souffrir


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souffrir

v.t. [ lat. sufferre, de ferre, porter ]
1. Supporter qqch de pénible : Il a souffert bien des brimades de la part des autres endurer, subir
2. Litt. Permettre : Je ne souffre pas que l'on tienne de tels propos devant moi tolérer ; refuser accepter
3. Litt. Admettre ; être susceptible de : Cette affaire ne souffre aucun retard supporter
Ne pas pouvoir souffrir qqn, qqch,
éprouver de l'antipathie, de l'aversion pour eux : Elle ne peut pas te souffrir elle te déteste
Souffrir le martyre ou mille morts,
éprouver de grandes douleurs.
v.i. et v.t. ind. (de)
1. Éprouver de la souffrance ; avoir mal à : Il a souffert après son opération. Pendant la course, ils ont souffert de la soif. Elle souffre du genou.
2. Subir un dommage : Ces arbres ont souffert de la tempête. Les petits commerces souffrent de la proximité du centre commercial pâtir

se souffrir

v.pr.
(Surtout en tournure nég.) Se supporter mutuellement : Ses deux apprentis ne peuvent pas se souffrir.

souffrir


Participe passé: souffert
Gérondif: souffrant

Indicatif présent
je souffre
tu souffres
il/elle souffre
nous souffrons
vous souffrez
ils/elles souffrent
Passé simple
je souffris
tu souffris
il/elle souffrit
nous souffrîmes
vous souffrîtes
ils/elles souffrirent
Imparfait
je souffrais
tu souffrais
il/elle souffrait
nous souffrions
vous souffriez
ils/elles souffraient
Futur
je souffrirai
tu souffriras
il/elle souffrira
nous souffrirons
vous souffrirez
ils/elles souffriront
Conditionnel présent
je souffrirais
tu souffrirais
il/elle souffrirait
nous souffririons
vous souffririez
ils/elles souffriraient
Subjonctif imparfait
je souffrisse
tu souffrisses
il/elle souffrît
nous souffrissions
vous souffrissiez
ils/elles souffrissent
Subjonctif présent
je souffre
tu souffres
il/elle souffre
nous souffrions
vous souffriez
ils/elles souffrent
Impératif
souffre (tu)
souffrons (nous)
souffrez (vous)
Plus-que-parfait
j'avais souffert
tu avais souffert
il/elle avait souffert
nous avions souffert
vous aviez souffert
ils/elles avaient souffert
Futur antérieur
j'aurai souffert
tu auras souffert
il/elle aura souffert
nous aurons souffert
vous aurez souffert
ils/elles auront souffert
Passé composé
j'ai souffert
tu as souffert
il/elle a souffert
nous avons souffert
vous avez souffert
ils/elles ont souffert
Conditionnel passé
j'aurais souffert
tu aurais souffert
il/elle aurait souffert
nous aurions souffert
vous auriez souffert
ils/elles auraient souffert
Passé antérieur
j'eus souffert
tu eus souffert
il/elle eut souffert
nous eûmes souffert
vous eûtes souffert
ils/elles eurent souffert
Subjonctif passé
j'aie souffert
tu aies souffert
il/elle ait souffert
nous ayons souffert
vous ayez souffert
ils/elles aient souffert
Subjonctif plus-que-parfait
j'eusse souffert
tu eusses souffert
il/elle eût souffert
nous eussions souffert
vous eussiez souffert
ils/elles eussent souffert

