résister

résister

v.t. ind. [ lat. resistere, se tenir ferme, de sistere, s'arrêter ] (à)
1. S'opposer par la force à celui ou à ceux qui emploient des moyens violents : Ils résistèrent longtemps à l'ennemi se défendre ; capituler, se rendre
2. Ne pas céder sous l'action d'un choc, d'une force : La porte ne résistera pas à de tels coups supporter
3. S'opposer à la volonté de qqn : Elle déteste qu'on lui résiste qu'on lui tienne tête ; contrarier
4. Lutter contre ce qui attire, ce qui est dangereux : Il est difficile de résister à une telle tentation repousser ; céder, succomber
5. Supporter victorieusement des épreuves physiques ou morales : Résister à la souffrance endurer

RÉSISTER

(ré-zi-sté) v. n.
Ne pas céder au choc, à l'impression d'un autre corps. Une pierre qui résiste au ciseau. Une poutre qui résiste à une forte charge.
Si l'on pense que plus un corps peut résister, plus il soit capable d'arrêter le mouvement [DESC., Monde, 7]
Vous avez jusqu'ici Contre leurs coups épouvantables [des tempêtes] Résisté sans courber le dos [LA FONT., Fabl. I, 22]
Les Romains introduisaient encore dans les ciments une autre substance qui les rendait capables de résister au froid et aux gelées ; c'est de l'huile [MONGEZ, Inst. Mém. litt. et beaux arts, t. I, p. 521]
Ne pas se laisser pénétrer. Un chapeau qui résiste à la pluie.
Opposer la force à la force, se défendre. La ville a résisté pendant plusieurs mois. Résister aux agents de la force publique.
Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang, Avant qu'aucun résiste, ou reprenne son rang [CORN., le Cid, IV, 3]
Rome seule aujourd'hui peut résister à Rome [ID., Sertor. II, 1]
Les Dauniens y entrèrent avec tant de vigueur, que cette jeunesse lacédémonienne, étant surprise, ne put résister [FÉN., Tél XVI]
Leurs ennemis [des Spartiates] sachant que tout ce qui résistait était passé au fil de l'épée, et qu'ils ne pardonnaient qu'aux fuyards [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. II, p. 531. dans POUGENS]
[Les Troyens] Résistaient en désordre et fuyaient au hasard [DELILLE, Én. X]
Ce cheval résiste au cavalier, le cavalier a de la peine à s'en faire obéir.
Fig. S'opposer aux desseins, aux volontés ; tenir ferme contre quelque chose de puissant, de fort.
Donc votre aïeul Pompée au ciel a résisté Quand il a combattu pour notre liberté [CORN., Cinna, II, 1]
Qui résiste trop tard a peine à résister [à la tentation], Et c'est au premier pas qu'il la faut arrêter [ID., Imit. I, 13]
Je tâche à le sauver ; dieux, n'y résistez pas [DU RYER, Scévole, II, 3]
Conseils marqués par le doigt de Dieu, dont l'empreinte est si vive et si manifeste dans les événements que j'ai à traiter, qu'on ne peut résister à cette lumière [BOSSUET, Reine d'Angl.]
Admirez cette femme forte, qui résiste aux faiblesses de son sexe dès son enfance, à l'orgueil dans sa plus grande élévation, à la douleur dans le temps de son abattement et de sa mort même [FLÉCH., Duch. de Mont.]
Il [Dieu] résiste au superbe et punit l'homicide [RAC., Athal. II, 7]
Il cherche une vertu qui lui résiste moins [ID., Alex. I, 1]
Vous résistiez, seigneur, à leur sévérité [des magistrats qui avaient prononcé une sentence de mort] [ID., Brit. IV, 3]
Moi-même, résistant à mon impatience.... [ID., Baj. III, 2]
M. de Villette a résisté à cette éloquence de M. Bossuet à laquelle personne ne résiste [Bossuet voulait le convertir] [MAINTENON, Lett. à Mme de St-Géran, 24 août 1681]
Telle est la faiblesse et l'inconstance des hommes ; ils se promettent tout d'eux-mêmes, et ne résistent à rien [FÉN., Tél. X]
L'âme résiste bien plus aisément aux vives douleurs qu'à la tristesse prolongée [J. J. ROUSS., Hél. I, 25]
Mon cœur, qui n'a jamais su résister aux caresses, se laissa émouvoir aux leurs [ID., Conf. XI]
Le respect que le parlement devait au roi [Louis XI] n'empêchait pas qu'il ne lui résistât avec beaucoup de liberté [DUCLOS, Œuv. t. III, p. 298]
Résister contre, ne pas se soumettre à (locution blâmée, mais, ce semble, à tort). " Et c'est contre ce mot qu'a résisté le comte " Résister contre un mot n'est pas parler français : il eût pu dire s'obstiner sur un mot, Acad. sentim. Cid.
Il se dit, dans le langage de la galanterie, des refus des femmes.
[L'ode] Vante un baiser cueilli sur les lèvres d'Iris, Qui mollement résiste, et par un doux caprice Quelquefois le refuse, afin qu'on le ravisse [BOILEAU, Art p. II]
Quand on veut qu'un sexe résiste, on veut qu'il résiste autant qu'il faut, pour faire mieux goûter la victoire à celui qui attaque, mais non pas assez pour la remporter [FONTEN., Dial. II, morts anc.]
[Homme] très médiocre dans la société, mais auquel, dit-on, nulle femme jusqu'ici n'a résisté [GENLIS, Mères riv. t. I, p. 90, dans POUGENS]
Se refuser à.
Aux dépens de mon sang satisfaites Chimène, Je n'y résiste point, je consens à ma peine [CORN., Cid, II, 9]
Vous les aviez menacés de leur faire signer cette constitution, quand vous pensiez qu'ils y résisteraient [PASC., Prov. XVII]
La fortune t'appelle une seconde fois ; Narcisse, voudrais-tu résister à sa voix ? [RAC., Brit. II, 8]
L'ange aspire à monter, et résiste à descendre [DELILLE, Parad. perdu, II]
Ne pas permettre, ne pas laisser, avec un nom de chose pour sujet.
J'accours tout transporté d'un amour sans égal, Dont l'ardeur résistait à se croire oubliée [MOL., Sgan. 22]
La coutume y résiste ; si vous étiez en pays de droit écrit, cela se pourrait faire [ID., Mal. imag. I, 9]
Quand nous n'aurions aucune autre preuve contre cette fable [d'une loi autorisant la polygamie], le nom même d'un empereur si grave, si sérieux, si chrétien [Valentinien] y résisterait [BOSSUET, Déf. Var. 1er disc. 63]
Supporter la peine, le travail, en parlant des hommes ou des animaux. Résister à la douleur. Cheval qui résiste à la fatigue.
Quoique à peine à mes maux je puisse résister, J'aime mieux les souffrir que de les mériter [CORN., Hor. I, 3]
Je n'y puis résister, ce spectacle me tue [RAC., Bérén. IV, 7]
Gardez qu'elle résiste à sa félicité [VOLT., Oreste, II, 4]
Familièrement. On n'y peut plus résister, se dit de quelque incommodité qu'on a peine à supporter. Il fait une si grande fumée, qu'on n'y saurait résister.
Il se dit des choses qui durent malgré quelque obstacle ou difficulté. Ce ciment résiste aux gelées.
Je dois être fort aise que cette amitié résiste à l'absence et à la Provence [SÉV., 28 nov. 1670]
Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

