roman

1. roman, e

adj. [ anc. fr. romanz, du lat. pop. romanice, à la façon des Romains ]
1. Se dit des langues dérivées du latin populaire (catalan, espagnol, français, italien, portugais, occitan, roumain, etc.).
2. Se dit de l'art qui s'est épanoui en Europe aux xie et xiie siècles : Une église romane.

roman

n.m.
1. Langue populaire dérivée du latin, parlée entre le ve et le xe siècle, et qui se différenciait, selon les régions, en gallo-roman, hispano-roman, italo-roman, etc.
2. Art, style roman.

2. roman

n.m. [ de 1. roman ]
1. Récit en prose génér. assez long, présentant des aventures imaginées : Un roman policier. Des romans de science-fiction. Ces romans historiques ont un grand succès.
2. Œuvre narrative, en prose ou en vers, écrite en langue romane : Le « Roman de la Rose ».
3. Fig. Longue histoire compliquée, riche en épisodes imprévus : Sa vie est un roman.
4. Fam. Récit mensonger ; aventure invraisemblable : Ton histoire, c'est du roman !

ROMAN2

(ro-man) s. m.
Narration vraie ou feinte, écrite en vieux langage ou langage roman, soit en vers, soit en prose. Le roman de Mahomet. Le roman de la Rose. Le roman de Perceforest. Les vieux romans de chevalerie.
Quelque autre Jean de Meung en fera des romans [RÉGNIER, Épît. I]
Histoire feinte, écrite en prose, où l'auteur cherche à exciter l'intérêt par la peinture des passions, des mœurs, ou par la singularité des aventures.
Je ne le saurais pas mettre [un principe] par force en l'esprit de ceux qui ne liront mes Méditations que comme un roman, pour se désennuyer et sans y avoir grande attention [DESC., Rép. II, 11]
Le conseiller dit qu'il n'y avait rien de plus divertissant que quelques romans modernes ; que les Français seuls en savaient faire de bons [SCARR., Rom. com. I, 21]
Ce que l'on appelle proprement roman sont des histoires feintes d'aventures amoureuses, écrites en prose avec art pour le plaisir et l'amusement des lecteurs [HUET, De l'origine des romans, p. 3]
La fable représente des choses qui n'ont point été, et n'ont pu être ; et le roman représente des choses qui ont pu être, mais qui n'ont point été [ID., ib. p. 119]
La cour est toute réjouie du mariage de M. le prince de Conti et de Mlle de Blois ; ils s'aiment comme dans les romans [SÉV., 394]
Des aventuriers, des épées, des chapeaux du bel air, une idée de guerre, de roman, d'embarquement, d'aventures, de chaînes, de fers, d'esclaves, de servitude, de captivité ; moi, qui aime les romans, je suis transportée [ID., 166]
Elle y perdait [dans l'étude de l'histoire] le goût des romans et de leurs fades héros ; et, soigneuse de se former sur le vrai, elle méprisait ces froides et dangereuses fictions [BOSSUET, Duch. d'Orl.]
Les romans et les autres livres corrupteurs de la vie humaine [ID., Comédie, 4]
Un roman, sans blesser les lois ni la coutume, Peut conduire un héros au dixième volume [BOILEAU, Sat. IX]
Bientôt, l'amour, fertile en tendres sentiments, S'empara du théâtre ainsi que des romans [ID., Art p. III]
Je montrerais qu'il y a des genres de poésie, où non seulement les Latins ne nous ont point surpassés, mais qu'ils n'ont pas même connus, comme, par exemple, ces poëmes en prose que nous appelons romans, et dont nous avons chez nous des modèles qu'on ne saurait trop estimer, à la morale près qui est fort vicieuse, et qui en rend la lecture dangereuse aux jeunes personnes [ID., Lett. à Perrault.]
Il semble que le roman et la comédie pourraient être aussi utiles qu'ils sont nuisibles [LA BRUY., I]
Il semble que la fortune imitât un auteur de roman qui aurait ménagé des rencontres imprévues et singulières en faveur des vertus de son héros [FONTEN., Marsigli.]
La lecture des romans et des histoires fabuleuses, qui étouffent peu à peu l'amour et le goût du vrai [ROLLIN, Traité des Ét. 3e part. I, 2]
Il regarde ces vertus.... comme des vertus de roman et de théâtre [MASS., Pet. carême, Tentat. des Gr.]
Faites des romans, lui dit un bel esprit qui était là ; c'est une excellente ressource à Paris [VOLT., Jeannot et Colin.]
L'histoire dit ce qu'on a fait ; Un bon roman, ce qu'il faut faire [ID., Lett. en vers et en prose, 141]
Je voudrais qu'on trouvât un autre nom pour les ouvrages de Richardson, qui élèvent l'esprit, qui touchent l'âme, qui respirent partout l'amour du bien, et qu'on appelle aussi des romans [DIDER., Élog. de Richardson.]
Sa disgrâce [de Fénelon] à la cour, qui avait commencé par ses opinions mystiques, fut consommée sans retour par son roman de Télémaque [D'ALEMB., Éloges, Fénelon.]
Malheur à tout roman que le lecteur n'est pas pressé d'achever ! [D'ALEMB., Éloges, Marivaux.]
Il [Napoléon, à Moscou] cherchait à s'étourdir ; puis, s'appesantissant, ils le voyaient passer ses longues heures à demi couché, comme engourdi, et attendant, un roman à la main, le dénoûment de sa terrible histoire [SÉGUR, Hist. de Nap. VIII, 11]
