n° 26]
Cette manière de prendre toujours les enfants, comme on dit, par la sensibilité, ne vaut rien lorsqu'on en abuse [GENLIS, Ad. et Théod. t. I, p. 208, dans POUGENS]
Prendre quelqu'un par son faible, flatter, toucher son inclination favorite. Savoir prendre quelqu'un, connaître les mobiles par lesquels on peut agir sur lui.
Et quand on sait le prendre, on en fait ce qu'on veut [J. B. ROUSS., Flatt. I, 1]
Prendre quelqu'un par ses propres paroles, le convaincre par ce qu'il a dit lui-même, se faire contre lui un droit de ses propres paroles.
M. Basnage fait semblant de me vouloir prendre par mes propres paroles [BOSSUET, Déf. Var. 1er disc. 42]
13° Surprendre. Je l'ai pris à voler des fruits. On m'a pris au dépourvu.
Je te prends sur le livre. - Hé bien, qu'en veux-tu dire ? Tant d'excellents esprits qui se mêlent d'écrire, Valent bien qu'on leur donne une heure de loisir [CORN., Gal. du Pal. I, 7]
En un sens analogue.
Dieu connaît de toute éternité tout ce que la créature fera librement, en quelque temps qu'il la puisse prendre, et en quelques circonstances qu'il la puisse mettre [BOSSUET, Lib. arb. VI]
Prendre quelqu'un sur le fait, le prendre au moment même où il fait quelque chose qu'il voulait cacher. Fig.
En vain la nature s'était cachée dans des lieux si profonds et si inaccessibles pour travailler à la végétation des pierres, elle fut, pour ainsi dire, prise sur le fait par des curieux si hardis [FONT., Tournefort.]
Ah, disait-il [le nain de Saturne], j'ai pris la nature sur le fait ; mais il se trompait sur les apparences.... [VOLT., Microm. 8]
On dit dans le même sens : prendre quelqu'un en flagrant délit (voy. FLAGRANT). Prendre quelqu'un la main dans la poche, la main dans le sac, le surprendre au moment où il commet un vol ou quelque détournement. Prendre en faute, surprendre pendant qu'une faute se commet.
Ma situation était pire encore par l'animosité de mes ennemis, qui ne cherchaient qu'à me prendre en faute [J. J. ROUSS., Conf. XI]
Prendre quelqu'un sans vert, voy. VERT. Prendre quelqu'un au pied levé, voy. LEVÉ, n° 1. Prendre quelqu'un au saut du lit, l'aller trouver dès le matin afin de ne pas le manquer. Prendre quelqu'un au mot, se hâter d'accepter une offre. Prendre quelqu'un à son avantage, le saisir, le surprendre quand on a l'avantage sur lui.
J'ai fait une réponse à M. de Carcassonne.... je l'ai pris à mon avantage, et, comme je le tiens à cent cinquante lieues de moi, je lui dis tout ce que je pense [SÉV., 510]
Prendre le défaut d'un joueur, à la paume, pousser la balle de manière que celui qui est obligé de la renvoyer ne puisse aisément aller au-devant. Terme d'escrime. Prendre sur le temps, porter une botte à son adversaire dans l'instant où il s'occupe de quelque mouvement.
Y prendre, prendre à cela, c'est-à-dire prendre quelqu'un dans une occupation, dans une circonstance, dans un état d'esprit indiqués par le contexte du discours Le corbeau, honteux et confus, Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus [LA FONT., Fabl. 1, 2]
Ah ! je vous y prends enfin, perfide ! me voilà sûre de votre inconstance.... [VOLT., Écoss. IV, 4]
Vous lisez donc des chansonnettes ? Ah ! je vous y prends, monseigneur [BÉRANG., Cardin.]
15° Manger, boire, avaler Je n'ai encore rien pris de la journée.
Mon avis est qu'on la remette sur son lit, et qu'on lui fasse prendre quantité de pain trempé dans du vin [MOL., Méd. malgré lui, II, 6]
J'ai pris une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit médecines [ID., Mal. imag. I, 1]
J'ai voulu me raccommoder avec le chocolat, j'en pris avant-hier pour digérer mon dîner, afin de bien souper ; et j'en ai pris hier pour me nourrir, et pour jeûner jusqu'au soir [SÉV., 94]
Il était incommodé d'un dévoiement au commencement de son service ; il prit du lait sans préparation pour le faire cesser [ID., 128]
J'ai pris, j'ai fait couler dans mes brûlantes veines Un poison que Médée apporta dans Athènes [RAC., Phèdre, V, 7]
Voudriez-vous prendre quelque chose ? se dit à une personne que l'on invite à manger un morceau.
Peut-être le matin prenez-vous quelque chose : Un bouillon ? du café ? que vous plaît-il des deux ? [BOURSAULT, Fables d'Ésope, I, 2]
On dit : prendre du café, du thé, du chocolat, plutôt que boire. Trop prendre de son vin, ou, absolument, en trop prendre, s'enivrer.
Il faut.... Ou que mon maître ait pris le soir pour le matin, Ou que trop tard au lit le blond Phébus sommeille, Pour avoir trop pris de son vin [MOL., Amph. I, 2]
C'est lui qui en a trop pris ; pour moi, j'en ai pris aussi ; ils sont si longtemps à table que par contenance on boit, et puis on boit encore, et on se trouve avec une gaieté extraordinaire [SÉV., 29 août 1677]
Fig.
Son cœur n'est pas usé pour moi, il n'est seulement qu'un peu rassasié du plaisir de m'aimer, pour en avoir trop pris d'abord [MARIVAUX, Marianne, part. 8]
Faire usage d'une chose pour sa santé, pour son agrément, etc. Prendre un bain.
Comment ! que voulez-vous faire ? - Prendre ce petit lavement-là ; ce sera bientôt fait [MOL., Mal. imag. III, 4]
De quoi vous mêlez-vous.... d'empêcher monsieur de prendre mon clystère ? [ID., ib.]
On a fait refus de prendre le remède que j'avais prescrit [ID., ib. III, 6]
Je prendrai la douche dans quelques jours [SÉV., 277]
J'ai donc pris des eaux ce matin, ma très chère ; ha ! qu'elles sont méchantes ! [ID., 277]
Prendre du tabac, mettre de la poudre de tabac dans son nez.
Il n'est rien d'égal au tabac.... ne voyez-vous pas bien, dès qu'on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde ? [MOL., Festin, I, 1]
Prendre la poudre d'escampette, voy. ESCAMPETTE. Prendre l'air, sortir d'un lieu où l'on était renfermé pour aller dans un endroit découvert, aéré.
Allons prendre un peu d'air dans la cour des prisons [CORN., Suite du Ment. II, 7]
Je me promène, il est vrai ; mais il faut qu'on défende le beau temps, si l'on veut que je ne prenne pas l'air [SÉV., 369]
Prendre l'air, sortir de la ville pour aller passer quelque temps à la campagne. Familièrement. Prendre l'air, s'évader, se retirer d'une situation où l'on court quelque péril. On voulut l'arrêter ; mais il avait pris l'air. Prendre le frais, respirer la fraîcheur.
Quel grand mal est-ce qu'il y a à prendre le frais la nuit ? [MOL., G. Dand. III, 8]
Candide et Martin, en retournant à la petite métairie, rencontrèrent un bon vieillard qui prenait le frais à sa porte sous un berceau d'orangers [VOLT., Candide, 30]
En un sens analogue.
Quand j'ai pris toute la beauté du soleil en marchant toujours, je rentre dans ma chambre [SÉV., 26 nov. 1684]
Prendre du repos, prendre du relâche, interrompre le travail, l'action, par du repos, par du relâche.
Prends du repos, ma fille, et calme tes douleurs [CORN., Cid, II, 9]
Dans les maisons religieuses, prendre la discipline, se donner la discipline. Ces religieuses prenaient la discipline deux fois la semaine.
16° Être atteint par communication, en parlant de maladies contagieuses. Il a pris le typhus dans l'hôpital.
Je suis effrayée de ces fièvres que je crains que vous ne preniez à Versailles ; on mande ici que tout en est plein [SÉV., 22 sept. 1687]
Fig. Prendre un mal, une passion, contracter un mal moral, une passion, etc.
Vous avez pris ce mal-là de moi [SÉV., 18 oct. 1688]
Son maître.... Prit insensiblement dans les yeux de sa nièce L'amour où je voulais amener sa tendresse [RAC., Brit. IV, 2]
Elle ne pensait jamais à donner de l'amour, mais elle était sujette à en prendre [MARIVAUX, Pays parv. 4e part.]
Le roi prit de l'amour pour Mme de Montespan dans le temps qu'il vivait avec Mlle de la Vallière en maîtresse déclarée [Mme DE CAYLUS, Souvenirs.]
17° Il se dit de certaines conditions corporelles. Prendre de l'embonpoint, du corps, devenir plus gras, plus gros.
Le tarier prend beaucoup de graisse dès la fin de l'été, et alors il ne le cède point à l'ortolan pour la délicatesse [BUFF., Ois. t. IX, p 327]
Un coq est capable d'engendrer à l'âge de trois mois, et il n'a pas alors pris plus du tiers de son accroissement [ID., Hist. anim. t. III, p. 457]
Prendre du ventre, devenir ventru. Prendre des forces, se fortifier. Fig.
J'ai pris dans l'horreur même où je suis parvenue Une force nouvelle à mon cœur inconnue [VOLT., Orphel. V, 1]
Prendre de l'âge, avancer en âge. Ce cheval prend quatre ans, cinq ans, il entre dans sa quatrième, dans sa cinquième année. Prendre les dents, se dit du cheval, lorsque les secondes dents lui poussent. Prendre une posture, une attitude, placer son corps d'une certaine manière. Il se dit de certains mouvements du corps. Prendre son vol, commencer à s'envoler.
Déjà prenait l'essor, pour se sauver dans les montagnes, cet aigle dont le vol hardi avait d'abord effrayé nos provinces [FLÉCH., Tur.]
Prendre son élan. se donner une certaine impulsion en courant afin de s'élancer plus loin. Prendre la fuite, s'enfuir. Anciennement, prendre son escousse, s'élancer. Prendre le trot, le galop, se dit d'un cheval qui se met à trotter, à galoper. Prendre les aides des jambes, se dit d'un cheval qui commence à répondre à ces aides. Prendre chair, se dit d'un cheval qui commence à se rétablir après une longue maladie. Prendre les coins, entrer dans les angles du manége.
18° Contracter, adopter, en parlant de certaines qualités ou manières. Il prend de mauvaises habitudes. Il prit un ton sévère.
Conjuguez avec moi, pour bien prendre l'accent [REGNARD, le Distr. III, 3]
Il [Alexandre] prit les mœurs des Perses, pour ne pas désoler les Perses en leur faisant prendre les mœurs des Grecs [MONTESQ., Esp. X, 14]
Jeune, égaré, j'avais tous les caprices ; De mes amis j'avais pris tous les vices [VOLT., Enf. prod. IV, 3]
Elle prend des caprices, de l'humeur ; elle se forme enfin [GENLIS, Théât. d'éduc. le Méchant par air, I, 6]
Cet homme prend des airs, prend certains airs, il affecte un ton, des manières qui ne lui conviennent pas. Prendre le haut ton, parler avec fierté. En un même sens, le prendre sur le haut ton, ou, elliptiquement, le prendre haut.
Tu le prends d'un haut ton, et je crois qu'au besoin Ce discours emphatique irait encor bien loin [CORN., Mél. I, 1]
Le sage, disaient les stoïciens, est invulnérable et inaccessible à toute sorte de maux.... il est lui-même sa félicité ; c'est le prendre d'un ton bien haut pour des hommes faibles et mortels [BOSSUET, Sermons, 3e dim. après Pâq. Préambule.]
Au commencement de 1520, il [Luther] le prit d'un ton un peu plus haut [BOSSUET, Var. I, 23]
Enfin Rolando, fatigué d'une scène où il mettait inutilement beaucoup du sien, le prit sur un ton si haut, qu'il imposa silence à la compagnie [LESAGE, Gil Bl. I, 5]
On dit de même : Vous le prenez bien haut.
Mais, mon petit monsieur, prenez-le un peu moins haut. - Ma foi, mon grand monsieur, je le prends comme il faut [MOL., Mis. I, 2]
Le prendre sur un certain ton, affecter telle ou telle manière.
Luther le prenait d'un ton de prophète contre ceux qui s'opposaient à sa doctrine [BOSSUET, Var. I, 31]
.... Je ne veux pas le prendre Sur le ton fier et sérieux [TH. CORN., Circé, I, 2]
De quel ton le prenez-vous là, s'il vous plaît ? [DANCOURT, Chev. à la mode, II, 2]
Tout innocent que je suis, vous le prenez sur un ton qui ne laisse pas d'embarrasser mon innocence [LE SAGE, Crispin rival, 14]
Oui, sur ce ton Puisque vous le prenez, je la garde [COLLIN D'HARLEVILLE, Vieux célib. IV, 5]
Le prendre par là, le prendre sur ce ton.
Qui ! tu le prends par là ? [MOL., le Dép. IV, 4]
Elle [la princesse de Tarente] me demande toujours de vos nouvelles : si elle le prend par là, elle me fera fort bien sa cour [SÉV., 29 sept. 1675]
Le prendre ainsi, même sens.
Puisque vous le prenez ainsi, je ne puis vous le refuser [PASC., Prov. VII]
Le prendre d'un air, d'une façon, employer un air, une façon.
Elle eut beau le prendre d'un air riant avec lui, et lui dire même : Je vous attendais, il n'en reprit pas plus de sérénité [MARIVAUX, Pays. parv. 5e part.]
19° Prendre quelque chose, un nom, un titre, se le donner, se l'appliquer.
Ces titres glorieux plaisaient à mes amours ; Je les pris sans horreur pour conserver tes jours [CORN., Médée, III, 3]
Et l'ingrate en fuyant me laisse pour salaire Tous les noms odieux que j'ai pris pour lui plaire [RAC., Andr. V, 4]
Prendre un titre, une qualité, se donner un titre, une qualité, l'employer en parlant de soi. Prendre la liberté de faire une chose, prendre sur soi de la faire. Par politesse. J'ai pris la liberté de vous écrire. Prendre des libertés, agir trop librement, peu décemment avec quelqu'un. Il se dit particulièrement d'actions, de gestes trop libres auprès des femmes. On dit de même : prendre des licences, des privautés.
20° Exiger un certain prix pour une chose. Ce marchand prend trente francs de ce drap. à l'octroi, on prend tant par kilogramme d'huile. Les fiacres prennent tant par heure.
Allez, faites-moi vendre [procurez-moi du débit], Et pour l'amour de vous je n'en voudrai rien prendre [d'un objet qu'on vend] [CORN., Galer. du Pal. IV, 14]
On dit qu'il prenait une fois plus de ceux qui venaient à lui pour apprendre à jouer de la flûte après avoir eu un autre maître [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. XI, 1re part. p. 233, dans POUGENS.]
Il se dit quelquefois pour acheter. Je prendrai cela pour six francs, si vous voulez me le donner.
Si M. le duc de Praslin veut des montres, nous sommes à ses ordres ; M. le duc de Choiseul a la bonté de nous en prendre [VOLT., Lett. d'Argental, 4 juin 1770]
Absolument.
Il faut prendre ou laisser, et l'on ne choisit pas [REGNARD, Démocrite, I, 1]
C'est à prendre ou à laisser, vous avez le choix, mais il faut vous décider pour le oui ou le non. Substantivement. Avoir le prendre ou le laisser, avoir le choix.
Trouvant sur les arbres un refuge, il a partout le prendre et le laisser [J. J. ROUSS., Orig. I]
21° Accepter, recevoir. Prenez ce petit présent. J'ai pris ce qu'on m'a donné.
Oui, fort bien, hors l'argent qu'il ne fallait pas prendre [MOL., Éc. des femm. IV, 4]
Il y a des gens bavards dont je ne prends jamais les nouvelles [SÉV., 21 août 1675]
Fig. Dans ce qu'il dit, il faut en prendre et en laisser, ce qu'il dit ne mérite pas grande confiance. Absolument. Prendre à pleines mains, à toutes mains, de toutes mains, à deux mains, se dit des gens avides qui ne laissent échapper aucune occasion de s'enrichir.
L'autre prend à deux mains et demande toujours [BOISROBERT, Belle plaideuse, I, 4]
Par analogie.
Son hommage auprès d'elle a-t-il eu plein effet ? Comment l'a-t-elle pris ? et comment l'a-t-il fait ? [CORN., Othon, II, 1]
Prendre l'ordre de quelqu'un, recevoir l'ordre de celui qui doit le donner.
Voudront-ils recevoir un ordre souverain De qui l'a jusqu'ici toujours pris de leur main ? [CORN., Pulch. II, 2]
Par politesse, prendre les ordres de quelqu'un, lui demander ce qu'il a à commander. Prendre congé de quelqu'un, lui faire, avant de partir, les adieux qu'exige la politesse.
L'évêque de***.... dont, avant de prendre congé de lui, il a ramassé la pantoufle, comme l'un de ses gants [LA BRUY., XI]
Prendre des leçons, recevoir des leçons. Prendre les choses comme elles viennent, les recevoir avec indifférence sans se mettre en peine des suites qu'elle peuvent avoir. Prendre les hommes comme ils sont, s'en accommoder quel que soit leur caractère.
Je prends tout doucement les hommes comme ils sont [MOL., Mis. I, 1]
Il faut prendre les gens comme ils sont, à ce qu'on dit [VOLT., Lett. d'Argental, 4 janv. 1773]
Homère n'inventa rien sur les dieux ; il les prit comme ils étaient [ID., Philos. Déf. Bolingbr. 12]
Prendre le temps comme il vient, s'accommoder à tous les événements.
Si vous aviez appris à prendre le temps comme il vient.... [SÉV., 399]
Prendre légèrement quelque chose, le supporter, en user avec une sorte d'allégresse.
Jeune encore, Honfroy prenait légèrement la vie [CHATEAUBR., Natch. V]
Familièrement. Prenez que, supposez que.
Prenons donc pour très véritable que.... [PASC., Équil. des liqueurs, II]
Çà, je le veux, prenons que la chose est douteuse [BARON, Andrienne, III, 4]
Tenez, parlons en conscience ; prenez que je sois vous et que vous soyez moi [MARIVAUX, Pays. parv. part. 1]
Prenez qu'on m'a surpris et que je n'ai rien dit [GRESSET, le Méchant, III, 10]
Prends pour sûr que je leur tiendrai tête [C. DELAV., Fille du Cid, I, 1]
22° Être partie prenante.
Le rapport de l'argent donné se fait en moins prenant dans le numéraire de la succession, [, Code Nap. art 869]
23° Au jeu de l'écarté, prendre des cartes, changer une ou plusieurs des cartes de son jeu pour autant de cartes du talon. Jouer sans prendre, à l'hombre, nommer l'atout et jouer sans écarter. S. m. Se dit, à l'hombre, quand on fait jouer sans écarter. Demander le sans prendre. Au jeu de quadrille, jouer sans prendre, se dit de celui qui entreprend de jouer sans appeler une autre carte.
24° Recevoir en partage.
Je trouve plaisant que cette vertu ne soit donnée qu'aux mâles de notre maison, et que nous autres femmes nous ayons pris toute la timidité [SÉV., Lett. à Bussy, 15 oct. 1674]
25° Tirer de, emprunter. Il a pris cela dans Cicéron. Il a pris l'idée de cette tragédie dans un vieux roman.
Le Pompée, où j'ai beaucoup pris de Lucain, et ne crois pas être demeuré fort au-dessous de lui, quand il a fallu me passer de son secours [CORN., Médée, Examen.]
Molière ne prit-il pas deux scènes du Pédant joué de Cyrano de Bergerac, son compatriote et son contemporain ? [VOLT., l'Héraclius espagnol, Dissertation]
Familièrement.
Où avez-vous pris cela ? c'est-à-dire qui vous a dit cette nouvelle ? qui vous fait avoir cette pensée ? Peste ! où prend mon esprit toutes ces gentillesses ? [MOL., Amph. I, 1]
On demanda aigrement à la Chaise où il avait pris cela : il fit voir un manuscrit [SÉV., 560]
Où est-ce qu'il prend tout ce qu'il me dit ? [MARIVAUX, Double inconst. I, 12]
On dit de même : où avez-vous pris que je voulusse vendre ma maison ?
Où avez-vous pris qu'un enfant qui n'a point de dents et qui ne se soutient pas à dix-huit mois, ait échappé à tous les périls ? [SÉV., 14 juill. 1677]
On le dit avec l'indicatif, quand on a dans l'esprit quelque assertion positive.
Si on lui demande [à l'athée] d'où il a pris que cette exclusion de tous les autres êtres appartient à la nature de l'infini.... [DESC., Rép. aux secondes obj. 25]
Où avez-vous pris, mon cher duc, que je suis affligée des discours des courtisans, vous qui savez que nous vivons d'injures ? [MAINTENON, Lett. au D. de Noailles, t. V, p. 98, dans POUGENS]
26° Terme de peinture. Prendre le trait, calquer un tableau. Prendre au voile, calquer au moyen d'un voile de soie noire.
27° Engager quelqu'un sous certaines conditions, ou s'engager avec lui sous certaines conditions. Prendre un domestique, une cuisinière. Prendre un maître de danse. Prendre un associé.
J'ai encore ouï dire, madame, qu'il a pris aujourd'hui, pour renfort de potage, un maître de philosophie [MOL., Bourg. gent. III, 3]
Elle prendra une douzaine d'ouvrières avec elle, s'il le faut, et nous vous aurons l'obligation d'une nouvelle manufacture [VOLT., Lett. à Mme de St-Julien, 31 juill. 1772]
Prendre femme, se marier.
Quant à vous, suivez Mars, ou l'amour, ou le prince ; ...Prenez femme, abbaye, emploi, gouvernement, Les gens en parleront, n'en doutez nullement [LA FONT., Fabl. III, 1]
Cléonte et Lycidas ont pris femme tous deux [MOL., Femm. sav. II, 3]
Prendre une femme, choisir une femme et l'épouser.
Alexandre prit des femmes de la nation qu'il avait vaincue ; il voulut que ceux de sa cour en prissent aussi [MONTESQ., Esp. X, 14]
Prendre se dit aussi d'une femme qui prend un homme pour amant, ou pour mari, ou d'un homme qui prend une femme pour maîtresse.
Il n'avait pris la Castelmaine que quand son maître n'en voulait plus [HAMILT., Gramm. 11]
Voilà nos honnêtes femmes, poursuivit-il : quand elles nous prennent, c'est excès d'amour ; quand elles nous quittent, c'est effort de vertu [MARMONTEL, Contes mor. Alcib.]
À propos, savez-vous que la belle Mme de N*** a pris un amant ? [GENLIS, Ad. et Théod t. III, p. 15, dans POUGENS]
28° Aller joindre quelqu'un en quelque endroit, pour de là se rendre ailleurs avec lui.
Elle me vint prendre à mon hôtellerie [SÉV., 290]
Songez-y ; je vous laisse, et je viendrai vous prendre Pour vous mener au temple où ce fils doit m'attendre [RAC., Andr. III, 7]
Comment donc ! est-ce ainsi que l'on se fait attendre ? Moi-même il faut chez vous que je vienne vous prendre [BOISSY, Deh. tromp. III, 5]
Je sais où vous prendre, c'est-à-dire je sais où vous êtes, où je pourrai m'adresser si j'ai quelque affaire avec vous.
Je sais où vous êtes, et cette connaissance démêle un peu mon imagination, qui sait où vous prendre à point nommé [SÉV., 508]
Je ne sais plus où le prendre [M. Trouvé] ; il a quitté Saint-Jacques.... [ID., 11 mai 1683]
Je ne sais où vous prendre, monsieur ; vous ne m'avez point informé de votre demeure à Paris [VOLT., Lett. d'Argence, 26 févr. 1762]
Prendre quelqu'un, l'emmener avec soi.
Ramène-moi, barbare, aux lieux où tu m'as prise [TH. CORN., Ariane, III, 4]
Ha que vous avez bien fait, ma fille, de la prendre [Pauline qui avait été mise dans un couvent pendant un voyage à Paris] ! gardez-la, ne vous privez pas de ce plaisir [SÉV., 379]
Aux portes du palais prends le Juif Mardochée [RAC., Esth. II, 5]
Il se dit d'une troupe que l'on emmène avec soi.
Il prit son régiment des gardes, et courut à l'aile gauche [D'ABLANCOURT, Arrien, dans RICHELET]
29° Recueillir quelqu'un, lui donner l'hospitalité.
Il [M. Trouvé] a quitté Saint-Jacques par discrétion, ne voulant pas abuser de la bonté extrême du plus pauvre curé de Paris ; un autre [curé] l'a pris [SÉV., 11 mai 1683]
Savez-vous bien que j'ai chez moi un jésuite pour aumônier ?... il est vrai que je ne l'ai pris qu'après m'être bien assuré de sa foi [VOLT., Lett. d'Alembert, 28 sept. 1763]
Prendre quelqu'un, signifie aussi recevoir sa visite.
Je ferai ce que je pourrai, je ne promets pas, vous me prendrez si je viens [DIDER., Mém. t. IV, p. 224]
30° Prendre quelqu'un, le séparer du reste de la compagnie et s'adresser à lui. Prendre quelqu'un à part.
Quand le repas fut fini, la déesse prit Télémaque et lui parla ainsi [FÉN., Tél. I]
31° Retrancher une partie d'un tout, ôter, tirer. J'ai pris le quart de cette somme.
Bienfaisant et par conséquent juste, Montesquieu ne voulait rien prendre sur sa famille, ni des secours qu'il donnait aux malheureux, ni des dépenses considérables auxquelles ses longs voyages, la faiblesse de sa vue et l'impression de ses ouvrages l'avaient obligé [D'ALEMB., Éloges, Montesq.]
Familièrement. Il a pris sa bonne part de la fête, du plaisir, etc. il y a beaucoup participé. Absolument. Prendre sur sa nourriture, sur sa dépense, retrancher de sa nourriture, de sa dépense ordinaire, pour subvenir à autre chose. Prendre sur son sommeil pour travailler, pour étudier, diminuer les heures du sommeil, pour augmenter celles du travail, de l'étude. Fig. Prendre sur, retrancher à.
Voilà le vrai secret de faire Attale roi, Comme vous l'avez dit, sans rien prendre sur moi [CORN., Nicom. II, 3]
Je ferai vos compliments à Brancas.... prenez une page sur moi pour lui donner [SÉV., 10 août 1680]
Prendre un peu sur sa probité pour donner aux intérêts d'un maître [HAMILT., Gramm. 8]
Toutes ces entreprises commencées et qui ne prenaient rien sur les devoirs, marquent assez combien M. Dodart était laborieux [FONTEN., Dodart.]
Que prenons-nous sur nos passions, sur nos humeurs, sur nos goûts ....pour pouvoir prétendre au titre de ses disciples [de Jésus] ? [MASS., Carême, Mot. de conv.]
Le monde n'a-t-il rien pris sur tes mœurs ? [J. J. ROUSS., Ém. V]
Absolument.
Si .... vous êtes incommodée d'écrire, comme il y a bien de l'apparence, prenez sur moi comme sur celle qui vous aime le plus, sans faire tort à personne [SÉV., 5 nov. 1684]
Vous prenez sur votre repos, sur vos plaisirs, sur vos besoins mêmes, quand il s'agit de votre devoir [MASS., Petit carême, Drapeaux]
Cette philosophie de Newton a un peu pris sur notre commerce, mais rien sur mes sentiments [VOLT., Lett. en vers et en prose, 57]
Familièrement. Je n'y prends ni n'y mets, c'est-à-dire la chose m'est indifférente.
Voilà ce qu'il [Corbinelli] vous demande ; vous voyez bien que je n'y prends ni n'y mets [SÉV., 19 juill. 1677]
32° Se charger de. Prendre une somme en dépôt. Prendre une affaire à ses risques, périls et fortune, s'en charger à tout hasard, profit ou perte. Prendre une affaire à forfait, s'en charger pour un prix convenu, qu'il y ait perte ou gain. Prendre un ouvrage à la tâche, s'en charger à raison de tant pour telle ou telle mesure, telle ou telle quantité. Prendre une somme à intérêt, l'emprunter à condition d'en payer les intérêts. Prendre un intérêt dans une affaire, dans une entreprise, contribuer de ses fonds dans une entreprise, à la condition d'avoir part aux profits ou aux pertes. Prendre un engagement, contracter un engagement. Prendre un rôle, voy. RÔLE. Prendre quelqu'un sous sa protection, le protéger. Prendre sur soi, se charger de quelque obligation.
