rien


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1. rien

pron. indéf. [ lat. rem, de res, chose ]
1. (En corrélation avec ne ou précédé de sans, ou bien dans une phrase nominale) Aucune chose : Je n'entends rien. Rien ne le retient ici. Il a tout fait sans rien demander. Rien à l'horizon. Rien de cassé ?
2. (Sans ne) Quelque chose : Est-il rien de plus important que ta santé ? Elle a refusé de rien prendre.
Ça ne fait rien,
cela importe peu.
Ça ou ce n'est rien,
ce n'est pas grave ; c'est sans importance.
Cela ne me dit rien,
Fam. je n'en ai aucune envie ; cela n'évoque rien pour moi.
Ce n'est pas rien,
Fam. c'est très important.
Comme si de rien n'était,
comme s'il ne s'était rien passé : Elle a agi comme si de rien n'était.
De rien,
Fam. se dit par politesse après avoir reçu des remerciements : « Merci beaucoup ! — De rien. »
De rien du tout,
sans importance ; insignifiant : Une cicatrice de rien du tout.
En moins que rien,
en très peu de temps : Elle a rédigé son rapport en moins que rien.
En rien,
en quoi que ce soit : Cette chanson ne ressemble en rien aux précédentes
nullement
Il n'en est rien,
c'est faux.
N'avoir rien de,
n'être nullement : Ce roman n'a rien d'original. Il n'a rien d'un homme d'action.
N'être rien à ou pour qqn,
n'être nullement lié à lui par parenté ou amitié.
Pour rien,
sans utilité : J'ai fait toutes ces démarches pour rien ; gratuitement ou pour très peu d'argent : Elle a eu une voiture pour rien.
Rien que,
Fam. seulement : Ce n'est rien qu'un petit coup de fatigue.

2. rien

n.m. [ de 1. rien ]
Chose sans importance : Il s'inquiète pour des riens
Comme un rien,
Fam. très facilement : Cet énorme roman se lit comme un rien.
En un rien de temps,
en très peu de temps : Il a tout nettoyé en un rien de temps
en un tour de main
n.
Un, une rien du tout ou un, une moins que rien,
une personne tout à fait méprisable.