SOUFFRIR

(sou-frir) , je souffre, tu souffres, il souffre, nous souffrons, vous souffrez, ils souffrent ; je souffrais ; je souffris ; je souffrirai ; je souffrirais ; souffre, souffrons, souffrez ; que je souffre, que nous souffrions, que vous souffriez ; que je souffrisse ; souffrant ; souffert v. a.
Le sens étymologique et propre est supporter ; il se divise en deux acceptions : résister à quelque chose de fâcheux, de pénible ; endurer. Résister à. Il ne saurait souffrir le soleil, le serein. C'est une place qui ne peut souffrir un siége. Cet homme ne peut souffrir la mer.
Je ne comprends pas comme M. de Grignan peut aller dans un pays [les montagnes du Dauphiné] dont les ours ne peuvent souffrir la demeure [SÉV., 9 mars 1689]
Accoutumés à demeurer dans des maisons commodes, à vivre dans l'abondance et dans l'oisiveté, ils ne pouvaient plus souffrir la faim, la soif, les longues marches, les veilles, ni les autres travaux de la guerre [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 445, dans POUGENS]
Souffrir un assaut, soutenir un assaut. Terme de manége. Souffrir l'éperon, se dit d'un cheval qui n'est pas sensible à l'éperon. Souffrir l'étalon, se dit de la jument quand elle est bien en chaleur. Endurer. Souffrir la prison avec fermeté. Souffrir patiemment la mauvaise fortune.
Et j'aurais cette injure impunément soufferte ! [ROTR., Vencesl. II, 1]
Non, je ne puis souffrir cette lâche méthode Qu'affectent la plupart de vos gens à la mode [MOL., Mis. I, 1]
Moi qui ne puis pas souffrir la vue ni l'imagination d'un précipice [SÉV., 9 mars 1689]
Représentez-vous un homme né dans les richesses et qui les a dissipées ; il ne peut souffrir sa pauvreté [BOSSUET, la Vallière.]
L'imagination ne peut souffrir les vérités abstraites et extraordinaires : elle les regarde, ou comme des spectres qui lui font peur, ou comme des fantômes dont elle se moque [MALEBR., Rech. vér. éclairc. liv. I, t. IV, p. 67, dans POUGENS.]
[Elle] .... souffre des affronts que ne souffrirait pas L'hôtesse d'une auberge à dix sous par repas [BOILEAU, Sat. X]
Ah ! je ne puis, Albine, en souffrir la pensée [RAC., Brit. III, 4]
Amilcar, surnommé Barca, souffrait avec peine le dernier traité que le malheur des temps avait forcé les Carthaginois d'accepter [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 369, dans POUGENS]
Ceux qui souffraient la servitude, et ceux qui, par leurs intérêts particuliers, cherchaient à la faire souffrir [MONTESQ., Rom. 1]
Ne pouvoir souffrir une personne, une chose, avoir de l'aversion pour cette personne, cette chose.
M. de Lamoignon ne pouvait souffrir ces hommes chargés des affaires du public et des particuliers, qui se regardent comme invisibles [FLÉCH., Lamoignon.]
Je sens qu'il m'ennuie à mourir ; Je l'estime beaucoup et ne puis le souffrir [DESTOUCH., Glorieux, II, 4]
Il a commencé par établir que je ne pouvais pas le souffrir [MARIV., le Legs, sc. 23]
Il m'est impossible d'aimer Héraclius [de Corneille], je vous l'avoue ; je crois vous avoir cité Mme du Châtelet, qui ne pouvait souffrir cette pièce, dans laquelle il n'y a pas un sentiment qui soit vrai [VOLT., Lett. d'Argental, 23 sept. 1761]
Je ne puis souffrir que cela se fasse, il m'est désagréable que cela se fasse.
Chavigni, qui était rentré dans le cabinet, son unique élément, et qui y était rentré par le moyen de M. le Prince, ne pouvait souffrir qu'il l'abandonnât ; et il pouvait encore moins souffrir qu'il se tînt en bonne intelligence avec Mazarin qui était l'objet de son horreur [RETZ, Mém. t. II, liv. III, p. 403, dans POUGENS]
Mais je ne puis souffrir qu'un esprit de travers.... Se donne en te louant une gêne inutile [BOILEAU, Disc. au roi.]
Ne pas se détériorer, en parlant des choses.