Il faut le dire, messieurs, le roman éloquent, le roman passionné, le roman moral et vertueux est le poëme épique des nations modernes [VILLEMAIN, Litt. fr. XVIIIe siècle, 2e part. 1re leçon.]
Le roman profondément moral, le roman qui prend l'âme et la suit dans toutes ses nuances, le roman qui prend la vie dans toutes ses conditions, qui laisse à chaque condition son caractère, son intérêt, sa passion, son langage, le roman qui est un immense drame, n'existait pas [ID., ib.]
Héros de roman, le personnage principal d'un roman.
Des héros de roman fuyez les petitesses ; Toutefois aux grands cœurs donnez quelques faiblesses [BOILEAU, Art p. III]
Au lieu que d'Urfé, dans son Astrée, de bergers très frivoles avait fait des héros de roman considérables, ces auteurs, au contraire, des héros les plus considérables de l'histoire firent des bergers très frivoles [ID., Héros de romans, discours.]
Fig. Héros de roman, homme qui affecte d'agir et de parler comme les héros de roman. Princesse de roman, femme qui vit, qui voyage sans paraître s'occuper des conditions nécessaires de la vie, comme font les héroïnes de roman.
C'est pour le coup que miss Betsy pouvait dire que j'avais l'air d'une princesse de roman [Mme RICCOBONI, Fanny Butler, t. I, p. 156, dans POUGENS]
Fig. Prendre le roman par la queue, se marier avant de faire l'amour.
Ne faire l'amour qu'en faisant le contrat de mariage, et prendre justement le roman par la queue [MOL., Préc. 5]
Prendre le roman par la queue signifie aussi : vivre maritalement avant le mariage. Faire un roman, gagner le cœur, comme on voit dans les romans, d'une personne de condition supérieure.
Quelque jeune princesse avec laquelle je pusse faire un roman [J. J. ROUSS., Conf. II]
En un autre sens, faire un roman, raconter les choses tout autrement qu'elles ne se sont passées.
La belle lui fit Un long roman de son histoire [LA FONT., Fianc.]
Fig. Abréger le roman, arriver promptement au dénoûment d'une affaire, et surtout d'un amour, d'un mariage.
Si tu réussis, nous abrégerons le roman, je te le promets [DANCOURT, les Fées, I, 4]
Roman d'éducation, roman qui représente l'éducation d'un personnage fictif comme type d'éducation à donner. Roman historique, roman dans lequel on peint une époque historique.
Ce qui m'inclinerait à croire que le roman historique est un mauvais genre : vous trompez l'ignorant, vous dégoûtez l'homme instruit, vous gâtez l'histoire par la fiction et la fiction par l'histoire [DIDER., Claude et Nér. II, 101]
Roman intime, roman où l'on peint l'intérieur d'une âme, les pensées, les mobiles. Roman d'intrigue, roman où se déroule une intrigue plus ou moins compliquée. Roman merveilleux ou fantastique, roman où les êtres surnaturels jouent un rôle. Roman de mœurs, roman où l'on fait la peinture des mœurs. Roman poétique, roman qui a la forme, le langage, la pompe d'un poëme.
Fig. De roman, se dit pour exprimer ce qui a le charme, le merveilleux des romans.
Paris semble à mes yeux un pays de romans [CORN., le Ment. II, 5]
Aventures extraordinaires, récits ou peintures sans vraisemblance. Sa vie est un roman. Cela tient du roman.
On dit que le petit prince [d'Angleterre] n'est point à Portsmouth.... sa fuite fera roman quelque jour [SÉV., 13 déc. 1688]
Elle débita un roman avec tant d'esprit que le capitaine en fut charmé [LESAGE, Diable boit. 9]
La Cyropédie de Xénophon est un roman ; mais des fables qui enseignent la vertu valent mieux que des histoires mêlées de fables qui ne racontent que des forfaits [VOLT., Pyrrh. hist. 13]
J'aurais bien plus écrit ; mais je dois regretter Quelques beaux jours perdus loin de mon oratoire : C'était un vrai roman ; le reste est de l'histoire, Et de la sainte encor [c'est Mme de Genlis qui parle] [M. J. CHÉN., Les nouveaux saints.]
Il se dit des idées qui n'ont pas plus de réalité que n'en ont les romans.
Les spéculatifs composent des romans dans les conseils, et font des propositions à peu près semblables à celles de cet artisan.... [BALZ., De la cour, 4e disc.]
Il [Théophile] feint, il exagère, il passe le vrai dans la nature, il en fait le roman [LA BRUY., I]
Ceux qui ont fait le roman des idées se sont flattés qu'ils rendraient raison des idées de l'infini [VOLT., Métaph. 3]
Une foule d'arguments prouvent que ce plein prétendu était un roman [ID., Newt. II, 2]
Le bonheur de mon espèce m'est si cher, que je suis toujours tenté de croire aux romans qu'on m'en fait [DIDER., Claude et Nér. II, 33]
Fontenelle admira Newton ; mais il n'eut pas le courage d'abandonner les romans de Descartes [SENNEBIER, Ess. art d'observ. t. I, p. 91, dans POUGENS]
Ainsi, de la nature audacieux romans, Périront, renversés sur leurs vains fondements, Tant de rêves fameux [DELILLE, Trois règnes, I]

