vaporeux, euse

VAPOREUX, EUSE

(va-po-reû, reû-z') adj.
Qui contient de la vapeur ; qui est en vapeur.
La table au loin circule, et d'apprêts savoureux Se charge ; l'encens vole en longs flots vaporeux [A. CHÉNIER, Idylles, le Mendiant.]
Particulièrement. Il se dit de l'état du ciel quand des vapeurs le voilent à demi. Ciel vaporeux. Lumière vaporeuse.
Les horizons de mer légèrement vaporeux se confondaient avec ceux du ciel [CHATEAUBRIAND, Itin. 1re part.]
Et le char vaporeux de la reine des ombres Monte, et blanchit déjà les bords de l'horizon [LAMART., Médit. I]
Sous un demi-jour vaporeux, dans une atmosphère imprégnée de parfums énervants, je sentais ma force s'en aller [REYBAUD, Jér. Patur. II, 16]
Terme de peinture. Il se dit de la manière d'imiter la vapeur. Manière vaporeuse de peindre.
Dans le lointain, sur les eaux, un vaisseau à la voile ; fort au delà, des montagnes vaporeuses et très éloignées [DIDER., Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 195, dans POUGENS]
Il y a aussi derrière la tête du berger un nuage pesant et brun qu'on aurait pu faire plus vaporeux [ID., ib. t. XIII, p. 76]
Fig. Un tissu vaporeux, tissu très léger. Une toilette vaporeuse, toilette composée de tissus et d'ornements fort légers, faisant comme un nuage.
Fig. Nébuleux, incertain. Un style vaporeux.
Qui est sujet aux vapeurs.
Mlle de Kermonin est une personne fort prudente. - Et fort vaporeuse, de par tous les diables [DANCOURT, Foire de St-Germain, sc. 20]
Un peu semblable à cet Anglais vaporeux qui croyait être de verre, elle évitait comme autant d'écueils tout ce qui l'aurait exposée au choc des passions humaines [MARMONTEL, Mém. VI]
Si je lui avais parlé des chagrins sans nombre qui peuvent tourmenter une âme active et sensible, il m'aurait considérée comme une personne vaporeuse [STAËL, Corinne, XIV, 2]
On voit souvent des femmes vaporeuses qui, dans leur état habituel, peuvent à peine se tenir debout, exécuter, dans leurs accès convulsifs, des efforts qui seraient au-dessus des forces de plusieurs hommes réunis [CABANIS, Instit. Mém. sc. mor. et pol. t. I, p. 183]
Substantivement.
Je vous avertis, ma chère enfant, de la part de Mme de la Fayette et de toute la nombreuse troupe des vaporeux, que les vapeurs d'épuisement sont les plus dangereuses et les plus difficiles à guérir [SÉV., 538]
Là viennent se confondre La belle vaporeuse et le triste hypocondre [DELILLE, Homme des ch. III]
J'ai vu des vaporeux qui se trouvaient si légers qu'ils craignaient d'être emportés par le moindre vent [CABANIS, Instit. Mém. sc. mor. et pol. t. I, p. 160]
On dit de même : maladie vaporeuse.
Ces affections mélancoliques et vaporeuses de notre académicien avaient une cause secrète, mais qu'il n'avouait qu'à l'oreille d'un petit nombre d'amis ou d'amies [D'ALEMB., Élog. Testu.]
Qui cause des vapeurs (sens peu usité aujourd'hui). La casse est vaporeuse.

HISTORIQUE

  • XIVe s.
    Plaies ne deseichent point en air moiste et vapoureux [LANFRANC, f° 5]
  • XVIe s.
    Une exhalation de tout le corps vaporeuse et benigne [PARÉ, Introd. 6]
    Viandes flatueuses et vaporeuses, comme pois, feves [ID., ib. 17]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. vaporos ; espagn. et ital. vaporoso ; du lat. vaporosus, de vapor, vapeur.