Le poisson non salé ne pouvait souffrir le transport au delà de trente à quarante heures [MERC., Tabl. de Par. 34]
Tolérer, ne pas empêcher.
Ce n'est pas qu'un emploi ne doive être souffert [LA FONT., Fabl. XII, 27]
On pourrait aucunement Souffrir ce défaut aux hommes [ID., ib. IX, 1]
Je souffre bien que tu le sois [Sosie], Souffre aussi que je le puisse être [MOL., Amph. III, 7]
Mme la Dauphine ne souffrait pas qu'on touchât aux oints du Seigneur [FLÉCH., Dauphine.]
Jusqu'à quand souffre-t-on que ce peuple respire ? [RAC., Esth. II, 1]
On n'y souffre ni meubles précieux, ni habits magnifiques, ni festins délicieux, ni palais dorés [FÉN., Tél.]
V Charles II n'avait bien voulu souffrir qu'on le fît catholique sur la fin de sa vie, que par complaisance pour ses maîtresses et pour son frère [VOLT., Louis XIV, 14]
On vient d'imprimer dans un journal l'article Femme, qu'on tourne horriblement en ridicule ; je ne peux pas croire que vous ayez souffert un tel article dans un ouvrage sérieux [l'Encyclopédie] [ID., Lett. d'Alemb. 13 nov. 1759]
Il faut souffrir ce qu'on ne peut empêcher [BEAUMARCH., Mar. de Fig. IV, 8]
Souffrir quelqu'un, le tolérer, le laisser faire ceci ou cela.
Bien plus, on ne vous souffre ici que ce seul jour [CORN., Nicom. III, 4]
L'ordre de l'empereur n'admet ici personne, Et ma commission n'y souffre que vous deux [ROTR., Bélis. III, 2]
Et l'Académie, entre nous, Souffrant chez soi de grands fous.... [BOILEAU, Épig. XX]
Aux bords que j'habitais je n'ai pu vous souffrir [RAC., Phèdre, II, 5]
Vos sentiments sont avoués de votre père, et vous pouvez souffrir à vos genoux un homme que vous allez épouser [MARIV., Serm. indiscr. IV, 5]
Souffrir se dit pour laisser, avec un nom de personne pour régime direct et un verbe à l'infinitif.
En Europe, où les rois sont d'une humeur civile, Je ne leur rase point de château ni de ville ; Je les souffre régner [CORN., l'Illus. com. II, 2]
Il y avait des diacres continuellement appliqués à prendre garde que chacun fût attentif, et à ne souffrir personne sommeiller, rire, parler à l'oreille, ou faire quelque signe à un autre [FLEURY, Mœurs des chrétiens, XL.]
Permettre.
Souffrez que votre fille embrasse vos genoux [CORN., Poly. III, 3]
Je ne vous puis souffrir de dire une sottise [ID., Suite du Ment. III, 2]
Jusques.... à lui souffrir, en cervelle troublée, De courir tous les bals et les lieux d'assemblée [MOL., Éc. des mar. I, 2]
Le père Lemoine a apporté une modération à cette permission générale [donnée aux femmes par les casuistes de se parer] ; car il ne le veut point du tout souffrir aux vieilles [PASC., Prov. IX]
Vous êtes obligés de leur souffrir [à vos domestiques] ce que vous ne voulez pas vous interdire ; il faut fermer les yeux à des désordres que vous autorisez par vos mœurs [MASS., Petit carême, Vic. vert. des grands.]
S'il en est ainsi, rendez-moi ma montre ; je ne souffrirai pas.... - Copp : Ah ! vous ne souffrirez pas.... vous le prenez avec moi sur un singulier ton [A. DUVAL, Jeun. de Henri V, II, 10]
Recevoir quelque dommage. L'escadre a souffert un vrai désastre. Souffrir une rude, une furieuse tempête, être agité d'une rude, d'une furieuse tempête. Souffrir un coup de vent, être battu d'un coup de vent
Éprouver une peine physique ou morale de quelque chose. Souffrir la douleur, souffrir le martyre, souffrir une perte, un dommage.
Les qualités excessives nous sont ennemies, et non pas sensibles ; nous ne les sentons plus, nous les souffrons [PASC., Pens. I, 1, édit. HAVET.]
Coulanges a la goutte comme un petit débauché ; il crie.... il voit du monde.... il ne souffre pas même ses douleurs sérieusement [SÉV., 4 févr. 1689]
Combien dans cet exil ai-je souffert d'alarmes ! [RAC., Andr. I, 1]
