tyran

(Mot repris de tyrans)

tyran

n.m. [ lat. tyrannus, du gr. turannos, maître ]
1. Souverain despotique, injuste, cruel : Le père Ubu est un tyran despote, dictateur
2. Fig. Personne qui abuse de son autorité : Leur chef de service est un tyran.

TYRAN

(ti-ran) s. m.
Dans l'antiquité, parmi les Grecs, celui qui s'emparait de l'autorité souveraine sur une communauté républicaine, soit qu'il l'exerçât avec modération et douceur, soit qu'il en abusât. Pisistrate fut tyran d'Athènes.
C'est ce qu'on appelle un tyran ; il ne fait pas le mal par le seul plaisir de le faire ; mais le mal ne lui coûte rien, toutes les fois qu'il le croit utile à l'accroissement de sa grandeur [FÉN., Dial. des morts (Solon, Pisistrate).]
Ce fut alors que parut une suite de souverains connus sous le nom de tyrans, parce qu'ils jouissaient d'une autorité absolue [BARTHÉLEMY, Anach. ch. 37]
Comme l'usurpation amène et nécessite la tyrannie, les Grecs prirent bientôt le nom de tyran dans la même acception que nous [SAINTE-CROIX, Instit. Mém. hist. et litt. anc. t. II, p. 510]
Celui qui a usurpé la puissance souveraine dans un État (sens qui a vieilli).
La soif de commander enfanta des tyrans [BOILEAU, Sat. X]
Puisqu'il [César] était tyran, il n'eut point de vertus [VOLT., M. de César, III, 8]
Les habiles tyrans ne sont jamais punis [ID., Mérope, v, 5]
On donne aujourd'hui le nom de tyran à un usurpateur, ou à un roi qui fait des actions violentes et injustes ; Cromwell était un tyran sous ces deux aspects [ID., Dict. phil. tyran.]
Les trente tyrans, voy. TRENTE.
Prince, usurpateur ou non, qui gouverne avec injustice, avec cruauté, en foulant aux pieds les lois divines et humaines.
Aux noces d'un tyran, tout le peuple en liesse Noyait son souci dans les pots [LA FONT., Fabl. VI, 12]
Ses yeux indifférents [de Néron] ont déjà la constance D'un tyran dans le crime endurci dès l'enfance [RAC., Brit. v, 7]
Les vices ont aussi leur perfection : un demi-tyran [au théâtre] serait indigne d'être regardé ; mais l'ambition, la cruauté, la perfidie, poussées à leur plus haut point, deviennent de grands objets [FONT., Réfl. poét. 17]
J'aimerais autant mettre les voleurs de grand chemin au rang des corps de l'État, que de placer les tyrans au rang des rois [VOLT., Dial. XXIV, 1]
On appelle tyran le souverain qui ne connaît de lois que son caprice, qui prend le bien de ses sujets, et qui ensuite les enrôle pour aller prendre celui de ses voisins ; il n'y a point de ces tyrans-là en Europe [ID., Dict. phil. Tyrannie.]
Henri VIII était tyran dans son gouvernement comme dans sa famille, et couvert du sang de deux épouses innocentes, comme de celui des plus vertueux citoyens [ID., ib. Tyran.]
Les grands le traitaient de tyran [Louis XI], parce qu'il ne leur permettait pas de l'être [DUCLOS, Œuv. t. III, p. 356]
Par extension, il se dit de tous ceux qui tyrannisent. Il est le tyran de sa famille. C'est un tyran dans sa maison. Ce chef est un tyran pour ses subordonnés.
Et donnons un tyran à ces tyrans du monde [les Romains] [CORN., Pomp. I, 1]
Et la fuite est permise à qui fuit ses tyrans [RAC., Phèdre, v, 1]
Ne se contentant pas de faire le petit tyran dans une fête [HAMILT., Gram. VI]
Telle est l'ingratitude des hommes ; plus vous les rendez maîtres de votre cœur, plus ils s'en rendent les tyrans [MASS., Carême, Pécheresse.]
Les Romains, après avoir été les tyrans des nations.... [VOLT., Philos. Lett. de Memmius, III]
Voilà bien, reprit-elle, le propos d'un tyran qui ne croit jouir de sa liberté qu'autant qu'il trouble celle des autres [J. J. ROUSS., Hél. IV, 11]
Il faut en ce monde-ci avoir le moins de tyrans qu'il est possible [D'ALEMB., Lett. à Voltaire, 23 juin 1766]
Lorsqu'il [Aristote] dit que le peuple souverain est un tyran à mille têtes [SAINTE-CROIX, Instit. Mém. hist. et litt. anc. t. II, p. 510]
Tyran domestique, se dit d'un homme qui tyrannise sa famille, sa maison. Il est le tyran de sa compagnie, il a pris dans sa compagnie une autorité dont il abuse. Fig.
Vous vous souvenez du vieux pédagogue de la cour, et qu'on appelait autrefois le tyran des mots et des syllabes [BALZ., Socrate chrétien, Disc. 10e.]
Adjectiv.
Je ne fus plus cet homme malhonnête et tyran, qui voulais sacrifier tous mes amis à mon ambition et à mon caprice ; on ne parla dans la conversation que de la tendresse qu'on avait pour moi [RETZ, Mém. t. IV, liv. v, p. 127, dans POUGENS]
C'est être faux et tyran de dire : il n'est pas fort, donc je ne l'estimerai pas ; il n'est pas habile, donc je ne le craindrai pas [PASC., Pens. VI, 10, éd. HAVET.]
Fig. Il se dit de choses dont on compare l'action à la tyrannie des hommes.
Secrets tyrans de ma pensée, Respect, amour, de qui les lois.... [CORN., la Veuve, II, 1]
Mon Dieu ! que votre amour en vrai tyran agit ! [MOL., Tart. IV, 5]
L'art est un tyran qui se plaît à gêner ses sujets, et qui ne veut pas qu'ils paraissent gênés [FONT., Refl. poét. LXI]
Ainsi lorsque les vents, fougueux tyrans des eaux, De la Seine ou du Rhône ont soulevé les flots [VOLT., Henr. IV]
D'une sainte folie un peuple furieux Chanter : Amour, tyran des hommes et des dieux ! [A. CHÉNIER, l'Invention.]
L'usage est le tyran des langues, l'usage prévaut sur les règles de la grammaire.
Oiseau du genre faucon.
Le nom de tyran donné à des oiseaux doit paraître plus que bizarre [BUFF., Ois. t. VIII, p. 387]
Genre d'oiseaux sylvains ou de passereaux de la famille des gobe-mouches.

