souffrance

souffrance

n.f.
Fait de souffrir ; tourment moral ou physique : Comment l'aider à oublier sa souffrance ? chagrin, peine douleur
Affaires en souffrance,
affaires en suspens.
Colis en souffrance,
colis qui n'a pas été délivré ou réclamé.

SOUFFRANCE

(sou-fran-s') s. f.
Terme de jurisprudence. Tolérance pour certaines choses qu'on pourrait empêcher (le sens propre de souffrir étant porter, soutenir). Cette vue est une souffrance. Un jour de souffrance.
Terme de comptabilité. Suspension dans l'allocation ou le rejet d'une dépense portée en compte sans pièces à l'appui. Cet article est en souffrance. Tenir une partie en souffrance.
Par extension, tout retard préjudiciable dans la conclusion d'une affaire. Cet homme laisse toutes ses affaires en souffrance. Ce procès met mon commerce en souffrance.
Terme de féodalité. Surséance, délai que le seigneur accordait en certains cas à son nouveau vassal, pour faire foi et hommage.
État de celui qui souffre (celui qui souffre portant, supportant le mal).
La souffrance aux personnes de ce rang tient lieu d'une grande vertu [RETZ, Mém. t. I, liv. II, p. 93, dans POUGENS]
Il [Jésus-Christ] a souffert et est mort pour sanctifier la mort et les souffrances [PASC., Lett. sur la mort de son père]
Ainsi parmi les souffrances et dans les approches de la mort s'épure comme dans un feu l'âme chrétienne [BOSSUET, le Tellier.]
Dieu, qui sait que les plus fortes vertus naissent parmi les souffrances, l'a fondée [l'Église] par le martyre, et l'a tenue durant trois cents ans dans cet état [ID., Hist. II, 7]
Le néant seul, hélas ! ignore la souffrance [DELILLE, Parad. perdu, X]
En présence de cette nature immuable, faut-il donc avoir tant de peur des souffrances que le temps entraîne avec lui ? [STAËL, Corinne, XI, 4]
Dans notre siècle, que quelques découvertes encouragent à tout expliquer, ceux-là [les officiers des armes savantes], au milieu des souffrances aiguës que leur apportait le vent du nord [dans la campagne de Russie], cherchaient la cause de sa constante direction [SÉGUR, Hist. de Nap. XI, 11]
Action de souffrir. La souffrance du mal. Il se dit des peines de l'amour.
Il pria sa maîtresse d'avoir pitié de ses souffrances [HAMILT., Gramm. 4]
Armée de souffrance, nom que prenait la bande des nu-pieds, 1639, en Normandie.
Dans le langage de la physiologie, toute sensation pénible, qu'elle soit bornée à un simple malaise, ou qu'elle s'élève jusqu'à l'état de douleur.

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Je l'ai mis en sufrance [j'ai passé par-dessus, je n'en ai tenu compte], que nel fis amender [, Th. le mart. 72]
  • XIIIe s.
    Apriès li vesti on la tunique qui doit iestre vers, en la quele on list l'epistole, qui senefie soufrance [, Chr. de Rains, 104]
    Granz vertu est souffrance [patience] [, Ass. de Jérus. I, 103]
  • XVe s.
    Durant les treves ou abstinences et souffrances de guerre [DU CANGE, abstinentia.]
    Le duc leur accorda [la trêve], et mit en souffrance [fit cesser] tous assauts [FROISS., I, I, 115]
    Au jugement, n'eut nulle dilation de souffrance, ne de mercy [ID., I, I, 50]
    Et ainsi gaigna Fabius par sa saige souffrance, et Minutius perdit par sa folle hastiveté [, Bouciq. IV, 4]
  • XVIe s.
    Les pechez ne se font pas seulement par la permission ou souffrance [tolérance] de Dieu.... [CALVIN, Instit. 225]
    Cette fable de Jupiter et Juno eshontée au delà de toute souffrance [MONT., III, 331]
    Pour mesurer la constance, il fault necessairement sçavoir la souffrance [ID., IV, 162]
    Le seigneur n'est tenu recevoir l'hommage de son vassal par procureur ; mais, s'il a excuse legitime, lui donnera souffrance [LOYSEL, 558]
    Estrivant à l'encontre des privez soudards en simplicité de vivre et en souffrance de labeur [AMYOT, Marius, 10]
    Ne pourra estre continuée la souffrance ou supercession d'une partie employée dans divers comptes de diverses clostures sous mesme nom ; ains sera la souffrance convertie en supercession, et la supercession en radiation [, Édit, août 1598]

ÉTYMOLOGIE

  • Souffrant ; wallon, sofrants ; bourguig. sôffrance ; prov. sufrensa, sufransa ; ital. sofferenza.

souffrance

SOUFFRANCE. n. f. Douleur physique ou morale, état de celui qui souffre. Cruelle souffrance. Extrême souffrance. Endurer une souffrance. Être dur à la souffrance. Vivre dans les souffrances. Après de longues souffrances. Les souffrances de Notre-Seigneur sur le Calvaire.