RIEN

(riin) s. m. indéterminé

Résumé

Quelque chose.
Avec la négation ne, nulle chose.
N'être rien. N'être de rien.
De rien, avec ne, nullement.
Ne rien faire. N'avoir rien. Ne rien dire.
Cela ne fait rien.
Ne faire semblant de rien.
Ne compter pour rien.
Il n'en est rien.
10° Ne savoir rien de rien.
11° Rien se dit quelquefois des personnes.
12° Ne.... rien que, uniquement, seulement.
13° Ne.... rien moins que. Ne... rien de moins.
14° Rien suivi d'un adjectif, dont il est séparé par de.
15° Rien sans la négative se disant pour nulle chose.
16° De rien, après un substantif, marque la petitesse, le peu de valeur.
17° Rien que cela.
18° Il signifie quelquefois par exagération, peu de chose. Si peu que rien.
19° Rien peut être représenté par le pronom il.
20° S. m. déterminé. Néant, nullité.
21° Peu de chose.
22° Au plur. Bagatelles, choses de peu d'importance.
23° Rien pris adverbialement.
24° En rien, nullement.
25° En moins de rien.
26° Comme si de rien n'était.
Quelque chose (sens étymologique, sens propre, qui a été longtemps le sens essentiel et qui est encore conservé).
En tous les bienfaits d'importance, la preuve ne peut avoir de lieu ; car il n'y a bien souvent que deux qui en sachent rien [MALH., le Traité des bienf. de Sénèque, III, 10]
Et si rien à présent peut troubler son bonheur, C'est de te voir pour lui répandre tant de larmes [RACAN, Stances, Conseils à M. de Bellegarde.]
Je vous envoie des vers que je fis il y a trois ans.... faites-moi l'honneur, s'il vous plaît, de me mander si c'est rien qui vaille [VOIT., Lett. 196]
Cependant plus j'y songe, et plus je m'examine, Moins je trouve, seigneur, à me reprocher rien [CORN., Agésil. III, 1]
Son nom fait tout pour lui sans qu'il en sache rien [ID., Sertor. I, 1]
Je croirais vous trahir.... Si je vous cachais rien des justes sentiments.... [ID., Agés. V, 4]
Tu n'as pas sujet de rien appréhender [MOL., l'Ét. V, 7]
....Contre la coutume de France, qui ne veut pas qu'un gentilhomme sache rien faire [ID., Sicil. 10]
Pourquoi consentiez-vous à rien prendre de lui ? [ID., Tart. V, 7]
Allez demander aux médecins s'il y a rien de plus préjudiciable à l'homme que de manger avec excès [ID., l'Av. III, 5]
Il faut que Mme la maréchale ait renoncé à louer jamais rien, puisqu'elle ne loue pas cette pièce [SÉV., 519]
À Dieu ne plaise que je diminue rien par mon discours d'un mérite aussi rare que celui-là ! [BOURD., Orais fun. de Condé, 1]
C'est en vertu de cette signification que l'on construit quelquefois ne.... pas, avec rien.
On ne veut pas rien faire ici qui vous déplaise [RAC., Plaid. II, 6]
Autrement on ne construit pas ne.... pas, avec rien ; construction qui est blâmée dans ces vers de Molière.
Martine : Et tous vos biaux dictons ne servent pas de rien. - Bélise : De pas mis avec rien tu fais la récidive, Et c'est, comme on t'a dit, trop d'une négative [MOL., Fem. sav. II, 6]
Avec la particule négative ne, rien signifie nulle chose.
Ne crois rien précieux, ne crois rien admirable, Rien noble, rien enfin dans la solidité, Que ce qui doit aller jusqu'à l'éternité [CORN., Imit. III, 4]
Voulez-vous que moi, chien, qui n'ai rien à la chose, Sans aucun intérêt je perde le repos ? [LA FONT., Fabl. XI, 3]
Il y a cinq ou six petits mots qui ne valent rien du tout, et qui sont d'un homme qui ne sait pas le monde [SÉV., 89]
Un homme [Cromwell] ....qui ne laissait rien à la fortune de ce qu'il pouvait lui ôter par conseil et par prévoyance [BOSSUET, Reine d'Anglet.]
Non, mes frères, les Philistins défaits et les ours même déchirés de ses mains [de David] ne sont rien en comparaison de sa grandeur qu'il a domptée [ID., Mar.-Thér.]
Tout à coup on voit arriver le moment fatal où la terre n'a plus rien pour elle [la reine] que des pleurs [ID., ib.]
Je dois vous représenter aujourd'hui un magistrat qui n'a rien ignoré, ni rien négligé dans son ministère [FLÉCH., Lamoignon.]
Remords, crainte, périls, rien ne m'a retenue [RAC., Brit. IV, 2]
Il ne faut rien pour gâter les plaisirs : ce sont des lits de roses, où il est bien difficile que toutes les feuilles se tiennent étendues, et qu'aucune ne se plie [FONTEN., Dial. 2, Morts anc.]
La mesure de bonheur qui nous a été donnée est assez petite, il n'en faut rien perdre [ID., Mond. 4e soir.]
Rien n'est si beau à voir que l'Égypte dans deux saisons de l'année [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 44, dans POUGENS]
N'ayant rien fait pour nous, il n'a rien mérité [VOLT., Mér. I, 3]
L'axiome : Rien ne vient de rien, a été le fondement de toute philosophie [ID., Dict. phil. Génération.]
Dumarsais, disait un riche avare, est un fort honnête homme ; il y a quarante ans qu'il est mon ami, il est pauvre, et il ne m'a jamais rien demandé [D'ALEMB., Éloges, Dumarsais.]
Que rien plus, ellipse pour : que rien ne l'est plus.
Ils soutiennent qu'un tel repentir [sincère, à l'article de la mort] est si rare que rien plus, [, Anal. de Bayle, t. III, p. 282]
Cela ne ressemble à rien, se dit d'une chose inconvenante, mal faite.
Vous avez bien raison de dire que dans ce siècle il y a des choses qui ne ressemblent à rien, et beaucoup de riens qu'on voudrait faire ressembler à des choses [VOLT., Lett. de l'Élect. palatin à Volt. 23 oct. 1758]
Fig. On ne fait rien de rien, on ne saurait réussir en quoi que ce soit, si on n'a quelques moyens, quelques ressources pour y parvenir. Cette affaire ne tient à rien, presque rien n'empêche qu'elle ne se fasse. Il ne tint à rien qu'il ne fît telle chose, il ne s'en fallut presque rien qu'il ne la fît. C'est un homme qui ne met rien contre lui, c'est un homme très circonspect dans ses actes ou dans ses discours.
N'être rien, n'occuper aucun emploi, aucune position.
Il comptait pour beaucoup cet avantage si peu recherché de n'être rien [FONTEN., Reyneau.]
Vous épousez une personne qui n'est rien, et qui n'a rien [MARIV., Marianne, part. 8]
Je vois s'accomplir cette prédiction que me fit autrefois mon père : tu ne seras jamais rien [P. L. COUR., Lett. à l'Acad. des inscriptions.]
N'être rien, n'être d'aucun prix, d'aucune valeur, d'aucun intérêt, n'être compté pour rien.
Un simple soldat qu'on emportait fort blessé, comme on le plaignait en le voyant tout couvert de sang : ce n'est rien, dit-il, le régiment a fait son devoir [PELLISSON, Lett. hist. t. I, p. 330]
Je ne suis pas de ceux qui disent : ce n'est rien, C'est une femme qui se noie [LA FONT., Fabl. III, 10]
Le concile d'Éphèse ne leur est plus rien [aux calvinistes] [BOSSUET, 1er avert. 19]
Les maux d'autrui ne sont rien à nos yeux [MASS., Avent, Afflict.]
Mes bons amis, et bien boire et bien rire N'est rien encor sans les amours [BÉRANG., Mes chev.]
Cet homme ne m'est rien, n'est pas mon parent.
Il [un pauvre diable] descend de Pierre Corneille, en droite ligne, et Mlle Corneille, à la rigueur, n'est rien à Pierre Corneille [VOLT., Lett. d'Argental, 9 mars 1763]
N'être de rien à quelqu'un, ne l'intéresser en aucune façon.
Le beau temps ne vous est de rien, vous y êtes trop accoutumée [SÉV., 10 nov. 1675]
[à vous calvinistes, qui pactisez avec les luthériens] on voit bien que la sainte table ne vous est de rien [BOSSUET, 2e avert. 23]
Sans compter que nous ne vous sommes de rien, ni vous de rien à nous [MARIV., Marianne, part. 3]
Cette affaire [de Sirven] agite toute mon âme : les tragédies, les comédies ne me sont plus de rien [VOLT., Lett. d'Argental, 10 févr. 1766]
N'être de rien, n'appartenir à rien.
Les morts ne sont plus de rien, ils n'ont plus de part à la société humaine [BOSSUET, Panég. St Franç. de Paule, 1]
De rien avec ne, nullement.
Elle ne peut de rien profiter ni aussi de rien nuire [DESC., Diopt. 9]
Il ne sera pas dit que je ne serve de rien dans cette affaire-là [MOL., Sicil. 10]
Mon indulgence ne servirait de rien, il faut qu'elle [la demande en grâce] soit signée de trois autres de mes confrères [VOLT., Zadig, 13]
De rien, se dit absolument et populairement, pour : ce n'en vaut pas la peine. Je vous remercie du coup de main que vous m'avez donné.- De rien.
Ne rien faire, demeurer dans l'oisiveté, le repos.
Quant à son temps, bien le sut dispenser : Deux parts en fit, dont il soulait passer L'une à dormir et l'autre à ne rien faire [LA FONT., Épitaphe.]
Avec ellipse de ne.
Passer.... La nuit à bien dormir et le jour à rien faire [BOILEAU, Sat. II]
L'homme.... Et formé pour agir se plaisait à rien faire [VOLT., Disc. 6]
Ne rien faire, n'avoir aucun emploi. Il ne fait plus rien, il n'a plus d'emploi. N'avoir rien, être sans fortune.
Vous n'avez rien ; vous trouvez un établissement le plus avantageux et le plus brillant [GENLIS, Théât d'éduc. Bonne mère, II, 5]
Ne rien dire, garder le silence, se taire. Ne rien dire signifie aussi dire des choses qui ne sont que du bavardage.
Celle qui toujours parle et ne dit jamais rien [BOILEAU, Sat. X]
Ne parler de rien, garder le silence sur un objet qu'on a sur le cœur, ou qui préoccupe, ou qui importe.
Mme de S*** ne me parla de rien ; mais elle me reçut avec une froideur qui me fit assez connaître son juste ressentiment [GENLIS, Mères riv. t. II, p. 111, dans POUGENS]
Fig. Ne rien dire, avec un nom de chose pour sujet, ne pas agréer, ne pas intéresser. Cela ne me dit rien.
Familièrement. Cela ne fait rien, est de peu d'importance. Cela ne me fait rien.
Deux ou trois pages qui ne font rien à la question [BOSSUET, 3e Avert. 31]
On dit dans le même sens : cela me fait moins que rien.
Ne faire semblant de rien, se comporter comme si on ignorait, comme si on ne s'intéressait pas à.
Ne faites pas semblant de rien, et me laissez faire tous deux [MOL., G. Dand. II, 10]
Avec ellipse de ne.
Pour moi je vais faire semblant de rien [MOL., G. Dand. I, 2]
Ne compter pour rien, n'avoir aucun égard à, ne faire aucun cas de.
Vous ne comptez pour rien les pleurs de Bérénice [RAC., Bér. IV, 5]
Tout le reste de la terre n'est compté pour rien [MASS., Carême, Enfant prod.]
Avec ellipse de ne.
À ces mauvaises dispositions introduites dans les esprits par la réforme, ajoutons l'autorité de l'Église méprisée, la succession des pasteurs comptée pour rien [BOSSUET, Var. X]
Il compte même pour rien la réputation [FÉN., Tél. X]
Et comptez-vous pour rien Dieu qui combat pour nous ? [RAC., Athal. I, 1]
On dit aussi : ne compter à rien, ne compter rien.
Je ne vous compte à rien le nom de mon époux [CORN., Poly. IV, 3]
Moi qui ne compte rien ni le vin ni la chère, Si l'on n'est plus au large assis en un festin Qu'aux sermons de Cassagne ou de l'abbé Cotin [BOILEAU, Sat. III]
Il n'en est rien, la chose dont il s'agit n'existe pas.
S'il y avait un homme alors auprès duquel la philosophie d'Eusèbe devait réussir, c'était l'empereur Julien ; cependant il n'en fut rien [DIDER., Opin. des anc. phil. (Éclectisme).]
Il n'y a rien que.... il y a peu de temps que.... Il n'y a rien qu'il était ici.
10° Familièrement. Ne savoir rien de rien, ne savoir absolument rien.
Ver-vert, c'était le nom du personnage, Transplanté là de l'indien rivage, Fut, jeune encor, ne sachant rien de rien, Au susdit cloître enfermé pour son bien [GRESS., Ver-vert, ch. I]
J'eus la bêtise de dire à M. Montaigu, qui ne savait rien de rien, ce que j'avais fait [J. J. ROUSS., Conf. VII]
Ne dire rien de rien, ne dire rien du fait principal ni des circonstances qui s'y rapportent.
11° Rien se dit quelquefois des personnes.
Oui, je deviens tout autre avec son entretien [de Tartufe], Il m'enseigne à n'avoir affection pour rien, Et je verrais mourir frère, enfant, mère et femme.... [MOL., Tart. I, 6]
C'est n'estimer rien qu'estimer tout le monde [ID., Mis. I, 1]
12° Ne.... rien que, uniquement, seulement.
Il [le dauphin] s'aperçoit qu'il n'a tiré Du fond des eaux rien qu'une bête [LA FONT., Fabl. IV, 7]
L'artisan exprima si bien Le caractère de l'idole, Qu'on trouva qu'il ne manquait rien à Jupiter que la parole [ID., ib. IX, 6]
Et plusieurs qui tantôt ont appris mon martyre, Bien loin d'y prendre part, n'en ont rien fait que rire [MOL., Sgan. 16]
Monsieur, vous n'avez rien qu'à dire, Je mentirai si vous voulez [ID., Amph. II, 1]
Ce qu'il avait vu arriver à tant de sages vieillards, qui semblaient n'être plus rien que leur ombre propre, le rendait continuellement attentif à lui-même [BOSSUET, le Tellier.]
