amoureux, euse

AMOUREUX, EUSE

(a-mou-reû, reu-z' ; l'x se lie ; amoureux et jeune, dites : a-mou-reû-z' et jeu-ne) adj.
Qui aime par amour. Il est amoureux de cette femme. Éperdument amoureux.
Il se maria à vingt-trois ans, et, quoique amoureux, il fit un bon mariage [FONTEN., Malézieux.]
Fatime, Bajazet en est-il amoureux ? [RAC., Baj. IV, 5]
A force de parler d'amour, on devient amoureux [PASC., Amour.]
Ah ! dites bien qu'amoureux et sensible, D'un luth joyeux il attendrit les sons [BÉRANG., Bonne Vieille.]
Enclin à l'amour.
On dit qu'il y a des nations plus amoureuses les unes que les autres [PASC., Amour.]
Proverbialement. Il est amoureux des onze mille vierges ; il serait amoureux d'une chienne coiffée, se dit d'un homme qui s'amourache de toutes les femmes qu'il voit.
Qui est passionné pour quelque chose.
J'estimais fort l'éloquence, et j'étais amoureux de la poésie [DESC., Méth. I, 9]
Combien de ces hommes follement amoureux de la valeur et de la gloire [MASS., Carême, Mort.]
La paresse, l'indolence et l'oisiveté, vices si naturels aux enfants, disparaissent dans leurs jeux, où ils sont vifs, appliqués, exacts, amoureux des règles et de la symétrie [LA BRUY., 11]
Il rend de vos vertus les peuples amoureux [CORN., Sertor. III, 2]
Et le peuple amoureux de tout ce qui me nuit.... [ID., Héracl. I, 1]
Tous ces pompeux amas d'expressions frivoles Sont d'un déclamateur amoureux de paroles [BOILEAU, Art p. III]
Lorsque le prince est plus amoureux de ses fantaisies que de ses volontés [MONTESQ., Esp. VIII, 6]
Pour les âmes généreuses, Du vrai bonheur amoureuses, La mort même a ses douceurs [J. B. ROUSS., Odes, IV, 9]
Substantivement.
Tout ce que peuvent faire ces misérables amoureux des grandeurs humaines, c'est de goûter tellement la vie qu'ils ne songent point à la mort [BOSSUET, Or. fun. Gornay.]
En parlant des choses, qui tient de l'amour. Transports amoureux. Langage amoureux. Œil amoureux. Une flamme amoureuse.
Un respect amoureux me jette à ses genoux [CORN., Cid, V, 8]
Que je voie un peu vos dents, je vous prie. Ah ! qu'elles sont amoureuses ! [MOL., Festin, II, 2]
Chanson amoureuse [MOL., Princ. d'Él. II, 2e interm.]
Ah ! prince, que je devrai de grâces à ce stratagème amoureux ! [ID., ib. V, 1]
Il faut, il faut tirer à nous ce que d'heureux Pourrait avoir en soi ce projet amoureux [ID., l'Étour. III, 7]
Je souhaiterais qu'il y eût d'autres mondes pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses [ID., Festin, I, 2]
Allons songer à l'exécution de notre entreprise amoureuse [ID., ib. I, 4]
Et puis, qui ne sait pas que la mer amoureuse En sa bonace même est souvent dangereuse ? [MALH., V, 4]
Il poursuit seulement ses amoureux projets [RAC., Andr. V, 2]
J'aime, je l'avouerai, cet orgueil généreux Qui n'a jamais fléchi sous le joug amoureux [ID., Phèdre, II, 1]
Implacable ennemi des amoureuses lois [ID., ib. I, 1]
En termes de peinture, pinceau amoureux, pinceau dont la touche est moelleuse et douce.
Substantivement, dans le style familier, amant, amante. Un amoureux transi. C'est là son amoureuse.
Au théâtre, emploi dans la comédie. Jouer les amoureux, les amoureuses. On dit plus souvent aujourd'hui les jeunes premiers, les jeunes premières.

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Et si [je] vous aim, dame, tant finement, Que pour autre [je] ne puis estre amorous [, Couci, VII]
    Tout a croisés amourous à contendre D'aler à Dieu ou de remanoir ci [, ib. XXIV]
    Mais cil faus amourous d'esté N'aiment fors quant talent leur prent [, ib. p. 121]
  • XIIIe s.
    Il a jà bien cincq ans, au moins, En mai estoie, ce songoie El temps amoureus plain de joie [, la Rose, 48]
  • XVe s.
    Les yeux noirs et amoureux là où il lui plaisoit son regard à asseoir [FROISS., II, III, 13]
    Au fort, martir on me devra nommer, Se Dieu d'amours fait nulz amoureux saints, Car j'ai des maulx plus que ne sçay compter [CH. D'ORL., Bal. 10]
    .... le pourpris .... estoit si bien entrepris D'arbres et fleurs et de ruisseaux Qui tant sont amoureux et beaux, Qu'onques mais les pareils ne vis ; Ce me sembloit un paradis [LA FONT., 92]
    Demandant s'ils avoient bon vin, Et qu'on luy emplist du plus fin, Mais qu'il fust bon et amoureux [VILLON, Repues fr. Comment ils eurent du vin]
  • XVIe s.
    Chanter versets d'amoureuses leçons [MAROT, I, 192]
    Demande à tous ces vieils routiers Qui ont esté vrays amoureux [ID., I, 199]
    Que jamais il n'avoit mangé si amoureux et si plaisant morceau que celui.... [le cœur d'un ennemi] [MARG., Nouv. 51]
    Rendu insensé par un bruvage amoureux [MONT., II, 20]
    Les amoureux se disent toutes choses des yeulx [ID., II, 158]
    Les amoureux reverent plus leurs amours, encore qu'ils soyent absens, qu'ilz ne font les autres presents [AMYOT, Pélop. 34]
    Tes boccages soient tousjours pleins D'amoureuses brigades De satyres et de sylvains [RONS., 415]
    Et bien aymé je suis bien amoureux [ID., 755]
    Celui qui n'ayme est malheureux, Et malheureux est l'amoureux [ID., 510]
    Les amoureuses du jourd'huy En se vendant ayment celuy Qui le plus d'argent leur apporte [ID., 510]

ÉTYMOLOGIE

  • Amour ; bourguig. aimourou ; provenç. amoros ; espag. et ital. amoroso.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

  • AMOUREUX. Ajoutez :
  • Dans un style mystique, celui qui est épris de l'amour de Dieu.
    L'amour de Dieu, quand il est dans une âme, change tout en soi-même ; il ne souffre ni douleur, ni crainte, ni espérance que celle qu'il donne ; François de Paule, ô l'ardent amoureux ! il est blessé, il est transporté ; on ne peut le tirer de sa chère cellule, parce qu'il y embrasse son Dieu en paix et en solitude [BOSSUET, 2e panég. de saint François de Paul]
    Terme d'imprimerie. Papier amoureux, papier qui boit l'encre.
    Les chiffons de coton fournissent un papier spongieux, qui boit aisément l'encre d'imprimerie, qui est amoureux, comme disent les ouvriers ; les chiffons de toile donnent un papier moins amoureux, mais beaucoup plus résistant [, le Temps, 24 août 1876]

REMARQUE

  • Balzac emploie amoureux au sens d'amical, affectueux :
    Que ne doivent point faire [sur moi] vos lettres si honnêtes et si amoureuses ! [BALZAC, Lett. à Conrart, 25 av. 1647, liv. XVI, dernière lettre]