Et moi, comme héritant son sceptre et sa couronne, Je prends sur moi sa dette, et je vous la fais bonne [CORN., D. Sanche, I, 3]
C'est une dette dont vous pourriez lui demander compte ; mais cette dette, je la prends sur moi [BOURDAL., Serm. 21e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. IV, p. 308]
Prendre sur soi quelque chose, consentir qu'une chose nous soit imputée.
Il ne se contente pas de se charger de nos crimes, il en prend sur lui toute la honte [MASS., Carême, Passion.]
Prendre quelque chose sur soi, s'en porter responsable ou solidaire.
Je réponds de ma femme, et prends sur moi l'affaire [MOL., Femm. sav. II, 4]
De son bannissement prenez sur vous l'offense [RAC., Brit. II, 3]
Je prendrai sur moi la rupture ; vos père et mère ne sauront rien de l'aveu que vous m'aurez fait [MARMONTEL, Mém. VIII]
Ces dames s'y opposent, et je n'ose rien prendre sur moi [GENLIS, Vœux téméraires, t. II, p. 122, dans POUGENS]
Il n'importe, obéis, je prends sur moi le reste [C. DELAV., Vêpres sicil. III, 7]
On dit aussi : prendre quelque chose sur son compte. Prendre sur soi quelque chose, se décider à faire quelque chose.
Il faut donc que j'aie le courage de prendre ce voyage sur moi [SÉV., 520]
Vous prendrez sur vous de voir votre frère [MASS., Carême, Pardon.]
Jamais il [le régent] ne put prendre sur lui de rien refuser à ses amis, à ses ennemis, à ses maîtresses.... [RAYNAL, Hist. phil. IV, 18]
Prendre sur soi, signifie quelquefois regarder comme adressé à soi.
Il [le Seigneur] prend sur lui les plus légers mépris dont on déshonore ses serviteurs [MASS., Carême, Médis.]
Prendre tout sur soi, trop sur soi, se donner toute la peine, se donner beaucoup de peine, vouloir faire plus qu'on ne peut.
Je vous recommande, ma chère enfant, un peu de repos.... vous prenez tout sur votre courage, cela fait mal [SÉV., 26 nov. 1688]
Je prends trop sur moi, pour que le corps ou l'esprit n'y succombe pas [MAINTENON, Lett. à l'abbé Gobelin, 27 oct. 1675]
Elle prend tout sur elle, et ne songe qu'à faire du bien [FÉN., Dial. des morts anc. Dial. 17]
Absolument. Prendre sur soi, beaucoup sur soi, se contraindre.
Vous n'êtes plus en état, ma fille, de prendre sur vous ; tout y est pris, ce qui reste tient à votre vie [SÉV., 379]
Ils [M. et Mme de Chaulnes] savaient fort bien prendre sur eux-mêmes pour soutenir les grandes places où Dieu les a destinés [ID., 3 févr. 1695]
Vous avez appris à prendre sur vous-même, et à sacrifier tous les jours vos penchants à des intérêts plus forts [MASS., Carême, Samarit.]
33° S'établir dans.
Gagner les bords de la Düna, où il prendra ses quartiers d'hiver [SÉGUR, Hist. de Nap. IX, 6]
Entrer en jouissance d'une chose à certaines conditions. Prendre des terres à ferme. Prendre un logement, un appartement à loyer, ou, simplement, prendre un logement, un appartement, retenir par bail ou autrement un logement, un appartement.
Je vous conjure seulement de mander à d'Hacqueville ce que vous avez résolu pour cet hiver, afin que nous prenions l'hôtel de Carnavalet ou non [SÉV., 6 sept. 1677]
34° Choisir, préférer, se décider pour. Il faut prendre le plus beau papier pour cette impression.
....Tombant dans les mains de la nécessité, Ils ont pris le théâtre en cette extrémité [CORN., Illus. com. V, 5]
Dois-je dans la province établir mon séjour, Prendre emploi dans l'armée, ou bien charge à la cour ? [LA FONT., Fabl. III, 1]
Ainsi chacune prit son inclination [ID., ib. II, 20]
À quel parti me doit résoudre ma raison ? Ai-je l'éclat ou le secret à prendre ? [MOL., Amph. III, 3]
Elle [la Providence] a déterminé Mme de Lesdiguières à prendre une livrée magnifique et modeste ; c'est un fond isabelle, car elle a envoyé promener le rouge [SÉV., 11 mai 1683]
Prends-moi le bon parti : laisse-là tous les livres [BOILEAU, Sat. VIII]
Prendre le haut bout, choisir la place la plus honorable. Prendre un expédient, choisir un moyen, un expédient pour terminer une affaire.
Tu prends, pour me toucher, un mauvais artifice [CORN., Héracl. III, 2]
Prendre des mesures, prendre ses mesures, employer des moyens, des expédients pour faire réussir une chose. Prendre ses précautions, ses sûretés, prendre les moyens nécessaires pour éviter un danger, un dommage. Prendre une résolution, une détermination, un dessein, se résoudre à quelque chose. Prendre le parti de, prendre son parti de, voy. PARTI 3, n° 7. Prendre le parti de la robe, des armes, etc. voy. PARTI 3, n° 10. Prendre les ordres sacrés, entrer dans les ordres.
35° Trier, faire un choix.
Je ne prends que les vertus extraordinaires, et je choisis les fleurs que je jette sur son tombeau [FLÉCH., Duch. d'Aiguil.]
36° S'engager dans une route, dans une voie de communication, etc.
J'ai pris un escalier, elle venait par l'autre [TH. CORN., Baron d'Albikrac, III, 1]
Lève-toi, m'a-t-il dit, prends ton chemin vers Suse [RAC., Esth. I, 1]
Faut-il de si grands talents et une si bonne tête à un voyageur pour suivre d'abord le grand chemin, et, s'il est plein et embarrassé, prendre la terre, et aller à travers champs ? [LA BRUY., VI]
Avec cette armée, il [le czar Pierre] prit son chemin par la Moldavie et la Valachie, autrefois le pays des Daces [VOLT., Charles XII, 5]
Ils voient [à Moscou] d'autres flammes s'élever précisément dans la nouvelle direction que le vent venait de prendre sur le Kremlin [SÉGUR, Hist. de Nap. VIII, 6]
Prendre le plus long, le plus court, son plus long, son plus court, prendre le chemin le plus long ou le plus court.
On aime une personne qu'on va trouver, et on prend son plus court ; cela est naturel [MARIVAUX, Pays. parv. 3e part.]
Absolument. Prendre à droite, à gauche, entrer dans un chemin situé à main droite ou à main gauche.
Promote, un des lieutenants généraux de l'empereur, prit à gauche avec une partie de la cavalerie [FLÉCH., Hist. de Théodose, II, 4]
On dit de même : prendre à l'est, au nord, etc.
Pour avoir trop pris à l'ouest, la petite flotte manqua son terme [RAYNAL, Hist. phil. XVI, 3]
Prendre par, suivre une direction par un certain endroit.
Mets sur mon bras ton bras timide, Viens, nous prendrons par les tilleuls [V. HUGO, Odes, V, 24]
Prenez par ici, par là, allez par ce chemin-ci, par ce chemin-là. Prendre à travers champs, à travers les terres labourées, aller directement, sans suivre le chemin frayé. Fig et familièrement. Prendre à travers les choux, à travers choux, aller à son but tout droit, sans s'inquiéter d'aucune considération, et aussi procéder au hasard, sans méthode. Prendre la voie de la messagerie, de la diligence, la voie du coche, aller par la messagerie, par la diligence, par le coche. On dit de même : prendre la diligence, prendre la poste, prendre la messagerie, prendre le coche, prendre le chemin de fer, le premier train. On dit dans le même sens : prendre un fiacre, un bateau, un cheval. Fig. Prendre la bonne voie, la mauvaise voie, se porter au bien, au mal. Fig. Prendre la bonne voie, se servir de bons ou de mauvais moyens pour réussir en quelque chose. On dit dans le même sens : prendre les voies de la rigueur, de la douceur, etc. Fig. Prendre le chemin de se ruiner, de faire fortune, faire ce qu'il faut pour se ruiner, pour s'enrichir. Prendre les devants, le devant, partir avant quelqu'un, et fig. le prévenir, le devancer dans une affaire. Prendre le pas sur quelqu'un, passer devant lui pour le précéder ; prendre sa droite, se mettre à sa droite. Prendre la main, prendre le pas, c'est-à-dire prendre la droite. Les princes du sang prennent la main chez eux.
37° Il se dit de la façon dont on taille, emploie une étoffe. Le tailleur a mal pris cette étoffe. Prendre du drap à contre-poil. Prendre un habit, faire un habit sur un patron donné.
Je vous porte un habit complet à la valaisane, et j'espère qu'il vous ira bien ; il a été pris sur la plus jolie taille du pays [J. J. ROUSS., Hél. I, 23]
Je gagerais qu'elles ont été prises d'après le même modèle [DIDER., Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 300, dans POUGENS]
Il se dit, en un sens analogue, de viandes qu'on découpe. Vous coupez mal ce bouilli ; vous n'avez pas pris le sens de la viande. Fig. Prendre une affaire à contre-poil, la prendre en un sens contraire à celui qui serait convenable. Fig. Prendre bien, prendre mal une affaire, la conduire bien ou mal. Fig. Prendre une affaire du bon, du mauvais biais, la conduire bien, la conduire mal.
Et du biais qu'il faut vous prenez cette affaire [MOL., Sgan. 21]
Fig. Prendre une chose du bon, du mauvais côté, la considérer comme il convient, comme il ne convient pas, et aussi supposer une bonne, une mauvaise intention.
Elle prend toujours les choses du mauvais côté [REGNARD, Sérénade, 13]
Prendre une chose d'une certaine façon, la considérer, la traiter d'une certaine façon.
Entrez dans ce cabinet, pour nous écouter, et vous verrez comme je vais prendre la chose [HAUTEROCHE, le Coch. 17]
Aurais-je pris la chose ainsi qu'on m'a vu faire ? [MOL., Tart. IV, 5]
Vous prenez, croyez-moi, comme il faut cette affaire [REGNARD, le Joueur, V, 8]
38° Comprendre, interpréter, considérer d'une certaine manière.
Vous prenez tout d'un sens contraire à ma pensée [ROTR., Antig. II, 4]
Je vous crois l'âme trop raisonnable Pour ne pas prendre bien cet avis profitable [MOL., Mis. III, 5]
Je lui fis excuse d'avoir mal pris son sentiment [PASC., Prov. I]
Ils [les philosophes] ont été sous l'erreur qui a aveuglé tous les hommes dans le premier : ils ont tous pris la mort comme chose naturelle à l'homme [ID., Lettre du 17 oct. 1651]
On a pris cela, comme s'il avait voulu braver le roi ; jamais rien ne fut si innocent [SÉV., 134]
On demande comment il faut prendre cette parole de saint Antoine.... que la vraie raison ne se connaît pas elle-même [BOSSUET, Or. V, 12]
On prend tout à mal [ID., Pensées, 29]
Il faut vous accoutumer à bien prendre mes lettres [ID., Lett. Corn. 88]
Lorsque la suite du discours détermine le sens auquel on les prend [les termes] [MALEBR., Rech. vér. Éclairc. l. I, t. IV, p. 36, dans POUGENS.]
Vous avez fait comme tous les commentateurs ; vous n'avez pas pris le sens de l'auteur [VOLT., Lett. Thiriot, 4 juin 1756]
Ne lui fais pas de plaisanterie à deux sens, puisqu'il les prend à mal [MIRABEAU, Lett. orig. t. III, p. 545]
Oh ! vous savez bien prendre la chose [AL. DUVAL, Projet de mar. sc. 12]
Le bien prendre, se faire une juste idée de la chose.
Vraiment, dit Ariste, vous le prenez bien, et je ne doute presque pas que votre explication ne soit la meilleure [BOUHOURS, Entret. d'Ariste et d'Eug. VI]
À le bien prendre, en donnant une juste interprétation.
À le bien prendre au fond, elle n'est pas si bête [MOL., Femm. sav. IV, 3]
Dans l'état opulent où Dieu vous a placées, vous êtes, à le bien prendre, les servantes des pauvres [BOURDAL., Exhort. char. envers les pauv. t. I, p. 9]
Prendre quelque chose en bonne part, en mauvaise part, recevoir bien ou mal ce qu'on nous dit, ce qu'on nous fait. Prendre mal, se fâcher de.
Il pourrait se trouver des gens qui prendraient mal vos discours [PASC., Prov. VIII]
Le prendre mal, se fâcher mal à propos. Prendre pour soi, s'attribuer, se faire l'application de.
Le jeune Ménécée a pris ces mots pour lui [ROTR., Antig. I, 3]
Je vous supplie de ne prendre pour vous aucune des plaintes que je ferai, parce que je ne vous impute aucune des choses dont je me plains [FÉN., Lett. à Noailles, 8 juin 1697]
Prendre une chose à la lettre, au pied de la lettre, l'expliquer selon le sens littéral, dans la rigueur de l'expression.
S'il faut prendre au pied de la lettre et sans figure tout ce qu'il vient de raconter [BOSSUET, 6e avert. I, 8]
Comment, sans vous compromettre, Vous tourner un compliment ? De ne rien prendre à la lettre Nos juges ont fait serment [BÉRANG., Halte-là.]
Prendre les choses à la rigueur, les interpréter trop selon le sens propre. Le prendre à, s'en rapporter au sens de.
Si vous le voulez prendre aux usages du mot, L'alliance est plus grande entre pédant et sot [MOL., Femm. sav. IV, 3]
Prendre sérieusement une chose, l'entendre comme si elle avait été dite sérieusement.
Vous moquez-vous de le prendre sérieusement avec un homme comme cela ? ne voyez-vous pas qu'il est fou ? [MOL., Bourg. gent. III, 14]
Il a pris sérieusement et de travers tout mon badinage [SÉV., 17 janv. 1689]
Prendre sérieusement, prendre au sérieux, donner une attention sérieuse.
Ceux qui vivent dans les plaisirs.... ne prennent rien sérieusement [BOSSUET, Sermons, Am. des plaisirs, I]
Jupiter prend le fait très sérieusement [DANCOURT, Céphale et Procris, I, 7]
Au bout de cinquante ans, vous avez daigné enfin me prendre sérieusement [VOLT., Lett. Richelieu, 4 juin 1772]
La chose fut prise au sérieux [J. J. ROUSS., Conf. I]
Prendre en riant quelque chose, ne s'en point fâcher, n'en faire que rire.
39° Prendre quelqu'un, le considérer, en faire l'objet d'une étude.
Il [Bourdaloue, dans une oraison funèbre] a pris le prince [de Condé] dans ses points de vue avantageux [SÉV., 15 déc. 1683]
40° Soutenir, adopter.
Elle vous a banni, j'ai pris votre querelle [CORN., Sertor. IV, 2]
Loin d'être les premiers à prendre ma vengeance, Eux-mêmes font obstacle à mon ressentiment [MOL., Amph. III, 5]
Et vous devez, en raisonnable époux, être pour moi contre elle, et prendre mon courroux [ID., Femmes sav. II, 6]
C'est prendre les vrais intérêts du christianisme, que de soutenir que les démons n'ont point été les acteurs des oracles [FONTEN., Oracl. I, 5]
Prendre le parti de, parti pour, voy. PARTI 3, n° 5, et, absolument, prendre parti, voy. le n° 10. Terme de palais. Prendre le fait et cause de quelqu'un, ou prendre fait et cause pour quelqu'un, intervenir en cause pour lui. Fig. Dans le discours ordinaire, prendre fait et cause pour quelqu'un, prendre la défense de quelqu'un.
41° Il se dit des sentiments, des passions que l'on éprouve.
Par l'estime qu'on prend pour un autre mérite [CORN., Sophon. I, 2]
Prenez des sentiments plus justes et plus doux [ID., Tois. d'or, IV, 3]
Où prends-tu cette audace et ce nouvel orgueil ? [ID., Cid, III, 1]
Mon cœur en prend par force une maligne joie [ID., Poly. III, 5]
J'en pris pour l'avenir dès lors quelques alarmes [ID., Œdipe, I, 4]
Un ami, qui m'est joint d'une amitié fort tendre, Et qui sait l'intérêt qu'en vous j'ai lieu de prendre [MOL., Tart. V, 6]
J'y retournai le lendemain, toujours en badinant de cet amour que je disais vouloir prendre et qui, à ce que je crois, était tout pris [MARIV., Pays. parv. 4e partie.]
Je suis environné de chagrins, quoique je tâche de n'en point prendre [VOLT., Lett. d'Argental, 8 mai 1773]
Je pris du goût pour la littérature et quelque discernement des bons livres [J. J. ROUSS., Confess. III]
J'ai pris goût à la république, Depuis que j'ai vu tant de rois [BÉR., Républ.]
Prendre l'épouvante, avoir tout à coup une grande frayeur.
42° Obtenir, se procurer.
Vous savez quel empire il a pris sur mon âme [C. DELAV., Vêpres sicil. I, 4]
Prendre des renseignements, des informations, se renseigner, s'informer. On dit à peu près dans le même sens : prendre connaissance d'une chose. Prendre la vengeance, se venger de.
Pour m'ouvrir une voie à prendre la vengeance De son hypocrisie et de son insolence [MOL., Tart. III, 4]
Prendre ses avantages, profiter des occasions qui se présentent.
Il [Mazarin] croyait que, tous les gros joueurs ayant la réputation de tromper, il ne lui était pas défendu de faire comme les autres, ce qu'il appelait d'un ton plus doux prendre ses avantages [BRIENNE, Mémoires, ch. VIII]
Prendre avantage, même sens. Cet homme prend avantage de tout. Prendre de l'avantage, prendre son avantage pour monter à cheval, se dit de ceux qui, pour monter plus facilement à cheval, s'aident d'une pierre, d'un banc. Prendre le dessus, se dit d'une personne dont la santé, les affaires, etc. se rétablissent. Prendre la grande main, la haute main dans une affaire, y prendre la principale autorité. Prendre l'avis, consulter.
De Maxime et de toi j'ai pris les seuls avis [CORN., Cinna, V, 1]
Prendre les avis, les voix, les recueillir. Prendre des inscriptions en médecine, en droit, s'inscrire pour commencer ses études dans la médecine, dans le droit. Prendre ses degrés, ses grades, obtenir, dans une université, les titres de maître ès arts, de bachelier, de licencié, de docteur. On dit de même : prendre ses licences.
43° Avec un nom de temps, remettre à une autre époque, à un autre moment. Prendre du délai. Prendre du temps.
Prends un an, si tu veux, pour essuyer tes larmes [CORN., Cid, V, 7]
Prendre un moment, se réserver un moment.
Il faudrait être bien misérable pour ne vouloir pas prendre un moment en toute sa vie pour mettre un chapelet à son bras, ou un rosaire dans sa poche, et assurer par là son salut [PASC., Prov. IX]
Prendre jour, fixer un jour.
Mais hier, quand elle sut qu'on avait pris journée, Et qu'enfin la bataille allait être donnée.... [CORN., Hor. I, 1]
Prenez entre vous l'ordre et du temps et du feu [pour un duel], Je m'y rendrai sur l'heure et vais l'attendre ; adieu [ID., D. Sanche, I, 4]
Vous aviez pris jour pour un lien si doux [MOL., Tart. I, 6]
Prendre son temps, ne point se presser, faire une chose à loisir. Prendre le temps, l'occasion, le moment, saisir le temps, l'occasion, le moment favorable.
Prenons l'occasion, tandis qu'elle est propice [CORN., Cinna, I, 3]
Ils [les loups] vous prennent le temps que dans la bergerie Messieurs les bergers n'étaient pas [LA FONT., Fabl. III, 13]
Pour arriver ici mon père a pris le frais [le temps du frais] [MOL., École des femmes, V, 6]
J'ai pris ce moment-là pour demander au roi, qu'on ne fasse rien là-dessus que par vous [MAINTENON, Lett. au card. de Noailles, 29 août 1697]
Prendre son temps, choisir le moment favorable.
Sur l'ennemi commun [ils] sauront prendre leur temps [CORN., Héracl. V, 6]
Dans l'abord il [le moucheron] se met au large, Puis prend son temps, fond sur le cou Du lion qu'il rend presque fou [LA FONT., Fabl. II, 6]
Je ferais le voyage qu'il vous conseille ; je prendrais mon temps ; je mettrais ce remède au rang de mes affaires indispensables [SÉV., 11 oct. 1679]
Don Gabriel forma le dessein de m'enlever, et prit si bien son temps et ses mesures, qu'il l'exécuta sans peine un soir que je m'en retournais toute seule à la ferme [LESAGE, Estev. Gonz. 55]
Dans le sens contraire.
J'aime mieux qu'on me blâme d'avoir mal pris mon temps que d'avoir été indifférent dans un déplaisir qui vous a été si sensible [SCARR., Lett. Œuv. t. I, p. 217, dans POUGENS]
Que vous prenez mal votre temps, madame Jacob ! vous me voyez en compagnie... [LESAGE, Turc. V, 9]
Prendre le temps de quelqu'un, attendre le moment qui convient à quelqu'un dont on a besoin. En un sens différent, prendre le temps de quelqu'un, lui dérober une partie de son temps.
44° Prendre les choses de haut, les traiter avec une grande étendue d'esprit. Prendre la chose de plus haut, en parlant d'une narration, faire le récit des choses qui ont précédé celles que l'on raconte. On dit dans le même sens : prendre les choses de loin.
45° Il se dit de quelques opérations scientifiques. Terme d'astronomie. Prendre des distances d'astres, observer avec un instrument les distances angulaires de ces astres. Terme de marine. Prendre la hauteur du soleil, de la lune ou d'un autre astre, ou, absolument, prendre hauteur, mesurer avec un instrument la hauteur d'un astre au dessus de l'horizon pour en conclure la latitude.
Pendant douze jours je n'ai pas quitté le compas et la carte marine ; j'ai même pris hauteur, ce qui est très fort pour un ambassadeur ecclésiastique, [, Lettre du card. de Polignac, 1693, dans JAL]
En médecine clinique, prendre l'observation d'un malade, consigner jour par jour les phénomènes de la maladie. En général, prendre des observations, recueillir des notes sur certaines choses.
46° Au jeu, prendre sa revanche, jouer une seconde partie pour se racquitter de ce qu'on a perdu. Fig. Prendre sa revanche, regagner un avantage qu'on avait perdu, ou l'équivalent. Au jeu de paume, prendre sa bisque, compter le quinze qu'on a reçu de celui contre qui l'on joue, et qu'on est en droit de prendre quand on veut. Fig. et familièrement. Bien ou mal prendre sa bisque, faire usage à propos ou mal à propos d'un moyen qu'on a pour réussir dans une affaire, pour obtenir une grâce.
47° Terme de chasse. Prendre le change, se dit des chiens lorsqu'ils quittent la bête qui a été lancée pour en prendre une autre. Fig. Prendre le change sur un objet, sur une affaire, s'y tromper. Faire prendre le change à quelqu'un, le tromper, l'induire en erreur. Prendre les devants, faire un tour avec les chiens pour requêter et retrouver la voie d'un animal. On dit que le cerf prend son buisson, quand il choisit un endroit dans une forêt pour se retirer le jour et aller aisément la nuit dans les champs. Prendre le vent, se dit de l'action des chiens qui vont à la rencontre du gibier. Terme de fauconnerie. Prendre motte, se dit d'un oiseau qui se pose à terre au lieu de se percher.
48° Terme de marine. Prendre le bord du large, prendre au large, prendre le large, s'éloigner de terre pour gagner la haute mer.
Les galères sortirent à petit bruit de leurs postes, et prirent au large, [, Duquesne à Seignelay, 1680, dans JAL]
Fig. Prendre le large, s'enfuir. Prendre la haute mer, gagner la haute mer. Prendre le largue, passer de l'allure du plus près du vent à celle du largue, c'est-à-dire courant près du vent, élargir l'angle de sa route. Prendre la mer, s'embarquer. Prendre terre, prendre port, débarquer.
Il ne vient que vous perdre en venant prendre port [CORN., Pompée, I, 1]
Prendre les amures sur le bord, les fixer. Prendre vent devant, virer de bord. Prendre la mer de bout, mettre ou avoir le cap dans la direction de la lame, et la couper directement avec l'étrave en faisant route. Prendre une bitture, retirer de la cale et élonger sur le pont la longueur de câble nécessaire pour un fond où l'on va mouiller. Prendre un corps-mort, en faire parvenir les câbles à bord pour s'amarrer, au mouillage, sur ce corps-mort. Prendre chasse, fuir devant la poursuite d'un ennemi. Un bâtiment, une voile, prennent ou sont pris, lorsqu'en venant au vent le bâtiment est masqué ou la voile coiffée. Prendre des ris, voy. RIS. Prendre le plus près, voy. PRÈS. Prendre en chargement, prendre du monde, des troupes, des passagers, etc. les mettre, les recevoir à bord.
49° Prendre à, accepter comme.
Puisque Dieu le voulut, je pris le tout à gré [RÉGNIER, Sat. X]
Mon ami, prenez ce discours à bon présage [PASC., Prov. II]
Prendre une chose à cœur, s'en affecter.
Il me semble que vous prenez la chose fort à cœur [MOL., Préc. 1]
Prendre une chose à tâche, chercher tous les moyens de la faire. Prendre quelqu'un à témoin, invoquer son témoignage. Je les prends à témoin de l'insulte que vous me faites.
Je prends à témoin le prince votre père si ce n'est pas vous que j'ai demandée [MOL., Princ. d'Él. V, 2]
On dit de même : prendre Dieu à témoin. Prendre à partie, voy. PARTIE 1, n° 17.
50° Prendre dans, puiser à.
Il mêle avec l'orgueil qu'il a pris dans leur sang La fierté des Nérons qu'il puisa dans mon flanc [RAC., Brit. I, 1]
Cet amour du pouvoir que l'on prend dans les camps [M. J. CHÉN., Gracques, II, 3]
51° Prendre quelqu'un en, le surprendre, l'attaquer d'une certaine façon.
Va, tu l'as pris en traître ; un guerrier si vaillant N'eût jamais succombé sous un tel assaillant [CORN., Cid, V, 6]
Tu [Ulysse] as pris les amants [de Pénélope] en trahison, c'étaient des hommes amollis par les plaisirs [FÉN., Dial. des morts anc. Dial. V]
Attaquer. Prendre les ennemis en queue, en flanc, les attaquer par la queue, par le flanc.
L'empereur, avec le reste, côtoyant la colline à droite, s'approcha des ennemis pour les prendre en flanc [FLÉCH., Hist. de Théodose, II, 4]
Fig. Prendre quelqu'un en, ressentir un certain sentiment pour lui. Prendre quelqu'un en amitié, en haine. Prendre quelque chose en gré.
Cela me fait prendre le monde en horreur avec justice [VOLT., lett. roi de Prusse, 21 avril 1760]
Prendre quelqu'un ou quelque chose en guignon, en grippe, être prévenu contre quelqu'un, contre quelque chose. Prendre quelqu'un en pitié, avoir pour lui de la pitié ou du dédain. Quand le substantif n'est pas sans article, on met dans au lieu de en.
Aussi m'a-t-elle pris dans le plus parfait dédain [J. J. ROUSS., Hél. I, 34]
Prendre le mal d'autrui en pitié, en être touché. Prendre les choses en patience, les supporter patiemment. Prendre une chose en considération, la remarquer, en tenir compte.
52° Prendre pour, regarder comme, supposer.
Quand je prendrai l'un pour l'autre, vous me remettrez au droit chemin [BALZ., liv. VII, lett. 22]
Ils prennent pour affront la pitié qu'on a d'eux [CORN., Hor. III, 2]
Un jour le cuisinier, ayant trop bu d'un coup, Prit pour oison le cygne [LA FONT., Fabl. III, 12]
Car enfin, mes pères, pour qui voulez-vous qu'on vous prenne ? pour des enfants de l'Évangile, ou pour des ennemis de l'Évangile ? [PASC., Prov. XI]
Je n'aurais pas pris votre courage pour de la force comme on a fait [SÉV., 21]