Sans rien prétendre Que quelque heure à me voir.... [RAC., Bér. II, 2]
Elliptiquement, rien que, en ne faisant que, en ne comptant que.
Rien que d'y penser, je gage Qu'il meurt presque en ce moment [BÉRANG., Billet d'enterr.]
Il [notre siècle] les domine tous [les siècles], rien que par ses tombeaux [V. HUGO, Odes, III, 5]
On l'eût pris pour un capitaine, Rien qu'à voir sa mine hautaine [ID., la Fiancée du timbalier.]
13° Ne.... rien moins que, locution qui signifie nullement.
Ma comédie n'est rien moins que ce qu'on veut qu'elle soit [MOL., 1er plac. au roi.]
Un pédant qu'à tout coup votre femme apostrophe Du nom de bel esprit et de grand philosophe, D'homme qu'en vers galants jamais on n'égala, Et qui n'est, comme on sait, rien moins que tout cela ! [ID., F. sav. II, 9]
Aujourd'hui des troupes de femmes, faisant profession de piété et conduites par un directeur qui certainement n'est rien moins que saint Augustin.... [BOURD., Pensées, t. II, p. 352]
Je sais que vous n'avez trouvé rien moins que ce que vous espériez dans la situation où vous êtes [STAAL, Mém. t. I, p. 229]
Il arrive souvent [en changeant quelque chose au livre d'un autre] qu'on s'écarte du sujet, et qu'on ne fait rien moins que le perfectionner [, Mém. de Trévoux, 1725, t. I, p. 110]
Croyez-moi, Rousseau n'est rien moins qu'un méchant homme [MARMONTEL, Mém. VIII]
Absolument.
Un jour que je ne pensais à rien moins, on vint me chercher de la part du comte de la Roque [J. J. ROUSS., Conf. III]
Elliptiquement.
Vous a-t-il fait dire des choses impertinentes [Virgile, dans l'Énéide] ? - Rien moins.... j'y dis de très belles choses [FONTEN., Didon, Stratonice.]
Ne.... rien moins, se dit quelquefois pour rien moindre, et prend alors un sens affirmatif signifiant que l'objet dont il s'agit n'est pas moindre que.
Ces riches vêtements dont le baptême les a revêtus ; vêtements qui ne sont rien moins que Jésus-Christ même, selon ce que dit l'apôtre [BOSSUET, Mar.-Thér.]
Quand Dieu.... choisit une personne d'un si grand éclat pour être l'objet de son éternelle miséricorde, il ne se propose rien moins que d'instruire tout l'univers [ID., Anne de Gonz.]
Ne.... rien de moins, locution qui signifie rien de moindre.
Le parti [les protestants] n'eut pas plus tôt senti ses forces, qu'on n'y médita rien de moins que de partager l'autorité [BOSSUET, 5e avert. 5]
Une indifférence, qui, selon M. Jurieu, ne tend à rien de moins qu'à renverser le christianisme [ID., 6e avert. III, 9]
Il ne faut rien de moins dans les cours qu'une vraie et naïve impudence pour réussir [LA BRUY., VIII]
14° Quand rien est suivi d'un adjectif, on les sépare par la préposition de. Rien de fâcheux n'est arrivé. Il ne se fait rien d'utile. Il n'est rien de tel que de se bien porter. On supprime quelquefois de dans le style archaïque et dans le style poétique.
Et n'ayant rien si cher que ton obéissance.... [MALH., II, 1]
Seigneur, réglez si bien ce violent courroux, Qu'il n'en échappe rien trop indigne de vous [CORN., Théod. IV, 5]
Il n'est rien tel en ce monde que de se contenter [MOL., D. Juan, I, 2]
Il n'est rien tel que les jésuites [PASC., Prov. IV]
Il n'est rien tel que d'être à son aise [HAMILT., Gramm. 9]
15° Par abus, rien, sans la négative ne, se dit pour nulle chose. Tout ou rien. Rien du tout. Dieu a créé le monde de rien.
Le roi et ceux qui l'accompagnaient admirèrent le courage de ce jeune homme, qui considérait comme rien les plus grands tourments [SACI, Bible, Machab. II, VII, 12]
Qu'appelles-tu sur rien, dis ? - J'appelle sur rien Ce qui sur rien s'appelle en vers ainsi qu'en prose ; Et rien, comme tu le sais bien, Veut dire rien ou peu de chose [MOL., Amph. II, 3]
Et sa morale faite à mépriser le bien Sur l'aigreur de sa bile opère comme rien [ID., F. sav. II, 9]
Laissez faire ; ils ne sont pas au bout ; J'y vendrai ma chemise, et je veux rien ou tout [RAC., Plaid. I, 7]
Quoi, dira-t-on, aimer sans plaire ? Oui, n'est-ce donc rien que d'aimer ? [LAMOTTE, Odes, t. I, p. 220, dans POUGENS]
Encore une fois, le testament qu'elle a fait pour moi et rien, c'est la même chose [MARIV., Marianne, part 10]
Il n'y a personne d'assez hardi pour dire que les choses retourneront à rien ; comment peut-on être assez hardi pour dire qu'elles viennent de rien ? [VOLT., Dict. phil Newt. I, 1]
Par exagération. Si peu que rien, pas plus gros que rien, moins que rien, extrêmement peu, très petit. Donnez-m'en si peu que rien.
Il me semble que je vais vous rendre mille petits services, pas plus gros que rien [SÉV., 15 oct. 1677]
Ariste veut me voir pour moins que rien peut-être [PICARD, Médiocre et rampant, III, 8]
Dans une réponse, rien se dit pour nulle chose. Que vous a-t-il donné ? rien. Pour rien, gratuitement, sans payer.
Je veux une compagnie de cavalerie pour rien [VOLT., l'Ingénu, 9]
Fig. Pour rien, sans s'en ressentir.
Pigeon n'aime que trop bien, N'étant pas, comme on peut croire, L'oiseau de Vénus pour rien [PIRON, Fables.]
Ce roi [Frédéric II] a aussi les siens [préjugés] qu'il faut lui pardonner ; on n'est pas roi pour rien [VOLT., Lett. d'Alemb. 11 juin 1770]
Réduire à rien, anéantir.
Seigneur, tu te moqueras d'elles [des nations], et tu les réduiras à rien [VOLT., Philos. Déf. mil. Bolingbr. 44]
Cela s'est réduit à rien, il n'en est presque rien resté ; se dit aussi d'une affaire dont on se promettait un grand succès et qui n'en a eu aucun. On dit dans un sens analogue : venir, devenir, aller à rien.
Ce grand voyage de M. le Prince et de M. de Turenne, pour aller dégager M. de Luxembourg, est devenu à rien [SÉV., 182]
Ma terre de Bourbilly est quasi devenue à rien par le rabais et par le peu de débit des blés et autres grains [ID., 31 mai 1687]
Cette ressemblance devient à rien [ID., 585]
[L'abbé d'Auvergne] C'était un fort gros homme, qui vint à rien avant qu'être arrêté dans sa chambre [SAINT-SIMON, 188, 4]
16° De rien, après un substantif, marque la petitesse, le peu de valeur, le peu d'importance, etc.
Elle a dans la tête une philosophie Qui déclare la guerre au conjugal lien, Et vous traite l'amour de déité de rien [MOL., Princ. d'Él. I, 2]
Un précipice caché derrière une petite haie de rien [SÉV., 18 oct. 1688]
Louvois tire de son côté une petite épée de rien qu'il portait, en présente la garde au roi [SAINT-SIMON, 407, 91]
Cet homme est venu de rien, s'est élevé de rien, il est venu d'une basse condition.
Il s'était élevé de rien à une fortune considérable [HAMILT., Gramm. 6]
Dans le même sens : un homme de rien.
Vous n'êtes pas homme de rien, Ou ma foi je me trompe bien [SCARR., Virg. I]
Puis se marie, épouse une fille de rien, Dont le moindre défaut fut de naître sans bien [COLLIN D'HARLEV., Vieux célib. IV, 11]
Chardon de la Rochette.... paysan comme moi malgré ce nom pompeux, n'ayant que du savoir, de la probité, des mœurs, enfin un homme de rien [P. L. COUR., Lettre à l'Académie.]
17° Familièrement. Rien que cela, se dit, par antiphrase, pour exprimer quelque chose qui excite l'attention, la surprise.
Le roi a dit d'un certain homme, dont vous aimiez assez l'absence cet hiver, qu'il n'avait ni cœur, ni esprit, rien que cela [SÉV., 206]
18° Rien signifie quelquefois, par exagération, peu de chose. Il a eu cette maison pour rien. Il mange très peu, il vit de rien. Il se fâche de rien.
Et qu'avez-vous donné pour tout cela ? fort bien ; Un peu de votre amour ? mais vraiment c'est pour rien [V. HUGO, Hernani, III, 4]
19° Rien, quoique nom indéterminé, peut être représenté par le pronom il.
Je suis persuadé, selon la doctrine du Seigneur Jésus, que rien n'est impur de soi-même, et qu'il n'est impur qu'à celui qui le croit impur [SACI, Bible, St Paul, Ép. aux Rom. XIV, 14]
Quel malheur plus grand que de ne plus rien voir tel qu'il est ? [BUFF., Nature des anim.]
20° S. m. déterminé. Néant, nullité.
Un rien s'assemble mal avec un autre rien [CORN., l'Illus. com. III, 6 (1re édit.)]
. Quand il lui plut [à Dieu] vous donner l'être, Le rien fut sa matière, et l'ouvrier sa voix [ID., Trad. du ps. CLVIII]
Tout ce qui n'est pas corps leur paraît un rien [BOSSUET, Connaiss. V, 6]
Que peut rechercher un rien comme moi, que des biens proportionnés au peu qu'il est ? [ID., 4e sermon, Pâques, I]
Le Mercure Galant est immédiatement au-dessous du rien [LA BRUY., I]
Sans sortir de mon indolence, Je reconnais tous les travers De ce rien qu'on nomme science [BERNIS, Épît. VII, à mes dieux pén.]
Herschell se demande si la matière qui constitue les queues des comètes ne se réduirait pas à quelques livres ou même à quelques onces ; M. Babinet a exprimé une idée analogue en disant que les comètes sont des riens visibles [GUILLEMIN, dans Presse scientifique, t. I, p. 138]
Terme de mystiques.
Se plonger dans son rien, ne produire aucun désir [BOSSUET, Instr. sur les ét. d'orais. III, 2]
21° Peu de chose.
Un songe, un rien, tout lui [à l'ami] fait peur, Quand il s'agit de ce qu'il aime [LA FONT., Fabl. VIII, 11]
Voilà d'étranges présents, un ruban, une ceinture, un petit pigeon, une ombre, un souffle, un rien ; c'est le denier de la veuve [SÉV., 511]
Je ne suis rien ; mais ce rien après tout, c'est ce que j'ai de plus cher, puisque c'est moi-même [BOURDAL., Pensées, t. II, p. 419]
Il engagea ce rien [le peu qu'il possédait] pour chercher la fortune [BOILEAU, Sat. I]
Une terreur panique, un rien vous arrache la victoire [FÉN., Tél. XI]
C'est un rien [une correction dans l'Écossaise] ; mais rien, c'est beaucoup [VOLT., Lett. d'Argental, 9 juill. 1760]
Un rien peut la retenir comme un rien l'entraîner [STAËL, Corinne, XVII, 9]
Ah ! pour un rien, Nous laisserions finir le monde, Si nos femmes le voulaient bien [BÉRANG., âge futur.]
En un rien, en un instant.
Et changeant en un rien sa colère en furie [RÉGNIER, Sat. X]
22° S. m. pl. Bagatelles, choses de peu d'importance.
Je ne veux point vous écrire davantage aujourd'hui.... je n'ai que des riens à vous mander [SÉV., 89]
Voilà ce qui s'appelle causer et dire des riens [ID., 504]
J'admire quelquefois les riens que ma plume veut dire ; je ne la contrarie point [ID., 4 mars 1672]
À quoi bon mettre au jour tous ces discours frivoles, Et ces riens enfermés dans de grandes paroles ? [BOILEAU, Sat. IX]
Écrivez-moi les moindres détails, des riens : mon amitié pour vous en fera des choses [MAINTEN., Lett. à d'Aubigné, 11 mai 1677]
Comme des enfants.... dont les haines et les animosités puériles ne roulent que sur des riens [MASS., Carême, Pardon.]
Tous ces aimables riens qu'on nomme amusement [BOISSY, Deh. tromp. II, 10]
Je retourne à mes riens que tu nommes frivoles [A. CHÉN., Élégie VIII]
Au singulier.
La bagatelle, la science, Les chimères, le rien, tout est bon ; je soutiens Qu'il faut de tout aux entretiens [LA FONT., Fabl. X, 1]
23° Rien pris adverbialement, en rien, nullement ; emploi qui n'est plus usité.
Mais tout ce que je fais ne me profite rien [RACAN, les Berg. II, 1]
Allons, vous dis-je, il n'y a rien à balancer [MOL., G. D. I, 8]
24° En rien, loc. adv. En quelque chose.
Je le dis à regret ; excusez-moi, mesdames, De vous fâcher en rien.... [BOISSY, Babillard, SC. 4]
Avec ne, nullement.
Ce qui glace mes sens ne vous émeut en rien [LEMERC., Fréd. et Br. V, 1]
25° En moins de rien, loc. adv. Très promptement.
Ma joie en moins d'un rien comme un éclair s'enfuit [RÉGNIER, Sat. X]
Comme elle était jeune, belle et adroite, en moins de rien elle gouverna absolument le roi, et, bientôt après, tout le royaume [VOIT., Œuv. t. II, p. 277]
En vit-on jamais un [sort] dont les rudes traverses Prissent en moins de rien tant de faces diverses ? [CORN., Hor. IV, 4]
En moins de rien les deux dames furent grandes camarades [SCARR., Rom. com. I, 4]
Mille caquets divers s'y font en moins de rien [MOL., Tart. I, 1]
26° Comme si de rien n'était, comme si la chose n'était pas arrivée.
Tout d'un coup on lui vient dire qu'il verra clair, et que ses pauvres yeux que la fluxion avait mis hors de la tête y étaient rentrés heureusement, comme si de rien n'était [SÉV., 6]
J'attends du chaud la liberté de mes mains ; elles me servent quasi comme si de rien n'était [ID., 286]
Cependant [pendant les exécutions de Lalli, Sirven, Calas, etc.] les Français dansent comme si de rien n'était [VOLT., Lett. d'Argental, 30 août 1769]

