vain, aine

VAIN, AINE

(vin, vè-n') adj.
Proprement, vide, ce qui est le sens étymologique conservé seulement dans les locutions suivantes : vaine pâture, terres où il n'y a ni semences, ni fruits, et, par suite, où tous les habitants d'une commune peuvent conduire leurs bestiaux ; terres vaines et vagues, terres incultes qui ne rapportent rien. Temps vain, temps bas et couvert, accompagné d'une chaleur étouffante (locution vieillie). Terme de vénerie. Fumées vaines, ou, substantivement, les vaines, fumées des bêtes fauves, qui sont légères et mal pressées.
Fig. Qui est comme vide, qui n'a qu'une apparence.
Non, ce n'est pas une vaine ombre ! je le tiens, je l'embrasse, mon cher Mentor [FÉN., Tél. IV]
L'éloquence d'Iphicrate est pompeuse et vaine, celle de Timothée plus simple et plus persuasive [BARTHÉL., Anach. ch. 7]
Chez les Grecs, lorsque l'éloquence devint oiseuse, elle fut vague et vaine [MARMONTEL, Œuvres, t. IV, p. 372, dans POUGENS]
Qui est sans valeur.
être brave [bien mis] n'est pas trop vain ; car .... c'est montrer par ses cheveux qu'on a un valet de chambre, un parfumeur ; par son rabat, le fil, le passement.... [PASC., Pens. V, 12, édit. HAVET.]
Tout est vain en l'homme, si nous regardons ce qu'il donne au monde ; mais au contraire tout est important, si nous considérons ce qu'il doit à Dieu [BOSSUET, Duch. d'Orl.]
Quittez ces vains plaisirs dont l'appât vous abuse [BOILEAU, Sat. IX]
De la Grèce déjà vous vous rendez l'arbitre : Ses rois, à vous ouïr, m'ont paré d'un vain titre [RAC., Iphig. IV, 6]
Peut-être un songe vain m'a trop préoccupée [ID., Athal. II, 5]
Oh ! qu'il me paraît vain et frivole ce monde que vous quittez ! [GENLIS, Mères riv. t. III, p. 354, dans POUGENS]
Il se dit quelquefois, en ce sens, des personnes.
Il [l'homme] est si vain, qu'étant plein de mille causes essentielles d'ennui, la moindre chose, comme un billard et une balle qu'il pousse, suffisent pour le divertir [PASC., Pens. IV, 1]
Qui ne voit pas la vanité du monde, est bien vain lui-même [ID., ib. VI, 59 bis.]
Et vains, ils [les hommes illustres du paganisme] ont reçu une récompense aussi vaine que leurs désirs [BOSSUET, la Vallière.]
Terme de manége. Cheval vain, celui qui est faible par trop de chaleur ou d'ardeur, ou pour avoir pris quelques remèdes.
Qui est sans effet. De vains efforts.
Daignent les justes dieux rendre vain ce présage ! [CORN., Rodog. III, 6]
Sa vaine inimitié n'est pas ce que je crains [RAC., Phèdre, I, 1]
Sans talent, sans succès.
Imite mon exemple, et lorsqu'une cabale, Un flot de vains auteurs follement te ravale.... [BOILEAU, Ép. VII]
Qui n'a aucun fondement raisonnable, sérieux.
Ils les mettent [les vers de certains poëtes] au rang des plus vaines sornettes [RÉGNIER, Sat. IV]
Grâces aux dieux, Cinna, ma frayeur était vaine ; Aucun de tes amis ne t'a manqué de foi [CORN., Cinna, III, 4]
Le Seigneur connaît les pensées des hommes ; et il sait qu'elles sont vaines [SACI, Bible, Ps. XCIII, 11]
Toutes les vaines excuses dont vous couvrez votre impénitence vous vont être ôtées [BOSSUET, Anne de Gonz.]
L'espérance la plus vaine Flatte un malheureux amant [QUIN., Phaét. V, 3]
Combien nos jugements sont injustes et vains ! [VOLT., Tancr IV, 6]
Qui se prise au delà de son mérite.
Te mesurer à moi, qui t'a rendu si vain, Toi qu'on n'a jamais vu les armes à la main ? [CORN., Cid, II, 2]
Cette femme ambitieuse et vaine croit valoir beaucoup quand elle s'est chargée d'or, de pierreries.... [BOSSUET, la Vallière.]
Un homme vain trouve son compte à dire du bien ou du mal de soi [LA BRUY., XI]
Celui qui s'empresse pour se faire honorer, ne sait pas encore l'art d'être vain [MASS., Orais. fun. Villars.]
Les nations libres sont superbes ; les autres peuvent plus aisément être vaines [MONTESQ., Esp. XIX, 27]
Vous voyez que je vous ai deviné ; et voilà ce qui me rend si vain [VOLT., Lett. Chauvelin, 17 oct. 1762]
Nous en savons assez pour être sage et point assez pour être vains [BONNET, Paling. XIII, 8]
Son bon naturel l'empêchait d'être vaine, c'est-à-dire sotte [COMTE DE CAYLUS, Cadichon, Œuv. t. IX, p. 402]
Il est deux choses que les hommes vains ne trouvent jamais trop fortes, la flatterie pour eux-mêmes, la médisance contre les autres [MARMONTEL, Œuv. t. VI, p. 149]
Vaine gloire, orgueil, infatuation. Substantivement. Faire le vain, se livrer à la vaine gloire.
Et dans ces grands tombeaux, où leurs âmes hautaines Font encore les vaines, Ils sont mangés des vers [MALH., I, 3]
Je puis dire, sans faire le vain, que les folies de mon enfance ont été plus sérieuses que ces belles fleurs de rhétorique [BALZ., liv. I, lett. 17]
Hélas ! et croyez-vous que l'on se mette en peine De ce nombre d'amants dont vous faites la vaine ? [MOL., Mis. III, 5]
En vain, loc. adv. Inutilement.
Les princes et les peuples gémissaient en vain ; en vain Monsieur, en vain le roi même tenait Madame serrée par de si étroits embrassements ; elle leur échappait.... [BOSSUET, Duch. d'Orl.]
Avant lui [Louis XIV], la France, presque sans vaisseaux, tenait en vain aux deux mers [ID., Mar.-Thér.]
Les empereurs grecs avaient oublié que ce n'était pas en vain qu'ils portaient l'épée [MONTESQ., Esp. VI, 21]
Dieu ne fait rien en vain ; il a donné aux bêtes les mêmes organes de sentiments qu'à moi ; donc, si les bêtes n'ont point de sentiment, Dieu a fait ces organes en vain [VOLT., Mél. litt. au P. Tournemine.]
Prendre le nom de Dieu en vain, l'employer dans un serment sans nécessité.