Il se dit aussi, en termes de Jurisprudence, de la Tolérance en vertu de laquelle on accepte certaines choses que l'on pourrait empêcher. Un jour de souffrance.

Il se dit aussi d'Affaires qui sont en suspens Cet homme laisse toutes ses affaires en souffrance.

Un colis en souffrance, Un colis qui n'a pas été délivré, ou qui n'a pas été réclamé.

souffrance

Souffrance, c'est patience et attente d'une chose qu'on nous doit faire ou payer, Tolerantia, Toleratio. Selon ce on dit, Le seigneur feodal bailler souffrance du quint denier de la vendition du fief mouvant de luy, Solutionem quintanorum fundi beneficiarij a patrono differri, prorogari. Et la chambre des contes avoir mis en souffrance quelques articles, où la reddition de conte d'un tresorier, Tabularum expensi capita nonnulla neque cancellare neque admittere, sed suspendi in tempus decernere. Souffrance se prend aussi pour souffrette et povreté, Inopia, Egestas. Le tout vient de souffrir, car et qui attend le payement ou accomplissement d'une chose, il souffre et tolere le defaut d'autruy, et qui est povre, tolere et souffre l'indigence des choses à luy necessaires.

Souffrance de travail, Fortitudo.

Ils sont mariez ensemble plus par la souffrance du pere, que par son consentement, Iunguntur nuptiis, magis non prohibente patre, quam approbante.

Demander souffrance, Precario petere possessionem, Fidem astringendam deprecari, Fidei dandae deprecari necessitatem. Budaeus.

Donner souffrance, Suspensa manu patientiam clienti accommodare. Bud.