PROVERBES

  • On ne fait rien pour rien, l'intérêt personnel se mêle presque toujours dans les services rendus.
    Rien pour rien en tous lieux est une loi suivie, Les mains vides sont sans appas [QUIN., Alceste, IV, 1]
  • Qui ne risque rien n'a rien.
  • Qui prouve trop ne prouve rien.
  • Il fait de cent sols quatre livres, et de quatre livres rien, se dit d'un mauvais ménager.
  • Ce que vous dites et rien, c'est tout un, c'est la même chose, ce sont des paroles inutiles, qui ne prouvent rien.

REMARQUE

  • 1. Le sens étymologique et propre de rien est chose.
  • 2. Avec la négation ne, rien niant toute chose, équivaut au latin nihil.
  • 3. De cet emploi presque continu vient le sens de chose très petite : des riens, un rien.
  • 4. De là l'inutilité d'un autre mot comme pas, point, pour déterminer la négation ; voy. plus haut, n° 1, le vers de Molière.
  • 5. De là aussi, dans le style négligé et dans des phrases très communes, l'emploi de rien avec le sens négatif, sans ne ; emploi qui est presque toujours mauvais dans le style élevé, par exemple :
    Le général La Romana avait beaucoup promis, et presque rien fait [THIERS, Hist. de l'Emp. XX]
  • 6. Le Dictionnaire de l'Académie conseille d'éviter la locution rien moins, attendu qu'elle prête à l'amphibologie, signifiant tantôt en aucune façon, et tantôt au contraire rien de moindre. Il est vrai que l'Académie elle-même et plusieurs auteurs, parmi lesquels Bossuet, donnent quelquefois à rien moins le sens de rien de moins, de rien moindre. Il n'est rien moins que sage, veut dire proprement : il n'est aucune chose moins que sage, en d'autres termes : de toutes les choses qu'il est, celle qu'il est le moins c'est sage. Cette locution est essentiellement négative, et ne peut pas être autre chose. Rien moins ne peut pas dire chose moindre, pas plus que rien plus ne veut dire dit chose plus grande. Il paraît donc qu'il faut dans tous les cas conserver à rien moins sa signification négative ; et, quand on voudra le sens positif, on emploiera rien moindre ou rien de moins.