Il ajouta qu'il les avait menés à Samos pour y souffrir l'exil qu'ils avaient fait souffrir à Philoclès [FÉN., Tél. XI]
Dans ce dernier adieu ne va pas m'attendrir ; Et sache voir du moins ce que je sais souffrir [P. LEBRUN, Marie St. V, 5]
Par exagération. Souffrir mort et passion, éprouver des douleurs cruelles ; et aussi être vivement impatienté. Sa lenteur me fait souffrir mort et passion. On dit de même : souffrir le martyre.
Admettre, recevoir, être susceptible, en parlant des choses.
Pour un cœur généreux ce trépas a des charmes, La gloire qui le suit ne souffre point de larmes [CORN., Hor. II, 1]
Une pièce d'éloquence remplie des plus belles et des plus nobles expressions que la langue puisse souffrir [ID., Lett. à l'abbé de Pure, 12 mars 1659]
Supposé, comme il est vrai, que les exercices de la piété souffrent des intervalles [MOL., Tart. Préf.]
Les termes sont si clairs qu'ils ne souffrent aucune interprétation [PASC., Prov. VI]
Si l'origine qui nous est commune souffrait quelque distinction solide et durable entre ceux que Dieu a formés de la même terre, qu'y aurait-il dans l'univers de plus distingué que Madame ? [BOSSUET, Duch. d'Orl.]
Puisqu'il est essentiel à Dieu d'être simple et indivisible, sa substance ne souffre point de partage [ID., Sermon sur le myst. de la Trin. 1]
Ne dites pas à ce zélé magistrat qu'il travaille plus que son grand âge ne le peut souffrir [ID., le Tellier.]
Il persista dans sa retraite, tant que l'état des affaires le put souffrir [ID., ib.]
Quelle liberté s'est-elle donnée qui pût, je ne dis pas mériter une censure, mais souffrir une mauvaise interprétation ? [FLÉCH., Marie-Thér.]
Si les historiens de l'antiquité sont en général supérieurs aux nôtres, cette vérité souffre toutefois de grandes exceptions [CHATEAUBR., Génie, III, III, 5]
V. n. Supporter, soutenir la douleur physique ou morale.
Néarque : Il suffit, sans chercher, d'attendre et de souffrir. - Polyeucte : On souffre avec regret quand on n'ose s'offrir [CORN., Poly. II, 6]
Le trépas vient tout guérir ; Mais ne bougeons d'où nous sommes : Plutôt souffrir que mourir, C'est la devise des hommes [LA FONT, Fabl. I, 16]
Il faut souffrir pour la charité, souffrir pour la vérité, souffrir pour la paix, souffrir pour l'obéissance [BOURDAL., Myst. Ascens. t. I, p. 422]
Après s'être acquittée de tous les devoirs à la cour, Mme de Montausier a souffert comme on souffre dans les cloîtres, sans murmurer et sans se plaindre [FLÉCH., Mme de Mont.]
Quiconque ne sait pas souffrir n'a point un grand cœur [FÉN., Tél. IX]
Souffre, meurs ou guéris ; mais surtout vis jusqu'à ta dernière heure [J. J. ROUSS., Ém. II]
Souffre un moment encor ; tout n'est que changement ; L'axe tourne, mon cœur ; souffre encore un moment [A. CHÉN., Élég. 27]
Laisser prendre licence.
Celui qui souffre beaucoup s'apprête à beaucoup souffrir [LETOURNEUR, Trad. de C. Harlowe, Lett. 120]
10° Sentir de la douleur, de la peine physique ou morale. Souffrir de la tête, de la poitrine.
Ils [les chrétiens] souffrent sans murmure et meurent avec joie [CORN., Poly. I, 3]
Quoique les maux [d'amour] se succèdent ainsi les uns aux autres, on ne laisse pas de souhaiter la présence de sa maîtresse par l'espérance de moins souffrir ; cependant, quand on la voit, on croit souffrir plus qu'auparavant [PASC., Pass. de l'am.]
Si le prince se plaignait, c'était seulement d'avoir si peu à souffrir pour ses péchés [BOSSUET, Louis de Bourbon.]
La rude loi de souffrir [ID., Anne de Gonz.]
Il [l'homme] ne se sent pas naître, il souffre à mourir, et il oublie de vivre [LA BRUY., XI]
Ceux qui n'ont pas souffert ne savent rien, ils ne connaissent ni les biens ni les maux ; ils ignorent les hommes ; ils s'ignorent eux-mêmes [FÉN., Tél. X]