Athènes, la plus polie et la plus savante de toutes les villes grecques, prenait pour athées ceux qui parlaient des choses intellectuelles, et c'est une des raisons qui avaient fait condamner Socrate [BOSSUET, Hist. II, 5]
Tircis, l'amour n'est point de votre connaissance, Vous prenez sa sœur pour lui [DESHOUL., Poés. t. I, p. 126]
C'est lui [le distrait] encore qui entre dans une église, et, prenant l'aveugle qui est collé à la porte pour un pilier et sa tasse pour le bénitier, y plonge sa main [LA BRUY., XI]
Rien n'est plus commun que de prendre sa tête pour son cœur [DIDER., Lett. à Mlle Voland, 8 sept. 1767]
Familièrement. Pour qui me prenez-vous ? se dit pour avertir quelqu'un qu'il se trompe du tout au tout sur ce que je suis.
Comment, madame, pour qui prenez-vous monsieur Jourdain ? [MOL., Bourg. gent. IV, 1]
Que va-t-il penser de moi ? pour qui me prendra-t-il ? mon Dieu ! que je suis malheureuse ! [MARIVAUX, Marianne, part. 3]
Prendre saint Pierre pour saint Paul, prendre l'un pour l'autre. Familièrement. Prendre quelqu'un pour un autre, en juger autrement qu'il ne faut. Allez chercher votre dupe ailleurs, vous m'avez pris pour un autre. Fig. Prendre martre pour renard, se méprendre. Prendre un homme pour une dupe, le regarder comme facile à tromper. Prendre un homme pour dupe, le tromper. Prendre pour bon, croire (presque toujours avec un sens ironique).
Voyez ce que c'est que de n'être pas jour et nuit en ce pays-ci [la cour] ! le coadjuteur.... prend pour bon ce que la reine vient de lui dire [RETZ, Mém. II]
Fig et familièrement. Il a pris ce qu'on lui a dit pour argent comptant, il a cru trop facilement ce qu'on lui a dit, il a trop compté sur ce qui n'était qu'apparence.
53° Prendre avec un nom de chose pour sujet. Entourer, envelopper.
Cette draperie est une seule et unique pièce d'étoffe qui s'en va prendre les bras, les jambes, le corps, les épaules, le dos, toute la figure [DIDER., Salon de 1765, Œuv. t. XIII, p. 332, dans POUGENS]
Fig. Faire impression, s'emparer de l'esprit.
Et l'ingrate beauté dont le charme m'a pris [ROTROU, Vencesl. IV, 2]
Laissons-nous aller de bonne foi aux choses qui nous prennent par les entrailles, et ne cherchons point de raisonnements pour nous empêcher d'avoir du plaisir [MOL., Critique, 7]
Toinette : La tendresse paternelle vous prendra. - Argan : Elle ne me prendra point [ID., Mal. imag. I, 5]
Ils [les sacrements] nous prennent l'esprit par la vue et par l'ouïe tout ensemble [BOSSUET, Euch. II, 6]
Il se dit des maladies qui saisissent. L'accès le prit à telle heure.
La fièvre de monsieur le Dauphin, qui le prend dans cette saison à Saint-Germain [SÉV., 22 juill. 1671]
Ma colique m'a pris assez mal à propos [REGNARD, Légat. II, 4]
Eh ! dis-moi, je te prie, Te prennent-ils souvent ces accès de folie ? [GRESS., le Méch. III, 9]
Il se dit, dans un sens analogue, des sentiments, des passions, etc.
L'épouvante les prend à demi descendus [CORN., Cid, IV, 3]
Le repentir m'a pris, et j'ai craint le courroux céleste [MOL., Festin, I, 3]
Si la curiosité me prenait de savoir.... [PASC., Prov. I]
Vous souvient-il des fantaisies qui vous prenaient quelquefois de trouver qu'il y a des mois qui ne finissent point du tout ? [SÉV., 25 mai 1680]
À peine y sommes-nous entrés [dans l'église] à certains jours que l'ennui nous prend et que nous pensons à nous retirer [BOURDAL., Exhort. sur le reniem. de St Pierre, t. I, p. 466]
Quand la colère me prend, ordinairement la mémoire me quitte [MARIVAUX, Sec. supr. de l'am. I, 2]
Absolument.
L'âge s'avance, les charmes passent, les hommes s'éloignent, la mauvaise humeur prend [DIDER., Père de famille, II, 2]
Contracter certaines qualités bonnes ou mauvaises.
Il semblait que tout prît un vice particulier et se corrompît en même temps [MONTESQ., Esp. XXXI, 27]
L'arc parut prendre quelque élasticité entre ses mains [VOLT., la Princ. de Babyl. 1]
Des barres de fer qu'on laisse tomber plusieurs fois de suite d'une certaine hauteur prennent du magnétisme par l'effet de leurs chutes réitérées [BUFF., Min. t. IX, p. 55]
Ce jaspe qui prend très bien le poli [ID., ib. t. I, p. 66]
Le sommet est d'un brun noirâtre qui prend un peu de jaune par derrière et sur les côtés [ID., Ois. t. VI, p. 124]
Le coton ne prend le rouge de la garance d'une manière solide que lorsqu'il a été imprégné d'huile [CHAPTAL, Instit. Mém. scienc. t. II, p. 289]
Prendre son pli, voy. PLI. Absorber, détourner.
C'est ce qui prend tout l'argent et toute l'attention [MAINTENON, Lett. au duc de Noailles, 13 fév. 1711]
Prendre du temps, exiger beaucoup de temps. Ce travail m'a pris beaucoup de temps, peu de temps. Surprendre. La pluie nous prit en chemin.
La nuit et le sommeil les prirent en même temps [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 453, dans POUGENS]
Prendre sa source, en parlant d'un cours d'eau, commencer à couler, avoir son origine. Prendre son cours, suivre une certaine direction en coulant. Cette affaire prend un bon tour, un mauvais tour, on peut présumer, vu la manière dont elle marche, qu'elle réussira, ne réussira pas. On dit de même : cela prend une bonne, une mauvaise tournure. Par analogie. Le train que prennent les choses. S'imprégner. Prendre l'eau.
Il veut que les souliers des enfants prennent l'eau [J. J. ROUSS., Ém. II]
Prendre le sel, son sel, voy. SEL.
54° Prendre se construit avec plusieurs substantifs sans article, et forme locution ; on en donne ici quelques exemples, en y joignant parfois, pour marquer la différence, l'emploi avec l'article. Prendre foi, prendre créance, se fier.
Mais je n'ai point pris foi sur ces méchantes langues [MOL., Éc. des femm. II, 6]
Et tâchez, comme il prend en vous quelque créance, De le dissuader de cette autre alliance [ID., ib. V, 6]
Prendre droit, acquérir des droits.
Et je serais encore à nommer le vainqueur, Si le mérite seul prenait droit sur un cœur [MOL., D. Garc. I, 1]
Prendre droit, avec un nom de chose pour sujet, être capable de (locution qui vieillit).
Cependant apprenez prince, à vous mieux armer Contre ce qui prend droit de vous trop alarmer [MOL., D. Garc. I, 5]
Prendre patience. supporter patiemment.
Il a affaire à un fâcheux, à un homme oisif qui se retirera à la fin, il l'espère, et il prend patience [LA BRUY., XI]
Prendre courage, se remettre en courage, en espoir.
Prends courage, ma fille.... [CORN., Cid, II, 9]
Prendre visée, s'attacher à.
Elle est sage, elle m'aime, et votre amour l'outrage ; Prenez visée ailleurs, et troussez-moi bagage [MOL., Éc. des mar. II, 9]
Prendre garde, voy. GARDE 1, n° 5. Prendre peine, travailler à.
Tant pis encore de prendre peine à dire des sottises [MOL., Critique, 1]
Prendre de la peine, travailler avec soin.
Travaillez, prenez de la peine, C'est le fonds qui manque le moins [LA FONT., Fabl. v, 9]
Prendre plaisir, se plaire à. Il prend plaisir à nous tourmenter. Il se dit aussi avec de.
Car le ciel a trop pris plaisir de m'affliger [MOL., le Dép. II, 4]
Je prends plaisir d'être seule [ID., Critique 1]
Je pense qu'il ne prend pas plaisir de nous voir [ID., Festin, III, 7]
Prendre le plaisir de la chasse, de la pèche, de la promenade, etc. aller à la chasse, à la pêche, à la promenade. Prendre soin, donner des soins. Prendre soin d'un malade. Je voulais, en mourant, prendre soin de ma gloire.
Et dérober au jour une flamme si noire [RAC., Phèdre, I, 3]
Prendre le soin, ne pas négliger de.
C'est un étrange fait du soin que vous prenez à me venir toujours jeter mon âge au nez [MOL., Éc. des maris, I, 1]
Prendre parole de quelqu'un, tirer assurance, promesse verbale que telle chose sera faite. Prendre la parole de quelqu'un, recevoir son engagement, sa promesse. Prendre la parole, commencer à parler. Prendre mesure, noter d'une certaine façon les quantités nécessaires pour faire un habit, un soulier, etc. Prendre la mesure, les dimensions d'un objet, le mesurer. Prendre place, se mettre parmi. Prendre la place de, se mettre à la place de.
Il n'est plus temps, madame, une autre a pris la place [MOL., Mis. IV, 2]
Prendre langue, voy. LANGUE, n° 4. Prendre pied, s'établir solidement. Il a pris pied dans cette administration. Prendre le pied, s'autoriser.
De peur que, sur votre faiblesse, il ne prenne le pied de vous mener comme un enfant [MOL., Scapin, I, 4]
Fig. Prendre un pied, s'emparer d'une étendue égale à celle d'un pied, s'impatroniser le moins du monde.
Laissez-leur prendre un pied chez vous, Ils en auront bientôt pris quatre [LA FONT., Fabl. II, 8]
Prendre racine, s'enraciner. Prendre loi, obéir à.
Il serait beau vraiment qu'on le vît aujourd'hui Prendre loi de qui doit la recevoir de lui ! [MOL., Éc. des femmes, v, 7]
Prendre les lois, des lois, même sens.
Et tu devais tenir pour assuré présage, ....Que toute cette Europe allait prendre tes lois [CORN., Toison d'or, Prologue, sc. 2]
Vous ne prenez de lois que de votre caprice [ROTR., Venc. I, 1]
55° V. n. S'enraciner. La vigne ne prend pas dans ce terrain. Des plantes qui prennent de bouture. Fig.
Sans lui [Dieu] nous ne pouvons rien faire, et ses plus saintes paroles ne prennent point en nous, comme il l'a dit lui-même [PASC., Lett. sur la mort de son père]
Jésus-Christ leur dit : Vous voulez me tuer, méchants que vous êtes, parce que mon discours ne prend point en vous [BOSSUET, Sermons, Église, I]
Son esprit est ce que l'a fait la nature : la culture et les soins n'y prennent pas [J. J. ROUSS., Confess. VII]
56° Fig. Réussir, avoir du succès.
Cet exemple prit universellement, et répandit dans l'arche un esprit de coquetterie qui dura pendant tout le séjour qu'on y fit [MONCRIF, dans DESFONTAINES]
Cette doctrine eut de la peine à prendre à la Chine et au Japon [DIDER., Opin. des anc. phil. (Japonais).]
Je ne pense pas que la méthode de l'illustre Réaumur pour faire éclore les poulets ait pris en France [BONNET, 9e lett. hist. nat.]
Il se dit aussi des personnes. Ce jeune homme a bien pris dans le monde.
D'Aquin n'avait jamais pu prendre avec Mme de Maintenon [SAINT-SIMON, 14, 152]
57° S'attacher à, avec un nom de personne pour sujet. On a beau faire étudier cet enfant, il ne prend à rien.
J'en demeurerai à la simple approbation [des bouts-rimés], quand ce ne serait que pour faire voir à Pauline qu'il y a des choses où mon esprit ne prend pas [SÉV., 12 juil. 1690]
C'est un homme qui prend à tout, qui ne prend à rien, qui s'intéresse à tout, qui ne s'intéresse à rien.
58° Faire son effet, s'attacher à, avec un nom de chose pour sujet. Cette couleur ne prend pas. Les vésicatoires ont bien pris. Les sangsues n'ont pas pris. Fig.
L'évêque de Chartres m'avertissait qu'on m'avait rendu les plus mauvais offices auprès du roi, et qui avaient pris [SAINT-SIMON, 212, 119]
Espérant me causer de l'inquiétude, tout cela ne prenait point, [J. J. ROUSS., Ém. II]
Cette raison prend peu sur nous, riches [ID., ib. IV]
59° Faire une impression trop forte.
Je me porte à merveilles, hors que je n'ai pu souffrir la douche, c'est que je n'en avais nul besoin cette année, et qu'elle prenait trop sur moi [SÉV., 21 sept. 1677]
Particulièrement. Faire une impression trop forte à la gorge, au nez. Ce ragoût prend à la gorge. La moutarde prend au nez.
60° Il se dit de ce qui s'allume ou fait explosion.
Leur hôtel de Paris a pensé brûler : une chambre, avec ce qui était dedans, a été brûlée tout entière ; et le miracle, c'est qu'il y avait dans cette chambre de la poudre qui ne prit point [SÉV., 5 janv. 1680]
Elle [la flamme] prend partout en un instant, et cet admirable édifice est réduit en cendres [BOSSUET, Hist. II, 8]
Comme il vit que la flamme commençait à prendre au bûcher [FÉN., Tél. X]
À vous entendre, J'ai cru qu'à la maison le feu venait de prendre [REGNARD, le Distr. I, 2]
61° S'épaissir, se cailler, se glacer. Cette gelée ne prendra pas. La rivière a pris cette nuit.
62° Commencer en un point et s'étendre de là.
Une tache d'un pourpre clair prend à l'angle de l'œil, et se termine en arrière par un trait du bleu le plus vif [BUFF., Ois. t. XIII, p. 294]
63° Il se dit des maladies qui font invasion.
La maladie de Mme la comtesse de Montrevel, qui lui prit le lendemain qu'elle arriva [SÉV., à Ménage, 19 août 1652]
Le frisson lui prit à Versailles ; c'est demain le quatrième jour [SÉV., 313]
Nous avons eu beaucoup de peine à faire revenir mademoiselle d'un évanouissement qui lui a pris [MARIVAUX, Marianne, part.]
Une petite toux qui prit au mari abrégea toutes les politesses [ID., Pays. parv. part. 5]
Impersonnellement.
Il lui prit un frisson, et il changea de visage [LESAGE, Diabl. boit. 20]
Il lui prit un étouffement qui le fit retomber à sa place, où nous crûmes qu'il allait expirer [MARIVAUX, Marianne, part. 10]
Il se dit, au même sens, des affections morales.
On eût dit que chaque chambre était un oratoire : l'envie d'y faire oraison y prenait en entrant [MARIVAUX, Pays. parv. part. 1]
Cette délicatesse lui prit un matin, comme Il venait de faire la cour à une prude [MARMONTEL, Contes mor. Alcibiade.]
Impersonnellement.
Il m'en a pris quelque petite crainte [que des lettres ne fussent perdues] [SÉV., 319]
Il prit à ce Mordant un dégoût de la vie ; il paya ses dettes, écrivit à ses amis pour leur dire adieu.... [VOLT., Dict. phil. Caton et suicide.]
Il lui a pris en gré de faire telle chose, la fantaisie lui est venue de faire telle chose.
64° Impersonnellement. Avoir de bonnes ou de mauvaises suites.
Bien vous prend que son frère ait tout une autre humeur [MOL., Éc. des mar. I, 2]
Bien lui prend de n'être pas de verre [ID., Femm. sav. III, 2]
Lise : Elle n'a que vingt ans. - Le marquis : Bien lui prend ; la jeunesse est mon goût.... [TH. CORN., Comt. d'Orgueil, I, 2]
Mais Madame tint ferme, et ne se relâcha point, dont bien lui prit [LA FAY., Hist. Hte d'Angl.]
Il se dit au même sens avec en explétif.
Je ne sais pas comment il m'en prendra ; mais je sais bien que vous me devez beaucoup d'estime et d'amitié [SCARR., Lettres, Œuv. t. I, p. 199, dans POUGENS]
Il en prit aux uns comme aux autres : Maint oisillon se vit esclave retenu [LA FONT., Fabl. I, 8]
.... Ce conseil ne plut pas ; Il en prit mal ; et force états Voisins du sultan en pâtirent [ID., ib. XI, 1]
L'esprit peut causer des passions par lui-même, et bien en prend aux femmes [FONTEN., Dial. Platon, Marg. d'Éc.]
65° Se prendre, v. réfl. Être saisi avec la main. Cela se prend avec des mitaines. Cette étoffe se prend à pleine main, elle est moelleuse, bien fournie. Se prendre par la main, se saisir l'un l'autre par la main.
Je me disais : on va signer la paix dans Hanovre,.... on ne songera plus qu'à aller à la comédie.... tout le monde se prendra par la main pour danser depuis Collioure jusqu'à Dunkerque [VOLT., Lett. d'Argental, 28 juill. 1761]
Se prendre aux cheveux, se saisir l'un l'autre par les cheveux.
Nos braves s'accrochant se prennent aux cheveux [BOILEAU, Sat. III]
Fig et familièrement. Se prendre aux cheveux, avoir une vive querelle. Ils se prirent aux cheveux, et la discussion fut très vive.
66° S'attacher, s'accrocher. Un homme qui se noie se prend à tout ce qu'il atteint. Sa perruque se prit à un clou. Il s'est pris à des épines, et son habit a été déchiré.
Il faut se prendre à l'arbre et non pas aux rameaux [TRISTAN, Mort de Chrispe, IV, 1]
Il tend les mains à tous les objets qui l'environnent comme pour s'y prendre encore ; et il ne saisit que des fantômes [MASS., Avent, Mort du péch.]
À quelles branches ne se prend-on point, quand on se noie dans les systèmes ? [VOLT., Singul. nat. X]
Sans cette précaution les filets se prendraient les uns dans les autres [GENLIS, Maison rust. t. I, p. 386, dans POUGENS]
Fig.
L'esprit se rebute et s'abat aussitôt qu'il a fait quelque effort pour se prendre et pour s'arrêter à quelque vérité [MALEBR., Rech. vér. III, II, 9]
Il semble que le cœur ....s'ennuie de sa liberté... et que, ne trouvant plus, pour ainsi dire, où se prendre, il se prenne à tout [MASS., Profess. relig. Serm. 3]
Où le désir trompé ne sait plus où se prendre [DELILLE, Imagin. II]
Ne savoir où, à quoi se prendre, ne savoir à quoi s'en tenir, à quoi recourir.
Je me suis pris à tout, ne sachant où me prendre [CORN., Galer. du Palais, v, 4]
Ils [les Juifs] ont laissé passer ces précieux moments sans en profiter ; c'est pourquoi on les voit ensuite livrés au mensonge, et ils ne savent plus à quoi se prendre [BOSSUET, Hist. II, 9]
67° Être saisi dans un piége, dans un filet.
Sachez, lui dit-il [Anacharsis à Solon], que ces écritures [les lois] ressemblent proprement à des toiles d'araignées : les faibles et les petits s'y prendront et s'y arrêteront ; mais les puissants et les riches les rompront sans peine [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. II, p. 568]
Les chardonnerets ne se prennent point à la pipée, et ils savent échapper à l'oiseau de proie en se réfugiant dans les buissons [BUFF., Ois. t. VII, p. 279]
Impersonnellement.
L'Église est représentée comme un filet où il se prend toute sorte de poissons [BOSSUET, Euchar. II, 3]
Fig.
Cela vous a pu servir avant ma quinzième lettre ; mais à présent, mes pères, on ne s'y prend plus : on va voir le concile et on trouve que vous êtes des imposteurs [PASC., Prov. XVI]
Quand on veut poursuivre les vertus jusqu'aux extrêmes.... on se prend à la perfection même [ID., Pens. XXV, 62, éd. HAVET.]
Ce piége [une adroite flatterie] ne sera jamais usé ; l'amour propre des rois et des grands s'y prendra toujours [D'ALEMB., Éloges, Despréaux, note 13]
Eh ! c'est toi qui es un innocent de venir te prendre au piége apprêté pour un autre [BEAUMARCH., Mar. de Figaro, V, 8]
68° Fig. Être captivé.
C'est un mal terrible que cette disposition à se prendre par les yeux [SÉV., 23 oct. 1675]
Si les cœurs des philosophes allemands se prennent par la lecture, les Wolfius, les Hanschius et les Tumingius seront tous amoureux d'elle [Mme du Châtelet] sur son livre [VOLT., Lett. Hénaut, 20 août 1740]
Mon cœur se prit et très vivement [J. J. ROUSS., Confess. VII]
Se laisser prendre, se laisser captiver.
Les autres en jugent par la bonne façon d'en juger, qui est de se laisser prendre aux choses, et de n'avoir ni prévention aveugle, ni complaisance affectée, ni délicatesse ridicule [MOL., Critique, 6]
Se prendre d'amitié, d'amour, d'aversion pour quelqu'un, concevoir de l'amitié, de l'amour, de l'aversion pour lui.
Ce petit étourdi s'est pris de goût pour moi, Et me croit son ami, je ne sais pas pourquoi [GRESSET, Méch. II, 1]
On dit de même : Se prendre de belle passion pour quelqu'un. Absolument.
Et bien qu'il fût d'humeur Douce, traitable, à se prendre facile, Constance n'eut sitôt l'amour au cœur, Que la voilà craintive devenue [LA FONT., Courtis. amour.]
Se prendre de vin, s'enivrer.
69° S'unir ensemble. Ils se sont pris pour mari et femme.
On fait accepter ses soins dès la première entrevue ; on en est récompensé dans la seconde ; et dans la troisième on se sépare comme on s'est pris, sans reproches et sans infidélité [SAINT-FOIX, Ess. Paris, Œuvr. t. III, p. 417, dans POUGENS]
C'est quelque chose de merveilleux, par exemple leur façon de vivre avec les femmes.... on se prenait, on se quittait, ou, se convenant, on s'arrangeait [P. L. COUR., Simple discours.]
70° Se prendre à, attaquer.
Il fait mauvais se prendre aux poëtes [RÉGNIER, Épître III]
Et que sous l'étrivière il puisse tôt connaître, Quand on se prend aux miens, qu'on s'attaque à leur maître [CORN., Gal. du Palais, I, 9]
Tu te prends à plus dur que toi, Petit serpent à tête folle [LA FONT., Fabl. V, 16]
Il se dit aussi des choses qu'on attaque.
Quel impie osera se prendre à leur vouloir [des dieux] ? [CORN., Hor. III, 2]
Se prendre de paroles avec quelqu'un, avoir un démêlé.
Ils se prirent de paroles, le duc de C.... et lui [SÉV., 535]
On dit dans le même sens, mais familièrement : Ils se sont pris de bec. Se prendre à quelqu'un de, le quereller à cause de, le rendre responsable, lui imputer le tort.
Cependant, malheureux, à qui me dois-je prendre D'une accusation que je ne puis comprendre ? [CORN., Clit. IV, 7]
Si vous fussiez tombé, l'on s'en fût pris à moi [LA FONT., Fabl. V, 11]
C'est ainsi qu'aux flatteurs on doit partout se prendre Des vices où l'on voit les humains se répandre [MOL., Mis. II, 5]
Vous dites que c'est pour se prendre à Dieu de tout : lisez, lisez ce traité [les Essais de morale, de Nicole] que je vous ai marqué, et vous verrez que c'est à lui en effet qu'il s'en faut prendre, mais c'est avec respect et résignation [SÉV., 25 mai 1680]
Il [Ch. de Sévigné] s'est pris à moi, et me dit que je lui avais donné de ma glace [ID., 8 avr. 1671]
Il se dit avec en explétif.
Mais, puisqu'il est vaincu, qu'il s'en prenne aux destins [CORN., Pomp. I, 1]
Ne nous en prenons pas à la dévotion, mais à nous-mêmes, et n'y cherchons du soulagement que par notre correction [PASC., Lett. à Mlle de Roannez, 6]
Il me faut l'auteur de l'univers pour raison de tout ce qui arrive ; quand c'est à lui qu'il faut m'en prendre, je ne m'en prends plus à personne, et je me soumets [SÉV., 423]
Sa vessie le fait souffrir, et il s'en prend à qui il peut [D'ALEMB., Lett. à Voltaire, 31 oct. 1761]
L'un d'eux s'en prenait à Voltaire, et surtout à Rousseau, de l'irréligion du siècle [STAËL, Corinne, X, 2]
71° Se prendre à, employer de l'adresse, de l'habileté à.
Voilà comme en amour un novice se prend [HAUTEROCHE, Espr. follet, I, 1]
Elle se prend d'un air le plus charmant du monde aux choses qu'elle fait [MOL., l'Av. I, 2]
Oui, madame, voyons d'un esprit adouci Comment vous vous prendrez à soutenir ceci [ID., Mis. v, 4]
Je ne sais comme je dois me prendre à vous faire cette sollicitation [SÉV., à Moulceau, t. X, p. 549, éd. RÉGNIER]
On dit dans le même sens, avec y explétif : s'y prendre.
Mais par où m'y prendrai-je ? et que faudra-t-il faire ? [TRISTAN, M. de Chrispe, IV, 7]
D'abord il s'y prit mal, puis un peu mieux, puis bien ; Puis enfin il n'y manqua rien [LA FONT., Fabl. XII, 9]
On obtient tout de moi quand on s'y prend de la bonne façon [MOL., Préc. 8]
Elle allait éprouver comment il s'y prenait pour tourmenter [HAMILT., Gramm. 7]
Vous-même, qui vous plaignez que vous ne savez comment vous y prendre pour prier [MASS., Carême, Prière 1]
C'est à Hercule à dire comme il faut s'y prendre pour étouffer Antée [VOLT., Lett. au Pr. roy. de Pr. 23 févr. 1740]
Pour faire le bien il faut le pouvoir, et, quand on le peut, il faut savoir s'y prendre [MARMONTEL, Cont. mor. Misant. corr.]
72° Suivi de à et d'un infinitif, commencer, se mettre à.
Ayant appris le sujet de sa détention, il s'en prit à rire, et dit qu'on le renverrait le lendemain [PELLISSON, Lett. hist. t. I, p. 287]
Un des plus effrontés coquins de la lie du peuple se prit à outrager Périclès de paroles [P. L. COUR., Lett. II, 326]
Sentant son cœur faillir, elle [Jeanne d'Arc] baissa la tête, Et se prit à pleurer [C. DELAV., Messéniennes, I, 5]
73° Être contracté, en parlant de maladies.
Il y a des folies qui se prennent comme les maladies contagieuses [LA ROCHEFOUC., Réflex. 300]
Le mal se prend à voir des amants de trop près [FONTEN., Poés. past. Œuv. t. IV, p. 18, dans POUGENS]
74° Se prendre s'est dit quelquefois pour s'allumer, du moins au figuré.
Le feu se prit au cœur d'un muletier [LA FONT., Mulet.]
75° Se figer. L'huile se prend dès que la température baisse. Ce sirop se prendra.
Par le refroidissement la liqueur s'est prise en sirop épais [THENARD, Instit. Mém. scienc. phys. et math. Sav. étrang. t. II, p. 120]
76° Se prendre pour, prendre sa propre personne pour quelque autre.
Lorsque notre âme veut se représenter sa nature et ses propres sensations, elle fait effort pour s'en former une image corporelle ; elle se cherche dans tous les êtres corporels, elle se prend tantôt pour l'un et tantôt pour l'autre [MALEBR., Rech. vér. I, 13]
77° Être compris, entendu, interprété. Ce mot se prend au sens propre.
C'est ainsi que, du temps des Romains, les faisceaux se prenaient pour l'autorité consulaire ; les aigles romaines, pour les armées des Romains, qui avaient des aigles pour enseignes ; l'aigle, qui est le plus fort des oiseaux de proie, était le symbole de la victoire chez les Égyptiens [DUMARS., Tropes, II, 2]
Ce mot se peut prendre en bonne, en mauvaise part, il est susceptible d'une bonne, d'une mauvaise interprétation.
78° Être employé, en parlant de mots et de locutions. Ce verbe se prend figurément. Cet adjectif se prend substantivement.
79° À tout prendre, loc. adv. Tout bien examiné.
Tellement qu'à tout prendre, en ce monde où nous sommes.... [RÉGNIER, Sat. v.]
Encore qu'à ne regarder que les rencontres particulières, la fortune semble seule décider de l'établissement et de la ruine des empires, à tout prendre il en arrive à peu près comme dans le jeu, où le plus habile l'emporte à la longue [BOSSUET, Hist. III, 2]
80° Au fait et au prendre, loc. adv. Au moment de l'exécution, quand il est question d'agir, de parler.
Au fait et au prendre, il fallait aux Romains et aux jésuites un homme dans cette dignité [le cardinalat] dont ils pussent faire un autre usage que de dire ce qu'ils lui avaient soufflé à mesure [SAINT-SIMON, 224, 9]