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Quant jà por riens qui soit née N'oublierai ceste honor D'amer toute la meillor [, Couci, I]
    Las ! Pourquoi l'ai de mes euz [yeux] regardée, La douce rien qui fausse amie a nom ? [, ib. VI]
    Et s'il est riens qui m'en puisse partir [, ib. VIII]
    Car riens, fors moi, ne porroit endurer Les grans travaus que j'ai por li [la] servir [, ib. X]
    Voir, il n'est riens dont je soie en tristour [, ib. XVII]
    Par ço les voil partut à raisun maintenir ; Ne jà pur nule rien ne m'en verrez flechir [, Th. le mart. 27]
    N'a baron en la court qui de rien l'en desdie [, Sax. XXXII]
  • XIIIe s.
    Chanter m'esteut, que m'en est pris courage, Non pas pour ce que d'amours me soit rien [QUESNES, Romancero, p. 85]
    Se j'onques fis rien que vous voulsissiez.... [, ib. LE ROI JEAN DE BRIENNE, p. 141]
    Quant la saison du douz temps s'asseüre.... Que toute riens à sa douce nature Vient et retrait.... [, Anonyme, dans Couci, p. 125]
    De riens que commandez, ne serez jà desdite [, Berte, LIV]
    Et pour rien qui aviegne, ne soit son lit guerpis [, ib. LXXV]
    Fisicien [les médecins] me dient que la clarté m'empire.... nule riens ne m'est pire [, ib. LXXXVIII]
    Pour savoir se de Berte seroit riens retrouvée [, ib. CIV]
    ....Et vous plus l'honorez Qu'ainçois ne faisiez, se vous de rien m'aimez [, ib. CXXI]
    Joieusement [ils] chevauchent, n'est riens qui les tourmente [, ib. CXXXIV]
    Et por agencier le plus bel, Me sui porpensé d'une rien, Se vos loez que ce soit bien [, Ren. 2526]
    En mai estoie, ce songoie, El tens amoureus plain de joie, El tens où tote riens s'esgaie [, la Rose, 49]
    Se tu creins Dieu, si te creindront toutes les riens [choses] qui te verront [JOINV., 192]
    Et pource que elle n'en voult riens faire [ID., 202]
    Qui auques [quelque chose] a, si est amez ; Et qui n'a riens, s'est fols clamez ; Fols est clamez cil qui n'a rien [RUTEB., 226]
  • XIVe s.
    C'est la conclusion de cest chapitre que la partie ou puissance irraisonnable nuttritive ne appartient de rien as vertus [ORESME, Eth. 30]
  • XVe s.
    Il fut ordonné que on iroit mettre le siege devant le chastel de Gavre.... mais il n'en fut rien ; je vous dirai pourquoi [FROISS., II, II, 232]
    Il y a un trop grand rien à repasser [pour s'en retourner] [ID., II, II, 228]
    Là furent donnés et delivrés plus de cinq cents [blancs chaperons] et tous à compagnons qui trop plus aimoient cher la guerre que la paix ; car ils n'avoient rien que perdre [ID., II, II, 52]
    Et lui mandoit [le comte d'Ermignac] que il ne pouvoit venir, et que il ne lui en convenoit pas encore armer pour le pays de Berne, car il n'y avoit rien [rien n'était arrivé] [ID., II, III, 12]
    Ernauton de Sainte-Colombe avoit un varlet qui regardoit la bataille ni point ne se combattoit, ni aussi on ne lui demandoit rien [ID., II, III, 9]
    Et [Louis Rambaut] ne cuidoit avoir nulle rencontre, et ne se doutoit en rien de Limousin ; c'estoit la mendre pensée que il eust [ID., II, III, 17]
    Messire Louis d'Espaigne et sa route gardoient si soigneusement le pas de la mer, que à trop grand'mesaise venoit rien en l'ost des Anglois [FROISS., I, I, 211]
    En memoire me vient que j'ay souvent à plusieurs ouy dire : je n'iroye pour riens soubz de pannon de tel [AL. CHART, Quadril.]
    inv Certes vous amez autre part, Et voy que vous ne m'amez rien [E. DESCH., Poésies mss. f° 493]
    De riens ne servent pleurs, ne plains ; Tous mourrons, ou tart ou briefment [CH. D'ORL., Ball. 70]
    Si ne firent les dits Anglois semblant de riens, mais hastivement tournerent bride [G. CHASTEL., Chr. du duc Philippe, I, 24]
    Et me venez requerir que j'escrive pour vous ! par la Pasque-Dieu saincte ! je n'en feray riens [ID., ib. I, 60]
    En la saison que toute riens maine joye, et que bois et prés se revestent de fleurs et la terre verdoye [, Bouciq. I, 13]
  • XVIe s.
    Tel est vestu d'habit monachal, qui on dedans n'est rien moins que moyne [RAB., Garg. I, Prol.]
    Voyre, mais ilz prient Dieu pour nous. Rien moins, respondit Gargantua [ID., ib. I, 40]
    Tout n'y servit de rien [ID., Pant. II, 7]
    Ja long temps ha que nous sommes icy sans rien faire que despendre [ID., ib. II, 10]
    Mon amy, voulez vous rien replicquer ? [ID., ib. II, 12]
    Ung guand, une aiguillette : peu de chose, rien d'importance [ID., ib. III, 12]
    Dormez vous rien ? [ID., ib. V, 7]
    L'on a belle envie de sçavoir si vous avez riens faict [MARG., Lett. 10]
    Je partiray lundy pour vous mercier de tant de paine que vous prenés pour riens [ID., ib. 54]
    Je n'en ouse faire bruit, de peur que ce ne soit riens [ID., ib. 57]
    Celuy qui peult, s'il luy plest, faire estre de riens quelque chose, et de glace feu ardent [ID., ib. 8]
    Puisqu'il vous plest vous en fier à nous, nous n'aurons regard à riens particulier, mais seulement à vostre service [ID., ib. 130]
    Il n'est rien plus sot que celui qui pense estre fin, ne rien plus sage que celui qui connaît son rien [néant] [ID., Nouv. XXVIII]
    Mais je trouve que c'est outrance Que l'un a trop, et l'autre rien [MAROT, II, 133]
    Ô viateur, pour t'abreger le compte, Ci gist un rien, là où tout triumpha [ID., III, 262]
    Ce grand Dieu redoute, Qui fit tout de rien [ID., IV, 272]
    Touchant rien, presque tous s'abusent à l'usage d'icelui mot, estimans ne signifier nulle chose que ce soit ; mais c'est tout le contraire ; car avec ce mot nous mettons toujours une négation ; ou nous l'entendons, comme si je demande, que fais-tu ? tu responds : rien ; mais la negation s'entend : je ne fay rien [ROB. EST., Gramm. franç. p. 127, dans LACURNE]
    Comme je ne voudrois user des deux autres [mots], aussi ne voudrois je dire sur toute rien ou sur tout rien, comme au premier livre d'Amadis : toutesfois il est bien deceu, car elle le hait sur tout rien ; je ne voudrois, dis-je, ainsi parler, encore que je sache bien que rien signifie autant que chose ; car je n'ay rien du monde, et je n'ay chose du monde valent autant l'un que l'autre [H. EST., De la précellence.]
    La lecture des histoires ne scauroit que bien peu, ou rien du tout, servir à l'acquisition de prudence - Rien ne sert à devenir bon peintre, avoir ouy souvent parler de la peinture [AMYOT, Préf. IX]
    Nous sommes icy à ne rien faire [ID., Cam. 43]
    Il feit chasser Hyperbolus qui ne se doubtoit de rien moins [ID., Alc. 20]
    Il estoit riche et en biens opulent, Mais pour cela de rien plus insolent [ID., Pélop. 6]
    Ilz ne vouloient rien moins qu'aller chocquer [ils ne voulaient pas....] de front les Romains à coups de main [ID., Crass. 40]
    Des mariniers qui ne sçavoient du tout rien, estoient patiemment escoutez [ID., Démosth. 10]
    Il jugea que c'estoit peu de chose et presque rien du tout, que de s'exerciter à bien dire.... [ID., ib.]
    Cela qui coule de ma playe est du vray sang, et non point, comme dit Homere : Une liqueur de rien, semblable à celle Qui flue aux dieux de nature immortelle [ID., Alex. 53]
    Ils ne sont rien moins que prestres [CALV., Inst. 914]
    L'homme est reduit à neant, l'homme n'est rien ; mais comment n'est-il du tout rien, veu que Dieu le magnifie ? [ID., ib. 441]
    Nous avons à penser que rien de ces choses n'advient, sinon par le vouloir et providence du Seigneur [ID., ib. 557]
    La louange du Seigneur ne doit estre empeschée par rien du monde [ID., ib.]
    Quelle authorité a un message apporté par des femmes si effrayées que rien plus ? [ID., ib. 794]
    Vistes vous jamais rien si confus ? [MONT., I, 75]
    Il n'est rien si contraire à mon style que.... [ID., I, 103]
    Il n'y a rien de mal en la vie pour celuy.... [ID., I, 77]
    Les hazards et dangiers nous approchent peu ou rien de nostre fin [ID., I, 78]
    Si peu que rien [MONT., I, 155]
    Je ne traicte à poinct nommé de rien que du rien [ID., IV, 221]
    Il [La Boétie] n'avoit pensé à rien moins qu'à mettre au jour ces ouvrages [ID., Lettre IX]
    Les semences de bien que la nature met en nous.... s'abastardissent, se fondent et viennent en rien [LA BOÉTIE, Servit. volont.]
    Il se trouva si surpris et esperdu, qu'il n'attendoit rien moins [rien de moins] sinon qu'on le vinst assieger [, Sat. Mén. p. 133]
    Je ne puis assez blasmer la sotte arrogance et temerité d'aucuns de nostre nation, qui, n'estans rien moins que Grecz ou Latins, desprisent toutes choses escriptes en françois [DU BELL., I, 3, verso]
    Brief, en toutes formes et manieres de vivre non moins louables que proufitables, nous ne sommes rien moins qu'eux [de rien inférieurs aux anciens] [ID., I, 4, verso]
    La fortune amiable Est-ce pas moins que rien ? [ID., II, 67, recto.]
    Hé qu'est il rien que ce garçon [l'Amour] ne brule ? [RONS., 116]
    Il estoit un grand fat d'aimer sans avoir rien [ID., 124]
    Si je souhaite rien, vous estes mon souhait [ID., 139]
    ....Et que nostre fangeuse masse Si tost s'esvanouyt en rien, Qu'à grand'peine avons-nous l'espace De gouster la douceur du bien [ID., 409]
    Et si je faux, au destin soit la faute, Et non à moy de rien ambitieux [ID., 614]
    ....Et si de mes labeurs qui honorent la France, Je ne remporte rien qu'un rien pour recompense [ID., 703]
    ....Qui fait que nostre vie est seulement un songe, Et que tous nos desseins se finissent en rien [ID., 774]
    Il emporta en un rien le pris d'estre un très bon capitaine [BRANT., Médicis.]
    Rien n'a, qu'assez n'a [COTGRAVE, ]
    On ne fait de rien grasse poirée [ID., ]
    Qui rien ne porte, rien ne lui chet [ID., ]
    Qui ne sçait rien, de rien ne doute [ID., ]

