raisonneur, euse

RAISONNEUR, EUSE

(rè-zo-neur, neû-z') s. m. et f.
Celui, celle qui raisonne, enchaîne les arguments.
Ils ont bien de l'esprit, mais ils ne raisonnent jamais ; les raisonneurs, qui sont gens durs, les appellent peuple, sans difficulté ; d'autre part, ces gens-ci s'en vengent en tournant les raisonneurs en ridicule [FONTEN., Mondes, 6e soir.]
Tant de raisonneurs ayant fait le roman de l'âme, un sage est venu qui en a fait modestement l'histoire [VOLT., Dict. phil. Locke.]
Si ces raisonneurs vulgaires confondent la licence avec la liberté, et l'enfant qu'on rend heureux avec l'enfant qu'on gâte [J. J. ROUSS., Ém. II]
Les raisonneurs les plus pressants et les plus forts ne sont pas les plus sûrs de produire de grands effets [MARMONTEL, Œuv. t. IX, p. 512]
Particulièrement et en mauvaise part, celui, celle qui importune par de longs, par de mauvais raisonnements.
Mêle-toi de donner à teter à ton enfant, sans tant faire la raisonneuse [MOL., Méd. malgré lui, II, 2]
Je n'aime pas qu'un sot fasse le raisonneur [HAMILT., Gramm. 3]
Il y a bien de la différence entre un raisonneur et un homme raisonnable : l'homme raisonnable se tait souvent, le raisonneur ne déparle pas [DIDER., Pensées sur la peinture, Œuv. t. XV, p. 172, dans POUGENS.]
Adj.
Je vous demandais quand vous reverriez la grande, vilaine, triste et gaie, riche et pauvre, raisonneuse et frivole ville de Paris [VOLT., Lett. Mme de Fontaine, 24 nov. 1757]
Vainement sur votre menton La main de l'aimable jeunesse N'a mis encor que son coton ; Toute la raisonneuse espèce Croit voir en vous un vrai barbon [ID., Ép. XLII (à Helvétius).]
Quoiqu'il nous reste de vrais philosophes ardents à rappeler dans nos cœurs les lois de l'humanité et de la vertu, on est épouvanté de voir jusqu'à quel point notre siècle raisonneur a poussé dans ses maximes le mépris des devoirs de l'homme et du citoyen [J. J. ROUSS., Théât. Préf.]
Comme il me faisait quelquefois des arguments très subtils, je le prenais tout de bon pour raisonnable parce qu'il était raisonneur [ID., Conf. VI]
Celui, celle qui allègue beaucoup d'excuses pour se défendre, qui réplique incessamment.
Tu fais le raisonneur ! je te baillerai de ce raisonnement-ci [le menaçant d'un soufflet] par les oreilles [MOL., l'Av. I, 3]
Petite raisonneuse, Qui veut parler sur tout et ne dit jamais rien [DESTOUCH., Glor. II, 13]
Adj.
Oui, l'on doit être bien aise d'avoir un valet raisonnable, mais non pas un valet raisonneur [BRUEYS, Grondeur, I, 6]
Terme de théâtre. Personnage grave de la comédie, dont le langage est celui du raisonnement, de la morale.
Vous qui jouez les raisonneurs, soyez raisonnable [PICARD, Coméd. ambul. II, 2]

ÉTYMOLOGIE

  • Raisonner ; provenç. razonaire, razonador ; espagn. razonador ; ital. ragionatore.