Un de ces cœurs tendres et miséricordieux, qui souffrent de toute leur prospérité à la vue des infortunes d'autrui [MASS., Or. fun. Villars.]
Quand on a souffert, ou qu'on craint de souffrir, on plaint ceux qui souffrent ; mais, tandis qu'on souffre, on ne plaint que soi [J. J. ROUSS., Ém. IV]
Ah ! que nous avons à souffrir de la nature, de la fortune, des méchants et des sots ! [VOLT., Lett. d'Alembert, 10 juin 1776]
Est-ce la peine de vivre quand on souffre ? oui, car on espère toujours qu'on ne souffrira pas demain ; du moins c'est ainsi que j'en use depuis plus de soixante ans [ID., Lett. d'Argental, 29 nov. 1769]
Quoique, par souffrir, on entende proprement éprouver une sensation désagréable, il est certain que la privation d'une sensation agréable est une souffrance plus ou moins grande [CONDIL., Log. I, 8]
Il remarqua l'attitude de Napoléon, celle qu'il conserva pendant toute cette retraite : elle était grave, silencieuse et résignée ; souffrant moins du corps que les autres, mais bien plus d'esprit, et acceptant son malheur [SÉGUR, Hist. de Nap. IX, 12]
Il [Dieu] fit l'eau pour couler, l'aquilon pour courir, Les soleils pour brûler, et l'homme pour souffrir [LAMART., Méd. I, 2]
Ô Muse que m'importe ou la mort ou la vie ? J'aime, et je veux pâlir ; j'aime, et je veux souffrir [A. DE MUSS., la Nuit d'août.]
On dit dans un sens analogue : Sa modestie souffre quand on le loue Il a cessé de souffrir, se dit quelquefois pour : il est mort.
11° Éprouver du dommage matériel ou moral. Les enfants souffrent des divisions des parents. Souffrir dans son commerce, dans sa réputation. L'armée a beaucoup souffert dans cette expédition.
Si la malignité de l'esprit d'indépendance s'est déclarée sans réserve en Angleterre, les rois en ont souffert, mais aussi les rois en ont été la cause [BOSSUET, Reine d'Anglet.]
Cet autre .... augmente d'année à autre de réputation : les plus grands politiques souffrent de lui être comparés [LA BRUY., X]
Absolument.
Ciel ! faut-il que le rang dont on veut tout couvrir, De cent sots tous les jours nous oblige à souffrir ! [MOL., Fâch. I, 6]
12° Il se dit des choses qui éprouvent un dommage, une diminution. Les vignes ont souffert de la gelée. Le pays souffrit beaucoup des ravages de la guerre.
S'il est vrai, comme je le crois, que vos affaires n'en souffriront pas [SÉV., 329]
Je prie Dieu que sa santé n'en souffre pas [BOSSUET, Lett. abb. 25]
La justice, la police, tout souffre de ce désordre [FÉN., Tél. XI]
Son ardeur pour s'instruire et son application à son métier, qui ne souffre point de ses autres études [D'ALEMB., Lett. au roi de Pr. 20 nov. 1772]
13° Se souffrir, v. réfl. Avoir l'un pour l'autre de la tolérance. Ces deux hommes se souffrent réciproquement.
M. de Lauraguais est de retour de Genève ; il a passé huit jours auprès de Voltaire : nous avons bien fait, dit-il, de nous séparer ; deux grands poëtes ne peuvent se souffrir plus longtemps [DIDER., Lett. à Mlle Voland, 12 oct. 1761]
Ces deux hommes ne peuvent se souffrir, ils ont de la haine l'un pour l'autre.
14° Être supporté.
Ces dissonances qui se souffrent dans le rapport de plusieurs voix ou instruments [DESCARTES, Musique, diversité des sons]
Si ceux-ci [les fornicateurs] se souffrent pour ne point troubler la tranquillité publique [, Hist. du conc. de Trente, trad. de LE COURAYER, t. I, p. 116]
Au grand scandale de la religion tout cela se souffre [MERC., Tabl. de Par. 90]
15° Se tolérer soi-même.
L'âme se résout en même temps de combattre sans cesse ses imperfections, et de se souffrir néanmoins soi-même sans s'abandonner jamais au découragement [NICOLE, Ess. de mor. 2e traité, ch. 5]
16° S. m. Le souffrir, l'état de souffrir.
Dans l'humilité du christianisme le souffrir est plus estimé que le faire [BALZ., le Prince, 8]

