prince

(Mot repris de princes)

prince

n.m. [ du lat. princeps, premier ]
1. Homme qui possède une souveraineté ou qui appartient à une famille souveraine : Le prince de Monaco. Le prince de Galles.
2. En France, titre de noblesse le plus élevé.
3. Litt. Premier par son talent, son mérite : Le prince des aventuriers.
Être bon prince,
Fam. se montrer accommodant, bienveillant.
Le fait du prince,
décision arbitraire d'un pouvoir autoritaire.
Le prince charmant,
le personnage des contes de fées, très beau, qui délivre et épouse l'héroïne ; l'homme idéal dont rêvent les jeunes filles romanesques : Elle attend son prince charmant.

PRINCE

(prin-s') s. m.
Celui qui possède une souveraineté, ou qui est d'une maison souveraine.
Auprès des princes il est aussi dangereux et presque aussi criminel de pouvoir le bien que de vouloir le mal [RETZ, Mém. t. I, liv. II, p. 167, dans POUGENS]
Un prince sera la fable de toute l'Europe, et lui seul n'en saura rien....ceux qui vivent avec les princes aiment mieux leurs intérêts que celui du prince qu'ils servent, et ainsi ils n'ont garde de lui procurer un avantage en se nuisant à eux-mêmes [PASC., Pens. II, 8, éd. HAVET.]
Soit qu'il [Dieu] élève les trônes, soit qu'il les abaisse, soit qu'il communique sa puissance aux princes, soit qu'il la retire à lui-même et ne leur laisse que leur propre faiblesse [BOSSUET, Reine d'Anglet.]
Quelque haut qu'on puisse remonter pour rechercher dans les histoires les exemples des grandes mutations, on trouve que jusqu'ici elles sont causées ou par la mollesse ou par la violence des princes [ID., ib.]
Quelle cruauté que la guerre ! et pourquoi tous ces princes se persécutent-ils les uns les autres, et font-ils périr tant d'hommes ? [MAINTENON, Lett. à Mme des Ursins, 18 juill. 1706]
Je n'aurais jamais cru qu'on pût être prince et sensible [ID., Lett. au duc. de Noail. 11 déc. 1700]
Les aises de la vie, l'abondance, le calme d'une grande prospérité font que les princes ont de la joie de reste pour rire d'un nain, d'un singe, d'un imbécile et d'un mauvais conte [LA BRUY., IX.]
Les princes ressemblent aux hommes : ils songent à eux-mêmes, suivent leur goût, leurs passions, leur commodité, cela est naturel [ID., IX.]
On garde le souvenir des mauvais princes, comme on se souvient des incendies et des pestes [VOLT., Charles XII, Discours.]
Les princes sont les administrateurs et non pas les maîtres des nations ; voilà ce que dit la philosophie, et cette vérité a même échappé à des empereurs despotiques [CONDIL., Hist. III, 5]
Très haut, très puissant et très excellent prince, formule dont on se servait dans les actes publics en parlant du roi. On disait : très haut et très puissant prince, en parlant des princes qui n'étaient pas rois. Princes du sang, ceux qui sont sortis de la maison royale ou impériale par la branche masculine. Princes étrangers, ceux qui viennent d'une maison souveraine étrangère, ou qui en ont le rang. Absolument. Les princes, les enfants, les frères ou les oncles du souverain. Préséance des princes du sang, prérogative qui fut débattue pour la première fois, en 1583, entre le cardinal de Guise et Charles de Bourbon. Princes possessionnés, se dit des princes du sang qui jouissaient d'un droit de souveraineté dans quelques provinces. Monsieur le Prince, se disait, absolument, du premier prince du sang, à la cour de France. Le Prince Noir, surnom donné à Édouard, prince de Galles, fils d'Édouard III ; il gagna la bataille de Poitiers. Vivre en prince, tenir un état de prince, avoir un équipage de prince, être vêtu en prince, vivre splendidement, avoir un grand équipage, être magnifiquement vêtu. Familièrement. Comme un prince, très bien.
Il est habillé comme un prince, et bon garçon au dernier point [SÉV., 316]
On me donna une belle chambre où il y avait un bon lit, et l'on me servit comme un prince [LE SAGE, Guzm. d'Alf. II, 6]
Ironiquement. L'ami du prince, l'agent des plaisirs secrets d'un prince ou de quelque personnage puissant. Un bon prince, un prince qui gouverne bien.
Le troupeau est-il fait pour le berger, ou le berger pour le troupeau ? image naïve des peuples et du prince qui les gouverne, s'il est bon prince [LA BRUY., X.]
Fig. et familièrement. Il est bon prince, se dit d'un homme d'un caractère facile, qui ne se fâche pas.
M. des Soupirs est bon prince, il entend raillerie autant qu'homme du monde [DANCOURT, Été des coquettes, SC. 7]