PROVERBES

  • Chacun prend son plaisir où il le trouve.
  • Ils sont pris, s'ils ne s'envolent, se dit pour se moquer de ceux qui ont manqué quelque capture.
  • Il n'y a qu'à se baisser et en prendre, se dit d'une chose très abondante ou très facile.
    Isabelle : Je prends Monsieur : il faut en courir le hasard. - Araminte : Et moi, je prends Monsieur. - Ménechme : Il semble à vous entendre, Que vous n'ayez ici qu'à vous baisser et prendre [REGNARD, les Ménechmes, V, 6]
  • Ce qui est bon à prendre est bon à rendre, c'est-à-dire il vaut mieux se saisir d'une chose sur laquelle on croit avoir quelque droit, que de la laisser prendre à un autre, parce que, au pis aller, on est quitte pour la rendre.
  • Ce qui est bon à prendre est bon à garder.
    Basile : Puis comme dit le proverbe, ce qui est bon à prendre.... - Bartholo : J'entends, Est bon.... - Basile : à garder [BEAUMARCH., Barb. de Sév. IV, 1]
  • Qui prend s'engage, ceux qui empruntent ou qui reçoivent des présents, s'assujettissent à ceux qui les obligent.
  • On dit dans le même sens : Qui prend se vend.
    Mais vous avez reçu : quiconque prend se vend [CORN., Suite du Ment. II, 5]
    La raison de douter était tous les cadeaux, Bijoux donnés, et des plus beaux : Qui prend se vend [LA FONT., Poés. mêlées, VI]
  • Fille qui prend se vend, et fille qui donne s'abandonne.

REMARQUE

  • 1. On ne dit pas : prends-je ? mais : est-ce que je prends ?
  • 2. Prendre mal, pour se trouver mal, tomber en faiblesse, n'est pas français.
  • 3. L'idée les a pris d'aller à la campagne. Dites : l'idée leur a pris d'aller à la campagne.
  • 4. Prendre peur pour s'effrayer a été condamné par des grammairiens. Mais cette expression n'a rien d'incorrect, puisqu'on dit prendre pitié.