HISTORIQUE

  • XIIIe s.
    Ci est le Rommant de la Rose, Où l'art d'amors est tote enclose [, la Rose, titre]
    Ne porroit-l'en les maus d'amer Conter en rommant, ne en livre [, ib. 2619]
    Li uns viole [joue de la viole], li autre conte romans [DU CANGE, romanus.]
    Je faiz savoir à touz, que j'ai ceans mis grant partie des faiz nostre saint roy devant dit, que je ai veu et oy, et grant partie de ces faiz que j'ai trouvez qui sont en un romant, lesquiex j'ai fait escrire en cest livre [JOINV., 304]
  • XIVe s.
    Tragedies sont dites comme romans qui parlent et traitent de aucuns grans faiz notables [ORESME, Eth. 27]
  • XVe s.
    Droitement sur l'eure de prime S'esbatoit une damoiselle Au lire un rommant [FROISS., Épin. amour.]
    Car toute la nuit mon cœur lit Ou [au] rommant de plaisant penser, Et me prie de l'escouter [CH. D'ORL., Bal. 8]
  • XVIe s.
    Et acheverent tant nobles faiz, et prindrent citez, villes et chasteaulx assis sur roches, que de leur vies peust on faire romans [MENARD, Hist. de du Guesclin. p. 458, dans LACURNE]
    Te faudroit voir tous ces vieux romans et poetes françois, où tu trouveras un.... isnel pour leger.... et mil' autres bons mots que nous avons perdus par nostre negligence [DU BELLAY, I, 29, recto]
    Ceux qui s'amusoient d'escrire les faits heroïques de nos chevaliers, premierement en vers, puis en prose, appellerent leurs œuvres romans [PASQUIER, Recherch. VIII, p. 654, dans LACURNE]

ÉTYMOLOGIE

  • Roman 1 ; compositions ainsi dites, parce qu'elles étaient écrites en langage roman ; prov. roman ; ancien catal. romans ; catal. mod. romanso ; espagn. et port. romance ; ital. romanzo.

roman

ROMAN. n. m. OEuvre d'imagination en prose, où l'auteur, sous la forme du récit, peint les passions, les caractères, les moeurs, ou retient l'attention du lecteur par l'intérêt de l'intrigue ou des aventures. Roman psychologique. Roman d'aventures. Roman de moeurs. Roman d'analyse. Roman policier. Roman pastoral. Roman de cape et d'épée. Roman par lettres. Le roman de l'Astrée. Les romans de Balzac. Le héros, l'héroïne d'un roman. La lecture des romans lui avait exalté l'imagination. L'histoire est du roman qui a été, le roman est de l'histoire qui aurait pu être.

Roman historique, Roman dont le fond est tiré de l'histoire. Ses romans historiques n'ont ni l'intérêt de l'histoire, ni l'attrait du roman.