Absolument, avec l'article défini. Le souverain du pays dont on parle.
Je définis la cour un pays où les gens, Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents, Sont ce qu'il plaît au prince [LA FONT., Fabl. VIII, 14]
La monarchie se perd, lorsque le prince, rapportant tout uniquement à lui, appelle l'État à sa capitale, la capitale à sa cour, et la cour à sa personne [MONTESQ., Esp. VIII, 6]
Si le prince savait, dit le peuple ; ces paroles sont une espèce d'invocation, et une preuve de la confiance qu'on a en lui [ID., ib. XII, 23]
Le prince se dit quelquefois du gouvernement dans les États républicains.
Le corps entier considéré par les hommes qui le composent s'appelle prince, et, considéré par son action, il s'appelle gouvernement [J. J. ROUSS., Ém. V]
Le Prince, titre d'un ouvrage de Machiavel. On appelle, en droit, prince, le gouvernement quel qu'il soit. Fait du prince, un acte de gouvernement qui fait fonction de force majeure, et auquel on ne peut résister.
Les princes de la terre, les hommes du rang le plus élevé.
Telle est la destinée des rois et des princes de la terre d'être établis pour la perte comme pour le salut du reste des hommes [MASS., Petit car. Purif.]
Le prince des ténèbres, le démon. On dit dans le même sens :
Le prince de ce monde [PASC., Pens. XXIII, 36, éd. HAVET.]
Celui qui, sans être de maison souveraine, possède des terres ayant le titre de principauté, ou celui à qui un souverain a donné ce titre. Un prince d'Allemagne. Monsieur le prince un tel.
Tout petit prince a des ambassadeurs, Tout marquis veut avoir des pages [LA FONT., Fabl. I, 3]
Princes de l'Église, les cardinaux, les évêques.
Les évêques se laissent appeler princes de l'Église (au lieu de révérends pères en Dieu) par ceux qui leur dédient des thèses [DE CAILLIÈRES, 1690]
Le prince des apôtres, saint Pierre. Les princes des apôtres, saint Pierre et saint Paul.
Il se dit de ceux qui ont une domination, un empire.
En se rendant ainsi les facteurs et les négociants de tous les peuples, ils [les Phéniciens] étaient devenus les princes de la mer [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 210, dans POUGENS]
Fig. Le premier en mérite, en talent.
Vous imitez l'humeur de Cicéron, ce prince des orateurs [COSTAR, Apologie de Voiture]
N'espérez donc plus rien, mon père, de ce prince des philosophes [Aristote], et ne résistez plus au prince des théologiens [saint Augustin], qui décide ainsi ce point.... [PASC., Prov. IV]
Les nouveaux antagonistes d'Homère ne pouvaient supporter l'idée qu'un homme fût réputé pendant vingt-six siècles le prince des poëtes [QUATREMÈRE DE QUINCY, Inst. Mém. hist. et litt. anc. t. IV, p. 102]
Prince des médecins, surnom qui fut donné à Avicenne, vers la fin du Xe siècle. Par antiphrase, le prince des fous, des sots, l'homme le plus fou, le plus sot.
Un accident fâcheux que je lui voulais dire Se pouvait éviter sans ce prince des fous [SCARRON, D. Japhet, IV, 2]
10° Terme d'histoire romaine. Le prince du sénat, le sénateur que le censeur nommait le premier en lisant la liste des sénateurs. Prince de la jeunesse ou de l'ordre équestre, sous la république, celui que le censeur nommait le premier, en faisant le dénombrement de cet ordre de citoyens. Plus tard, le prince de la jeunesse, le jeune prince de la famille impériale que l'empereur mettait à la tête des fils de sénateurs pour la célébration de jeux troyens. Dans l'armée, les princes, jeunes soldats qui, originairement, formaient la première ligne de bataille de la légion ; dans la suite ils furent placés au second rang.
11° Chez les Hébreux, les princes du peuple, ceux qui étaient à la tête des tribus.
Il [Moïse] les établit princes du peuple, pour commander les uns mille hommes, les autres cent, les autres cinquante, et les autres dix [SACI, Bible, Exode, XVIII, 25]
Nahasson, fils d'Aminabad, sera le prince de sa tribu [ID., ib. Nomb. II, 3]
Princes de la captivité, nom donné à ceux d'entre les Juifs qui, pendant la captivité, gouvernaient le peuple. Princes de la synagogue, nom de ceux qui présidaient les assemblées populaires ou religieuses. Prince des prêtres, le grand prêtre en exercice.
12° Dans le moyen âge, titre du chef de différentes confréries joyeuses. Prince des sots. Titre qu'on mettait en tête des ballades, parce qu'on les adressait à celui qui avait eu le prix l'an d'avant, et qui était dit roi des poëtes.
13° Terme de métallurgie. Une des principales pièces de l'ordon d'un marteau.