HISTORIQUE

  • IXe s.
    Et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai [, Serment]
  • XIe s.
    [Ils] Drecent lur sigle [voile], laisent curre par mer, Là pristrent terre o [où] Deus les volt mener [, St Alexis, XVI]
    Cordres [il] a prise et les murs peceiez [mis en pièces] [, Ch. de Rol. VIII]
    Dès or [il] comence le conseil que mal prist [, ib. XI]
    À vos Franceis un conseil en presistes [, ib. XI]
    Et Guene [il] ad pris par la main destre à doigts [, ib. XXXVIII]
    Tant cops [il] a pris [reçu] de lances et d'espiez [, ib. LX]
    Pernez mil Francs de France nostre terre [, ib. LXII]
    Promis nous est, fin [nous] prendrum à itant [, ib. CXIV]
    Mout grant vengeance en prendra l'emperere [, ib. CXI]
    Vint tresqu'à els, sis [si les] prist à chastier [, ib. CXXX]
    Li reis fait prendre le come Guenelon [, ib. CXXXV]
    De plusurs choses à remembrer il prist [, ib. CLXXIII]
    Pernez m'as bras, me dressez en seant [, ib. CXCVIII]
    Entres qu'à Ais [il] ne velt prendre sejur [, ib. CCLXIX]
  • XIIe s.
    Cui [laquelle] je devoie et panre et noçoier [, Ronc. p. 99]
    Quant il se prist au col de l'auferant [cheval] [, ib. p. 138]
    Mais prent batisme, jel te di sans contraire [, ib. p. 145]
    Il [l'épervier] prit son vol qu'ainz ne se volt targer [, ib. p. 164]
    Mieus ne puet-ele [l'amour] trahir Celui où ele se prent [, Couci, IV]
    [Ses beaux yeux] M'orent ainz pris que [je] m'osaisse donner [, ib. VI]
    Que de lui pitié vous praigne [, ib. IX]
    Dame, comment qu'il m'en preigne, [je] Merci amour de ce qu'ele me deingne [daigne] Tenir à sien.... [, ib.]
    Benoit soit li hardemens Où j'ai pris si bon espoir ! [, ib. XI]
    Doucement [je] sui engigniez et soupris [surpris] ; Car, s'ele veut, longuement serai pris [, ib. XVII]
    Grant peché fait qui son home veut prendre Par beau semblant monstrer, tant que bien tient [, ib. XX]
    et conment Conviendra il qu'à la fin congié [je] praigne ? [, ib. XXII]
    Où que il voit le duc, si lui a pris à dire [, Sax. X]
    Mais de chevage [impôt] panre est moult grant li enuis [, ib. XVIII]
    Eslisez trois messages [messagers] en ceste vostre gent ; Girart de Montloon prenez premierement [, ib. XX]
    Tut sul se combateit, n'i ot gueres amis : Car tuit près li evesque [presque tous les évêques] s'esteient al rei pris [attachés] [, Th. le mart. 28]
    Mais turnerent à avarice, pristrent luiers, e falserent justice e dreiture [, Rois, 26]
    Pren moi à feme, franc chevalier eslis ; Si demorra nostre guere à toz dis [, Raoul de C. 223]
    Penre disons nos à la fois por tolir [, Job, 507]
  • XIIIe s.
    Chanter m'esteut [il me faut chanter], que m'en est pris courage [QUESNES, Romancero, p. 85]
    S'on prent, par droit, d'un larron la justice, Doit-on desplaire as loiaus, de neant ? [, ib.]
    Se leur pese de ce que [je] vous ai di, Si s'en preignent à mon maistre d'Oisi, Qui m'a appris à chanter dès enfance [, ib.]
    De ce pristrent li message jour de respondre à l'endemain [VILLEH., XV]
    Et fut devisés qu'il prendroient port à Corfol, et que li premier attendroient les derreniers, tant qu'il [jusqu'à ce qu'ils] seroient ensemble [, ib. LVI]
    Jà [que ma dame] ne m'ait en grant vilté Pour la fievre qui m'est prise [, Romancero, p. 127]
    Car largesse fait home aimer ; Et qui l'a moult lui est bien pris [bien lui en prend] [LE COMTE DE BRET., Romanc. p. 162]
    Sa mere entra, si s'assiet devant li [elle], Bel li pria : fille, prenez mari [, ib. p. 73]
    Il ne le nous vouloit baillier, S'un respoudant ne li bailloit, à cui il penre s'en pourroit [, Saint-Graal, v. 1856]
    Dont doi-je prendre en gré se j'ai froit et pouverte [pauvreté] [, Berte, XXX]
    Me gardez que [je] ne soie prise à beste cuiverte [malfaisante] [, ib.]
    Et que premier [d'abord] leur prist talent [volonté] de la traïr [, ib. LXIII]
    [Je] Ne sai quel mal la prist sous sa destre maissele [mâchoire] [, ib. LXXXVI]
    Par mon cief, dit li rois englois, je m'en r'irai [retournerai] en Engleterre, et, si tost come jou i venrai, jou prenrai le roi de guerre [je ferai la guerre au roi] [, Chr. de Rains, p. 45]
    Il [Théophraste] ne tient pas homme por sage Qui femme prent par [en] mariage, Soit bele ou lede, ou povre ou riche [, la Rose, 8602]
    Dignités et poissance donne [la Fortune], Ne ne prent garde à quel personne [, ib. 6586]
    Et quant se prent l'une [plante] à florir [, ib. 5079]
    Si ne doit l'en mie tout prendre à la letre quanque l'en ot [entend] [, ib. 7191]
    À Dedalus prennent exemple, Qui fist eles à Ycarus [, ib. 5242]
    Amis, dist-il, [je] fais vous savoir, Vez-ci mon cors, vez-ci l'avoir Où vous avez autant com gié [je], Prenés-en sans prendre congé [, ib. 8106]
    Et sachiés quant j'oï lor chant, Et je vi le leu verdoier, Je me pris moult à esgaier [, ib. 684]
    Biaus amis, que faites vous là ? Fait courtoisie, çà venez. Et avecques nous vous prenez à la carole [danse], s'il vous plest [, ib. 796]
    Ne cessent [les chevaliers] ne ne finent ne ne prisent [prirent] maison, Tant que virent de Nique les tours et le donjon [, Ch. d'Ant. II, 327]
    Quant Solimans l'entent, près n'a le sens desvé : Ahi ! Mahomes sire, Com m'avez pris en hé [en haine] ! [, ib. III, 532]
    Et doit estre gaitant de dire ses paroles, si que son aversaire ne le puisse prendre à point, par quoi il perde sa carelle [, Ass. de J. 50]
    Mix [mieux] vaut qu'on prengne [accepte] se [sa] penitence de son fol serement, qu'à fere mal por son serement tenir [BEAUMANOIR, XXXIV, 24]
    Et s'il estoient pris fesant [en flagrant delit de fausse monnaie] [ID., XXX, 12]
    Quiconques est pris en cas de crieme et atains du cas si comme de murdre ou de traïson.... [ID., XXX, 2]
    Cil qui pert par le [la] negligence de son compagnon ne s'en doit penre qu'à sa folie [ID., XXI, 32]
    Et se li enfant font aucun meffet, elquel meffet il appartiegne amende d'avoir, on se prent du meffet au pere, s'on ne pot trouver celi qui fist le meffet [ID., XXI, 20]
    Se je baille me [ma] meson à ferme ou à loier, et li fus [feu] y prent, par l'outrage de celi à qui je l'ai baillie [ID XLIII, 41]
    Quar dès le berçuel commença, Dès le berçuel, et puis en çà Jusqu'en la fin de son eage, Jusques mort en prist le paage [péage] [RUTEB., II, 124]
    Pour ce que un fort vent nes prist [ne les prît], et le menast en autres terres [JOINV., 214]
    Quant l'en prent les cités des ennemis, des biens que l'en treuve dedans, le roy doit en avoir le tiers [ID., 217]
    Les goutes et maladies de fourcelle [estomac] me prenroient [ID., 194]
    Et il sailli sus et le prist par les cheveus [ID., 275]
    Et de ce coup que nostre nef prist, furent li notonnier si desesperez.... [ID., 196]
    Se il [le feu grégeois] se feust pris à riens sur li, il eust esté ars [brûlé] [ID., 228]
    Le sire de Courcenay et monseigneur Jehan de Saillenay me conterent que six Turs estoient venus au frain le roy et l'emmenoient pris [ID., 227]
    Nule dolor ne se prent à la moie [à la mienne] ; Car je sai bien, jamès ne la veré [, Mss. de poésies franç. avant 1300, t. IV, p. 1438]
    XIVe s.
    J'ay paeur que par les infortunitez des dix hommes [des décemvirs] il li fust mal prins [il eût eu un revers] [BERCHEURE, f° 70, verso.]
    Se je me prens à escripre les choses fetes par les Romains.... [ID., f° 7]
    Je feray vo volloir, ne le doy refuser ; Mais se rien y mesfais à vo gré accorder, Vous le prendrez sur vous pour trestout amender [, Hugues Capet, v. 3320]
    Pour lesquelles choses le juge dudit lieu a jugié et condempné à pranre mort ledit exposant [DU CANGE, prendere.]
    Le comte Estienne entra soudainement au royaulme d'Angleterre, ne oncques ne se print [ne tint compte] à ce que le comte d'Angiers avoit eu à femme la fille de celui roy.... [, Chr. de St-Denis, t. I, f° 259, dans LACURNE]
    Il [l'auteur] prent incontinence pour le vice de desattrempance [ORESME, Eth. 74]
    Il se fait boin fier en elles [femmes] vraiement, Otretant que sus glache [glace] qui sur une nuit prent [, Baud. de Seb. III, 402]
  • XVe s.
    La belle.... me dist moult amoureusement : Revenez nous, car vraiement à vostre line prenc plaisir [FROISS., Espin. amour.]
    Or regardez, dit Aymerigot à ses compagnons quand il tint les clefs, si j'ai bien sçu decevoir ce fol, je en prendrois bien assez de tels [ID., II, II, 214]
    Et si nous faisions une chose que je vous dirai, que nous presissions cinq ou six cens des nostres bien montés.... [ID., II, III, 70]
    Je vueil que tous ceux qui sont là dedans y soient tellement enclos, que jamais par les portes en saillent ; je leur ferai prendre autre chemin [ID., II, III, 7]
    Angleterre est un pays moult dangereux à arriver ; et prenons que nous y arrivions, c'est un pays.... qui est très mauvais pour hostoyer [faire la guerre] [ID., II, III, 47]
    Jean Lyon prit paroles [querelle] et debat à lui, et l'occit [ID., II, II, 52]
    Et aussi cher avoit-il prendre la mort avec celle noble dame, qui dechassée estoit hors de son pays, si mourir y devoit, comme autre part [ID., I, I, 16]
    Vous avez grand tort, qui vous prenez à ce chevalier ; jà savez-vous qu'il est à madame la roine [ID., II, II, 235]
    Si leur pria ledit roi cherement, qu'ils voulsissent si bien penser et soigner de Tournay que nul dommage ne s'en prist.... [ID., I, I, 126]
    La treve durant, qui fut prise entre le duc de Normandie et.... [ID., I, I, 116]
    Je prens le temps ainsi qu'il peut venir [CH. D'ORL., Rond.]
    Dame, soies raisonnable droit cy, et ne pren pas les choses en leur pire entendement [G. CHASTEL., Exposit. s. vérité.]
    I' fit response qu'ils mourroient tous ensemble, et que pas ne vouloit qu'on les prenst à rançon ni mist à finances [MONSTREL., I, 50]
    Mais que cuidez-vous que je soys ? Par le sang de moy je pensois Pour qui c'est que vous me prenez [, Patelin]
    Il est, fait-elle, si chault que c'est merveilles ; et m'a dit la nourrice qu'il y a deux jours qu'il ne print la mamelle [, les Quinze joyes de mariage, p. 79]
    Sus, emmenons ce malfaicteur ; Prenez devant, et moy derriere [, Rec. de farces, p. 440]
    Tant faisoit d'armes que à luy ne se osoit prendre [comparer] autre, tant fust bon chevalier [, Perceforest, t. IV, f° 60]
    Prenez [supposez] que le plus fort viengne au dessus ; a il pour ce droict en la cause ? par ma foy non [, ib. t. VI, f° 88]
    Qui ne prent quant il peut, il ne prent pas quant il veult [, ib. t. V, f° 17]
    Un chevalier à qui nul ne se povoit prendre [attaquer] qu'il ne fust desconfit [, Lancelot du lac, t. III, f° 36, dans LACURNE]
    Lequel me print en son service [COMM., I, 1]
    Prendre fin et desolations [les royaumes] [ID., I, 3]
    Et aux aucuns en print mal [ID., I, 8]
    L'an 1470 print vouloir au roy de se revencher du duc de Bourgongne [ID., III, 1]
    Il se print en mocquerie et dist.... [ID., III, 10]
    Et s'en print l'on à rire, et s'en alla chascun desarmer et coucher [ID., I, 5]
    Il print de là son chemin en Normandie [ID., III, 10]
    Et tantost après que il en eust des nouvelles, il print la maladie [ID., V, 18]
    Et prenoit merveilleusement ceste matiere à cueur [ID., III, 8]
  • XVIe s.
    En maint bon lieu j'ai donné mainte chose, Que l'on prenoit, sans penser le donneur Pretendre rien du prenant que l'honneur [MAROT, I, 401]
    Tant m'ont pressé d'escrire, et me contraignent, Qu'il semble au vray, que plaisir elles preignent En mes propos.... [ID., II, 57]
    Il se print à plourer comme une vache [RAB., Garg. I, 15]
    Sans prendre alaine [ID., ib. I, 51]
    Incontinent le feu se print à la paille [ID., Pant. II, 14]
    Comment il en est prins [ce qui en est résulté], chacun le voit [CALV., Instit. 980]
    Vous avez prins Calais, deux cens ans imprenable, Monstrant qu'à la vertu rien n'est inexpugnable [DU BELLAY, III, 66, recto]
    Je pren sur moy tout ce labeur icy [ID., IV, 9, recto]
    Il se paissoit de cresson allenois, Qui prend au nez.... [ID., VII, 5, recto]
    ... Et l'assura qu'il prenoit sur sa vie qu'elle n'auroit plus mal [MARG., Nouv. X]
    Il y avoit un gentilhomme duquel elle estoit si fort prise [éprise] qu'elle n'en pouvoit plus [ID., ib. XLIII]
    L'on ne se prend qu'à ce qu'on voit [, ib. LXX]
    On ne se peut prendre à nous que de ce que nous faisons [MONT., I, 55]
    Je n'en prendrai pas la peine [ID., I, 103]
    Prendre son ply [s'habituer] [ID., I, 107]
    Prendre medecine [ID., I, 131]
    S'y prendre [commencer] de bonne heure [ID., I, 184]
    Prendre au mot [ID., I, 404]
    Il le print [ce que je lui disais] de cette façon.... [ID., I, 185]
    Prendre terre [aborder] [ID., I, 230]
    Mais il leur prend [survient] des changements [ID., I, 232]
    À le bien prendre, c'est en ce seul poinct que consiste la vraye victoire [ID., I, 242]
    Cap de bieu, encore avez-vous à choisir, à prendre ou à laisser [DESPER., Contes, LII]
    J'ay montré la legereté dont on use à prendre querelle sans nul fondement [LANOUE, 248]
    Lors que quelqu'un prent fantaisie de s'aller battre [ID., ib.]
    Et qui en use autrement, il lui en prend comme à l'avare, lequel, ayant la felicité en ses coffres, n'en sçait ni n'en peut jouir [ID., 497]
    La terre couvrit le bout de la hampe, laquelle print, et commença à jetter branches [AMYOT, Rom. 32]
    Quand on approche quelque matiere aride, le feu y prend incontinent [ID., Numa, 17]
    Il n'y en a guere eu qui ayent usé de ceste licence, et encore moins en est-il bien pris à celles qui en ont usé [ID., ib. 18]
    On le blasma d'avoir fait cest accord pour recouvrer des gens qui par lascheté s'estoient laissez prendre aux ennemis [ID., Fab. 19]
    Soudainement il lui estoit pris un relaschement de tous ses membres [ID., Cor. 37]
    La fortune avoit pris à favoriser Timoleon, comme voulant estriver et faire à l'envy de sa vertu [ID., Timol. 31]
    Quand ce vint au fait et au prendre [ID., Pélop. 66]
    Il endure patiemment que son amy prenne la liberté de le reprendre hardiment des lourdes et grosses faultes [ID., Comment discern. le flat. 60]
    Peu d'arquebusades prirent [firent feu] [D'AUB., Hist. I, 288]
    Le prince, n'aiant peu repasser la Meuze, prend vers le Quesnoy [ID., ib. I, 339]
    Il [Laverdin] arrive sur le midi dans le quartier du general, et, aiant dit son nom, donne, sans autre ordre qu'à prene qui peut, dans le logis du comte [ID., ib. III, 175]
    Cela se feroit plus aisement lorsque l'on fond et liquefie l'acier, plustost que d'attendre qu'il soit pris et consolidé en barre [PARÉ, IX, 16]
    Par ce moyen la sangsue prendra plus facilement [ID., XV, 69]
    Cy pris cy mis [à tout hasard] [GILLES DU GUEZ, dans PALSGR. p. 895]
    Qui faict bien, bien lui en prent [ID., p. 579]
    Commun proverbe, toute chose qui est bonne à prendre est bonne à rendre [H. EST., Apol. d'Hérod. p. 178, dans LACURNE]
    Ce qui est bon à prendre n'est pas bon à rendre [, Moyen de parvenir, p. 83, dans LACURNE]
    Qui a apprins à prendre sçait tard que c'est de rendre [COTGRAVE, ]
    Qui peu seme peu prend [ID., ]
    Vieil oiseau ne se prend à retz [ID., ]

ÉTYMOLOGIE

  • Berry, prenre ; bourg. prarre, parre, prin, pris ; wallon, preind ; picard, prinde ; prov. prendre, penre, prener ; cat. pendrer ; espagn. prender ; ital. prendere ; du lat. prendere ou prehendere, de pre ou prae, et un radical hendere, que l'on rapproche du verbe grec signifiant saisir, prendre.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    PRENDRE. Ajoutez :
    81° Terme de turf. Prendre un cheval, parier en sa faveur. On dit : je prends Marengo à 7 contre 2 ; en admettant que le pari soit de 10 louis, cela veut dire : Si Marengo perd, je vous donnerai 20 louis ; s'il gagne, vous me donnerez 70 louis.

    REMARQUE

      Ajoutez :
    • 5. Mme de Sévigné a dit : La fantaisie m'a pris de me lever, 24 juill. 1675. Des grammairiens ont dit qu'il fallait m'a prise. Sans doute, si l'on fait ici prendre verbe actif ; mais il est neutre, et la tournure est plus élégante.

prendre

PRENDRE. (Je prends, tu prends, il prend; nous prenons, vous prenez, ils prennent. Je prenais. Je pris. Je prendrai. Je prendrais. Prends. Prenez. Que je prenne. Que je prisse. Pris.) v. tr. Saisir, mettre en sa main. Prendre un livre. Prendre une épée. Prendre une pierre. Prendre une plume. Prendre un bâton. Prendre la main, le bras, l'oreille à quelqu'un. Prendre quelqu'un par la main. Prendre un cheval par la bride.

Prendre les armes, S'armer, soit pour combattre, soit. pour faire l'exercice, ou pour rendre des honneurs militaires à quelqu'un. Les soldats ont eu ordre de prendre les armes.

On ne sait par où le prendre, se dit d'un Malade dont tout le corps est douloureux; et, figurément, d'un Homme très susceptible, très irritable. On le dit encore figurément et dans un sens opposé, en parlant d'un Homme qui ne paraît sensible à rien, touché de rien.

Prendre d'une chose à pleine main, En prendre à poignée autant que la main peut en contenir.

Fig., Prendre à pleines mains, à toutes mains, de toutes mains, se dit des Gens avides qui ne laissent échapper aucune occasion de s'enrichir.

Fig., Prendre une affaire en main, S'en charger pour la diriger, pour la conduire. On dit à peu près de même dans le style soutenu : Prendre en main le timon des affaires, les rênes de l'État, etc.

Fig., Prendre en main le droit, les intérêts de quelqu'un, Soutenir ses droits, ses intérêts. Aux jeux de Paume et de Tennis, Prendre la balle de volée, à la volée, La relancer sans qu'elle ait touché terre. Prendre la balle au bond, La relancer alors qu'ayant touché terre elle rebondit.

Fig., Prendre la balle au bond, Saisir vivement et à propos une occasion favorable. On dit aussi figurément Prendre l'occasion aux cheveux.

Fig. et fam., Prendre la clef des champs, S'en aller, s'évader, s'enfuir. On dit familièrement, dans le même sens : Prendre la poudre d'escampette.

Fig. et fam., Prendre le taureau par les cornes, Aborder de front une difficulté, ne pas biaiser.

Fig. et ironiquement, Il semble qu'il n'y ait qu'à se baisser et à prendre, se dit d'une Chose qui paraît aisée et qui ne l'est point.

PRENDRE signifie aussi Saisir une chose, l'enlever, la tirer à soi autrement qu'avec la main. Prendre quelqu'un dans ses bras. Prendre quelque chose avec les dents. Prendre du feu sur une pelle. Prendre de l'encre avec une plume.

Par exagération, il n'est pas à prendre avec des pincettes, Il est extrêmement sale. Il signifie aussi figurément : Il est d'humeur très désagréable.

Fig. et fam., C'est vouloir prendre la lune avec les dents, C'est vouloir faire une chose impossible.

Fig. et fam., Prendre ses jambes à son cou, Se sauver précipitamment.

PRENDRE se dit aussi des Animaux qui saisissent les choses avec leur gueule, leur bec, leurs griffes, etc. Le perroquet prend souvent avec sa patte ce qu'il veut prendre ensuite avec son bec.

Prendre le mors aux dents. Voyez MORS.

PRENDRE se dit en parlant des Habits, des vêtements, et signifie Mettre sur soi. Vous avez pris aujourd'hui un vêtement bien léger. Il a pris des gants fourrés. Il a pris son habit de cérémonie.

Prendre le deuil, S'habiller de noir à l'occasion de la mort de quelque personne. Prendre l'habit de religieux, de religieuse ou simplement Prendre l'habit, Entrer au noviciat, dans un monastère. Prendre le voile se dit, dans le même sens, des Religieuses.

Fam., Prendre le froc, Prendre la robe, Se faire moine. Prendre le petit collet, Entrer dans l'état ecclésiastique. Prendre le bonnet, Se faire recevoir docteur. Prendre la haire, Embrasser une vie pénitente. Prendre la livrée, Se faire laquais. Ces locutions vieillissent.

Prendre la perruque ou Prendre perruque, Commencer à porter perruque.

PRENDRE signifie aussi Emporter avec soi certaines choses par besoin ou par précaution. Prendre un parapluie, une lanterne. Prendre sa canne, son épée, son chapeau. Il a pris son fusil et il est allé à la chasse.

Il signifie aussi Emporter en cachette ou de force, ôter à quelqu'un ce qu'il possède, le lui dérober. On lui a pris sa bourse, sa montre, tout ce qu'il possédait. Ils lui ont pris jusqu'à sa chemise.

Il se dit aussi des Animaux. Ce chien a pris un poulet sur la table.

PRENDRE signifie aussi S'emparer, se saisir par force d'une chose ou d'une personne. Il a pris l'arme de son adversaire. Prendre quelqu'un au collet, à la gorge, par le bras, à bras- le-corps. Il voulait résister, on l'a pris de force.

Prendre de force ou par force une fille, une femme, Attenter par violence à son honneur.

En termes de Jeu, Prendre une carte, Faire la levée. Je prends votre dame avec mon roi. Absolument, Je prends et je joue.

PRENDRE se dit aussi des Levées d'hommes. Il a été pris pour le service militaire.

Dieu l'a pris se dit de Quelqu'un qui est mort.

PRENDRE signifie aussi Arrêter quelqu'un pour le conduire en prison. Ce voleur s'est enfin laissé prendre. La gendarmerie a déjà pris deux de ces bandits.

Prov. et fig., Sitôt pris, sitôt pendu. Voyez PENDRE.

PRENDRE se dit aussi en parlant de Ceux que l'on fait prisonniers à la guerre on du Butin de guerre. On a pris à l'ennemi quinze cents hommes, deux drapeaux, dix canons.

Fig. et fam., C'est autant de pris sur l'ennemi, C'est toujours avoir obtenu quelque avantage, avoir tiré quelque parti d'une mauvaise affaire. On dit de même absolument : C'est toujours autant de pris.

PRENDRE se dit encore en parlant des Places dont en se rend maître par la force des armes ou autrement. Prendre une ville, une forteresse. On a pris cette ville d'assaut. Cette place a été prise de vive force, et cette autre par la famine.

