rébarbatif, ive

RÉBARBATIF, IVE

(ré-bar-ba-tif, ti-v') adj.
Rude, repoussant comme un visage à barbe hérissée.
Mais le vilain rébarbatif [Charon] Plus qu'aucun batelier des nôtres, Pousse les uns, frappe les autres, Et ne passe que qui lui plaît [SCARRON, Virg. VI]
J'ai par complaisance, Pour plaire à la cadette, été folâtre et vif, Et, pour plaire à l'aînée, été rébarbatif [DUFRÉNY, Dédit, I, 12]
Le maître du lieu, vieux Turc à la mine rébarbative, était assis dans un grenier [CHATEAUBR., Itin. part. 1]
Fig.
Voilà des mots qui sont trop rébarbatifs ; cette logique-là ne me convient point [MOL., Bourg gent. II, 6]

REMARQUE

  • Ne dites pas rébarbaratif, qui est un barbarisme, bien qu'on le trouve dans la Fontaine : Il entre : ah ! que sa barbe est rébarbarative ! Florent. I, 6.

HISTORIQUE

  • XVe s.
    Je vois ces vilains trop volontiers qui s'appuyent sur ces creneaux.... veez les ; ils sont plus rebarbatifs que singes qui mangent poires et enfans leur veulent tolir [enlever] [FROISS., II, III, 38]
  • XVIe s.
    Martius, avec un ton de voix forte et un visage rebarbatif, monstra une asseurance approchante du mespris et de contemnement [AMYOT, Coriol. 26]
    Si le minois du medicin chagrin, tetricque, reubarbatif, catonian, mal plaisant, mal content, severe, rechigné, contriste le malade [RAB., IV, Épître au cardinal de Chastillon.]
    Je laisse à part le nombre de leurs pilulles [des médecins] ....et ceste grimace rebarbatifve et prudente de leur port et contenance [MONT., III, 213]

ÉTYMOLOGIE

  • Dérivé de rebarbe, qui se disait au XVIe siècle avec un sens analogue, et qui, formé de re et barbe, signifie : qui oppose barbe à barbe.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

  • RÉBARBATIF. - ÉTYM. Ajoutez : Il y avait dans l'ancienne langue le verbe rebarber, qui signifiait s'opposer, lutter contre : XIIIe s.
    Encore i ot dis mil de la paienne gent Qui de saillir en l'eve n'avoient nul talent ; Encontre nostre gent s'alerent rebarbant [, Gaufrey, p. 307]