salé, ée

SALÉ, ÉE

(sa-lé, lée) part. passé de saler
Assaisonné avec du sel. Manger salé.
Depuis que vous êtes hors d'ici, je n'ai point trouvé de viande qui ne fût trop salée, ni d'homme qui ne le fût trop peu [VOIT., Lett. 145]
Familièrement. Cela est salé comme mer, cela est très salé. Fig.
Nous savons que, dans le séjour de l'horreur et du désespoir, la victime sera salée avec un feu éternel [MASS., Carême, Mauv. riche.]
Fig. Autant de frais que de salé, ni de l'un ni de l'autre. S. m. Le salé, la chair de porc salée. Des côtelettes de salé. Petit salé, la chair de cochon nouvellement salée.
Le riche papiste qui aura eu sur sa table pour cinq cents francs de poisson sera sauvé ; et le pauvre, mourant de faim, qui aura mangé pour quatre sous de petit salé, sera damné [VOLT., Dict. phil. Carême.]
Qui contient du sel.
On sait que l'eau salée peut, sans se geler, devenir beaucoup plus froide que l'eau douce glacée [BUFF., Hist. nat. Preuv. théor. terre, Œuvr. t. I, p. 315]
Eaux, sources salées, celles dont on extrait du sel. La plaine salée, la mer.
Il faut en la plaine salée Avoir lutté contre Malée.... [MALH., III, 3]
Pré salé, voy. PRÉ, n° 1.
Fig. et familièrement. Qui agit sur l'esprit comme le sel sur la langue.
J'ai vu hier une de vos lettres entre les mains de l'abbé de Pontcarré ; c'est la plus divine lettre du monde ; il n'y a rien qui ne pique et qui ne soit salé [SÉV., 19 juill. 1675]
Pour M. Trouvé, je l'aime toujours ; ah ! que nous avons ensemble de bonnes conversations bien salées ! [ID., 5 mars 1683]
C'est une espèce de dictionnaire dont les articles sont courts, mais où il y en a un grand nombre de très plaisants et de très salés [D'ALEMB., Lett. à Voltaire, 14 août 1767]
Il se dit aussi des personnes qui ont du sel, qui ne ménagent rien.
J'aime fort tout ce que me mande Montgobert ; elle me plaît toujours ; je la trouve salée, et tous ses tons me font plaisir [SÉV., 6 oct. 1675]
Je ne voudrais pas que M. de Grignan eût entendu ce Père [le P. Morel de l'Oratoire] ; il ne croit pas qu'on puisse, sans péché, donner à ses plaisirs quand on a des créanciers.... vraiment c'est un homme bien salé, il ne fait aucune composition [ID., 6 oct. 1679]
La femme de Villars avait de l'esprit infiniment, plaisante, salée, ordinairement méchante [SAINT-SIMON, 3, 51]
Vous êtes assurément, mon divin Protagoras, un des plus salés philosophes que je connaisse [VOLT., Lett. d'Alembert, 13 août 1760]
Qui pique l'esprit par quelque chose de trop libre, d'un peu obscène. Épigramme salée.
Mme la duchesse [de Chartres], qui, avec bien de la grâce et de l'esprit, a l'art des chansons salées, en fit d'étranges sur ce ton [SAINT-SIMON, 32, 122]
Dans le style familier, il se prend pour fort, excessif, très désagréable. Il a été condamné à deux mille francs d'amende ; cela est salé. Il a six mois de prison ; c'est un peu salé.
Bourguignon salé, sobriquet qui vient, dit-on, de ce que les Bourguignons ont eu beaucoup de différends à cause de leurs salines.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    SALÉ. Ajoutez :
    Claim (terrain concédé pour une exploitation, aux États-Unis) salé, expression américaine qui signifie terrain où l'on a semé des minéraux qu'il est censé produire naturellement.
    Il n'y a jamais eu sur les lieux.... d'autres diamants que ceux qu'y avaient placés à l'avance les prétendus découvreurs,... en d'autres termes, le claim avait été salé, pour nous servir d'une expression de mineur [, Extr. du Courrier de San-Francisco, dans Journ. offic. 25 déc. 1872, p. 8071, 2e col.]