soupçon

soupçon

n.m. [ du lat. suspicere, regarder de bas en haut, de specere, regarder ]
1. Opinion défavorable que l'on conçoit à l'égard de qqn, et qui est plus ou moins fondée : Les soupçons se sont portés sur le mari de la victime on a des doutes sur son innocence défiance, suspicion
2. Simple supposition ; idée vague : J'ai quelques soupçons sur l'origine de cette rumeur.
3. Très faible quantité de : Ajouter un soupçon de cannelle un peu de ; pointe ombre

SOUPÇON

(sou-pson) s. m.
Au sens actif, action de soupçonner. Un cœur exempt de soupçon.
Le soupçon, ce monstre sans pitié, Loge bientôt la haine où logeait l'amitié [MAIRET, Soliman, II, 7]
Ne m'assassinez point, je vous prie, par les sensibles coups d'un soupçon outrageux [MOL., l'Avare, I, 1]
Ce n'est pas d'aujourd'hui, Nicole, que j'ai conçu des soupçons de mon mari [ID., Bourg. gent. III, 7]
Quelle cause fit arrêter les princes [Condé et Conti] ? si ce fut ou des soupçons, ou des vérités, ou de vaines terreurs, qui le pourra dire à la postérité ? [BOSSUET, le Tellier.]
Il n'est rien où d'abord son soupçon attaché Ne présume du crime et ne trouve un péché [BOILEAU, Sat. x.]
Le soupçon d'un crime est, chez le vulgaire, la première explication qui se présente pour suppléer à l'ignorance des causes naturelles [CONDORCET, Duhamel.]
Les soupçons, dans le monde, valent des certitudes [MARMONTEL, Cont. mor. Alcib.]
Le comte : Mais ce médecin peut prendre un soupçon. - Figaro : Il faut marcher si vite que le soupçon n'ait pas le temps de naître [BEAUMARCH., Barb. de Sév. I, 4]
De mon amour peignez, s'il est possible, L'ardeur, l'ivresse, et même les soupçons [BÉRANG., Bonne vieille.]
Sans risque ni soupçon, sans risque ni soupçon de fraude.
Mais un [avis] qui tous les ans, à si peu qu'on le monte, En peut donner au roi quatre cents [millions] de bon compte, Avec facilité, sans risque ni soupçon [MOL., les Fâch. III, 3]
Au sens passif, état d'une personne soupçonnée. Une conduite exempte de soupçon.
De nos faux monnoyeurs l'insupportable audace Pullule en cet État d'une telle façon, Qu'on ne reçoit plus rien qui soit hors de soupçon [MOL., l'Ét. II, 6]
Il n'y a pas le moindre soupçon d'erreur dans ceux que vous en avez accusés [PASC., Prov. XVIII]
Le courage du chevalier de Lorraine est hors de tout soupçon [SÉV., 28 juill. 1682]
Je parle à des âmes pures et sincères qui ont horreur du soupçon même de la vanité et du mensonge [FLÉCH., Duch. de Montaus.]
Ceux qui ont écrit leurs propres actions sont tombés ordinairement dans le soupçon ou de les avoir relevées par orgueil, ou d'en avoir diminué la gloire par modestie [ID., Vie de Commendon, préf.]
Les jésuites restent sous le soupçon d'avoir dirigé sa main [de Ravaillac] [DIDER., Opin. des anc. phil. (Jésuites).]
Simple conjecture, simple opinion. Ce n'est pas une certitude, c'est un soupçon.
Pour moi je n'en ai qu'un léger soupçon [BOSSUET, Lett. Corn. 86]
Mme la duchesse de Berri est en soupçon de grossesse [MAINTENON, Lett. au duc de Noail. 19 juin 1710]
Il y a des soupçons sur une grossesse [de la reine d'Espagne] [Mme DE VILL., Lett. 27 déc. 1679]
Moi : J'ai peur que vous ne deveniez jamais riche. - Lui : Moi, j'en ai le soupçon [DIDER., Neveu de Rameau.]
Apparence légère. Il y a quelque soupçon de petite vérole dans ce canton.
Cela ne vous offense point ; il ne tombe entre lui [votre père] et vous aucun soupçon de ressemblance [MOL., Scapin, II, 7]
De ce pouvoir prétendu du peuple et de cette souveraineté qu'on veut lui attribuer naturellement, il n'y en a aucun acte ni aucun vestige, et pas même le moindre soupçon dans toute l'histoire sainte [BOSSUET, 5e avert. 43]
Certaines vues d'honneur qui lui faisaient craindre [à M. de Montausier] jusqu'aux moindres soupçons de changement et d'inconstance.... étaient autant d'engagements qui le liaient à sa communion [FLÉCH., Duc de Mont.]
J'ai eu, il y a quelque temps, un petit soupçon d'apoplexie [VOLT., Lett. la Vallière, 21 févr. 1767]
Un malade ou un médecin du bel air se sera avisé de dire qu'il a eu un soupçon de fièvre, pour signifier qu'il a eu une légère atteinte ; voilà bientôt toute la nation qui a des soupçons de haine, d'amour, de ridicule [ID., Dict. phil. Langues.]
Familièrement. Quantité si minime qu'on se demande si elle existe. Donnez-moi un soupçon de cette liqueur.
Un excès d'aigreur ou d'amertume, dans les liqueurs, nous les rend odieuses ; une pointe, ou ce qu'on appelle un soupçon de l'une ou de l'autre, pique, éveille et flatte le goût [MARMONTEL, Œuvr. t. XVIII, p. 223]
Rien que de l'eau chaude avec un soupçon de thé et un nuage de lait [A. DE MUSS., Un caprice, 6]

