uni, ie

UNI, IE1

(u-ni, nie) part. passé de unir
Joint à. Deux tuyaux unis bout à bout.
Le mystère de l'Évangile, c'est l'infirmité et la force unies, la grandeur et la bassesse assemblées [BOSSUET, Sermons, Église, Préambule.]
L'âme unie à un corps [ID., Conn. IV, 1]
J'entends déjà frémir les deux mers étonnées De voir leurs flots unis au pied des Pyrénées [BOILEAU, Ép. I]
On croit qu'autrefois l'île de Ceylan était unie au continent, et en faisait partie [BUFF., Hist. nat. Pr. théor. terr. t. VI, p. 430]
Terme de manége. Galop uni, galop dans lequel la jambe de derrière suit exactement celle de devant qui entame. Ce cheval est uni, il galope régulièrement. Provinces-Unies, l'ancienne république de Hollande. États-Unis. grande république dans l'Amérique septentrionale.
Coalisé.
Que l'Orient contre elle [Rome] à l'Occident s'allie ; Que cent peuples unis des bouts de l'univers Passent pour la détruire et les monts et les mers [CORN., Hor. IV, 5]
Où règne l'union, la concorde.
Toute puissance est faible, à moins que d'être unie [LA FONT., Fabl. IV, 18]
La France a vu de nos jours deux reines plus unies encore par la piété que par le sang.... [BOSSUET, Mar.-Thér.]
On vit ces deux grands hommes [Condé et Turenne] unis plus par le concours des mêmes pensées que par les ordres que l'inférieur recevait de l'autre [ID., Louis de Bourbon.]
[L'amour conjugal] lien sacré de deux cœurs unis [ID., 4e avert. 2]
Les méchants ont bien de la peine à demeurer unis [FÉN., Tél. XII]
Sans inégalités.
Nous trouvâmes enfin une côte douce et unie, où, nageant sans peine, nous abordâmes sur le sable [FÉN., Tél. VI]
Toute la mer devint unie comme une glace [ID., ib. XXIV]
Le lieu où il campait était une campagne rase et unie [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. IX, p. 120, dans POUGENS]
Une pommade du Pérou, qui rend le teint uni comme un miroir [DANCOURT, l'Opérateur Barry, Prol. sc. 4]
La Barbade est assez généralement unie, et, à l'exception d'un très petit nombre de ravins, partout susceptible de culture [RAYNAL, Hist. phil. XIV, 9]
Toile unie, toile sans nœuds, sans aspérités, également serrée partout. Fil uni, fil qui est filé également.
Dans la peinture sur verre, couleurs unies, celles qui ne sont pas ombrées. Substantivement, le mal uni dans la teinture, défaut d'une teinte qui n'est pas uniforme.
La grande cause du mal uni dans cette couleur [le violet].... [CHAPTAL, Instit. Mém. scienc. t. III, p. 102]
Qui n'a aucun ornement.
Venir en visite amoureuse avec une jambe toute unie [sans rubans], un chapeau désarmé de plumes [MOL., Préc. 5]
Les habits sont de laine fine et de belles couleurs, mais tout unis et sans broderie [FÉN., Tél. v.]
De beaux bras sous du linge uni ; on les en remarque mieux là-dessous, cela les rend plus sensibles [MARIV., Pays. parv. 3e part.]
Pourquoi n'avez-vous qu'une montre d'or unie, avec un petit cordon de soie ? [GENLIS, Veillées du château t. I, p. 207]
Étoffe unie, étoffe qui n'est ni brochée, ni ouvragée, et dont le tissu est égal et sans relief. Substantivement, l'uni, tissu qui n'est ni broché, ni ouvré, ni damassé. Le linge damassé fait plus d'usage que l'uni. Fig. Un style uni, un chant uni, style, chant simple et sans ornements.
Il faisait la plupart des romances de Séville.... et ne les chantait pas toutes unies [SCARR., Rom. com. II, 19]
Fig. Sans prétention et sans façon.
J'aime les gens simples et unis ; mais en vérité celui-là l'est trop [MARIV., le Legs, 10]
Je ne leur avais vu que des manières simples, et non pas grossières ; leurs discours étaient unis et sensés [ID., Marianne, 1re partie.]
Je ne sais quoi d'affecté qui rebute les gens unis [J. J. ROUSS., Ém. IV]
Un homme tout uni, un homme simple et sans façon, ou qui a un extérieur modeste.
Dangeau était un gentilhomme de Beauce, tout uni, et huguenot dans sa première jeunesse [SAINT-SIMON, 39, 195]
C'est un prêtre de cinquante-cinq à soixante ans, tout uni, affable et débonnaire [LESAGE, Est. Gonz. 6]
M. d'Autichamp est vraiment aimable, tout uni et fort à la main [P. L. COUR., Lett. II, 108]
Familièrement. Uni comme bonjour.
Mme Bevis, qui, n'étant point une femme fière, est, comme on dit, unie comme bonjour [LETOURNEUR, Trad. de Clar. Harlowe, t. VI, p. 180]
Uniforme, sans variété, de tous les jours. Une conduite unie.
Vous vous moquez ! la tranquillité en amour est un calme désagréable ; un bonheur tout uni nous devient ennuyeux [MOL., Scapin, III, 1]
L'homme est né pour penser.... mais les pensées pures, qui le rendraient heureux s'il pouvait toujours les soutenir, le fatiguent et l'abattent ; c'est une vie unie à laquelle il ne peut s'accommoder [PASC., Pass. de l'amour.]
J'ai beau frapper du pied, rien ne sort qu'une vie triste et unie, tantôt à ce triste faubourg, tantôt avec les sages veuves [SÉV., 6 mai 1680]
Presque toutes ses actions, jusqu'à celles de sa vie privée et unie, ont été bien loin au delà du vraisemblable [VOLT., Charles XII, 8]
Sans trouble.
N'est-ce pas une chose étrange, que vous ne puissiez trouver de milieu entre m'offenser outrageusement, ou m'aimer plus que votre vie ?.... je suis si unie, si tranquille et si reposée, que vos bouillonnements ne vous profitent pas comme ils feraient ailleurs [SÉV., à Bussy, 4 juin 1669]
Cette amitié [entre Mme de Grignan et Lagarde] n'était point faite pour dire : " Je t'aime, je ne t'aime plus ; " cela devait être tout uni, tout solide [ID., 13 oct. 1680]
Ces personnes, nées avec un caractère tranquille et uni [MASS., Mystères, Visitation.]
10° Ordinaire, qui n'a rien de remarquable.
On lui a ôté [à Lauzun] le romanesque et le merveilleux de son aventure [d'Angleterre].... elle est devenue quasi tout unie [SÉV., 14 janv. 1689]
J'ai dans la tête que le nôtre [notre cardinal de Retz] fera [au conclave] quelque chose d'extraordinaire à quoi l'on ne s'attend pas... enfin il me semble que cela ne sera point tout uni [ID., 19 août 1676]
11° Adverb. Uniment, également. Il faut filer cette laine bien uni Voilà des planches qui sont rabotées bien uni.
12° À l'uni, loc. adv. De niveau (locution qui vieillit).