Il signifie aussi Attraper à la chasse ou à la pêche. Prendre un sanglier. Nous avons chassé tout le jour sans rien prendre. Prendre des oiseaux à la pipée, au trébuchet. Prendre des loups, des renards au piège. Prendre un lièvre au gîte. Cet oiseau s'est laissé prendre à la main. On a pris beaucoup de poisson. Nous avons pris tant de carpes d'un coup de filet. Prendre un poisson à la ligne, à l'hameçon.

Il se dit aussi des Animaux qui en poursuivent d'autres et les saisissent. Mon chien a pris deux lièvres. Ses chiens n'ont rien pris de la journée.

Fig. et fam., Se laisser prendre au piège, à l'hameçon, Se laisser tromper. On dit dans le même sens : Ne vous laissez pas prendre à ses paroles, à sa feinte douceur.

Fig. et fam., Cette femme l'a pris dans ses filets, Cette femme l'a séduit, s'est rendue maîtresse de son esprit, de son coeur.

Fig. et fam., Prendre quelqu'un au trébuchet, L'engager par adresse, par de belles apparences, à faire une chose qui lui est désavantageuse, ou qui est contraire à ce qu'il avait résolu. Il est vieux.

Prov., On ne prend pas les mouches avec du vinaigre, On ne gagne pas les gens en les rudoyant.

PRENDRE signifie figurément S'emparer de quelqu'un, gagner quelqu'un en s'attaquant à son esprit, à son coeur, à ses sens. Il le prit par les sentiments. Elle le prit par les yeux. Il le prit par son propre intérêt.

Prendre quelqu'un par son faible, Toucher, flatter son inclination favorite.

Savoir prendre quelqu'un, Connaître les moyens par lesquels on peut agir sur lui. Quand on sait le prendre, on en fait tout ce que l'on veut.

PRENDRE signifie aussi Surprendre. Je l'ai pris à voler des fruits dans votre jardin. Prendre quelqu'un au dépourvu. Je vous y prends. On vous y prend. Il promit qu'on ne l'y prendrait plus. Tout le monde y aurait été pris.

Prendre quelqu'un sur le fait, Le surprendre dans le temps même où il fait une action qu'il voulait cacher. On dit dans le même sens Prendre quelqu'un en flagrant délit.

Prendre quelqu'un en faute, Le surprendre au moment où il commet une faute.

Fig., Prendre quelqu'un la main dans le sac, Le surprendre au moment où il commet un vol ou quelque infidélité en affaire d'intérêt, en sorte qu'il ne puisse nier sa culpabilité.

Fig. et fam., Prendre quelqu'un sans vert, Le prendre au dépourvu. Voyez VERT.

Fig., Prendre quelqu'un au pied levé, Vouloir l'obliger à faire quelque chose sur-le-champ.

Il signifie aussi Lui poser une question inattendue, sans lui donner le temps de se reconnaître.

Fam., Prendre quelqu'un au saut du lit, L'aller trouver dès le matin, afin de ne pas le manquer.

L'orage, la pluie nous prit en chemin, Nous surprit en chemin.

La fièvre l'a pris tel jour, Tel jour il a été atteint de la fièvre, il a commencé d'avoir la fièvre. On dit de même L'accès le prit à telle heure. On dit de même La frayeur, la colère, l'ennui, l'enthousiasme, etc., le prit.

PRENDRE signifie aussi Attaquer, aborder. Prendre une armée de flanc. Prendre son ennemi par derrière. Prendre quelqu'un en traître, en trahison.

Il se dit aussi en parlant des Aliments, des boissons, des médicaments solides ou liquides, et signifie Manger, boire, avaler, absorber. Prendre deux repas par jour. Prendre des aliments. Prendre un bouillon, un verre de vin. Je n'ai rien pris de la journée. Ne sortez pas sans avoir pris quelque chose. Prendre un médicament. Prendre médecine. Prendre de la tisane, une tasse de thé.

Prendre du poison, S'empoisonner.

PRENDRE se dit aussi en parlant de Certaines choses autres que les aliments ou les boissons, et dont on fait usage pour sa santé, pour son agrément, etc. Prendre un lavement. Prendre un bain, une douche, un tub.

Prendre l'air, Sortir d'un lieu où l'on était enfermé pour aller dans un endroit découvert; et, par extension, Sortir de la ville pour aller passer quelque temps à la campagne. Il signifie, figurément et familièrement, S'évader. On voulut l'arrêter, mais il avait pris l'air.

Prendre le frais, Respirer la fraîcheur de l'air.

Prendre du repos, Cesser de travailler, d'agir, se reposer.

Dans les Maisons religieuses, Prendre la discipline, Se donner la discipline. Ces religieuses prenaient la discipline deux fois la semaine.

PRENDRE se dit aussi en parlant des Maladies dont on est atteint par contagion. Il a pris la peste, la fièvre jaune, le typhus. C'est d'un tel qu'il a pris la grippe.

Il se dit aussi de Certaines conditions du corps. Il prend de l'embonpoint. Il prend du ventre. Prendre des forces.

Prendre chair, S'incarner.

Prendre de l'âge, Avancer en âge, vieillir. On dit, en parlant des Chevaux qui entrent dans leur quatrième, dans leur cinquième année Ce cheval prend quatre ans, cinq ans.

Prendre une posture, une attitude, Placer son corps d'une certaine manière. Il prit une attitude imposante. Vous avez pris une posture bien gênante.

En parlant d'un Cheval, Prendre le trot, le galop, Se mettre à trotter, à galoper. Ce cheval a pris le galop tout à coup.

Prendre son élan, Se donner un certain mouvement du corps en courant, pour s'élancer ensuite avec plus de force. Il a sauté le fossé sans prendre son élan.

Fig., Prendre son vol, son essor, se dit de Quelqu'un qui commence à faire carrière, à réussir.

PRENDRE signifie aussi Contracter, adopter. Il prend de mauvaises habitudes. Il a pris un ton insupportable, des manières ridicules, des airs impertinents. Il prit un ton sévère, un air sévère pour lui parler. Prendre un goût, une odeur, une couleur, une consistance.

Fam., Cet homme prend des airs, prend de certains airs, Il affecte des manières, un ton qui ne lui conviennent point.

Cette affaire prend un bon tour, un mauvais tour, Au cours qu'elle prend, il y a lieu de présumer qu'elle réussira, qu'elle ne réussira pas. On dit plutôt aujourd'hui : Cela prend une bonne, une mauvaise tournure.

Prendre la fuite, S'enfuir.

Prendre de l'avance, Gagner du terrain. Il signifie figurément Arriver à être en avance dans son travail.

Prendre la liberté de faire une chose, Prendre sur soi de la faire. Il s'emploie ordinairement par civilité. J'ai pris la liberté de vous écrire.

Prendre des libertés, Agir trop librement, peu décemment avec quelqu'un. Il prend avec vous d'étranges libertés. Il se dit particulièrement d'Actions, de gestes trop libres auprès des femmes. On dit de même : Prendre des licences, des privautés.

Ce vêtement, cette étoffe a pris son pli, Les plis qui y sont y demeureront toujours.

Fig., Cet homme a pris son pli, Il a contracté des habitudes difficiles à détruire, il est incorrigible. Ce jeune homme a pris un bon pli, un mauvais pli; Il est déjà tout formé aux habitudes du bien ou du mal.

Prendre le sel se dit en parlant des Viandes qu'on sale et signifie Se pénétrer de sel. La viande prend mieux le sel quand elle est fraîche.

Prendre l'eau, S'imprégner d'eau. Ces souliers prennent l'eau. Son bateau prend l'eau.

PRENDRE se dit encore en parlant de Titres, de qualités, de noms, que l'on se donne, que l'on emploie en parlant de soi. Il prit le titre de comte. Il prit un nom qui ne lui appartenait pas.

PRENDRE signifie aussi Acquérir, acheter. Je prendrai tout à six francs pièce. Vous en demandez trop cher : je ne le prendrai pas. Je lui ai pris en bloc, en gros toute sa marchandise. Si vous voulez me donner ce drap à tel prix, j'en prendrai dix pièces. Absolument, C'est à prendre ou à laisser.

Il se dit aussi en parlant du Prix qu'on demande, qu'on perçoit pour quelque chose que ce soit. Ce marchand prend vingt francs du mètre de ce drap. On m'a pris mille francs pour ce travail. Il n'a rien voulu prendre pour sa peine. On prend tant de droit d'entrée sur cette denrée. On prend tant sur chaque barrique de vin, pour chaque boeuf.

Il signifie encore Recevoir, accepter. Rien n'avait été convenu entre nous : il a pris ce que je lui ai donné. Prenez ceci à compte sur ce qui vous revient. Ce train prend des voyageurs de toutes classes.

Prendre les choses comme elles viennent, Les recevoir avec indifférence, sans se mettre en peine des suites qu'elles peuvent avoir. Prendre les hommes comme ils sont, S'en accommoder, quelle que soit leur humeur, leur caractère. Prendre le temps comme il vient, Ne s'inquiéter de rien, s'accommoder à tous les événements.

Prendre légèrement quelque chose, S'en accommoder sans y attacher grande importance.

Prendre des leçons, Recevoir des leçons. Il prend aujourd'hui sa première leçon de philosophie.

Prendre l'ordre, Recevoir l'ordre de celui qui doit le donner. On dit plutôt dans le même sens : Prendre les ordres de quelqu'un.

PRENDRE signifie aussi Emprunter, tirer de. il a pris cela dans Cicéron, dans Virgile. Il a pris l'idée de cette tragédie dans un vieux roman. C'est un mot que nous avons pris du latin. Cette ville a pris son nom du fleuve qui la traverse.

Fam., Où avez-vous pris cela? Qui vous a dit cette nouvelle? qui vous fait avoir cette pensée? On dit de même : Où avez-vous pris que le voulais, que je voulusse vendre ma maison? Où va-t-il prendre tout ce qu'il dit?

PRENDRE se dit aussi en parlant des Personnes que l'on engage, ou avec lesquelles on s'engage, sous certaines conditions. Prendre un domestique, une femme de chambre, une cuisinière, un chauffeur, etc. Prendre un ouvrier, des ouvriers à la tâche, à la journée. Prendre un garçon de magasin, un employé. Prendre un précepteur, une gouvernante pour ses enfants. Prendre un apprenti. Prendre un associé.

Prendre une femme, Choisir une femme et l'épouser. Il a pris une femme dont on ne saurait dire trop de bien.

Prendre femme, Se marier. Il a pris femme à quarante ans.

PRENDRE se dit aussi en parlant des Personnes que l'on va joindre en quelque endroit, pour se rendre ailleurs avec elles. J'irai vous prendre à deux heures précises. Il est venu me prendre pour aller au théâtre. Je vous prendrai en passant. Je vous ramènerai où je vous ai pris.

Il signifie aussi Emmener avec soi. Le capitaine prit trente hommes pour faire cette reconnaissance.

Il se dit encore en parlant des Personnes que l'on recueille, à qui on donne l'hospitalité. Je l'ai pris chez moi. Il eut la bonté de prendre chez lui toute cette famille.

PRENDRE signifie aussi Ôter, retirer, retrancher une partie d'un tout. Prendre dix mille francs sur une succession. On prendra cette somme, cette dépense sur tel fonds. Il a pris mille francs d'avance sur son traitement. J'ai pris la moitié, le quart de cette somme. Il a pris sa part de la récolte.

Fam., Il a pris sa bonne part de la fête, du plaisir, Il y a beaucoup participé, il s'est fort amusé.

Intransitivement, Prendre sur sa nourriture, sur sa dépense, sur son nécessaire, etc., Retrancher de sa nourriture, de sa dépense ordinaire, etc., pour subvenir à autre chose. Il prend sur son nécessaire pour donner aux pauvres. On dit de même : Prendre sur son sommeil pour travailler.

PRENDRE signifie aussi Se charger d'une chose, entrer en possession, en jouissance d'une chose à certaines conditions. Prendre une somme en dépôt. Prendre des terres à terme. Prendre un logement, un appartement à loger, ou simplement, Prendre un logement, un appartement. J'ai pris une chambre, un pied-à-terre dans cette maison.

Prendre une affaire à ses risques et périls, S'en charger pour son compte, sans garantie, et en risquant même d'y perdre.

Prendre une affaire à forfait, S'en charger pour un prix convenu, qu'il y ait de la perte ou du gain.

Prendre un ouvrage à la tâche, S'en charger à raison de tant pour tel ou tel travail, pour telle ou telle quantité.

Prendre une somme à intérêt, L'emprunter à condition d'en payer les intérêts.

Prendre un intérêt dans une affaire, dans une entreprise, Contribuer de ses fonds à une affaire, à une entreprise dont on partagera le profit ou la perte.

Prendre quelqu'un sous sa protection, Se charger de le protéger, de le défendre.

Prendre un engagement, Contracter un engagement.

Prendre quelque chose sur soi, En répondre, s'en charger; Faire quelque chose de son chef, sans y être autorisé. Cela passe un peu mes pouvoirs, mais je le prends sur moi. Ne vous inquiétez pas, je prends cela sur moi, je prends tout sur moi. Je prends sur moi de le faire. Je prends sur moi la faute, J'en accepte la responsabilité.

Prendre sur soi signifie aussi, intransitivement, Se retenir, se faire violence, se contraindre. J'ai pris sur moi pour ne pas lui répondre. Cet homme était d'un caractère emporté, il a compris la nécessité de prendre sur lui.

Prendre trop sur soi, Se surcharger, vouloir faire plus qu'on ne peut.

En termes militaires, Prendre ses quartiers d'hiver, S'établir dans ses quartiers d'hiver. Il se dit aussi de Quelqu'un qui s'installe dans l'endroit où il compte passer l'hiver.

PRENDRE signifie aussi Choisir, préférer, adopter de préférence, se décider pour. Je ne veux point de cette étoffe, je prends celle-ci. Je ne sais quel livre prendre. Vous avez à choisir, que prendrez-vous? Il faut prendre du plus beau bois pour faire ce meuble. Il a pris là un métier fort rude. Vous prenez le bon parti, le bon moyen.

Prendre le haut bout, Choisir la place la plus honorable.

Prendre des mesures, prendre ses mesures, Employer des moyens pour faire réussir une chose. Cet homme a réussi dans son dessein, il avait bien pris ses mesures. Prendre de bonnes, de justes mesures. Prendre de fausses mesures.

Prendre ses précautions, ses sûretés, Prendre les moyens nécessaires pour ne pas tomber dans un danger, pour ne pas éprouver un dommage.

Prendre une résolution, une détermination, Se résoudre, se décider à quelque chose. On dit dans le même sens Prendre un parti.

Prendre son parti, Se résoudre, se décider, choisir un moyen, un expédient dans une affaire difficile et douteuse. Il est quelquefois nécessaire de prendre son parti sur-le-champ. Il signifie aussi Prendre son extrême et dernière résolution. Il est inutile de lui parler davantage de cette affaire, il a pris son parti.

Prendre son parti, en prendre son parti, Se résigner à ce qui doit arriver. Voyant qu'il ne pouvait pas guérir, il prit son parti et se disposa à la mort.

Prendre les ordres, Entrer dans les ordres.

Prendre jour, prendre date, Choisir un jour, une date. Nous avons pris jour pour régler cette affaire.

PRENDRE se dit particulièrement de Ceux qui voyagent, qui cheminent, et signifie Choisir une route, un chemin, s'y mettre en marche. Vous avez pris la route la plus longue, la plus courte. Prendre la voie de terre. Prenez ce chemin, cette rue, ce sentier. Il a pris le chemin de l'église. Prenez la première rue, la seconde rue à droite, à gauche.

Prendre la file, Suivre la file.

Prendre le plus long ou le plus court ou, intransitivement, Prendre par le plus long ou par le plus court, S'engager dans le chemin le plus long ou le plus court.

Prendre sa droite, sa gauche, Se porter sur le côté de la route que l'on a à sa droite, à sa gauche.

Intransitivement, Prendre à droite, à gauche, Entrer dans le chemin qui est à droite, à gauche. Prenez par ici, par là, Allez par ce chemin-ci, par ce chemin-là.

Intransitivement, Prendre à travers champs à travers les terres labourées, Aller directement, sans suivre de chemin frayé.

Prendre le chemin de fer, prendre le train, Prendre le paquebot, Aller par le chemin de fer, par le train, par le paquebot. On dit dans le même sens : Prendre un cheval, une voiture, un bateau, une automobile, un avion.

Fig., Prendre la bonne voie, la mauvaise voie, Se porter au bien, se porter au mal. Il signifie aussi Se servir de bons ou de mauvais moyens pour faire réussir quelque affaire. Il a pris une bonne voie, une mauvaise voie pour parvenir à son but. On dit dans le même sens : Prendre les voies de la douceur, de la rigueur, etc. La voie que vous prenez n'est pas bonne, n'est pas honnête.

Fig., Prendre le chemin de se ruiner, de faire fortune, Faire ce qu'il faut pour se ruiner, pour s'enrichir. Il veut faire fortune, il n'en prend pas le chemin.

Prendre les devants, prendre le devant, Partir avant quelqu'un; et, figurément, Le prévenir, le devancer, le gagner de vitesse dans une affaire.

Prendre le pas sur quelqu'un, Passer devant lui pour. le précéder. Prendre le pas s'emploie aussi figurément et signifie Passer avant. L'ambition a pris le pas sur ses autres passions.

PRENDRE se dit aussi en parlant des Étoffes, pour marquer la Façon dont on les coupe, dont on les emploie. Le tailleur a mal pris cette étoffe. Prendre une étoffe de droit fil, de biais. Prendre une étoffe du bon, du mauvais côté, du bon, du mauvais biais. Il se dit aussi en parlant de Viandes que l'on découpe. Vous coupez mal ce morceau; vous n'avez pas pris le sens.

Fig., Prendre une affaire à contre-poil, La prendre dans un sens contraire à celui qui serait convenable.

Fig., Prendre bien, prendre mal une affaire, L'engager, la conduire bien ou mal. Il a mal pris son affaire, voici comme il fallait la prendre, L'affaire n'a pas réussi, parce qu'on ne l'a pas bien prise. On dit dans le même sens : Prendre une affaire du bon, du mauvais biais.

Fig., Prendre une chose du bon, du mauvais côté, La voir, la considérer, l'interpréter dans un sens favorable ou défavorable.

PRENDRE signifie, au figuré, Entendre, comprendre, concevoir, expliquer, interpréter, considérer d'une certaine manière. Les commentateurs prennent ce passage en des sens très opposés. Prendre une chose à contresens. Vous avez mal pris la chose. À bien prendre la chose, vous devez être plus content que fâché de cet arrangement. Il a bien pris ce qu'on lui a dit de votre part. Vous prenez mal mes paroles. Prendre une affaire à rebours, de travers. Ce mot se prend dans telle signification. Cet adjectif se prend quelquefois substantivement.

Prendre quelque chose en bonne part, en mauvaise part, En être content ou mécontent, recevoir bien ou mal ce qu'on nous dit, ce qu'on nous fait, le trouver bon ou mauvais. On dit de même : Ce mot peut se prendre en bonne part, en mauvaise part, Il est susceptible d'une bonne, d'une mauvaise interprétation.

Prendre pour soi un reproche, une plainte, etc., S'en faire l'application. Ne prenez pas pour vous cette critique.

Prendre une chose à la lettre, au pied de la lettre, L'expliquer exactement selon le sens littéral, selon le propre sens des paroles. Il ne faut pas toujours prendre les choses au pied de la lettre. Vous prenez trop à la lettre ce qu'on vous a dit. On dit à peu près dans le même sens : Prendre les choses à la rigueur, en toute rigueur, Trop à la lettre sans modification.

Prendre en riant quelque chose, Ne s'en point fâcher, n'en faire que rire. Prendre sérieusement une chose, L'entendre comme si elle avait été dite sérieusement. Prendre sérieusement ou Prendre au sérieux une chose signifie aussi La regarder comme une chose d'importance qui mérite attention, considération.

PRENDRE signifie aussi, figurément, Adopter, soutenir avec chaleur. Il a pris ma défense. J'ai pris ses intérêts. J'ai pris son parti.

Prendre parti pour quelqu'un, Se déclarer pour lui et, dans le sens opposé : Prendre parti contre quelqu'un.

En termes de Procédure, Prendre le fait et cause de quelqu'un ou Prendre fait et cause pour quelqu'un, Intervenir dans une cause pour lui. Il se dit figurément dans le langage courant et signifie Prendre la défense de quelqu'un.

PRENDRE se dit aussi en parlant des Sentiments, des passions, des affections et des répugnances que l'on éprouve. Prendre du plaisir, prendre son plaisir à quelque chose. Prendre plaisir à quelque chose. Prendre de l'humeur, du dépit de quelque chose. Prendre de l'amitié pour quelqu'un. Prendre intérêt à quelqu'un, à quelque chose. On dit dans le même sens : Prendre quelqu'un en amitié, en affection, en aversion, en haine, en grippe. Prendre quelque chose en dégoût.

Prov., Chacun prend son plaisir où il le trouve, À chacun son goût.

Prendre quelqu'un en pitié, Avoir pour lui de la compassion ou du dédain, suivant la circonstance. Prendre le mal d'autrui en pitié, En être touché.

Prendre son mal en patience, Le souffrir patiemment.

PRENDRE signifie aussi Obtenir, recueillir. Prendre un congé. Prendre l'avis de quelqu'un, Prendre conseil d'un avocat.

Prendre congé de quelqu'un, Lui faire, avant de partir, les adieux qu'exige la politesse.

Prendre des renseignements, des informations, Se faire donner des renseignements sur un fait et sur ses circonstances, sur une personne, sur sa conduite, sur sa capacité, etc. On dit à peu près dans le même sens : Prendre connaissance d'une chose, d'un fait.

Prendre des notes, prendre un croquis, prendre un plan, prendre une photographie, Rédiger des notes, dessiner un croquis, relever un plan, faire une photographie.

Prendre ses avantages, Profiter, tirer avantage des occasions qui se présentent. Il sait bien prendre ses avantages : On dit de même Cet homme prend avantage de tout.

Prendre la haute main dans une affaire, Y prendre la principale autorité.

Prendre des inscriptions, ses inscriptions en médecine, en droit, etc., S'inscrire pour faire ses études de médecine, de droit, etc.

Prendre ses degrés, ses grades, Obtenir les titres de bachelier, de licencié, etc. On dit de même : Prendre sa licence, son doctorat.

Prendre le dessus se dit d'une Personne dont la santé, le moral, etc., commencent à se rétablir. Il a été longtemps malade, mais il commence à prendre le dessus. Après une si cruelle épreuve, il a peine à prendre le dessus.