ÉTYMOLOGIE

  • Berry, rin ; bourguig. et bressan, ran ; wallon, rein ; provenç. re ; anc. catal. ren ; catal, mod. re, res ; du lat. rem, chose. Dans l'ancienne langue, riens est le nominatif singulier et rien le régime singulier ; au pluriel, riens est le régime.

rien

RIEN. pron. m. ind. Il se disait pour Quelque chose; il s'emploie encore en ce sens dans un certain nombre de locutions. Est-il rien de plus beau? Qui vous dit rien? Si rien pouvait l'affliger, c'était cette nouvelle. Sans qu'il en sache rien. Etc.

Il s'emploie le plus souvent avec la négation ne et signifie Nulle chose. Rien n'est plus glorieux, plus commode, plus avantageux, plus nécessaire. Rien ne me plaît davantage. Il n'y a rien de si fâcheux. Il ne fait rien. Il ne sent rien. Je ne dis rien. Je ne demande rien. C'est un homme qui n'aime rien, qui ne se soucie de rien. Cela ne signifie rien, ne prouve rien. Il semble que cela ne tienne à rien. Tenez cette affaire secrète, n'en dites rien. Ne faites semblant de rien. Je ne lui ai rien fait, ni rien dit. Il ne fait rien qui vaille. Il passe sa vie à ne rien faire. Cela ne vaut rien. Je ne ferais cela pour rien au monde. N'avoir rien au monde. Il n'a plus rien pour vivre. Cet homme n'a rien. Tout cela n'aboutit à rien, ne mène à rien, ne conduit à rien. Cela ne vous servira de rien. Cet homme n'est bon à rien. Je ne veux vous nuire en rien.

Je n'ai rien fait que ce qu'il m'a dit, Je n'ai pas fait autre chose que ce qu'il m'a dit.

Il n'en est rien, Ce n'est pas exact, ce n'est pas vrai, il n'y a rien de vrai dans ce qu'on a dit.

Fam., Ne savoir rien de rien, Ne savoir absolument rien.

Cet homme ne fait rien, Il n'a aucun emploi, aucune occupation. Il ne fait plus rien, Il n'a plus d'emploi. Cet auteur ne fait plus rien, Il n'écrit plus.

Fam., Cela ne fait rien, Cela n'importe pas. Cela ne fait rien à l'affaire. Cela ne me fait rien. On dit dans le même sens : Cela me fait moins que rien.

Fam., Cela ne me dit rien, Je n'en ai nulle envie. Cela ne me dit rien qui vaille, Cela ne m'inspire nullement confiance.

Fam., Cela ne ressemble à rien, Cela est mal fait, cela n'a pas le sens commun.

Il ne tint à rien qu'il ne fît telle chose, Il s'en fallut de peu qu'il ne la fît.

Cet homme ne m'est rien, il n'est point mon parent; et familièrement, Cet homme ne m'est de rien, cela ne m'est de rien, Je n'y prends aucun intérêt.

Comme si de rien n'était, Comme si la chose dont il s'agit n'était pas arrivée. Après cette querelle, ils se sont parlé amicalement comme si de rien n'était.

Prov., On ne fait rien de rien, On ne saurait réussir dans une entreprise, mener une oeuvre à bien, si l'on n'a les moyens, les matériaux nécessaires.

Prov., On ne fait rien pour rien, Il entre toujours quelques vues d'intérêt personnel dans les services que rendent les hommes.

Prov., Qui ne risque rien n'a rien. Qui prouve trop ne prouve rien.

RIEN s'emploie souvent pour Nulle chose avec la négation sous-entendue. Que vous a coûté cela? Rien, rien du tout. Rien de nouveau. Tout ou rien. Ce que vous dites et rien c'est la même chose. Moins que rien. Si peu que rien. Dieu a créé le monde de rien. Compter pour rien.

Cela s'est réduit à rien, Il n'en est presque rien resté. Les frais une fois payés, Le bénéfice de l'affaire s'est réduit à rien.

Cet homme est sorti de rien, s'est élevé de rien, Il est d'une très basse extraction. On dit aussi : C'est un homme de rien.

Rien que signifie, elliptiquement, En ne faisant que. Rien que d'y penser on en est effrayé. Rien qu'à le voir on prenait de lui une bonne opinion.

Rien moins. Voyez MOINS.

RIEN signifie aussi, par exagération, Peu de chose. Il a eu cette maison, ce domaine pour rien. Il ne m'a donné que cent francs, ce n'est rien, c'est moins que rien. Il dépense très peu, il vit de rien. Dans ce pays-là on vit pour rien. Il se fâche de rien, pour rien.

RIEN est aussi un nom masculin s'employant au singulier avec un et, au pluriel, avec des; Il signifie alors Chose de peu d'importance, bagatelle. Un rien le fâche. Ils se sont brouillés pour un rien. C'est un rien. S'amuser à des riens, s'arrêter à des riens. Il nous fait prendre bien de la peine pour des riens. Un grand diseur de riens.

Fam., Un rien qui vaille, un rien du tout, Un homme méprisable.

EN MOINS DE RIEN, EN UN RIEN DE TEMPS, loc. adv. Très promptement, en très peu de temps. Il a fait cela en moins de rien.

rien

Rien, monosyll. Semble estre le mot propre François de ce mot Latin, Res, S'il y a rien qui te nuise, dy le moy, Si res est aliqua quae tibi noceat, etc. S'il est rien en quoy je te puisse servir, Si vlla in re possum tibi esse vsui, Selon laquelle signification, est prins en Amadis au premier livre, Toutesfois il est bien deceu, car elle le hayt sur tout rien, c'est à dire, sur toutes choses. Rien aussi est quelquesfois negatif, Nihil, Et ce en respondant à un qui interroge, comme, que veux-tu? Rien, que dis- tu? Rien, Quid vis? quid ais? Nihil, Et sans interrogation precedente, comme, Je ne fais rien qui vaille, Nihil frugi facio Je ne mange rien, Nihil manduco, Et ainsi semble qu'en ladite phrase, s'il y a rien qui te nuise, il le faut exposer par aliquid. Si aliquid est quod officiat, l'Italien dit niente, Qui symbolise aucunement à nostre neant, et l'Espagnol nada.