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Tu hais les guardanz vanitez en vain [, Liber psalm. p. 36]
    Si suens coups [son coup] n'ala pas en vain [, Grégoire le Grand, p. 62]
    Ne sont que trois matieres [de poëme] à nul home entendant, De France, de Bretaigne et de Rome la grant ; Li conte de Bretaigne sont si vain et plaisant ; Cil de Rome sont sage et de sen [sens] aprenant [, Sax. I]
  • XIIIe s.
    Et quant ge vin de pasmoison, Et j'oi [j'eus] mon sens et ma roison, Je fui moult vains [faible].... [, la Rose, 1711]
    Et vint [Blondel] droit au castiel où li rois [Richard] estoit en prison, et se hieberga ciès [chez] une vaine feme [, Chr. de Rains, p. 53]
    Leofreiz amis, icest secrei Vus prie, à humme pas ne cunte ; Kar vus ne seriez creüz, U veins [sans connaissance] vus seriez tenus [, Éd. le Confesseur, v. 2561]
    En vaine gloire de ce monde [JOINV., 295]
  • XIVe s.
    Leur prieres churent en vain [BERCHEURE, f° 45, verso.]
    Laquelle Perenelle qui estoit lasse et vaine, tant pour ce qu'elle n'avoit mangié de tout le jour, comme pour ce qu'elle estoit malade [DU CANGE, vanitas.]
  • XVe s.
    Je dy en pleurant tendrement : Ce monde n'est pas chose vaine [CH. D'ORL., Ball. 61]
  • XVIe s.
    D'aller après, Françoys ne furent vains [nonchalants] [J. MAROT, V, 27]
    Sont reputées vaines pastures les terres non ensemencées et les prez non clos, les terres vacantes non labourées.... [, Nouv. coust. gén. t. II, p. 1073]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. van, va ; catal. va ; espagn. et ital. vano ; portug. vão ; du lat. vanus ; comparez le goth. vans ; anc. scand. vanr, défectueux.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    VAIN. Ajoutez :
    Terme de forestier. Semence vaine, semence qui ne germe pas.
    Il est prudent de rejeter les premières semences tombées : elles sont généralement piquées ou vaines [G. BAGNERIS, Manuel de sylvicult. p. 232, Nancy, 1873]