En termes de Jeu, Prendre sa revanche, Jouer une seconde partie pour compenser ce qu'on a perdu à la première. Il a perdu la première partie et a pris sa revanche.

Prendre sa revanche signifie, dans le langage courant, Regagner un avantage qu'on avait perdu ou l'équivalent. Ce général avait été battu l'année précédente, mais il prit sa revanche. Prendre une belle revanche, une facile revanche.

Prendre la mesure, les dimensions d'un objet, Voir quelles sont les dimensions d'un objet, le mesurer.

On dit dans un sens analogue : Prendre la température, la tension artérielle d'un malade.

Prendre les avis, les voix, Recueillir les avis, les voix.

Prendre la parole, Parler, faire un discours dans une assemblée. Le premier qui prit la parole fut... Une fois la proposition faite, un tel prit la parole.

Prendre le plaisir de la chasse, de la pêche, de la promenade, etc., Se livrer au divertissement de la chasse, de la pêche, de la promenade, etc. Prendre un divertissement, Se divertir, s'amuser à quelque chose.

PRENDRE s'emploie encore, tant au propre qu'au figuré, dans un grand nombre de locutions où sa signification varie, et ne peut se rapporter que difficilement aux acceptions précédemment indiquées.

Fig., Prendre quelqu'un au mot, Se hâter d'accepter une offre, une proposition qui vous est faite.

Prendre quelqu'un à part, Le séparer des personnes présentes, pour l'entretenir en particulier.

Prendre du délai, prendre du temps, Retarder l'exécution de quelque chose.

Prendre du temps se dit aussi des Choses dont l'exécution exige du temps. Ce travail m'a pris beaucoup de temps.

Prendre le temps de faire quelque chose, Employer pour faire une chose tout le temps qui est nécessaire. Prenez un an, s'il le faut, pour achever ce travail.

Prendre son temps, Faire une chose à loisir, ne pas se presser. Il signifie aussi Se servir du moment favorable pour faire réussir quelque chose. Je prendrai mon temps pour cela.

Prendre le temps de quelqu'un, Attendre le moment qui convient à quelqu'un dont on a besoin. Je prendrai votre temps. On dit plutôt aujourd'hui : Je prendrai votre jour et votre heure. Dans un autre sens, Prendre le temps de quelqu'un, Lui faire perdre son temps.

Prendre une chose en considération, Faire attention à une chose, la mettre en quelque sorte à part pour la considérer et en tenir compte. On prendra cet article, cette demande en grande considération.

Le prendre de haut, de très haut, Parler avec arrogance. On dit de même Vous le prenez sur un ton que je ne puis admettre.

En parlant d'un Récit, Prendre la chose de plus haut, Remonter aux choses qui ont précédé celles qu'on raconte ou qu'on vient de raconter. Vous ne nous avez pas appris l'origine, les causes de cet événement; prenez la chose de plus haut.

Fig. et fam., Prendre la mouche, Se fâcher, s'irriter tout à coup, pour un léger sujet, mal à propos.

Prendre un siège, S'asseoir.

Prendre le lit, S'aliter, se coucher pour cause de maladie.

Ce fleuve, cette rivière prend sa source en tel endroit, Ce fleuve, cette rivière commence à couler en cet endroit. On dit aussi : Cette rivière prend son cours vers le nord, Elle coule dans la direction du nord.

En termes de Chasse, Prendre le change se dit des Chiens, lorsqu'ils quittent la bête qui a été lancée, et qu'on appelle la bête de meute, pour en courir une autre.

Fig., Prendre le change sur un objet, dans une affaire, Se tromper sur un objet, dans une affaire. Faire prendre le change à quelqu'un, Le tromper, l'induire en erreur.

En termes de Chasse, Prendre le vent, Aller à la rencontre du gibier.

Fig., Prendre le vent, Chercher la direction dans laquelle il serait habile d'agir, se déterminer adroitement.

En termes de Marine, Prendre un chargement, prendre du monde, des troupes, des passagers, etc., Les mettre, les recevoir à bord. Prendre le vent sur un bâtiment, Se mettre entre ce bâtiment et le point d'où le vent souffle. Prendre la mer, Commencer un voyage sur mer. Prendre la haute mer, prendre le large, S'éloigner du rivage, gagner la haute mer. Prendre terre, prendre port en quelque terre, Y aborder, y débarquer. Prendre la hauteur du soleil, Observer avec un instrument, principalement à l'heure de midi, l'élévation du soleil au-dessus de l'horizon. Absolument, Prendre hauteur, Mesurer la distance d'un astre ou de tout autre objet, à l'horizon. Prendre des ris, Raccourcir les voiles par en haut, au moyen des ris. Prendre le vent, en parlant d'une Voile, Être gonflée par le vent. Etc.

Fig. et fam., Prendre le large, S'enfuir.

En termes de jeux de Cartes, Prendre des cartes, Changer une ou plusieurs des cartes de son jeu pour autant de cartes du talon. Jouer sans prendre, se dit de Celui qui entreprend de jouer sans appeler une autre carte.

PRENDRE se construit avec la préposition À dans diverses locutions particulières :

Prendre à témoin, Invoquer le témoignage de quelqu'un, le sommer de déclarer ce qu'il sait. Je les prends à témoin de la violence, de l'insulte que cet homme vient de me faire. Je prends Dieu à témoin de ce que je dis.

Prendre à partie, Attaquer en justice un homme qui n'était pas d'abord notre adversaire. Vous vous opposez à l'exécution de l'arrêt que j'ai obtenu contre un tel, je vous prends à partie. On dit, par extension, Prendre quelqu'un à partie, Lui imputer quelque chose, lui reprocher une chose dont on se plaint, l'en rendre responsable.

Prendre un juge à partie, Se plaindre en justice d'un juge, intenter une action contre lui. Il demande à prendre ce juge à partie.

Prendre une chose à coeur, S'en affecter, y être vivement sensible. Vous prenez cela trop à coeur.

Prendre une chose à tâche, Chercher et employer tous les moyens de faire une chose. Il semble avoir pris à tâche de me contrarier.

PRENDRE se construit aussi avec la préposition Pour et signifie Considérer comme, traiter comme.

Prendre une personne pour une autre, Croire qu'une personne en est une autre. La mère de Darius prit Éphestion pour Alexandre. On dit de même Prendre une chose pour une autre.

Fam., Prendre quelqu'un pour un autre, En juger autrement qu'il ne faut. Vous croyez que c'est un habile homme, vous croyez que c'est un sot; vous le prenez pour un autre. Vous voulez me faire votre dupe; vous me prenez pour un autre.

Fam., Pour qui me prenez-vous? Vous me jugez mal, vous vous méprenez sur mon compte.

Prendre un homme pour une dupe, Le regarder comme un homme facile à tromper.

Prendre quelqu'un pour dupe, Le tromper, le duper. Il a fait un mauvais marché, on l'a pris pour dupe, il a été pris pour dupe.

Prendre pour bon, Croire. Il se dit ordinairement dans un sens ironique. Il prend pour bon tout ce qu'on lui débite, tous les contes qu'on vient lui faire.

Fig. et fam., Il a pris ce qu'on lui a dit pour argent comptant, Il a cru trop facilement ce qu'on lui a dit; il a fait trop de fond sur de simples apparences.

PRENDRE se construit avec la conjonction Que, dans le sens de Supposer que, admettre que : Prenons que les choses se sont passées ainsi. Prenez que je n'ai rien dit. On dit plutôt aujourd'hui : Mettons, mettez que.

PRENDRE se construit avec un substantif non précédé de l'article dans un grand nombre de locutions particulières qui équivalent souvent à un seul verbe, et dont la plupart expriment un commencement d'action ou d'état. Prendre racine. Prendre feu. Prendre couleur. Prendre forme. Prendre consistance. Prendre corps. Prendre place. Prendre rang. Prendre séance. Prendre peine, Prendre contact. Prendre tournure. Prendre position. Prendre haleine. Prendre pied. Prendre langue. Prendre mesure. Prendre note. Prendre acte. Prendre jour. Prendre naissance. Prendre fin. Prendre possession. Prendre patience. Prendre courage. Prendre plaisir. Prendre pitié. Prendre soin. Prendre garde. Prendre prétexte. Prendre occasion. Prendre parti. Prendre goût. Prendre exemple. Prendre fait et cause. Prendre part. Prendre intérêt à quelqu'un, à quelque chose. Etc. Voyez RACINE, FEU, COULEUR, FORME, CONSISTANCE, ETC.

PRENDRE s'emploie aussi comme verbe intransitif et signifie S'enraciner, pousser, croître. La vigne ne prend pas dans cette région. Il y a des plantes qui prennent également en toute sorte de pays; il y en a d'autres qui ne prennent qu'en de certaines terres.

Fig., Prendre, ne pas prendre; prendre bien, prendre mal se dit d'un Ouvrage de l'esprit, d'une proposition, d'un compliment, etc., qui a réussi, ou qui n'a pas réussi. Ce livre, cette pièce de théâtre n'a pas pris. Votre proposition a pris. Cela prend bien, cela ne prend pas, cela prend mal. Cette plaisanterie n'a pas pris. L'argument ne prend pas sur nous. Cette mode n'a pas pris. Ces manières-là ne prendront pas avec nous. Il se dit aussi en parlant des Personnes. Ce jeune homme a bien pris dans le monde.

PRENDRE, intransitif, signifie aussi Adhérer, s'attacher, produire son effet. Cette couleur ne prend pas. L'encre ne prend pas sur le papier huilé. Les vésicatoires ont pris, ont bien pris. Les sangsues n'ont pas pris. Le feu a pris à cette maison, à ce magasin. Le feu commence à prendre.

Il se dit également de Ce qui fait une impression trop forte à la gorge, au nez. Cette odeur est trop forte, elle prend à la gorge.

Il se dit aussi de Ce qui se gèle, se coagule, s'épaissit, se solidifie. La rivière a pris cette nuit. Mettez de la présure dans ce lait, pour qu'il prenne. Vos confitures ont mal pris. Cette gelée ne prendra pas. Ces glaces n'ont pas bien pris. On dit aussi Le fleuve était entièrement pris. Il se dit encore de Ce qui contribue à un bon ou à un mauvais résultat. Bien lui a pris d'avoir été averti à temps. Il lui prendra mal un jour d'avoir montré tant d'insouciance. Dans cette acception, il s'emploie aussi avec la particule En. S'il ne se corrige, il lui en prendra mal. Après ce qu'il avait fait, bien lui en prit d'avoir des protecteurs.

La fièvre, la goutte lui a pris, Il a été atteint de la fièvre, de la goutte. On dit impersonnellement dans le même sens : Il lui prit une colique, un mal de dents, une sueur froide, une faiblesse, etc.; et figurément, Il lui prit une fantaisie, un dégoût; il lui prend des accès d'humeur. Qu'est-ce qui vous prend? Qu'avez- vous?

SE PRENDRE signifie S'attacher, s'accrocher. Un homme qui se noie se prend à tout ce qu'il peut. Ma robe s'est prise à un clou, à une épine. Il s'est pris à un clou et sa manche a été toute déchirée.

Fig., Ne savoir où se prendre, à quoi se prendre, Ne savoir à quoi s'attacher, à quoi recourir.

Se prendre à quelqu'un, Le provoquer, l'attaquer. Il ne faut pas se prendre à plus fort que soi.

S'en prendre à quelqu'un, Lui attribuer quelque faute, vouloir l'en rendre responsable, lui en donner le tort. On s'en prend à moi, comme si j'étais pour quelque chose dans cette affaire. Si les choses Ont mal tourné, ne vous en prenez qu'à vous-même. Je m'en prendrai à vous de tout ce qui pourra arriver.

S'y prendre bien, s'y prendre mal, Mettre plus ou moins d'adresse à ce qu'on fait; Employer de bons ou de mauvais moyens pour réussir dans une affaire. On dit de même : S'y prendre comme il faut. S'y prendre adroitement, maladroitement, gauchement. Ne savoir comment s'y prendre.

Se prendre à, Commencer, se mettre à. Elle se prit à rire. Elle se prit à pleurer.

Se prendre de querelle avec quelqu'un, Se quereller, avoir un démêlé avec lui. On dit dans le même sens, figurément et familièrement : Ils se sont pris de bec.

Se prendre d'amitié, se prendre d'aversion pour quelqu'un, Concevoir de l'amitié, de l'aversion pour quelqu'un. On dit de même Se prendre d'une belle passion pour quelqu'un.

SE PRENDRE signifie aussi Se contracter, en parlant de Maladies. La grippe se prend très facilement en cette saison.

Il se dit aussi des Liquides qui se figent, se solidifient. L'huile se prend quand on la tient dans un endroit froid. Le sirop se prendra bientôt.

Le participe passé PRIS précédé de l'adverbe bien s'emploie comme adjectif et signifie Bien fait, bien proportionné. Une personne bien prise dans sa taille. Il est petit, mais il est bien pris dans sa taille. On dit dans le même sens : Avoir la taille bien prise, être de taille bien prise. On dit aussi Ce cheval est bien pris, Il a le corsage bien fait.

Être pris de vin, Avoir trop bu, s'être enivré.

À TOUT PRENDRE, loc. adv. En considérant le pour et le contre, en compensant le bien et le mal. Il est vif, impatient; mais, à tout prendre, c'est un homme estimable. Cette maison a ses défauts; mais, à tout prendre, elle peut vous convenir.

AU FAIT ET AU PRENDRE, loc. adv. Au moment de l'exécution, quand il est question d'agir, de parler, etc. Quand ce fut au fait et au prendre. Quand on en vint au fait et au prendre. On le disait plein d'intelligence; mais, au fait et au prendre, il n'est bon à rien.

prendre

Prendre, Accipere, Acceptare, Capere, Captare, Excipere, Prendere, Prehendere, Comprehendere, Percipere, Sumere, Desumere.

Prendre et appliquer à soy, Asciscere.

Prendre en sa main quelque chose, Inuolare.

Prendre en cachette, Surripere.

On n'en sçait par où prendre, Non pes, non caput apparet. B.

Prendre une chose hastivement et soudainement, Corripere.

Prendre premier qu'un autre, Praeripere.

Souvent prendre, Sumptitare.

Prendre et ravir, Deripere, Diripere.

Je ne me puis tenir que je ne te prenne aux cheveux, Vix me contineo quin inuolem in capillum.

Prendre rudement, Arripere.

Prendre par la main, Manu prehendere.

Prendre par derriere, Reprehendere.

Prendre devant que de faire quelque chose, Praesumere.

Prendre devant qu'un autre, et le premier, Occupare.

Ne prendre l'autruy, Cohibere manus ab alieno.

Prendre biens meubles par execution, Auferre pignora.

Prendre à soy, Assumere,

Ceux qui ont prins à toutes mains. Conciliatores pecuniarum. B.

Prendre le tout à soy, Attribuere tibi soli.

Il leur a commandé de prendre les biens pour eux, Bona sibi habere iussit.

Tu n'en prendras point ta part, Partem tibi ab eo cui est, non indipisces.

Prendre un homme pour payer au lieu d'un autre, Debitorem agnoscere.

Prendre un homme au corps, Iniicere manum homini. B.

Il a esté prins au corps par faute de payement, Quum iudicatum non faceret, addictus Hermippo, et ab hoc ductus est. Budaeus ex Cicerone.

Prendre prisonnier, Excipere incautum.

Prendre en presens, Accipere aliquid in muneribus.

Tu es si povre, que je pense que tu oserois bien prendre la viande du milieu de la flamme, Petere e flamma te cibum posse arbitror.

O comment il s'est prins, et mis és rets luy mesme par son premier plaidoyer? Quemadmodum sese induit priore actione.

Incontinent qu'elle est prinse, etc. A volatura ita vt capitur, farturae destinatur.

Celle qui fait coustume de prendre, Acceptrica. Plaut.

Qui prend ou reçoit, Acceptor.

Prendre sur les chemins les lettres qu'on portoit à aucun, Literas intercipere.

Prendre d'aucun quelque chose à la charge de l'acquitter et payer pour luy, Permutare aliquid aere alieno alterius.

Faire crier qu'un chacun prenne les armes, et qu'on s'assemble, Euocare ad arma.

Esperance leur avoit esté cause de prendre les armes, Spes eos armauerat.

¶ Avoir et prendre pour remede, In remediis habere.

¶ Prendre quelqu'un avec soy pour cheminer, Emmener avec soy, Aliquem tollere.

¶ Prendre et assigner jour pour tuer aucun, Destinare diem necis alicui.

Prendre et arrester jour pour faire nopces, Diem dicere nuptiis.

¶ Prendre le double de quelque escriture, Exscribere.

Prendre par escrit, et recueillir ce qu'aucun dit, Excipere.

Prendre adjoinct, Cooptare subscriptorem. B.

¶ Prenez courage, Parate animos.

Prendre force, Robur capere.

Prendre chair, Ire in corpus, id est, corpulentum fieri. Budaeus ex Quintil.

Prendre son sel, Combibere. B. ex Columel.

¶ Prendre par force, Occupare.

¶ Prendre entre plusieurs celuy qui est le plus convenable à faire ce qu'on veut faire, Deligere.

¶ Prendre à sa charge, Rem periculi sui facere. B. ex Triphonio.

Prendre en sa charge et en sa defense, Aliquem suscipere et tueri.

Prendre la cause, Causam totam complecti.

Prendre les procez et affaires d'aucun en main, Eius causas suscipere. Liu. lib. 23.

Prendre la cause, garentie et defense, Penitus in causam descendere, vel sese submittere, Liti vt suae se opponere, Agnoscere litem vt suam, Litem suam facere, eiusque euentum recipere ac praestare, Vindicem se causae offerre, euentumque iudicij praestaturum. B.

Le garent doit prendre la cause, et en porter le faiz, Suscipere in se litem author debet, euentumque praestare. B.

Se joindre ou prendre la cause pour faire plaisir à autruy, et non pour soy- mesme, Personam suam in lite aliena adumbrare loco beneficij. Bud.

Prendre à defendre les affaires d'aucun, Negotia atque controuersias alicuius suscipere, Patrocinium suscipere.

Prendre fort à coeur, Grauiter aliquid aduertere.

Prendre à compagnon, In societatem accipere, Asciscere sibi socium.

Pren moy pour tiers compagnon en amitié, Ascribe me tertium in amicitiam.

Prendre aucun pour juge, Iudicem capere.

Prendre la personne de juge, Induere personam iudicis.

Prendre arbitre, Arbitrum sumere.

Prendre le juge pour arbitre et s'accorder à luy, Iudicem de controuersia sumere.

Prendre terre, c'est faire chemin, et aller outre, gaigner chemin. au 3. liu. d'Amadis chap. 6. Allez à tous les diables, qu'ils vous traictent aussi chaudement que vous en avez traicté d'autres depuis huit jours en ça, et ne laissez pas de prendre terre, car celles que vous avez si long temps tenuës par force demeureront de leur gré avec moy.

Prendre à tesmoing, Attestari, Testes facere.

Prendre quelqu'un pour maistre et enseigneur, Capere magistrum ad rem aliquem.

Prendre à fils, Arrogare aliquem in filium, Adoptare.

Prendre à femme, et mener en sa maison, Ducere vxorem.

Prendre quelqu'un pour exemple, Documento habere aliquem.

Je ne prendray pour excuse ce que tu dis que tu n'y estois point, Non sum auditurus, Non eram.

Prendre heritage en payement pour le pris qu'ils sont estimez valoir, Praedia in aestimationem accipere.

Prendre à caution et pour pleige, Accipere aliquem vadem pro alio.

Prendre le serment, Adigere sacramento. B.

Envoyez pour prendre le serment, Missi qui iusiurandum exigerent. Budaeus.

Prendre et assigner jour et lieu pour faire quelque chose, Diem et locum ad aliquid constituere. Liu. lib. 23.

Prendre à loüage en navire, Nauem conducere.

Prendre à merci une ville qui se rend, Vrbem in deditionem accipere.

Prendre aucun en haine, Odium alicuius capere.

La matiere vaut bien prendre la peine, Digna adeo res est vbi tu neruos intendas tuos B. ex Terent.

Prendre esgard sur aucun, Documento habere aliquem.

Prendre garde, Aduertere, Aduertere animum, Attendere animum, Obseruationi operam dare, Conspicere, Circunspicere, Obseruare.

Prendre garde diligemment à quelque chose, Seruare.

Prendre garde à son aage, AEtatem suam respicere.

Prendre garde et espier, Imminere, Explorare.

Prendre garde à la nature des choses, Euoluere naturam rerum.

Prendre garde à quelque chose, et en avoir soing, Rem aliquem animaduertere.

Prendre garde et escouter, Arbitrari.

Prendre garde de bien pres, Obseruare restricte.

Prendre garde de pres à la nature des choses, Rerum naturam studiose intueri.

Quand on prend garde de pres à une chose, Animaduersio.

Il faut prendre garde que, etc. Spectandum ne, etc. Cautio est ne, etc. Custodiendum est vt, etc.

Je pren garde à cela, et y pense, In oculis animoque versatur mihi haec res.

J'y prendray garde, Ego istuc videro.

Prenez garde je vous prie, Quaeso animum aduertite.

Prendre garde à ce qu'on dit, Cogitate verba facere.

Personne ne prend garde à ce, Hanc nemo ducit rationem.

On prend garde que, etc. Curatur vt vinea vetus semel fossa sit.

Qui prend garde à quelque chose, et y a l'oeil, Custos.

Qui prend garde et advise à chacune syllabe, Auceps syllabarum.

Qui prend fort garde à ce qu'il fait, Consyderatus.

Lyre en y prenant garde, Cum cura legere.

Qui ne prend point garde et ne luy chault de son vivre, Circa victum indifferens.

Prendre garde à soy, Respicere se.

Prendre sa partie au bric, In articulo causae aliquid contechnari. Budaeus.

Prendre qualité de noblesse, In persona controuersiae nobilitatem vsurpare. B.

Prendre conclusions criminelles, Facinus in crimen vocare, Reis poenam suppliciumque irrogare libello, Mulctam dicere. B.

Prendre conclusions doulces et gratieuses à l'encontre d'un accusé, Molli brachio petitiones aduersus reum intendere.

Prendre conclusions fort rigoureuses à l'encontre d'un accusé, Atroci brachio et gladiatorio petitiones aduersus reum intendere. Budaeus.

¶ Prendre plaisir et recreation, Voluptatem capere.

¶ On prend l'un pour l'autre, Erratur in nomine.

Prendre autrement et en autre sens une chose qu'on ne l'a dicte, Accipere aliorsum.