PROVERBES

  • Souffre quand tu seras enclumeau, et frappe quand tu seras marteau.
  • Le papier souffre tout, on écrit sur le papier tout ce qu'on veut, vrai ou faux, bon ou mauvais.
    Après avoir bien rêvé sur son obstination [d'une demoiselle de la cour de Charles II], il [le frère du roi] crut que l'écriture pourrait faire ce que n'avaient pu les regards, les discours, ni les ambassades ; le papier souffre tout ; mais, par malheur, elle ne souffrait point le papier [HAMILT., Gramm. 9]

REMARQUE

  • 1. Souffrir dans le sens d'éprouver une douleur physique, suivi d'un infinitif, veut la préposition à : Je souffre à marcher ; et la préposition de, quand il s'agit d'une douleur morale : Je souffre de vous voir dans cette situation.
  • 2. Souffrir, permettre, avec que, veut le subjonctif : Souffrez que cela se fasse.
  • 3. Souffrir, permettre, au lieu de que et le subjonctif, peut prendre de avec l'infinitif, et, s'il y a un complément, ce complément est précédé de à : On ne souffrit pas à Luther de dire que ....

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Ço est merveille que Deus le soefret tant [Roland] [, Ch. de Rol. CXXXII]
    Ceste bataille est mult fort à sufrir [, ib. CCL]
  • XIIe s.
    J'aim melz [j'aime mieux] ensi soufrir et endurer Ces très douz maus.... [, Couci, X]
    J'alasse à Dieu graces et merciz rendre De ce que ainz soufrites à nul jor, Que je fusse baanz à vostre amor [, ib. XXIV]
    Amours m'a par raison monstré, Que fins amis soffre et atent [, Dame de Faiel, dans Couci]
    Fait icil de Wincestre : sire evesque, suffreiz ; Laissiez ester sa cruiz [, Th. le mart. 39]
    Au Mans avons sofert dolereuse quinzaine [, Sax. XX]
    Et faites tant que il soient armés De biaus chevaus courans et abrivés ; Vous estes riches, bien soffrir le pouvés [, Garin, t. I, p. 6]
  • XIIIe s.
    Qui suefre et a soufert grant travail et grant peine [, Berte, XXXIV]
    Ne soufrez qu'enemy ait sus moi poesté [, ib. XLV]
    Pour l'amour de nostre Segneur Jesu Crist, qui por nostre redemption y vout soufrir mort et passion [BEAUMANOIR, XXV, 24]
    Et li communs ne se pot souffrir que li ouvrages ne soit fet [ID., XXX, 62]
    Et puisque ele a pris l'un des cois [choix], ele ne pot pas recouvrer à l'autre, ains convient qu'ele en suefre son preu ou son damace [ID., XIII, 9]
    Et lors se soufrirent [se turent] les prelaz, ne onques puis n'en oy parler [JOINV., 200]
    Je li dis : sire, vous devez moult soufrir à Poince l'escuier ; car il a servi vostre aieul et vostre pere et vous [ID., 289]
    Sire de Joinville, je vous aime moult ; mès soiés certein que, se vous ne vous voulez soufrir [vous désister] de ceste demande, je ne vous aimeré jamez [ID., 254]
    Renart respond : or vous soufrez, Tant que li moine aient mangié [, Ren. v. 982]
  • XIVe s.
    Et li proverbes qui recorde : Qui sueffre, il vaint bien, s'i acorde [MACHAUT, p. 84]
    Se ce ne sont prelas, barons ou autres honorables personnes qui, pour leur estat maintenir, ne se peuvent souffrir [passer] de vaissellemens [, Ordonn. juin 1313]
    En moult souffrant, t'avendront assez de choses que souffrir ne pourras [, Ménagier, I, 9]
    Laquelle femme dist à icellui Sagardeau, qu'il se souffrist de dire lesdites paroles de ladite femme, mesmement en la presence de son mary [DU CANGE, sufferentia.]
  • XVe s.
    Et se voulut agenouiller [Isabelle] de la grant joie qu'elle avoit ; mais le gentil sire de Beaumont ne l'eut jamais souffert [FROISS., I, I, 14]
    Souffrez-vous [taisez-vous] [ID., I, I, 321]
    Les aucuns disent.... qu'ils souffrirent par plusieurs fois laisser passer parmi leur ost vivres [pour ceux qu'ils assiégeaient] [ID., I, I, 139]
    Dieu le souffrit cheoir en ceste gloire [vanité, présomption] [COMM., I, 12]
  • XVIe s.
    La parenté n'est soufferte aux mariages.... [MONT., I, 113]
    Les enfans de sept ans souffroient à estre fouettez jusques.... [ID., I, 115]
    Je ne puis souffrir d'aller desboutonné [ID., I, 260]
    La fortune souffrit pour lors AEilius jouir entierement du plaisir de sa victoire [AMYOT, P. Aem. 37]
    Si fut chose pitoyable que ce qu'il convint alors faire et souffrir à Perseus [ID., ib. 42]
    Qui plus vit, plus a à souffrir [COTGRAVE, ]
    Si truye forfait, les pourceaux le souffrent [COTGRAVE, ]