REMARQUE

  • Quelques-uns ont essayé de dire tyranne, par exemple Desportes ; mais cela n'a pas réussi ; et il faut dire tyran en parlant d'une femme. Cette femme est un tyran domestique. Toutefois Fr. Soulié a employé ce mot dans le style familier.
    Assurément, mais.... - Il n'y a pas de mais ; je veux, j'exige que vous teniez votre parole, entendez-vous ? - Soit, tyranne, dit M. de Simon, en embrassant sa femme [SOULIÉ, Au jour le jour, § XI]

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Et en la croix vous pendirent tyrant [, Ronc. p. 152]
  • XIIIe s.
    Ne ja, pour nul desirier, [je] Ne remainrai avecque ces tirans Qui sont croisés à loier Pour dimer clers et bourjois et serjens [QUESNES, Romancero, p. 97]
  • XIVe s.
    Et pour ce nous ne disons pas que les tyrans soient prodiges [prodigues] [ORESME, Éth. 106]
    Je vous deliverrai de ceste gent tirant [, Guesclin 3035]
    Mesmes vont les Juifs Pietre le roy blasmant ; En derrieres de lui l'apeloient tirant [, ib. 6948]
  • XVe s.
    Est licite de adompter et endormir par belles paroles les oreilles du tyran [MONSTRELET, I, 39]
    Adonc marcha avant le tyrant [bourreau], qui print la royne par la main ; si la mena jusque à l'estache [, Perceforest, t. v, f° 102]
  • XVIe s.
    Il sembloit, quand ils [les huguenots] oyoient parler de moy, qu'ils avoient le bourreau à la queue ; aussi m'appeloient-ils ordinairement le tyran [, Mém. de Montluc, t. II, p. 57]
    Mais vous, belle tyranne, aux Nerons comparable [DESPORTES, Diane, I, 16]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. tiran ; catal. tirá ; espagn. tirano ; ital. tiranno ; du lat. tyrannus. L'anglais dit tyrant ; c'est une orthographe qu'il a reçue de l'ancien français, et que l'ancien français, par erreur, avait adoptée, prenant ce mot pour un participe présent.

tyran

TYRAN. n. m. Il se disait, chez les anciens, d'un Roi. Ultérieurement, il a été pris en mauvaise part et a désigné Celui qui avait usurpé la puissance souveraine. Les tyrans furent nombreux dans la Grèce du sixième et du cinquième siècle avant notre ère : Pisistrate fut l'un des plus célèbres.