PROVERBES

  • Ce sont jeux de prince, qui ne plaisent qu'à ceux qui les font ; ou c'est jeu de prince qui ne plaît qu'à celui qui le fait ; ou, absolument, ce sont jeux de prince, amusements ou jeux dans lesquels on se met peu en peine du mal qui peut en résulter pour les autres.
    Le bon homme disait : ce sont là jeux de prince, Mais on le laissait dire [LA FONT., Fabl. IV, 4]
    Une chose assez plaisante et dont la reine [Christine de Suède visitant l'Académie française] se mit à rire toute la première, ce fut que, le secrétaire voulant lui montrer un essai du Dictionnaire qui occupait dès lors la compagnie, il ouvrit par hasard son portefeuille au mot jeu, où se trouva cette phrase : jeux de prince qui ne plaisent qu'à ceux qui les font, pour signifier des jeux qui vont à fâcher ou à blesser quelqu'un [D'OLIVET, Hist. de l'Acad. franç.]
    Suivant un autre récit, plus authentique, la reine de Suède.... rougit et parut émue.... le Dictionnaire venait de lui rappeler ce que, trois mois auparavant, elle avait fait à Fontainebleau, et quel sanglant jeu de prince elle y laissa sur son passage [VILLEMAIN, Préface du dict. de l'Académie, 1835]
    .... Ce sont là jeux de prince ; On respecte un moulin, on vole une province [ANDRIEUX, Meunier Sans Souci.]
  • Les princes ont les mains longues, leur pouvoir s'étend loin.

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Li religius prince, qui volt bonté amer, Deit noveles iglises drescier e alever [, Th. le mart. 73]
  • XIIIe s.
    Mains grans princes ce jour de servir [à table] se presente [, Berte, X]
    Car cil qui va delit [le plaisir] querant, Ses-tu qu'il se fait ? il se rent, Comme sers et chetis et nices, Au prince de trestous les vices [, la Rose, 4444]
  • XIVe s.
    Et est possible que aucuns facent bones ouvres, qui ne sont pas princes de terre ne de mer [ORESME, Eth. 321]
    Lienorz, qui ot esté li uns des princes le roi Chilperic [DU CANGE, princeps.]
  • XVe s.
    Ceulx qui avoient et ont accoustumé de faire en ceste musique naturelle serventois de nostre dame, chançons royaux, pastourelles, ballades et rondeaulx, portoient chascun ce que fait avoit devant le prince du puy, et le recordoit par cuer ; et ce recort estoit appellé en disant après qu'ils avoient chanté leur chancon devant le prince [E. DESCH., Poésies mss. f° 395]
  • XVIe s.
    Ainsi gouverne-t-on les princes dès leur premiere enfance, de cette façon que, commettans aucune faute, l'on chastie en leur presence, pour la faute par eulx commise, leurs pages et serviteurs, les accoustumans dès lors à faire les pechez dont leurs subjets portent puis après la penitence [PASQUIER, Rech. p. 889, dans LACURNE]
    Haine de prince signifie mort d'homme [LEROUX DE LINCY, Prov. t. II, p. 91]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. princep, prince, prinsi ; esp. et ital. principe ; du lat. principem, de primus, premier, et capere, prendre.

prince

PRINCE. n. m. Celui qui possède une souveraineté ou qui est d'une maison souveraine. Prince souverain. Prince feudataire. Prince étranger. Les princes chrétiens. Les princes d'Allemagne. Les princes d'Italie. Il s'est mis par ses talents, par ses vertus, au rang des plus grands princes.

Princes du sang, Ceux qui sont sortis de la maison royale par les mâles; et Princes étrangers, Ceux qui viennent d'une maison souveraine étrangère, ou qui en ont le rang.

Prince royal, prince impérial, Héritier du souverain régnant.

Vivre comme un prince, être vêtu comme un prince, etc., Vivre splendidement, être magnifiquement vêtu, etc.

Fig., Ce sont jeux de prince, qui ne plaisent qu'à ceux qui les font; ou absolument, Ce sont jeux de prince, se dit des Amusements et des jeux dans lesquels on se met peu en peine du mal qui peut en résulter pour autrui.

Fig. et fam., Il est bon prince, se dit d'un Homme qui a un caractère et des manières faciles.

PRINCE, employé absolument avec l'article défini, se dit ordinairement du Souverain qui commande dans le lieu dont on parle. Le prince veut être obéi. Avoir audience du prince. Avoir l'oreille, la faveur, les bonnes grâces du prince. Les monnaies portent l'effigie du prince.

