privilégié, ée

PRIVILÉGIÉ, ÉE

(pri-vi-lé-ji-é, ée) part. passé de privilégier
Qui a un privilége, qui jouit d'un privilége. Une classe privilégiée.
On jugea d'abord un jeune homme qui avait fait quelques sottises, à ce qu'il paraissait du moins, ayant perdu tout son argent dans une maison privilégiée du gouvernement [P. L. COUR., Procès.]
Fig.
Si l'emploi de la comédie est de corriger les vices des hommes, je ne vois pas par quelle raison il y en aura de privilégiés [MOL., Tart. Préf.]
Substantivement. Celui qui jouit d'un privilége. La classe des privilégiés.
Terme de jurisprudence. Créancier privilégié, celui qui a droit d'être payé préférablement aux autres.
Les créanciers privilégiés sur les immeubles sont le vendeur, sur l'immeuble vendu, pour le payement du prix ; s'il y a plusieurs ventes successives dont le prix soit dû en tout ou en partie, le premier vendeur est préféré au second, le deuxième au troisième, et ainsi de suite [, Code Nap. art. 2103]
On dit de même : créance privilégiée.
Les créances privilégiées sur certains meubles sont : 1° les loyers et fermages des immeubles, sur les fruits de la récolte de l'année, et sur le prix de tout ce qui garnit la maison louée ou la ferme, et de tout ce qui sert à l'exploitation de la ferme.... [, ib. art. 2102]
Cas privilégiés ou cas royaux, crimes dont les juges royaux pouvaient seuls connaître, quelle que fût la condition de l'accusé. La fausse monnaie, le duel étaient des cas privilégiés. En droit canon, cas privilégiés se disait des délits des ecclésiastiques et des moines contre l'ordre civil, parce que, l'official étant de droit le seul juge des clercs, le droit canonique a qualifié de privilége ce qui appartient de droit commun aux tribunaux laïques. Autel privilégié, autel où l'on peut dire la messe des morts le jour que l'on ne peut la dire à d'autres autels.
Lieu privilégié, lieu qui n'était pas soumis à la police générale. Jour privilégié, celui où l'on ne peut arrêter pour dette. Le dimanche est un jour privilégié.
Terme de pêche. Il y a des poissons qu'on nomme privilégiés ; parce que, suivant la coutume, il est défendu de les prendre, pour aucunes redevances : tels sont les turbots, les saumons, les esturgeons, les marsouins, BAUDRILLART.
Un mal privilégié, s'est dit de la syphilis.
Et tel vous soupçonnait de quelque guérison D'un mal privilégié dont je tairai le nom [CORN., Suite du Ment. I, 1]
Fig. Qui a reçu de la nature quelque don particulier. L'homme est une créature privilégiée. Un génie privilégié. Raphaël, ce peintre privilégié.
Familièrement. Qui s'attribue ou à qui l'on accorde certains priviléges dans la société. Il peut tout dire, il est privilégié.

REMARQUE

  • 1. L'Académie, n'ayant pas le verbe privilégier, n'a privilégié que comme adjectif.
  • 2.
    Privilégié doit être de cinq syllabes, et Corneille le fait de quatre [VOLT., Comm. Corn. Rem. Suite du Ment. I, 1]