J'ay prins cela en ce sens, Id ego in eam partem accepi.

Prendre à la rigueur de la lettre, Expromere ius literis.

Prendre en bonne part, In bonam partem interpretari, AEqui boni facere.

Prendre en mauvaise part, Secus interpretari. B.

Prendre en patience, AEquo animo pati, Ferre. Sueton. Terent. Patienter ferre. Cato in distich.

Il prend bonne patience, AEquissimo patitur animo. Sueton. in Octauio.

Prendre à bon escient ce qui est dit par jeu, Praeuertere, serio, quod dictum est ioco.

Ne prendre ou n'entendre pas bien une chose, Parum accipere locum aliquem, et minus intelligere.

Prendre à injure, Ad contumeliam accipere.

Interpreter et prendre à mal quelque chose faicte pour bien, Recte facta detorquere.

Pren-le ainsi que je le dy, Accipe hoc vt a me dicitur.

Qu'on le prenne comme on voudra, Vt volet quisque accipiat.

¶ Je pren en gré ce qu'il baille, Quod dat accipio.

Prendre en gré, Accipere aequo animo.

Qui prend tout en gré et patience, AEquus animus.

¶ Pren-le pour toy, Habe tibi, Tene tibi.

¶ Se prendre à aucun de quelque meffait, Iras in aliquem vertere.

Se prendre à fortune de quelque chose, Ad Fortunam transferre factum aliquod.

On ne s'en sçauroit prendre sur moy, Praestare nihil debeo.

Les crediteurs ne s'en doivent prendre à autre que à eux mesmes de leur negligence, Creditores suae negligentiae expensum ferre debent.

Dieu immortel s'est prins à nos gens de guerre pour reparation de tes fautes, et les a punis, Tua scelera Deus immortalis in nostros milites expiauit.

On ne s'en prendra qu'à nous de toutes ses paroles, Dicta omnia praestanda nobis sunt.

Ils s'en prendront à toy, si, etc. Abs te rationem reposcent, si grauius quid acciderit.

Ne t'en pren point apres à moy, Ne post conferas culpam in me, Ne posterius in me culpam transferas.

Pren t'en à toy de tout l'affaire, Omnem culpam in te transfer, Attribue tibi.

Pren t'en apres à moy de tout, Culpam omnem post in me impingito.

Or voila, se prenne à moy qui voudra, Age, Phormionem qui volet lacessito. B. ex Terent.

¶ Prendre sur soy quelque affaire, Ad se recipere.

Prendre sur soy les debtes de ses amis, et se charger de les acquitter de leurs debtes, AEs alienum amicorum suscipere.

Je le pren sur moy, Author id tibi sum.

Il le fera je le pren sur moy, Ad me recipio, faciet.

Prens-tu sur ta foy que j'en seray bien payé? Fide tua esse iubes?

¶ Le droict est prins sur ce qu'on a accoustumé de faire, Stat ius exemplis.

Je suis prest de prendre droict par ton propos mesme, Per me licet vt in hoc quod contendis et ponis, summam controuersiae constituamus, vt id sit litis decretorium. B.

Estre prest de prendre droict par ce que les tesmoings en diront, Vouloir en croire ceux qui y estoient presens, Sponsione aduersarium lacessere, ni testes ita dicerent testimonium. B.

Seroit-il possible qu'un tel malefice peust prendre sur luy, et peust cheoir sur luy? Potest hoc homini huic haerere peccatum?

¶ Prendre sur le fait, Prehendere, vel Deprehendere.

Prendre quelqu'un par ses paroles, Obsignatis literis cum aliquo agere. Bud.

Prendre au mot, Conditionem accipere. B.

Est-il prins de pres? Satisne vobis praetori improbo circundati cancelli videntur? id est, Non habet quo se vertat, aut qua euadat. B.

¶ Je pren le cas, Concedo. Ciceron dit, Do sane, si postulas, Je pren le cas, si tu le veux.

Pren le cas qu'ainsi soit, Age porro, Sine sic habere, Fac esse, Esto, Finge ita esse.

Pren qu'il soit ainsi, Puta te illa mitissima lege causam dicere, id est, fac ita esse. B.

Pren que tu sois en mon lieu, Fac quaeso, qui ego sum, esse te. Bud. ex Cic.

Pren le cas qu'ainsi soit, toutesfois, etc. Verum vt ita sit, tamen, etc.

Prenez encore qu'il n'en y ait point d'autres, certes si est-il à craindre que, etc. Vt alia non sint, certe ne lassescat Fortuna, metus est.

Prenez que, etc. Esto Barbari externique ritus inuenerint.

Prenez le cas qu'il n'y ait rien fait de ce qui a esté fait, Omnia pro infecto sint.

Prenez le cas qu'il ne soit pas ainsi, certes, etc. Ne sit sane, videri certe potest.

Pren le cas que quelqu'un, etc. Finge aliquem nunc fieri sapientem.

Pren le cas qu'on ne luy en sçache pas bon gré, Cesserit parum gratus.

¶ Il luy est bien prins, Bene actum cum eo.

Il en est bien prins, Res bene vertit. B. ex Gell.

Il m'en est prins en telle sorte, comme si j'eusse, etc. Perinde cessit mihi, ac si, etc. B.

Voila comment il m'en est prins, Ita mihi cessit negotium. B.

Il leur print bien que, etc. Bono eis fuit illum occidi.

Il luy prend bien, Bono est ei. B. ex Liu.

Il ne luy en sçauroit bien prendre, Incertis auspiciis hoc aggressus est, vel aduersis. B.

¶ Il n'y prend ne n'y met, Isti illic nec seritur nec metitur. Budaeus ex Plaut.

¶ Faire prendre un autre tour et cours aux fleuves, Contorquere in alium cursum amnes, et deflectere.

Prendre chemin, Eam affectare viam. B. ex Terent.

¶ Prendre à quelque chose, Adhaerere.

Faire prendre ensemble, Coagulare, Congelare.

Ces choses se prennent et se lient ensemble en y mettant, etc. Haec excipiuntur cerato e rosa facto.

Cet odeur prent aux habillemens et le sentent, Transit in vestes is odor vna conditus.

Prins, Captus, Sumptus, Assumptus, Prensus, Prehensus.

Estre prins par sa confession, Indui sua confessione.

prendre


PRENDRE, v. act. [Prandre; 1re lon. 2e e muet.] Je prends, tu prends, il prend: nous prenons, vous prenez, ils prennent, ou prènent; je prenois ou prenais, je pris, j'ai pris, je prendrai, je prendrois ou prendrais; prends, que je prenne ou prène, je prisse, prenant, pris. — * On disait aûtrefois, il prind, ils prindrent. = 1°. Litéralement, c'est saisir avec la main. "Prendre un livre, une épée, un cheval par la bride, un homme par la main, etc. = 2°. Mettre sur soi. "Prendre sa chemise, son habit, son manteau, etc. = 3°. Dérober, emporter en cachette: "On lui a pris son chapeau: on m'a pris ma bourse, etc. = 4°. Empoigner une chôse ou une persone par force. "Il prit le pistolet de son énemi: il le prit au collet, à la gorge, par les cheveux, etc. = 5°. Arrêter quelqu'un pour le conduire en prison. "On a pris les voleurs: ils ont été pris. = 6°. Se rendre maitre de. "Aprês six mois de siège, on prit enfin la place: elle a été prise d'emblée, de vive force. = Et à la chasse, prendre des oiseaux à la pipée, des renards au piège, etc. Prendre du poisson à la ligne, au filet, etc. = 7°. Fig. Comprendre, concevoir. "Prendre bien le sens d'un Auteur. Il prend mal ce passage, le sens de ce texte. "Prendre les chôses de travers, à contre-sens, etc. "Il a bien pris ce qu'on lui a dit de votre part. Vous prenez mal mes paroles. — Prendre quelque chôse en bone, ou en mauvaise part, etc. = 8°. Recevoir, accepter: "Prenez ce qu'on vous donera, ce petit présent, etc. = 9°. Avaler, humer: Prendre un bouillon, un verre de vin, une médecine, etc. = 10°. Il se dit des maladies qui se gâgnent par le mauvais air. "Il a pris la fièvre d'un tel. = 11°. V. n. Il y a des plantes, qui prènent en tout pays, c. à. d. qui y prènent racine, qui y réussissent. = Fig. Cet Ouvrage~ a pris, n'a pas pris: il a, ou n'a pas réussi. "Les grandes nouvelles, qu'on débite, ne prènent pas autant qu' on le désirerait. Journ. Polit. = 12°. Qui fait impression à la gorge ou au nez. "Ce ragoût est trop épicé: il prend à la gorge: cette odeur est trop forte: elle prend au nez. = 13°. Se geler: "La rivière a pris: elle prendra bientôt; ou se câiller; si l'on veut que le lait prène, il faut y mettre, etc. = 14°. V. imperson. "Il vous en prendra mal de vous ataquer à lui.
   Mal prend aux volereaux de faire les voleurs.
       La Fontaine.
"Bien vous en a pris de prendre les devans dans l'esprit de ce public. = Il lui prit une envie de rire, etc. = 15°. V. réc. S'atacher à: Il s'est pris à cet arbre heureusement: autrement il était perdu. "Un homme qui se noie, se prend à tout ce qu'il peut. = S'acrocher à; Il s' est pris à un clou, et son habit s'est déchiré. = Comencer à. "Il s'est pris à rire; elle se prit à pleurer. = Se figer: "L'huile se prend dans un endroit frais: le sirop va bientôt se prendre.
   16°. PRENDRE, se joint à plusieurs noms substantifs qu'il régit sans article; prendre conseil, faveur, heure, jour, langue, médecine, part, patience, séance, terre, etc. etc. ou avec l'article: Prendre le deuil, l' habit, la perruque; Prendre l'avantage, le change, le fait et cause, le parti, les intérêts de, etc. etc. Voyez ces noms, et aûtres, à leur place.
   REM. Bossuet dit prendre, des hommes, comme on le dit des animaux à la chasse. "Les Romains rendoient meilleurs tous les peuples qu'ils prenoient~. — On ne le dit, dans un sens aprochant de celui-là, que des malfaiteurs, qu'on saisit pour les mettre en prison. = On dit, prendre pour, regarder comme; "Me prenez-vous pour un fripon? Vous me prenez pour un aûtre. "Qui que vous soyez, mortelle ou déesse, quoiqu'à vous voir, on ne puisse vous prendre que pour une divinité. Télém.Prendre à honeur, à injûre, est tout au plus du style médiocre. = Prendre que est du st. fam. "Prenez que je n'ai rien dit. "Prenez qu'on m'a surpris. Gresset, Méch. = Être pris dans des liens, des filets, des lacets, etc. n'est pas une expression noble. Racine dit, dans l'Alexandre:
   Comme si les beaux noeuds, vous me tenez pris,
   Ne devoient arrêter que de foibles esprits.
M. Racine le fils pâsse condamnation sur ce vers. — Bien des gens y sont pris (atrapés), dit La Fontaine. Cela est bien dans une fâble. = Il ne faut pas confondre se prendre à, et s'en prendre à: le 1er, signifie saisir quelque chôse, pour ne pas tomber (n°. 15°); l'aûtre imputer à quelqu'un son malheur: "Je m'en prendrai à vous, si l'afaire ne réussit pas; et non pas, je me prendrai sans en. Quelques Auteurs l'ont retranché. "Il ne se prenoit point à lui, d'une pièce qu'il voyoit qui partoit de ses ennemis. Font. "Le peuple ne pouvoit se prendre de sa misère qu'à sa propre intempérance. Vertot. "Ils se prenoient aux derniers Rois de cette race de tous les maux qu'ils avoient soufferts. Henaut. "Le Roi se prenoit avec raison au Duc de Lorraine de toutes les entreprises de Gaston. Id. = Marsolier dit, au contraire, s'en prendre, pour se prendre. "Un homme, qui se noie, est en droit de s'en prendre où il peut. Dites, se prendre. = Dans le sens de s'ataquer à, on doit aussi dire, s'en prendre, et non pas, se prendre. Dans une Fable de La Fontaine, la Lime dit au Serpent.
   Pauvre ignorant! et que prétends-tu faire?
   Tu te prens à plus dur que toi
Il faut, tu t'en prends à, etc. Bouhours pense que se prendre est bon en ce sens. L'Acad. n'en done point d'exemple. = On dit encôre, dans un autre sens: je ne sais comment m'en prendre, ou m'y prendre; le 1er est tout au moins douteux; le 2d est plus sûr. "Enseignez-moi comment je dois me prendre à chatier ces insolens. Odyss. "On s'y prend mal; on n'agit pas comme il faut pour réussir. Voyez plus bâs, s'y prendre. = Prendre, neut. se dit en diférens sens, des persones et des chôses. "Il prend beaucoup sur soi, il se modère et se surmonte. — Il régit quelquefois de et l'infinitif: il ne saurait prendre sur lui d'être sévère. = Prendre sur soi, c'est aussi agir sans ordre. "Il a pris sur lui de proposer ces conditions. = Prendre sur; changer. "Ce goût naissant ne prit rien sur ses habitudes. Marm. = Prendre avec le datif. "Cette sagesse vous prend un peu tard.
   Mais dis-moi, ces accês te prènent-ils souvent?
       Gresset.
= Il se dit sans régime, même des persones, dans le sens de réussir (n°. 11°.) "Il a bien pris dans le monde. "Un pareil homme ne pouvoit manquer de bien prendre dans une Cour corrompûe. = Se laisser prendre à, se laisser gâgner. "Le style de la Calprenède est détestable, et cependant je ne laisse pas de m'y prendre, comme à de la glu. Sév. "Ne vous laissez pas prendre à tous ces beaux dehors. = S'y prendre, prendre les moyens de. "Je parlerai à Duchêne de votre petit Médecin, à qui nous donerons, dans notre quartier, quelques malades à tuer, pour voir un peu comme il s'y prend. Sév. = Il me semble que pour les pensées et les chôses de l'esprit, on dit emprunté de, et pris dans; cette pensée est empruntée d'Horace, prise dans Virgile. "Le P. Rapin dit toujours pris de. "Outre ce fonds de capacité prise de la lecture des Pères. "Ce qu'il y a de bon à ce sujet, est pris d'Aristote. — Je voudrais dire, prise dans la lecture, etc. Pris dans Aristote. = Dans le Dict. Gram. on n'aprouve pas se prendre de confiance, d'amitié, de passion pour. L'Academie en done pourtant des exemples, et de bons Auteurs modernes l'ont employé. "On se prend d'afection et de goût pour certains animaux, pour certaines méthodes. Bufon. "Je ne serois pas étonée qu'on se prît pour vous d'inclination. Marm. "Se prendre d'amitié ou d'aversion pour quelqu' un. Acad. = On dit, se prendre de vin, s'ennivrer. Se prendre de paroles, se quereller; M. Marin dit, se prendre de dispute. "Damis et Valère se prènent de dispute sur un ruban. L'Homme Aimable. = On dit, dans le style fam. où avez-vous pris que, c. à. d. sur quel fondement dites-vous que. "Où avez-vous pris, Madame, que Mde. la Duchesse de Bourgogne a eu la rougeole? Mde. de Coul. * Bossuet a employé cette expression, peu digne de la Chaire. "Où a-t-on pris que la peine et la récompense ne soient que pour les jugemens humains? Or. Fun. de la Princesse Palatine.
   À~ tout prendre, adv. En considérant, en compensant le bien et le mal, les avantages et les inconvéniens. "Le tems que j'aurois mis à cultiver mon bien, je l'ai mis à m'instruire: à tout prendre, ai-je eu tort? Réponse d'Anaxagore, raportée dans le Dict. de Phys. du P. Paulian.
   PRENDRE est substantif dans cette phrâse proverbiale: Avoir le prendre, ou le laisser. Voy. LAISSER.

Synonymes et Contraires

prendre

verbe intransitif prendre
1.  Devenir solide.
2.  Atteindre son but.
3.  Commencer à brûler.
4.  Choisir son chemin.

prendre

verbe transitif prendre
2.  Voler quelque chose.
3.  Enlever quelqu'un à l'affection de.
4.  Se manifester soudain.
6.  Accepter au sein d'un groupe.
7.  S'engager dans une direction.
8.  Se procurer quelque chose.
9.  Prélever pour utilisation.
10.  Consommer un aliment.
11.  Nécessiter de l'espace, du temps.
12.  Recevoir un coup.
essuyer, récolter -familier: écoper, encaisser -populaire: déguster.
13.  Interpréter de telle manière.
14.  Choisir quelqu'un pour une fonction.

prendre (se)

verbe pronominal prendre (se)
1.  Agir de telle ou telle façon.
2.  Se considérer comme.
Traductions

prendre

(pʀɑ̃dʀ)
verbe transitif
1. saisir, tenir avec ses mains prendre un verre dans le placard
2. mettre sur soi, contre soi prendre qqn dans ses bras
3. enlever prendre qqch à qqn
4. aller chercher, emmener prendre de l'essence passer prendre qqn
5. considérer prendre qqn pour un idiot
6. faire en sorte d'avoir prendre des renseignements prendre le pouvoir
7. boire, manger prendre son repas prendre un verre avec des amis
8. nécessiter, exiger prendre du temps prendre beaucoup de place
9. arrêter se faire prendre par la police
10. attraper prendre un poisson
11. surprendre prendre qqn en flagrant délit
12. utiliser, faire qqch prendre le train prendre la parole prendre du retard
13. sortir à l'extérieur
14. se mettre à brûler
15. laisser l'eau pénétrer

prendre

nehmen, fassen, einnehmen, einschlagen, fressen, greifen, mitnehmen, tölten, stehlentake, catch, get, assume, lay hold of, pick up, catch on, gain, get up, snap, take on, take up, go on, have, pick, setnemen, pakken, aannemen, opvatten, aanvatten, oprapen, vatten, (mee)nemen, aangaan [vuur], afslaan, bevriezen, grijpen, kosten, stollen, succes hebben, vastkoeken, wortel schieten, gebruiken, scheppen, trekken, innemen, inslaan, aanpakken, afbuigen, oplopen, opnemen, overnemen, pikken, halen, vangen, afnemen, dragenגבה (פ'), החזיק (הפעיל), לכד (פ'), לקח (פ'), נטל (פ'), נקט (פ'), קיבל (פיעל), תפס (פ'), לָכַד, לָקַח, גָּבַהּ, נָטַל, נָקַטvzít, brát, nastoupit, svézt se, vzít sitomar, coger, prender, ir, llevar, robarottaa, nousta, viedäambil, angkat, mengambil, mengangkattaka取る, ・・・に乗る, ・・・を持っていく, ・・・を盗む, 手に取るcaperetata, ta medπαίρνω, κρατώ, λαμβάνω, αρπάζω, προλαβαίνωбрать, взять, ванна, нести, остановить, украстьprendere, assumere, attecchire, espugnare, pigliare, rapprendersi, rilevare, portare, prendere al voloيَأْخُدُ, يَأْخُذُ, يَرْكَبُnå, tageodnijeti, putovati, uhvatiti, ukrasti...을 가져가다, 가져가다, 가지고 가다, 따라잡다łapać, wziąć, zabraćapanhar, levar, pegar, roubarขโมย, ขึ้นรถ, นั่งรถ, นำไปalmak, binmek, götürmeklái, lấy, lấy cắp, lên xe, , 拿取,
verbe intransitif
fonctionner, avoir l'effet recherché feu qui ne prend pas ruse qui prend

prendre

[pʀɑ̃dʀ]
vt
(= saisir) → to take
Prends tes affaires et va-t'en! → Take your things and go!
prendre qch à qn → to take sth from sb
Il m'a pris mon stylo! → He took my pen!
(= se procurer) → to get
J'ai pris du lait en rentrant → I got some milk on the way home.
J'ai pris des places pour le concert → I got some tickets for the concert.
(= aller chercher) → to get, to fetch (Grande-Bretagne); [+ passager] → to pick up
passer prendre → to pick up, to go and fetch
Je passerai te prendre → I'll come and pick you up., I'll come and fetch you.
Je dois passer prendre Richard → I have to pick Richard up., I have to go and fetch Richard.
[+ train, bus] → to take
Nous avons pris le train de huit heures → We took the eight o'clock train.
Je prends toujours le train pour aller à Paris → I always go to Paris by train., I always take the train when I go to Paris.
(= prélever) [+ pourcentage, argent] → to take off
(= acquérir) [+ du poids] → to put on, to gain
prendre de la valeur → to gain in value
prendre goût à qch → to develop a taste for sth, to acquire a taste for sth
(= adopter) [+ voix, ton] → to put on
(= attraper) [+ malfaiteur, poisson] → to catch
tel est pris qui croyait prendre → it's a case of the biter bit
[+ personnel] → to take on; [+ locataire] → to take in
(= s'y prendre avec) [+ enfant, problème] → to handle
(autres locutions) prendre qn pour → to take sb for
prendre qn en sympathie → to get to like sb
prendre qn en horreur → to get to loathe sb
prendre sur soi de faire qch → to take it upon o.s. to do sth
à tout prendre → all things considered
prendre sa source [rivière] → to rise, to have its source
prendre qn à partie → to take sb to task
être pris à partie par qn (= interpellé par qn) → to be taken to task by sb
être violemment pris à partie par qn (= molesté par qn) → to be violently set upon by sb
vi
[liquide, ciment] → to set
[greffe, vaccin] → to take
[ruse] → to be successful
[feu] → to go; [incendie] → to start; [allumette] → to light
(= se diriger) prendre à gauche → to turn left
Prenez à gauche en arrivant au rond-point → Turn left at the roundabout.
(= être preneur) je prends → count me in [pʀɑ̃dʀ]
vpr/vi
(= croire être) se prendre pour → to think one is
Il se prend pour Napoléon → He thinks he's Napoleon.
Pour qui il se prend celui-là? → Who does he think he is?
(= se lier) se prendre de, se prendre d'amitié pour qn → to befriend sb
se prendre d'affection pour qn → to become fond of sb
(= procéder) s'y prendre → to go about it
s'y prendre avec qch → to go about sth
Tu t'y prends mal! → You're going about it the wrong way!
s'y prendre à l'avance → to see to it in advance
s'y prendre à deux fois → to try twice, to make two attempts
Il sait s'y prendre avec les animaux → He knows how to handle animals.
(= agresser) s'en prendre à qn (physiquement) → to lay into sb >
Il s'en est pris à moi → He laid into me.; (verbalement) → to attack sb
s'en prendre à qch → to challenge sth
vpr/vt (= coincer) se prendre les doigts dans → to get one's fingers caught in