Il se dit, chez les modernes, de Celui qui exerce la puissance souveraine arbitrairement et sans contrôle.

Il se dit encore de Celui qui gouverne avec injustice et sans aucun respect pour les lois divines et humaines. Ce n'est pas un roi, c'est un tyran.

Il se dit figurément de Tous ceux qui abusent de leur autorité. Cet homme est le tyran de sa famille. Il est tyran dans sa maison.

Fig., L'usage est le tyran des langues, En matière de langue, l'usage est souverain maître.

tyran

Tyran, Un mauvais et cruel Roy ou Seigneur, Tyrannus.

Se maintenir et faire le fait d'un tyran, Tyrannum praebere.

Qui a tué un tyran, Tyrannicida, Tyrannoctonus.

tyran


TYRAN, s. m. TYRANNIE, s. f. TYRANNIQUE, adj. TYRANNIQUEMENT, adv. TYRANNISER, v. act. ou TYRANIE, TYRANIQUE, etc. avec une seule n. [Tiran, ranie, nike, nikeman, nizé: 4ee muet au 2d, 3e et 4e. é fer. au dern.] Tyran, 1°. Qui a usurpé la puissance souveraine. = 2°. Prince légitime, qui gouverne avec cruauté et avec injustice. = 3°. Particulier qui abuse de son autorité contre le droit et la raison; ou, qui, dans la compagnie où il est, s'atribue plus d'autorité qu'il ne lui apartient; ou qui exerce durement son autorité dans sa famille, ou dans la société.
   Oui, nous verrons bientôt de petits conquérans,
   Du Parnasse François audacieux tyrans,
   De leurs maitres fameux proscrire les merveilles
   Et leur orgueil briser le sceptre des Corneilles.
       Le Franc. 1739.
* Balzac avait employé et inventé même tyrane: l'usage l'a rejeté. = Tyranie a tous les sens de tyran. La tyranie d'un Prince, d'un Gouvernement. "Gémir sous la tyranie. Exercer la tyranie. = Figurément. "La tyranie de la coutume, de la mode, des passions. = Tyranique, qui tient de la tyranie. — Il ne se dit régulièrement que des chôses: action, ordre, gouvernement tyranique. "Tant l'amour déréglé est aveugle et tyranique dans un coeur qui n'a pas la force de s'en rendre le maitre. Maimb. * Voltaire dit du Cardinal de Richelieu, qu'il était ambitieux et tyrannique. Hist. du Parlement de Paris.
   Ce Fierenfat est par trop tyrannique.
       Enfant Prodigue.
Je ne crois pas qu'on le dise des persones. = Tyraniquement, d'une manière tyranique. "Gouverner tyraniquement. = Tyraniser, traiter tyraniquement. "Prince, Gouverneur, Magistrat, Seigneur, père, mère qui tyranise les peuples, ses vassaux, ses enfans. "Les passions tyranisent l'âme.
   On m'a, pour le choisir, presque tyrannysée,
   Et mon ame jamais n'y fut moins disposée.
       PIRON. Métrom.

Synonymes et Contraires

tyran

nom masculin tyran
Souverain despotique.
Traductions

tyran

Tyrann, Wüterichtyranttiran, dwingeland, geweldenaarנוגש (ז), עריץ (ז), פריץ (ז), רודן (ז), שתלטן (ז), רוֹדָן, עָרִיץtiranotiranotiranno, gerarca, satrapotyrannustirano, déspotatyrannτύραννος暴君tyran폭군 (tiʀɑ̃)
nom masculin
souverain très autoritaire

tyran

[tiʀɑ̃] nmtyrant
C'est un vrai tyran → He's a real tyrant.