souffrance


SOUFFRANCE, ou SOUFRANCE, s. f. SOUFRANT, ANTE, adj. SOUFRE DOULEUR, s. m. *SOUFRETEUX, EUSE, adj. SOUFRIR, v. act. et n. [Sou-france, fran, frante, sou-fre-douleur, freteû, teû-ze, sou-frir: 2e lon. aux 3 1ers, e muet au 4e et 5e; 3e lon. au 5e et 6e.] Soufrir; je soufre, nous soufrons; je soufrois, ou soufrais; j'ai soufert; je soufris, je soufrirai; je soufrirois, ou soufrirais; que je soufre; je soufrisse; soufrant, soufert. = 1°. Endurer; soufrir la douleur, les tournemens, la mort, les afronts, les injûres; la faim, la soif, etc. = 2°. V. n. Pâtir. "L'armée soufrit beaucoup dans sa marche. "Sa modestie soufre quand on le loûe. = 3°. Suporter. "Soufrir la fatigue, le froid; la faim. "Il ne saurait soufrir le Soleil, le serein.
   Accepte sans murmure et soufre avec courage,
   La portion de maux, qui t'échoit en partage.
       Le Franc.
  ....N'aprendrez-vous jamais
  L'art de dissimuler ou de soufrir en paix
  Les contrariétés, dont la vie est semée?
       La Chaussée.
= Il est aussi neutre sans régime. "Il faut savoir soufrir.
   Ah! soyons sage: il est bien tems de l' être.
   Le fruit au moins que je dois recueuillir
   De tant d'erreurs, est de savoir soufrir.
       VOLT.
= 4°. Tolérer, n'empêcher pas, quoiqu'on le puisse. "Pourquoi soufrez-vous cela? "Vous ne devriez pas le soufrir. = 5°. Permettre: soufrez que je vous dise, etc. = 6°. Admettre; être susceptible de. "Cela ne soufre point de retardement, de délai, de dificulté, de comparaison, de réplique, etc.
   Rem. Dans le 2d sens, ce verbe régit de et l'infinitif. "Je soufre de vous voir dans cette situation. La Bruyère et Campistron ont employé la prép. à. "L'homme ne se sent pas naître; il soufre à mourir, et il oublie de vivre. La Bruy.À~ mourir signifie en mourant, et la prép. à me parait bien placée en cet endroit.
   Que je soufre à vous voir dans cet état funeste!
       Camp.
On pourrait citer plusieurs aûtres exemples qui prouveraient qu'on peut se servir de l'une et l'aûtre de ces prépositions, et que souvent à vaut mieux que de. = Dans le 4e et le 5e sens, soufrir régit que et le subjonctif: "Je ne soufrirai pas que vous chassiez sur mes terres; que vous me parliez découvert. Quelques auteurs, anciens ou modernes, ont mis à la place la prép. de et l'infinitif. "Luther ne soufrit pas à Bucer de dire que, etc. BOSS. "Comment pouvoit-on leur soufrir (aux chrétiens) de détester les infamies du Théâtre? Fleury.
   ......Soufrez à mon amour
   De vous entretenir avant la fin du jour.
       Molière.
D'autres emploient l'infinitif sans préposition.
  Je ne puis vous soufrir vivre de cette sorte.
       Regnard.
"Les Grands (de la Chine) nous soufrent quelquefois parler de la science du Salut. Let. Édif. "Il se soufrit dénoncer comme un incendiaire politique. Anon. L'usage présent condamne ce régime. On dirait: Luther ne soufrit pas que Bucer dit que, etc. "Ils soufrent que nous leur parlions, etc. Il soufrit qu'on le dénonçât, etc. = Quelquefois en ce sens il a le datif pour 2d régime de la persone, et l'accusatif pour le régime de la chôse: il soufre tout à ses enfans. Mais ces régimes ne s'emploient pas avec toute sorte de noms, et j'ôse ne pas aprouver la phrâse suivante de M. Moreau. "Depuis qu'on leur avait acordé ou soufert l'exercice de la Justice. Je voudrais dire en pareil cas, qu'on leur avait permis, etc. Voy. TOLÉRER. = Maimbourg fait régir des adjectifs à ce verbe. "Dieu ne soufre pas impunis, même dès ce monde, les atentats, qui se comettent en la persone sacrée des Souverains.
   SOUFRANCE, douleur, peine, état de celui, qui soufre. "Longue, extrême soufrance: être dans la soufrance. "Les soufrances de Notre Seigneur, des Martyrs. "L'opinion a plus de part à nos soufrances que la réalité. D'OLIV. IIe Tuscul. = * Suivant Bouhourset La Touche, on dit ce mot des chôses comme des persones: la soufrance des galériens, des Prisoniers; la soufrance du mal, des injûres. Ainsi ce mot aurait tantôt un sens actif et tantôt un sens passif; il se dirait et de celui qui soufre et de ce que l'on soufre. = Je n'ôse ni condamner, ni aprouver cette opinion. L'Acad. ne dit point soufrance des chôses; et il y a peu d'exemples de l'emploi de ce mot de cette manière. Il serait pourtant utile dans bien des ocasions. = * Bossuet se sert de soufrance au lieu de tolérance: "Il n' y a pas d'illusion plus dangereuse que de doner la soufrance (la tolerance théologique) pour un caractère de la vraie Église. — Soufrance, en ce sens, est un terme de Pratique. "Cet égoût n'est point une servitude: ce n'est qu'une soufrance de ma part.
   SOUFRANT, 1°. Qui soufre. La partie soufrante dans le corps humain; celle, qui est malade, qui est afectée. — L'Église soufrante: les âmes des fidèles, qui sont dans le Purgatoire. = En st. fig. famil. On dit qu'un homme est la partie soufrante d'une compagnie, pour dire que la perte, le domage, ou la plaisanterie tombe sur lui. "Je suis dans cette afaire la partie soufrante. = 2°. Patient, endurant. "Il n'est pas d'une humeur soufrante. "Ce n'est pas un homme soufrant. VOLTAIRE l'emploie substantivement. "Secourir les soufrans autant qu'on peut.
   Rem. Soufrant ne se dit quère des persones mêmes, ni dans l'un, ni dans l'aûtre sens. On dit fort bien, l'humanité soufrante; la vertu soufrante; mais je doute qu'on dise: cet homme est bien soufrant, cette femme est actuellement soufrante. "Quelque maladie le rendra soufrant. L'Ab. Henn. L'Acad. dit: il a le visage d'un homme soufrant: mais c'est une phrâse, qui est comme consacrée par l'usage. * M. Clément dit, substantivement, les soufrans, pour, les malades. Je ne voudrais pas le dire~
   Quel amâs de soufrans, en troupeaux rassemblés~
= L'Ab. Prévot, traduisant trop litéralement M. Hume, dit aussi: "Cette sentence ne servoit qu'à procurer un grand fonds de faveur populaire aux soufrans, qui avoient si courageusement résisté au pouvoir arbitraire. = * Ce qui est un barbarisme bien décidé c'est d'apliquer l'adjectif soufrant aux maux et aux douleurs; c'est un mal bien soufrant; une douleur bien soufrante. Ce barbarisme est comun dans les Provinces méridionales.
   SOUFRE-DOULEUR, persone qu'on charge de travail, qu'on expôse à toute sorte de fatigues. "Ce valet est le soufre-douleur de la maison. St. famil.
   "SOUFRETEUX, qui soufre de la misère, de la paûvreté. Il est vieux. Patru s'en est encore servi. "Ils languiront toute leur vie, paûvres, soufreteux et méprisés; mais cet Avocat si célèbre, disait déjà Andry au dernier Siècle, n'est pas à imiter en cela. Soufreteux ne peut plus entrer que dans le style bâs. Réflex.

Synonymes et Contraires

souffrance

nom féminin souffrance
Traductions

souffrance

suffering, painדאבון לב (ז), דווי (ז), התייסרות (נ), התענות (נ), חבל (ז), כאב (ז), מגינת לב (נ), מדווה (ז), מכאוב (ז), נכאבות (נ), סבל (ז), ענות (נ), תחלואה (נ), הִתְיַסְּרוּת, מַכְאוֹב, דְּוַי, סֵבֶל, כְּאֵב, תַּחְלוּאָהleed, smartsofrimentoLeidensofferenzaстрадание痛苦utrpenílidelser고통lidande (sufʀɑ̃s)
nom féminin
fait d'avoir mal éprouver une grande souffrance

souffrance

[sufʀɑ̃s] nf
(= douleur) → suffering
en souffrance [marchandise] → awaiting delivery; [affaire] → pending