Je luy demande s'il ne veut rien mander. Rien dit-il, Rogo nunquid velit. Recte, inquit, Terent.

Rien du monde, Nihil prorsus, Nunquam quicquam.

Rien qui soit, Nihilum.

Cela n'est rien, Nihil est.

Ce n'est rien au pris ou à la comparaison de cestuy la, Nihil ad illum.

N'y a il plus rien? Nunquid praeterea?

Il n'est rien si facile, Nihil facilius est.

Il n'y a rien que, etc. Nihil est quod illi, etc.

Il n'y a rien que nous les avons veu, Plane paulo ante vidimus.

N'y a il rien autre chose? Nunquid est aliud?

Rien plus, ou d'avantage, Nihil amplius.

Jamais rien plus, Nihil vnquam magis.

N'as tu rien eu d'advantage affaire avec elle? Nunquidnam amplius tibi cum illa fuit?

Rien moins, Nihil minus.

Duquel les fueilles ne sont en rien differentes de, etc. Cuius folia nihil ab Indico nardo distant.

Je ne cognoy rien, Mihi tenebrae sunt.

Je n'en sçay rien, Nihil scio.

Je m'en vay, ne veux tu rien mander? Nunquid vis?

Je n'ay en rien eu affaire avec luy, Nihil mihi cum illo fuit.

Qui a moins que rien, Cui minus nihilo est.

Il n'a plus rien, Defectus est facultatibus, B. ex Vlp. Exhaustae sunt eius facultates.

Ce n'est rien, Il ne va que bien, Recte.

Cela n'y fait rien, Nihil refert, B.

Tiltres qui ne servent de gueres, ou de rien, Authoritates ieiunae, B.

Qui ne vaut rien, Nequam.

Je n'en veux plus rien ouyr, Nihil audio.

Ce n'est plus rien que de moy, Nullus sum, Nihili sum.

rien


RIEN, s. m. [Monos. ien n'y a pas le son d'ian Pron. rien. = Quelques-uns prononcent ren; cela ne vaut ren: c'est une prononciation vicieûse.] S. m. Nulle chôse. "Dieu a créé le monde de rien. "Il ne fait rien: rien ne peut le toucher. = Il ne se dit que des chôses; il est du masculin sans pluriel: il se décline sans article, comme les noms propres: rien, de rien, à rien: on ne peut m'acuser de rien: je ne tiens à rien: je ne veux rien, je ne me soucie de rien. "Qui n'a besoin de rien n'est jamais pauvre. Volt. "Me voilà resté seul dans le bon parti; car... ceux-ci ne sont bons à rien, et ceux-là ne se soucient de rien. Let. de Cic. à Attic. Mongault. = 1°. Rien, employé dans une négative et suivi de que ou de comme, régit de et l'infinitif. "Rien n'est si beau que de pardoner. "Rien ne porte malheur comme de payer ses dettes. Cette dernière phrâse est de Regnard, dans Le Joueur; mais comme il y avait une syllabe de trop, il a retranché de:
   Rien ne porte malheur comme payer ses dettes.
= 2°. Sans négation, il a le sens de aucune chôse, quelque chôse: "Je ne crois pas que rien le touche: "Y-a-t-il rien de plus aimable? etc. REST. — Boileau dit, dans sa 2e Satire:
   Pâsser tranquillement, sans souci, sans affaire,
   La nuit à bien dormir, et le jour à rien faire.
La Fontaine met la négative dans son Épitaphe.
   L'une à dormir, et l'aûtre à ne rien faire.
Boileau demanda à l'Académie laquelle de ces deux manières valait mieux. Il pâssa tout d'une voix que la siène était la meilleûre; parce qu'en ôtant la négative, rien faire était une espèce d' ocupation. Tout le monde ne trouvera pas peut-être cette raison trop bone, et plusieurs préfèreront la manière~ de La Fontaine. Rien faire, c'est ne faire quoi que ce soit; ne faire aucune chôse; le sens et l'analogie semblent~ donc demander la négation. = C'est sur-tout dans les interrogations et avec si, que rien signifie quelque chôse, et qu'il faut retrancher ne: "Y a-t-il rien qui conviène mieux: "S'il n'y eût jamais rien, dit Bourdaloue, qui fût capable de m'attacher fortement à Dieu.... c'étoit cette pensée: Dieu est mort pour moi. Il falait: s'il y eût jamais rien qui, etc. Peut-être cet illustre Orateur a mis la négative à caûse de jamais, mais avec si on ne met point de négation devant jamais. = 3°. Rien, à l'acusatif, se place aprês le verbe dans les tems simples; et dans les tems composés entre l'auxiliaire et le participe; il précède toujours l'infinitif. "Il ne fait rien; il n'a rien fait. Il ne veut ou ne peut rien faire; et non pas, il n'a fait rien, il ne veut faire rien. "J'aime à n'avoir rien à faire, et non pas à ne rien faire. J'aime le loisir et non l'oisiveté. L'Ab. Trub. "Racine et Molière le mettent aprês l'infinitif. "Je ne puis dire rien. Bajazet. "Et sans lui dire rien. École des Maris. Il faut je ne puis rien dire, et sans lui rien dire. Gresset a dit aussi:
   Elle vous croit trop bon pour lui refuser rien.
La contrainte de la rime ocasione ces constructions vicieûses, mais ne les autorise pas. Des Prosateurs, qui n'ont pas cette excûse, ont fait la même faûte, si c'en est une, comme je le crois. "Pour moi, je ne puis vous pardoner rien. Télém. "Je ne veux pas vous dire rien. Fonten. Remarquez outre cela pas, et Voyez n°. 4°. "Comencer tout et n'achever rien. Neuville. Il est mieux placé en cet endroit, à cause de l' oposition de tout et de rien. = Quand il est suivi de son régime, il peut se placer devant ou aprês l'infinitif. "Je voulois n'ignorer rien (ou, ne rien ignorer) de tout ce qui sert au gouvernement d'un grand Royaume. Télémaque. = Dans les câs obliques, aûtres que l'accusatif, rien se met toujours aprês le verbe, en quelque tems qu'il soit: "Il ne pense à rien: il ne s'est mis en peine de rien: il est heureux de ne se soucier de rien: il n'a servi de rien, et non pas, il n'a de rien servi, comme ont dit Molière, Jurieu, Rollin et autres Auteurs. = 4°. Quand rien est employé avec la négative, on ne met ni pas, ni point.
   On ne veut pas rien faire ici qui vous déplaise.
       Rac. Plaid.
"Voilà précisément, dit D'Olivet, le cas pour lequel les deux Savantes de Molière vouloient que leur servante fût chassée.
   De pas mis avec rien tu fais la récidive,
   Et c'est, comme on l'a dit, trop d'une négative.
Racine n'a usé de ce barbarisme, ajoute l'illustre Académicien, que pour faire rire; et peut-être auroit-il mieux fait de s'en pâsser. = 5°. Rien veut de devant l'adjectif qui le suit: il n'a rien de grand que la naissance. Vaugelas dit qu'on peut retrancher de devant l'adjectif qui régit de, apparemment pour éviter la cacophonie de deux de placés si prês l'un de l'aûtre. "Il ne fait rien digne de sa réputation. Il est vrai que rien de digne de est bien dur; mais il ne faut pas éviter les mauvaises consonances aux dépens des règles et de l'usage. Il vaut mieux prendre un aûtre tour, et dire: il ne fait rien qui soit digne de sa réputation. Wailly. Les phrâse suivantes pèchent contre cette Règle. "Rien n'aura de force, qui s'éloignera de ces saintes règles. Bossuet. Pour construire régulièrement cette phrâse, il faut dire: rien de ce qui s'éloignera, etc. "Il n'étoit rien plus comode, etc. Fonten. "Il n'y a rien si contraire que, etc. Mallebr. Dites, rien de plus comode; rien de si contraire. = On doit donc dire, il n'y a rien de tel, et non pas, il n'est rien tel, comme l'ont dit de bons Auteurs. "Il n'est rien tel que de prendre ses sûretés. Fonten. "Il n'est rien tel que les méthodes régulières. Id. "Il n'est rien tel qu'une main philosophique pour presser ces éponges (les Libraires). Linguet. = Rien tel n'est suportable que dans le style demi marotique.
   Il n'est, ma foi, rien tel que la richesse,
   Pour avoir grand nombre d'Amis.
       L'Ab. Reyre.
— Le génitif, régime de rien, peut être placé à la tête de la phrâse: "De tout ce qu'on fait sur la terre, rien n'est utile que ce qu' on fait pour le Ciel. = Cette préposition de précède aussi rien, dans le cours de la phrâse, au lieu de le suivre, mais c'est dans un aûtre sens. "Le beau tems ne vous est de rien: vous y êtes trop acoutumée. Sév. On dit aussi, comme si de rien n'étoit. "Tout d'un coup on vient lui dire qu'il verra clair, et que ses paûvres yeux, que la fluxion avoit mis hors de la tête, y étoient rentrés heureusement, comme si de rien n'étoit. Id. "Elle va et vient par le monde, comme si de rien n'étoit. Id. (Comme si elle n'etait pas malade). "On canone, on tiraille... la nuit vient au milieu du tapage: chacun va chez soi écrire des relations... et puis on reparoit des deux côtés, comme si de rien n'étoit. Ling. Tout cela est du style familier. = 6°. Rien, suivi d'un pronom relatif, exige quelquefois que le verbe, qui vient aprês, soit afecté par la particule ne. "Il n'y a rien que je ne fasse pour vous faire plaisir. Si l'on retranchait cette négative, on dirait tout le contraire de ce que l'on voudrait dire dans ces ocasions. = 7°. Rien se met quelquefois au pluriel; et il est pur substantif: il signifie alors des bagatelles, des chôses ou des dificultés, qui n'en valent pas la peine. "Toutes ces objections sont des riens. "Grand diseur de riens; et non pas de rien, comme on le voit dans des Livres. "N'étoit ce pas le câs de ne rien répondre, ou de répondre des riens. L'Ab. Garnier, Hist. de Fr. Ce jeu de mots est frivole et trivial. = 8°. Rien se met quelquefois à la tête de la phrâse, en réponse à une interrogation. "Qu'y a-t-il donc dans ces Historiettes de Mr. Im...? Rien: rien à reprendre; rien à louer. Journ. de Mons. On sous-entend, il n'y a. = * 9°. On a dit aûtrefois rien au fém. pour chôse. On disait, sur toute rien, pour sur toute chôse; par nulle rien, pour, quelque chôse que ce soit. "Beau fils, la première chôse que je t'enseigne et commande à garder, si est que de tout ton coeur et sur toute rien tu aimes Dieu. Joinville, Vie de St. Louis. "Par nulle rien, on ne lui eut souffert. Monstrelet. = * 10°. En certaines Provinces, où l'on parle fort mal, bien des gens disent, cela ne fait de rien, ou, ne fait en rien. Il faut dire, cela ne fait rien. Le Peuple le dit en d'autres Provinces, où les gens qui ont reçu une éducation parlent bien. "Mon Dieu! c'est fête aujourd'hui. — Cela ne fait en rien. Th. d'Éduc. — 11°. Ne savoir rien de rien est du st. famil.
   Ne sachant rien de rien,
   Au susdit cloitre enfermé pour son bien.
       Ververt.
  Nouvel habitant de ce monde,
  Ignorant le mal et le bien,
  Ou plutôt ne sachant encore rien de rien,
  Un jeune rat de sa niche profonde
  Étoit sorti pour la première fois.
       L'Ab. Reyre.
= Venir à rien. Voy. VENIR. = N' être de rien. "Il comptoit pour beaucoup cet avantage si peu recherché de n'être de rien. FONTEN. Él. du P. Reyneau de l'Oratoire. = * M. Rétif dit, homme de rien, gens de rien. "Les enfans de famille s'avancent dificilement, tandis que les fils de gens de rien parviennent. L'Acad. met homme de rien, d'une fort basse naissance. On dit aussi, homme de néant; mais je ne sais si l'on peut dire aussi des gens de néant, des gens de rien. = En moins de rien, adv. En peu de tems: "En moins de rien les Japonois furent sur les murâilles. Le P. Charlev. On dit, en ce sens, il n'y a rien que je l'ai vu, il n'y a rien d'ici là. Il sert alors à marquer l'espace de tems ou de lieu. = Il ne tint à rien que: il s'en falut peu que. "Il ne tint à rien qu' il ne se tuât. = Se réduire à rien se dit d'une chôse dont il n'est presque rien resté, ou d'une afaire dont on se promettait un grand succês, et qui n'en a eu aucun. = Cet homme ne m'est rien, n'est pas mon parent: il ne m'est rien, ou de rien; je n'y prends nul intérêt. = Il est venu de rien, il s'est élevé de rien; il est de basse extraction. = On dit, proverbialement, d'un mauvais ménager, qui n'entend pas ses afaires, que: "de cent sous il fait quatre liv. et de quatre livres rien. = On ne fait rien de rien: On ne saurait réussir sans moyens, sans secours. = On ne fait rien pour rien: on a presque toujours quelque vûe d'intérêt dans les services qu'on rend aux aûtres.