SYNONYME

  • SOUPÇON, SUSPICION. Soupçon est le terme vulgaire ; suspicion est un terme de palais. Le soupçon roule sur toutes sortes d'objets ; la suspicion tombe proprement sur les délits. Le soupçon fait qu'on est soupçonné ; la suspicion suppose qu'on est suspect.

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Et cil qui plus les ament, sont plus en sopeçon [, Sax. XXII]
  • XIIIe s.
    Et dist ces paroles pour çou [ce] que il savoit bien que li rois l'avoit en souspechon, por mauvaises paroles [, Chron. de Rains, 147]
    .... Dont j'ai mauvese soupeçon [, la Rose, 3548]
    Il se met en souspechon qu'il ne demande fausseté [BEAUMAN., VI, 31]
  • XVe s.
    Vous estes tous temps mal pensant, Et plain de faulse soupeçon [CH. D'ORL., Ball. 43]
  • XVIe s.
    Les senateurs entroient en soupeçon les uns des autres [AMYOT, Numa, 4]
    Ce mystere [de gens armés qui arrivaient les uns après les autres dans la maison de Montaigne] commenceoit à taster ma souspeçon [MONT., IV, 227]
    Tel en qui il ne pouvoit cheoir souspeçon aulcune de foiblesse [ID., I, 94]

ÉTYMOLOGIE

  • Prov. sospeisso ; it. sospezione ; du lat suspicionem, qui vient de suspicere, regarder, considérer, et de là soupçonner, de susum, en haut, et spicere, voir (voy. SPECTACLE) : soupeçon ou soupçon est la forme française ; il était correctement féminin ; suspicion a été refait sur le latin.

soupçon

SOUPÇON. n. m. Action de soupçonner; sentiment de celui qui soupçonne. Soupçon fondé. Soupçon injuste, injurieux, mal fondé. J'ai un léger soupçon, un fort soupçon qu'il m'a menti. Avoir, concevoir des soupçons. Prendre, donner du soupçon. Éclaircir, détruire, dissiper un soupçon. Détourner les soupçons. Le soupçon tombe sur lui. Il est au-dessus de tout soupçon. Sa conduite a excité les soupçons. Cela confirme, fortifie mes soupçons. Il faut écarter de pareils soupçons. Mes soupçons se sont d'abord portés sur lui. Le seul soupçon d'un tel malheur me fait trembler. Au moindre soupçon de son infidélité je me séparerai de lui.

Un coeur exempt de soupçon, Qui ne soupçonne pas. Une conduite exempte de soupçon, Qui ne peut être soupçonnée.

SOUPÇON se dit aussi d'une Simple conjecture, d'une simple opinion que l'on s'est faite de quelque chose. Ce n'est pas une certitude, ce n'est qu'un soupçon. J'ai quelque soupçon que c'est lui qui est venu pendant mon absence.

Il se dit encore, familièrement, d'une Apparence légère, ou de la plus petite quantité possible d'une chose. Il a un soupçon de fièvre. Donnez-moi un soupçon de crème. Se mettre un soupçon de poudre, un soupçon de rouge.

soupçon

Soupçon, voyez Souspeçon.