ÉTYMOLOGIE

  • Berry, soffrir ; wallon, sofri ; bourguig. sôfri ; provenç. suffrir, soffrir ; espagn. sufrir ; portug. sofrer ; ital soffrire ; du lat. sufferre (comme offrir de offerre), de sub, sous, et ferre, porter.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    SOUFFRIR. - REM. Ajoutez :
  • 4. On peut voir, au n° 3, Je les souffre régner de Corneille ; cet exemple et quelques autres témoignent qu'au sens de laisser, souffrir, ayant pour sujet un nom de personne, se construit avec un infinitif sans interposition de préposition. Cet exemple-ci de Molière montre qu'en ce sens et avec cette construction, souffrir peut avoir pour sujet un nom de chose : Il ne faut pas que ce cœur m'échappe ; et j'y ai déjà jeté des dispositions à ne pas me souffrir longtemps pousser des soupirs, Don Juan, II, 2.

souffrir

SOUFFRIR. (Je souffre, tu souffres, il souffre; nous souffrons, vous souffrez, ils souffrent. Je souffrais. Je souffris. Je souffrirai. Je souffrirais. Que je souffre. Que je souffrisse. Souffrant. Souffert.) v. intr. Sentir de la douleur. Souffrir cruellement. Il souffre comme un damné. Souffrir de la tête, de l'estomac, de la poitrine, etc. Souffrir à toutes les jointures. Souffrir du froid, du chaud. Souffrir de la faim, de la soif. L'armée a beaucoup souffert dans sa marche, faute de ravitaillement.

Il a cessé de souffrir, Il est mort.

SOUFFRIR signifie encore Éprouver de la peine, du dommage. Il souffre de votre humeur, de vos caprices. Je souffre de l'entendre parler ainsi. Je souffre à l'entendre. Les enfants souffrent des divisions de leurs parents. Souffrir dans sa réputation. Souffrir pour sa religion. J'ai souffert de lui tout ce qu'on peut souffrir.

Il se dit aussi des Choses qui éprouvent quelque dommage. Les vignes, les blés ont souffert de la gelée, de la grêle. Ce village a beaucoup souffert des ravages de la guerre.

SOUFFRIR s'emploie aussi comme verbe transitif et signifie Endurer. Souffrir la douleur. Souffrir le mal. Souffrir les tourments, la persécution, le martyre, la mort. Souffrir les injures, la faim, la soif, la pauvreté.

Fig. et fam., Souffrir mort et passion, Éprouver de grandes douleurs ou, par exagération, Être très impatienté. Ce mal de dents m'a fait souffrir mort et passion. Sa lenteur me fait souffrir mort et passion. On dit dans le même sens Souffrir le martyre. En l'entendant parler ainsi, je souffrais le martyre.

SOUFFRIR signifie aussi Supporter. Catilina s'était entraîné à souffrir la fatigue, la faim et le froid.

Ne pouvoir souffrir une personne, une chose, Avoir pour elle de l'éloignement, de l'aversion. Cette marâtre ne peut souffrir les enfants de son mari. Personne ne peut le souffrir. Il est d'une insolence que je ne puis souffrir.