HISTORIQUE

  • XIVe s.
    Une chose qui contrarie et obvie et resiste à raison [ORESME, Eth. 31]
  • XVe s.
    Il ne pouvoit mie resister contre eux [FROISS., II, II, 4]
    Iceux Bourguignons furent si vaillamment resistez et reboutez par les notables seigneurs, bourgeois et habitans dudit Paris [, Chron. addit. à la suite de Monstrelet, f° 2, dans LACURNE]
  • XVIe s.
    Afin de resister que ledit sieur de Nemours ne sa compagnie ne peust passer par là qu'estoit son chemin constrainct pourvenir audit Bresse [, Lett. de Louis XII, t. III, p. 173, dans LACURNE]
    Les enfans qui sont pour estre subjects au mal caduque.... ne peuvent resister ny durer à ce lavement [lotion] de vin [AMYOT, Lyc. 32]
    Le bois seul ne pouvoit pas durer ni resister aux coups [ID., Cam. 68]
    Le peuple vouloit que l'un des consuls fust esleu des maisons populaires ; à quoi le senat resistoit fort et ferme [ID., ib. 72]
    À la fin, la chose allant en longueur, sa force corporelle ne peut plus resister, ains se laissa aller et defaillit tout à coup [ID., Brutus, 18]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. et espagn. resistir ; ital. resistere ; du lat. resistere, de re, et sistere, fréquentatif de stare (voy. STABLE). Résister a été fait, au XIVe siècle, sans consulter l'accent latin.

résister

RÉSISTER. v. intr. Il se dit proprement d'un Corps qui ne cède pas, ou qui cède difficilement au choc, à la pression, à l'action d'un autre corps, à une force, à un effort quelconque. Le marbre résiste plus au ciseau que la pierre commune. Une viande qui résiste au couteau. Cette pierre résiste à la gelée. Ce vieux château a jusqu'ici résisté à l'injure, aux injures du temps. Vous chargez trop ce plancher, il ne pourra pas résister à un aussi grand poids. La toiture a résisté à la violence du vent.