ROMAN se dit, par allusion, des Aventures extraordinaires et des récits dénués de vraisemblance. Cela tient du roman. C'est une aventure de roman. Sa vie est un roman. Cela m'a tout l'air d'un roman. L'histoire que cet homme nous a débitée était un roman, n'était qu'un roman.

Fig., Un héros de roman, Un homme qui affecte d'agir et de parler à la manière des héros de roman.

roman

ROMAN, ANE. adj. T. de Philologie. Il se dit des Langues qui se sont formées du latin. Les principales langues romanes sont : le français, le provençal, l'espagnol, le portugais, l'italien et le roumain. Les dialectes romans. Les patois romans. Une chaire de philologie romane. Substantivement, La frontière qui sépare le germanique du roman.

En termes d'Archéologie, il se dit du Style qui a fleuri dans les pays occidentaux, au XIe et au XIIe siècles et qui a été supplanté par le gothique. L'art roman. L'architecture romane. La sculpture romane. L'époque romane. Dans ce sens il s'emploie aussi comme nom masculin. Le roman bourguignon, auvergnat.

roman


ROMAN, s. m. ROMANCE, s. f. ROMANCIER, s. m. ROMANESQUE, adj. [2e lon. au 2d et au 3e; la 3e est un e muet au 2d, un é fer. au 3e, un è moy. au 4e ce, cié, nèske.] Roman est un ouvrage contenant des aventures fabuleûses. "Le Héros, la Héroïne du Roman; style de roman. Cela tient du Roman. "Ce fut lui (Calprenède) qui mit les longs romans à la mode. Volt. "Le premier des Mathématiciens (Descartes) ne fit guère que des Romans de Philosophie. VOLT. "Le Télémaque, ce livre singulier, qui tient du roman et du poème, et qui substitue une prose cadencée à la versification. Id. = On dit d'une aventûre, qui parait surprenante, c'est une aventûre de roman; et d'un homme, qui afecte de parler et d'agir comme les Héros des romans et de les imiter, en ses façons de faire, que c'est un héros de roman. — Prendre le roman par la queûe, aler dabord à la conclusion. = Toutes ces expressions sont tout au plus du st. médiocre, polémique ou critique. * Massillon en a employé une dans un de ses Sermons, en quoi je ne crois pas qu'on doive l'imiter. "L'Ambitieux regarde ces vertus romaines, qui ne veulent rien devoir qu'à la probité, à l'honeur et aux services, comme des vertus de roman et de Théâtre. — Malgré un si grand exemple, je doute que le mot de roman soit convenable en chaire.
   ROMANCE est un mot emprunté des Espagnols. C'est comme qui dirait petit roman. "C'est une Histoire fabuleûse, mise en vers. "Le goût des romances et des Héroides avait pris dans ce siècle frivole; mais il n'a pas duré. À~ peine se souvient-on de deux ou trois.
   ROMANCIER, se dit des Auteurs des anciens romans, et par moquerie des Auteurs; des romans modernes. = Adj. Dorat dit de Volt.
   Historien romancier, romancier Philosophe.
   Dans ce vers, ce mot est dabord adjectif, ensuite substantif. = Rousseau l'emploie adjectivement au féminin.
   Les fâbles romancières.
   De ces fripiers d'impostures grossières.
   ROMANESQUE, qui tient du roman. "Aventure, style, histoire romanesque.
   Rem. Huet dit romaniste pour romancier, auteur de romans. Le Dict. de Trév. met romaniser, faire des romans. L'Ab. Des Fontaines voulait qu'on nomât romanédies ces drames romanesques qu'il apèle ailleurs Tragédies bourgeoises, ou comique larmoyant. Ce sont des mots forgés, bons pour le burlesque, le polémique et le satirique.

Synonymes et Contraires

roman

nom masculin roman
1.  Œuvre d'imagination.
2.  Histoire invraisemblable.
Traductions

roman

Romannovel, fiction, Romance, Romance language, romanesque, Romanesque Art, Romanicromanסיפור אהבה (ז), רומן (ז), רוֹמָןnovela, ficción, romance, románicoromanzo, narrativa, romanicoرِوَايَةٌrománromanμυθιστόρημαromaaniroman小説소설romanpowieśćromanceроман, романскийromanนิยายromantiểu thuyết小说Роман小說 (ʀɔmɑ̃)
nom masculin
livre qui raconte une histoire lire un roman
livre qui raconte l'histoire d'un crime

roman

[ʀɔmɑ̃, an]
adj
(ARCHITECTURE)Romanesque; (en Grande-Bretagne)Norman
(LINGUISTIQUE)Romance modif
nm
(= œuvre littéraire, genre) → novel
(= architecture roman) → Romanesque architecture