soupçon


SOUPÇON, s. m. SOUPÇONER, v. a. SOUPÇONEUX, EûSE, adj. [Soup-son, soné, neû, neû-ze; 3e é fer. au 2d, lon. aux deux aûtres. = On a écrit aûtrefois soubçon, soubçoner, etc.] Soupçon, croyance désavantageuse, acompagnée de doute. "Avoir, prendre, doner du soupçon. "Il a toujours l'esprit rempli de soupçons, même contre ceux qui sont exemts de soupçon; au-dessus des soupçons. = C'est aussi une simple conjectûre. Il se dit alors en bien comme en mal. "J'ai quelque soupçon que c'est lui. Soupçon, suspicion (synon.) Le 1er est le terme vulgaire; le 2d est un terme de Palais. Le soupçon roule sur toutes sortes d'objets; la suspicion tombe proprement sur les délits. Le soupçon est souvent sans fondement: la suspicion doit avoir une raison aparente, etc. Extr. des Synon. Fr. de M. l'Abé Roubaud.
   Rem. On dit: concevoir des soupçons contre, et non pas sur, comme le dit l'Auteur de l'Esprit des Croisades. "L'Italien ne se fioit pas tellement aux caresses du Grec, qu'il n'eut conçu sur lui les plus odieux soupçons. = On dit bien: le soupçon tombe sur lui; mais dans cette phrase, c'est le verbe tomber, qui régit la préposition sur.
   SOUPÇONER a les deux sens de soupçon; le 1er, quand il est actif. Il régit alors de devant les verbes et les noms. "Vous me soupçonez de vous avoir trahi; d'une action, dont je ne suis pas capable. — Quelque-fois il n'a que le régime simple (l'acusatif.) "Celui qui ne fait et ne conoit que le bien, ne peut se résoudre à soupçoner le mal. Ainsi la bonté crédule est surprise par la méchanceté. Le Franc, Traduction de St. Grég. de Naz. = Dans le 2d sens, il est neutre; et il régit que avec l'indicatif dans la phrâse afirmative, et avec le subjonctif, quand le sens est négatif ou interrogatif. "Vous soupçonez que je veux vous tromper: il ne soupçonait pas, ou pouvait-il soupçoner qu'on voulût le tromper?
   REM. 1°. La Bruyère, dans le sens afirmatif, fait régir à soupçoner le subjonctif, précédé de la négative ne. "L'on me dit tant de mal de cet homme, et j'y en vois si peu, que je comence à soupçoner qu' il n' ait (qu'il a) un mérite importun, qui éteigne (éteint) celui des aûtres. = 2°. Plusieurs Auteurs ont fait régir à ce verbe l'infinitif sans préposition. "Il eut l'audace de déférer tous ceux qu'il soupçonoit avoir eu du penchant à secourir Persée. Rollin. "Notre prise s'éloigna de nous, à dessein, pour qu'on ne nous soupçonât pas être des Armateurs. Voy. d'Anson. "On la soupçone (cette malle) contenir des papiers importans. Anon. L'infinitif avec de est plus sûr. "Je ne l'aurois jamais soupçoné d'être si raisonable. Dest. L'Ac. ne met d'exemple que de ce régime. "On le soupçone d'avoir empoisoné son parent. = Remarquez qu'avec les chôses, l'infinitif ne convient pas, et qu'il faut se servir de que avec l'indicatif ou le subjonctif. Ainsi, dans la dernière phrâse citée, au lieu de dire: on soupçone la malle contenir ou de contenir, il falait dire, on soupçone qu'elle contient. = 3°. Soupçoner se dit en régime, de celui qui fait le mal, et non pas de celui qui le soufre. "Quelques uns le soupçonèrent d'avoir été empoisoné par Nazerzingue. Let. Édif. Il falait dire, soupçonèrent Nazerzingue de l'avoir empoisoné; ou bien soupçonèrent~ qu'il avait été empoisoné par Nazerzingue. = 4°. Un Auteur anonyme lui fait régir un adjectif "Je le soupçone très-tendrement épris d'une Belle de ce canton. Ce régime est inusité. M. l'Abé Grosier le relève. = 5°. M. Linguet lui done le datif pour régime de la persone: "Il étoit loin encôre de soupçoner à la Dame de... les vues profondes, le plan réfléchi, qu'elle a dévelopé depuis. — Ce régime fait fort bien, à mon avis; mais je n'en ai guère vu d'exemples. = 6°. Être soupçoné, est du petit nombre des verbes passifs, qui régissent l'ablatif: "les ames des héros ont elles un instinct, qui n'est pas même soupçoné des ames vulgaires? Thomas. = 7°. * Se soupçoner est un vrai gasconisme. "Il ne se soupçone pas que c'est vous. Dites: il ne soupçone pas, etc. Gasc. Corr.
   SOUPÇONEUX, défiant, qui est enclin à soupçoner. "Homme soupçoneux; femme défiante et soupçoneûse. "Le malheur est toujours soupçoneux, et souvent injuste. Mong.

Synonymes et Contraires

soupçon

nom masculin soupçon
1.  Opinion défavorable.
Traductions

soupçon

dash, hint, suspicion, smack, suspision, touchדמאי (ז), חשד (ז), חֲשָׁד, חֲשָׁשׁverdenking, vermoeden, beetje, greintje, zier, zweemsospechaυπόνοια, υποψίαsospettoVerdacht懷疑podezřenímistankemisstanke (supsɔ̃)
nom masculin
1. fait de penser que qqn est coupable avoir des soupçons
2. une très petite quantité de mettre un soupçon de lait dans son café

soupçon

[supsɔ̃] nm
(= doute) → suspicion
au-dessus de tout soupçon → above suspicion
avoir soupçon de → to suspect
(= petite quantité) un soupçon de [+ poivre] → a pinch of, a touch of; [+ alcool, grenadine] → a dash of, a hint of
Ajoutez un soupçon de rhum → Add a dash of rum.