Prov., Le papier souffre tout, On écrit sur le papier tout ce qu'on veut, vrai ou faux, bon ou mauvais.

SOUFFRIR signifie encore Tolérer, ne pas empêcher, quoiqu'on le puisse. Pourquoi souffrez-vous cela? Je ne puis souffrir qu'on me dérange à toute heure.

Il signifie également Permettre. Souffrez, monsieur, que le vous dise. Je ne souffrirai pas que vous me parliez sur ce ton.

Il se dit aussi des Choses et signifie Admettre, être susceptible de. Cette affaire ne souffre point de retard, de délai, de difficulté. Cette raison ne souffre point de réplique. Cette règle souffre des exceptions. La poésie ne souffre pas la médiocrité.

souffrir

Souffrir, Il vient de Sufferre, Tolerare, Ferre, Pati, Perpeti.

Souffrir et laisser faire, Patientiam praestare.

Souffrir et laisser joüir, Accommodare patientiam vtenti et fruenti. Bud.

Souffrir à aucun toutes ses dadées, Indulgere.

Souffrir aucun ami en ses pechez et endurer, Peccatis amici indulgere.

Qu'on ne peut souffrir ne endurer, Intolerabilis.

¶ Se souffrir de quelque chose, id est, se deporter. Les Romans.

Synonymes et Contraires

souffrir

verbe intransitif souffrir
1.  Être endommagé.
2.  Ressentir une souffrance.

souffrir

verbe transitif souffrir
1.  Littéraire. Endurer un mal.
2.  Admettre une modification.
Traductions

souffrir

leiden, aushalten, dulden, erdulden, erleiden, ertragen, akzeptieren, annehmen, auf sich nehmen, aufnehmen, eingehen auf, einwilligen in, entgegennehmen, hinnehmen, im Empfang nehmen, sich gefallen lassensuffer, bear, endure, abide, put up with, ail, accept, accredit, admit, receive, sustainlijden, uitstaan, verdragen, doorstaan, ondergaan, velen, dulden, toestaan, aannemen, accepteren, ontvangenדאב (פ'), דווה (פ'), התייסר (התפעל), התענה (התפעל), חשש (פ'), כאב (פ'), סבל (פ'), ראה רעה, הִתְעַנָּה, הִתְיַסֵּר, סָבַל, דָּאַב, דָּוֶה, כָּאַבaanvaar, neem, staanacceptar, acollir, patir, rebre, sofrirpřijmouti, trpětacceptere, gennemgå, modtage, sige ja tak til, lideυποφέρω, δέχομαι, πάσχω, υφίσταμαιakcepti, suferisufrir, aceptar, acoger, admitir, padecer, recibir, tomarkärsiä, ottaa vastaanakceptál, elfogadsamþykkja, þakka, þolasoffrire, accettare, accogliere, spasimare, patireaccipere, patirigodta, takke ja til, lidecierpieć, przyjmować, znieśćpadecer, sofrer, aceitar, acolher, admitir, agüentar, aturar, penar, provar, receber, suportar, tolerar, toparaccepta, primiстрадать, приниматьlida, tacka ja till, lida avpokeaalmak, azap çekmek, kabul etmek, acı çekmekيُعانِيpatiti被る괴로워하다ทนทุกข์ทรมานchịu đựng遭受страдат受苦 (sufʀiʀ)
verbe intransitif
avoir mal Il souffre beaucoup. faire souffrir qqn
avoir mal à cause de qqch souffrir du dos souffrir du cancer souffrir de la chaleur

souffrir

[sufʀiʀ]
vi
(= éprouver de la douleur) → to be in pain
Il souffre beaucoup → He's in a lot of pain.
faire souffrir qn [personne] → to make sb suffer; [dents, blessure] → to hurt sb
souffrir de [+ maladie, froid] → to suffer from
souffrir des dents → to have trouble with one's teeth
vt
(= éprouver) souffrir le martyr → to suffer agonies
(littéraire) (= supporter) ne pas pouvoir souffrir qch → not to be able to bear sth
Je ne peux souffrir cette idée → I can't bear the thought.
Il ne peut pas la souffrir → He can't bear her.
(littéraire) (= admettre) [principe, décision] [+ exception] → to allow of, to admit of