sens dessus dessous et sens devant derrière

SENS DESSUS DESSOUS et SENS DEVANT DERRIÈRE2

(san-de-su-de-sou et san-de-van-dè-riè-r') loc. adv.
Sens dessus dessous, dans une situation telle que ce qui devrait être dessus se trouve dessous. Cette boîte est sens dessus dessous.
Nos bombes tombaient à tous moments sur ces demi-lunes, et semblaient les renverser sens dessus dessous [RAC., Lett. XVIII à Boil.]
Fig. et particulièrement. En parlant de ce qui est dans un grand désordre et tout bouleversé.
Je crois qu'à mon avis tout le monde radote, Qu'il a la tête vide et sens dessus dessous [RÉGNIER, Sat. XI]
Vous devriez.... Ne point aller chercher ce qu'on fait dans la lune, Et vous mêler un peu de ce qu'on fait chez vous, Où nous voyons aller tout sens dessus dessous [MOL., F. sav. II, 7]
Cette religieuse qui met tout son diocèse sens dessus dessous [SÉV., 74]
Je logerai à Époisse, parce que Bourbilly est sens dessus dessous [ID., 30 juill. 1677]
Mettre quelqu'un sens dessus dessous, lui causer un trouble violent, une vive émotion.
Cet enfant m'avait mis tout sens dessus dessous [TH. CORN., le Geôlier de soi-même, V, 7]
Sens devant derrière, loc. adv. Dans une situation telle que ce qui devrait être devant se trouve derrière. Sa perruque est sens devant derrière.

HISTORIQUE

  • XIIIe s.
    Si vuelent estre pledeeur, Et pensent baras et cauteles, Dont il bestornent les querelles, Et metent ce devant dernere [RUTEB., 222]
    Et bien est voir [vrai] qu'il souloit estre En tel maniere ; Mais tout va ce devant derriere, Un dit de verité. Et ainsi seroit li plais ce devant derriere [BEAUMANOIR, II, 3]
    Leur gloutonie nous fist tel domage que nous en fumes delaié [retardé] huit bones journées, pour ce que le roi fist tourner les nefs ce devant derriere [JOINV., 286]
  • XIVe s.
    Li jeus est retournés che que derier devant [, Baud. de Seb. V, 260]
    Retournez la lamproie ce dessus dessoubz ou [au] pot [, Ménagier, I, 5]
  • XVe s.
    On lui tourna [au duc de Lancastre] ses armes ce dessus dessous, comme si il fust traistre [FROISS., II, II, 117]
    Renverser s'en dessus dessoubz, Est-ce bien fait, je vous en prie ? [CH. D'ORL., Rondeau, p. 296]
    Princes, vous qui tenez les grans estats Sans regarder la façon et maniere, Vous courroucez tant de gens en ung tas, Que tout pour vous va cen devant derriere [COQUILLART, Ball. contre les princes.]
    Renversez cen dessus dessous La terre... [GRINGOIRE, Farce à la suite du jeu du Prince des sots.]
  • XVIe s.
    Ce petit paillard tastonnoyt ses gouvernantes cen dessus dessous, cen devant darriere [RAB., Garg. I, 11]
    Craignant que s'il attentoit de remuer et tourner sans dessus dessoubz tout le gouvernement de la ville.... [AMYOT, Sol. 23]
    Un tremblement de terre si violent que quelques villes en furent renversées sans dessus dessoubs [ID., Fab. 6]
    Bien que voulusse alors dessus dessous Verser les murs de Troye parjurée [DU BELLAY, IV, 38]
    Cela estoit pour renverser entierement nostre chasteau s'en dessus dessous [PARÉ, t. III, p. 711]
    Plusieurs fois le jour l'on tourne et vire s'en dessus dessous la fueille de meurier [O. DE SERRES, 468]
    Ceste mayson est transposée cen dessus dessoubz [PALSGR., p. 421]
    Fortune lui a versé sa chance cen dessus dessoubz [ID., p. 540]
    Et ayant presque renversé s'en dessus dessous [STRAPAROLE, 6e nuit, Fabl. 1]

ÉTYMOLOGIE

  • Vaugelas écrivait sans dessus dessous, sans devant derrière, comme qui dirait sans dessus ni dessous ; Mme de Sévigné suivait cette orthographe, qui avait des précédents dans le XVIe siècle. Chapelain et Ménage écrivaient sens dessus dessous, conformément à l'avis de Pasquier, et cette orthographe a prévalu ; sens est supposé avoir ici la signification de direction, de côté, comme qui dirait : le sens qui devait être dessus est dessous. Mais on comprend tout d'abord combien une pareille locution serait forcée ; au reste, toutes ces hypothèses tombent devant l'historique ; la locution est simple et correcte : c'est ce dessus dessous c'est-à-dire ce qui est dessus mis dessous. Au XVe siècle, on a dit c'en dessus dessous : ce qui est en dessus mis en dessous. Enfin, au XVIe siècle, l'intelligence de la locution se perdant, on ne sait plus l'écrire ; la prononciation se conserve par la tradition et reste la même ; mais l'orthographe se corrompt. La vraie locution est donc c'en devant derrière, c'en dessus dessous ; ce qui a exactement le même son que sens dessus dessous. H. Estienne avait bien vu ce que c'était que cette locution. Il appartiendrait à l'Académie, que les imprimeries suivent, de rectifier une aussi vicieuse orthographe, d'autant plus qu'il n'y a rien à changer à la prononciation.