protecteur, trice

PROTECTEUR, TRICE

(pro-tè-kteur, ktri-s') s. m. et f.
Celui, celle qui protége, soutient le faible, le pauvre, l'opprimé.
Les catholiques d'Angleterre dont elle a été la fidèle protectrice [BOSSUET, Reine d'Anglet.]
Elle [Esther] gagna le cœur du roi son mari, et fit d'un prince infidèle un illustre protecteur du peuple de Dieu [ID., Reine d'Anglet.]
Vous qui l'avez vue si souvent gémir devant les autels de son unique protecteur [ID., ib.]
Celui, celle qui protége une chose, la soutient, la favorise. Un ministre protecteur des lettres, des sciences.
Il [le prince] est le protecteur du repos public, qui est appuyé sur la religion [BOSSUET, Polit. VII, III, 10]
Dieu n'a pas laissé d'être le vengeur des faux serments entre les infidèles, parce qu'encore que les serments par les faux dieux soient en abomination devant lui, il n'en est pas moins le protecteur de la bonne foi qu'on veut établir par ce moyen [ID., ib. VII, II, 3]
Celui, celle qui prend soin des intérêts d'une personne.
Son crédit fut toujours une ressource publique ; nous trouvions tous en elle une protectrice assurée [MASS., Or. fun. Madame.]
S'il [Thiriot] avait su qu'un ami vaut mieux que vingt protecteurs auxquels on se donne successivement [VOLT., Lett. Damilaville, 21 juillet 1764]
Des protégés si bas ! des protecteurs si bêtes ! [GRESSET, Méch. II, 3]
Et qu'en attendez-vous ? - Des protecteurs, lui dis-je, et quelques moyens de fortune. - Des protecteurs ! ah ! si vous saviez comme tous ces gens-là protégent ! [MARMONTEL, Mém. IV]
Dans le langage de la galanterie, l'amant d'une jeune fille entretenue.
C'est une femme qui a des vues sérieuses.... et qui, pour préserver sa nièce du danger des passions, lui cherche un protecteur [SCRIBE, Judith ou la Loge d'opéra, § 2, dans Historiettes et proverbes]
Protecteur du genre humain, celui qui promet banalement sa protection à tout le monde.
Un jour que l'abbé de Saint-Pierre dînait chez elle [Mme de Vauvray] avec M. de Fontenelle, ils raisonnaient sur ma situation et sur les moyens de m'en procurer une avantageuse ; cet abbé, protecteur du genre humain, imagina.... [STAAL, Mém. t. I, p. 173]
Il se dit d'un titre, d'une dignité, d'une fonction.
Ceux qui s'unirent avec le prince de Condé pour la défense du roi [François II], qu'ils prétendaient prisonnier entre les mains de ceux de Guise, donnèrent au prince le titre de protecteur et défenseur légitime du roi et du royaume [BOSSUET, Variat. X 44]
Vous le perdîtes, il y a quelques années, ce grand protecteur [le chancelier Séguier] : vous jetâtes la vue autour de vous... mais le sentiment de votre perte fut tel, que... vous osâtes penser à celui qui seul [le roi] pouvait vous la faire oublier [LA BRUY., Disc. de l'Académ. franç.]
Homme équitable, savant, aimant les gens de lettres, [il Séguier, chancelier] fut le protecteur de l'Académie française, avant que ce corps libre... fût en état de n'avoir jamais d'autre protecteur que le roi [VOLT., Louis XIV, Chancel.]
Nous avions demandé au roi notre protecteur 1500 livres par an pour augmenter nos prix, et exciter l'émulation des jeunes gens ; le roi nous a refusé cette somme [D'ALEMB., Lett. à Voltaire, 1er octobre 1676]
Lord protecteur de la couronne d'Angleterre, titre qui fut porté au commencement de la querelle des deux roses par Richard duc d'York.
Le duc d'York, son vainqueur, le conduisit en triomphe à Londres, et, lui laissant le titre de roi, il prit pour lui-même celui de protecteur, titre déjà connu aux Anglais [VOLT., Mœurs, 115]
Protecteur de la république d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande, titre sous lequel Olivier Cromwell gouverna l'Angleterre.
Cromwell, cet usurpateur digne de régner, avait pris le nom de protecteur [VOLT., Louis XIV, 6]
Protecteur de la confédération du Rhin, titre sous lequel Napoléon domina une partie de l'Allemagne.
Particulièrement, cardinal chargé à Rome du soin des affaires consistoriales de certains royaumes, ou des intérêts de certains ordres religieux. Ce cardinal est protecteur des affaires de France. Par ellipse, protecteur de France, d'Espagne, des dominicains.
Feuille métallique appliquée à la surface extérieure d'un navire.
Adj. Qui sert de protection, de défense.
Lorsque nous partîmes de Syracuse, dit-il, et que l'ennemi nous poursuivait vivement, dans cette funeste extrémité j'eus recours à Proserpine et à Cérès, divinités protectrices de la Sicile [ROLLIN, Hist. anc. Œuvr. t. I, p. 286, dans POUGENS]
Vous, sire, que la main de Dieu, protectrice de cette monarchie, a comme retiré du milieu des ruines et des débris de la maison royale [MASS., Petit car. Exemples.]
Sous l'abri protecteur d'un énorme rocher [DELILLE, Parad. perdu, VII]
Il avait ces soins protecteurs qui sont le plus doux lien de l'homme avec la femme [STAËL, Corinne, VIII, 4]
Oui, je reviens à toi, berceau de mon enfance, Embrasser pour jamais tes foyers protecteurs [LAMART., Méd. II, 15]
Terme de botanique. Feuilles protectrices, celles qui, pendant la nuit, s'abaissent de manière à former un abri aux fleurs situées au-dessous. Terme d'économie politique. Système, régime protecteur, système par lequel on grève de droits de douane élevés les produits étrangers qui feraient concurrence aux produits nationaux. Droits protecteurs, droits de douane qui ont pour but d'élever le prix du produit étranger, et de permettre ainsi au produit national de lui faire une concurrence victorieuse, ou tout au moins de ne pas se vendre plus cher.
Qui appartient aux protecteurs. Un ton, un air protecteur.
Leurs souris dédaigneux, leurs coups d'œil protecteurs [ST-LAMBERT, Sais. II]
Quels dédains protecteurs ! quelle étrange indolence ! [C. DELAVIGNE, les Comédiens, II, 2]

HISTORIQUE

  • XVIe s.
    Cassius et Brutus acheverent de perdre les reliques de la romaine liberté, de laquelle ils estoient protecteurs [MONT., II, 31]

ÉTYMOLOGIE

  • Prov. et espagn. protector ; ital. protettore ; du lat. protectorem, de protegere, protéger.