Le fait du prince, Un acte du souverain usant de son autorité. Il s'emploie aujourd'hui dans le sens d'Acte arbitraire.

PRINCE se dit aussi de Ceux qui, sans être souverains, ni de maison souveraine, possèdent des terres qui ont le titre de Principautés, ou bien à qui un souverain a conféré ce titre.

Il se dit aussi de Celui qui est le premier par ordre de dignité, de mérite, de talent. Aristote, le prince des philosophes. Homère, le prince des poètes. Démosthène, le prince des orateurs grecs. Etc. Il n'est usité, en ce sens, que dans le style soutenu.

Princes de l'Église, Les cardinaux, les archevêques et les évêques.

Le prince des apôtres, Saint Pierre. Les princes des apôtres, Saint Pierre et saint Paul.

Le prince des ténèbres, Le démon.

En termes d'Histoire romaine, Le prince du Sénat, Le sénateur que le censeur nommait le premier, en lisant la liste des membres du Sénat. Le prince de la jeunesse, Le jeune prince de la famille impériale, que l'empereur mettait à la tête des fils de sénateurs, pour la célébration des jeux troyens.

prince

Prince, ou Princesse, Princeps.

Un prince et gouverneur de quelque ville, Regulus.

Un prince qui a le gouvernement d'un peuple en souveraineté, Monarcha.

Tu as fait chose par laquelle les princes qui viendront apres, te recognoistront, Notabilem te futuris principibus fecisti.

Prince des Romains, Imperator.

L'entrée qu'on a chez un prince, Admissio.

Faire entrée chez un prince, Dare admissionem.

Comme il appartient à un prince, Principaliter.

Appartenant à prince, Principalis.

En prince, Magnifice.

prince


PRINCE, s. m. PRINCESSE, s. f. PRINCIPAUTÉ, s. f. PRINCIPION, s. m. [Prein-ce, cèce, cipoté, cipi-on: 1re lon. 2e e muet. au 1er, è moy. au 2d.] Prince est celui, qui possède une Souveraineté en titre, ou, qui est d'une maison Souveraine; ou qui possède une Terre, qui a le titre de Principauté. "Les Princes d'Italie, d'Allemagne. Les Princes du Sang, les Princes Étrangers, le Prince d'Orange, de Dombes, etc. = Princesse, fille ou femme de Prince. "Jeune Princesse: c'était une grande Princesse. = Principauté se dit et de la dignité de Prince: on lui dispute sa principauté, et d'une terre, qui done la qualité de prince à celui qui en est Seigneur. "La principauté d'Orange, de Neuf-Châtel, etc. = Principion (st. famil. et méprisant) petit prince, qui n'a pas grand pouvoir. Suivant Trév. on dit aussi principiot.
   REM. Prince signifie quelquefois premier, comme quand on dit, le Prince des Philosophes, des Orateurs; le Prince de l'Éloquence Romaine: et dans le langage de l'Église, le Prince des Apôtres, les Princes des Prêtres. Bouhours dit que c'est l'ignorance, qui a introduit ces expressions, par la mauvaise traduction du mot princeps, qui en latin signifie premier et non pas Prince. = Il ne faut pas du moins étendre à d'aûtres mots cette expression abusive admise par l'usage pour quelques-uns; et dire, par exemple, en parlant d'un grand Monarque, le Prince des Rois, le Prince des Conquérans, des Héros, etc. Ainsi Mrs. de Port-Royal eussent mieux traduit cet endroit de l'Apocalypse: princeps regum terr par, le Souverain des Rois de la terre, que par le Prince des Rois de la terre. BOUH. Rem. Nouv.Massillon apèle les Grands, les Princes du Peuple. On apèlle les Cardinaux, les Archevêques et Évêques, les Princes de l'Église; le Démon, le Prince des ténèbres.

Synonymes et Contraires

prince

nom masculin prince
Le premier dans un domaine.
Traductions

prince

Prinz, Fürstprinceprins, vorstבן מלך (ז), נסיך (ז), נָסִיךְأمير, أَمِيرπρίγκιπας, βασιλόπουλοcarido, imperiestrido, princo, reĝidoprintsprinssi, ruhtinasfejedelem, herceg王子왕자książę, królewiczкнязь, королевич, принц王子príncipeprincipeprincprinsprincprinspríncipeprinsเจ้าชายprenshoàng tửПринц王子 (pʀɛ̃s)
nom masculin
membre de la famille royale

prince

[pʀɛ̃s] nmprince
le prince Charles → Prince Charles
prince charmant nmPrince Charming
prince de Galles
nm inv (= tissu) → Prince of Wales check
adj inv
costume prince de Galles → Prince-of-Wales check
prince héritier nmcrown prince