Synonymes et Contraires

rien

nom masculin rien
Traductions

rien

(ʀjɛ̃)
pronom
1. pas une seule chose Je ne sais rien. Il n'a rien fait. Qu'est-ce que tu dis ? - Rien. rien du tout Je n'ai rien d'autre à dire.
2. en réponse à un remerciement
3. cela n'a pas d'importance J'ai oublié. - Ça ne fait rien.
4. cela n'est pas grave Ne pleure pas, ce n'est rien.
5. ne pas être coupable de qqch Je n'y suis pour rien.
6. comme s'il ne s'était rien passé Il a continué comme si de rien n'était.

rien

nichts, gar nichts, nixnothing, naught, not an ace, nil, nought, nix, shitniets, niks, geenzier, niemendal, nihil, (het) niet(s) zijn, (n)iets, een beetje, kleinigheid, iets, misselijk, nergens, nietigheidאין (תה״פ), אין מאומה, בל (תה״פ), כלום (ז), לא כלום (תה״פ), מאומה (ז), שום דבר, אֵין, בַּל, כְּלוּם, לֹא כְלוּם, שׁוּם דָּבָרصفر, لَاشَيّءَдреболияnicrien, intetκάτι, τίποτε, τίποταnenionadanullsemminiente, alcunché, cazzo, inezia, nonnulla, nulla何も, 何も・・・ない무가치, 아무것 아닌 것nicnadacevaничего, ничтоčo to, maličkosť, nič, niečorieninget, ingentingbir şey, hiçbir şeyніщоmitättömyysništaingentingไม่มีอะไรkhông có gì
nom masculin
1. une toute petite chose Un rien l'amuse.
2. en très peu de temps Tout a changé en un rien de temps.

rien

[ʀjɛ̃]
pron
(= sans 'ne') → nothing
"Qu'est-ce que vous avez?" - "Rien." → "What have you got?" - "Nothing."
"Qu'est-ce que tu as acheté?" - "Rien." → "What have you bought?" - "Nothing."
pour rien au monde
Pour rien au monde je ne le vendrais → I wouldn't sell it for anything in the world.
(avec 'ne') ne ... rien → not ... anything, nothing
Il n'a rien dit → He didn't say anything., He hasn't said anything.
Il n'a rien fait → He didn't do anything., He hasn't done anything.
il n'a rien (= n'est pas blessé) → he's all right
ça ne fait rien → it doesn't matter
il n'y est pour rien → he's got nothing to do with it
ça n'a rien à voir → it has nothing to do with it
il n'en est rien! → nothing of the sort!
(= quelque chose)
A-t-il jamais rien fait pour nous? → Has he ever done anything for us?
(autres locutions) rien de, rien d'intéressant → nothing interesting
rien d'autre → nothing else
rien du tout → nothing at all
n'avoir rien de
Il n'a rien d'un champion → He's no champion.
rien que → just, only
rien que pour lui faire plaisir → just to please him
rien que la vérité → nothing but the truth
rien que cela → that alone
Rien que la voiture coûte un million → The car alone costs a million.
de rien! → not at all!, don't mention it!
"Merci beaucoup!" - "De rien!" → "Thank you very much!" - "Not at all!"
rien à faire! → it's no good!, it's no use!
en rien, il ne lui ressemble en rien → he's nothing like him
nm
(= quantité infime) un rien de → a hint of
en un rien de temps → in no time at all
(= chose insignifiante) avoir peur d'un rien → to be frightened of the slightest thing
Il se met en colère pour un rien → He loses his temper over the slightest thing.
des petits riens, des riens → trivial things pl, little things pl
un petit rien → a little something