Il signifie aussi Se défendre, opposer la force à la force. Résister aux agents de la force publique. Une armée à laquelle l'ennemi est hors d'état de résister. Les assiégés ont résisté longtemps, ont résisté courageusement. La place a résisté plus de trois mois. Ce cheval résiste au cavalier.

Il signifie figurément S'opposer aux desseins, aux volontés de quelqu'un, tenir ferme contre quelque chose de fort, de puissant. Résister fortement à quelqu'un. Si ce que vous proposez est dans l'intérêt public, je ne résiste plus. Je lui ai résisté en face. Il ne faut pas résister à son maître. Qui peut résister à la volonté de Dieu? Résister à la grâce. Résister à la séduction, à la tentation. Résister à ses passions.

Il signifie aussi Bien supporter l'effort, la souffrance, le travail, et il se dit des Hommes et des animaux. Cet homme résiste à toutes les fatigues. Il est en convalescence, mais bien affaibli : s'il a une rechute, il n'y résistera pas. Vous travaillez trop, votre santé n'y pourra résister.

Fam., On n'y peut plus résister se dit en parlant de Quelque incommodité qu'on ne peut décidément pas supporter. La conversation avec cet homme est d'un ennui mortel, on n'y peut plus résister.

resister

Resister, act. acut. Est estre à pied ferme front à front, contre celuy qui s'est planté devant pour nuyre ou forcer le pas. Et telle est la signification naïfve de Resisto Latin, dont il vient, estant composé de Re preposition, laquelle en composition signifie aussi Ex aduerso, e contrario, et de Sisto, si que Resisto est autant que Ex aduerso sisto aut sto, Id est aduersus eum qui e regione sistit gradum, ego etiam gradum sisto. Tout ainsi que contre Pugno, et Lucto, on dit Repugno, Relucto, et est proprement ce que le François dit faire teste, et front à front, ou teste à teste. Cette energie de signification est aucunement exprimée par Cesar au quatriesme livre de bello Gallico, en ces mots, Quod Germanorum consuetudo haec sit a maioribus tradita quicumque bellum inferant resistere, neque deprecari. De là vient que resister en plus large signification est prins pour empescher l'execution de quelque chose, soit, Obstare, Repugnare, Reniti, comme, Il resiste à tous mes desseings et entreprinses, Consiliis conatibusque meis omnibus aduersatur.

Resister fort et ferme, Institare, Obluctari, Obniti.

Resister à aucun, Impugnare aliquem, Resistere alicui.

On ne luy sçauroit resister, ou contredire, Obsisti illi non potest.

Resister à l'encontre, Subsistere, Refragari.

Resister contre les ennemis, Impetum hostium sustinere.

Ils ont mieux aimé leur resister et se defendre, que de les envahir, Semper illas nationes refutandas potius bello, quam lacessendas putauerunt.

Il n'y a maison qui puisse resister à ta cupidité, Nulla domus clausa contra cupiditatem tuam.

A grande peine resista on ce jour la, AEgre eo die sustentatum.

Beaucoup resistent à l'encontre, Plurimi contra nituntur.

On resiste à tout cela, Omnibus his resistitur.

Arbre qui resiste à la mort, Contumax emori arbor.

Il m'a resisté, Astitit mihi contra.

Synonymes et Contraires
Traductions

résister

resist, withstand, hold, standweerstaan, tegenspartelen, tegenstreven, zichverzetten, bestand zijn (tegen), weerstand bieden (aan), zich verzettenהתנגד (התפעל), התריס (הפעיל), עמד בפני, הִתְנַגֵּדresistirodolat, odolávat, bránit serezistiresistir, oponerseresistereresistir, fazer frente a, relutarартачиться, сопротивлятьсяresistere, agguantare, reggereيُقاوِمُmodståwiderstehenαντιστέκομαιvastustaaopirati se抵抗する저항하다motståoprzeć sięgöra motståndต่อต้านdirenmekchống lại抵抗 (ʀeziste)
verbe transitif
1. être solide, ne pas casser L'arbre a résisté à la tempête.
2. pouvoir supporter qqch résister à la fatigue Les plantes ont résisté au froid.
3. agir contre qqn, qqch résister à un agresseur résister à l'oppression résister à la tentation

résister

[ʀeziste] vi → to resist
résister à [+ assaut, tentation] → to resist; [+ effort, souffrance] → to withstand; [+ personne] → to stand up to, to oppose