biais

biais

n.m. [ du gr. epikarsios, oblique ]
1. Moyen détourné, habile de résoudre une difficulté, d'atteindre un but : Il a trouvé un biais pour échapper aux corvées ruse, subterfuge
2. Diagonale d'un tissu par rapport à sa chaîne et à sa trame : Vêtement taillé dans le biais.
De biais ou en biais,
obliquement, de travers : Tu marches de biais. Mettre son bureau en biais pour recevoir la lumière en diagonale
Par le biais de,
par le moyen indirect, par l'intermédiaire de : Nous l'avons su par le biais de la secrétaire.
Regarder de biais,
regarder obliquement, sans se faire remarquer.

BIAIS

(bi-ê ou biê ; Molière fait ce mot tantôt monosyllabe, tantôt dissyllabe ; l's se lie : un biais adroit, dites : un bi-ê-z adroit) s. m.
Obliquité, ligne ou sens oblique. Ce mur présente un biais. Cette allée a un biais. Fig.
Le mauvais goût est une fausseté de jugement, un biais naturel dans les idées [CHATEAUB., Génie, III, IV, 5]
Sans cet art, mon âme se pliant avec peine à des biais chimériques, l'illusion ne serait que momentanée [DIDER., Éloge de Richardson.]
Différentes faces d'une chose, côtés d'un caractère.
Pour s'accoutumer à regarder de ce biais toutes les choses [DESC., Méth. 3]
Vous me défendez mieux que je ne saurais faire Et du biais qu'il faut vous prenez cette affaire [MOL., Sgan. 21]
Voyons, voyons un peu par quel biais, de quel air.... [ID., Mis. IV, 3]
Vous avez pris le bon biais pour toucher son cœur [ID., Bourg. III]
Je vois de quel biais on se doit prendre à faire.... [DESC., Méth.]
Il n'y a point d'esprit faux dont on n'eût tiré des talents utiles, en le prenant d'un certain biais [J. J. ROUSS., Hél. V, 3]
Moyens détournés qu'on emploie pour réussir.
Nous n'aurions pas besoin maintenant de rêver à chercher les biais que nous devons trouver [MOL., l'Étour. I, 2]
J'ai donc cherché longtemps un biais de vous donner La beauté que les ans ne peuvent moissonner [ID., F. sav. III, 6]
Et comme pour résoudre avec votre maîtresse Des biais qu'on doit prendre à terminer vos vœux [ID., l'Étour. IV, 1]
Mais encore une fois, madame, je ne sais point le biais de faire entrer ici des vérités si hautes [ID., Ép. dédic. de la Crit. de l'Éc. des f.]
On a cent biais pour le rendre public [BOURD., Avent. Sur l'évang. 417]
Ils sont morts avant qu'on ait bien concerté le biais qu'il faut prendre pour les avertir qu'ils doivent mourir [FLÉCH., Serm. I, 174]
Je ne sais quel biais ils ont imaginé [RAC., Plaid. I, 7]
En biais, de biais, loc. adv. Obliquement, de travers. Tailler en biais, de biais.
Les parties des eaux aigres s'y coulent de biais [DESC., L'homme.]
Fig.
Accoutumés que nous sommes à ne voir aller les hommes que de biais et par détours.... [MASC., Or. fun. de Tur.]
Biais passé, surface réglée gauche employée pour la construction des voûtes en biais.
Adj. Qui est de biais. Un pont biais.

HISTORIQUE

  • XIVe s.
    Une figure quarrée et le dyametre qui la traverse de biais [diagonale] sont de celle condicion que par nulle mesure tant soit petite par quoy l'en peut une de ces deux choses mesurer, l'en ne pourroit l'autre mesurer precisement [ORESME, Eth. 66]
  • XVIe s.
    Ce grand monde, c'est le mirouer où il nous fault regarder pour nous cognoistre de bon biais [MONT., I, 171]
    À ce biais s'accommode la voix divine : ne soyez pas plus sage qu'il ne fault [ID., I, 224]
    Chasque chose a plusieurs biais et plusieurs lustres [aspects] [ID., I, 272]
    De biais ou de droict fil [ID., II, 353]
    Une interpretation destournée, contraincte et biaise [ID., IV, 239]
    Le dit cabinet sera tortu, bossu, ayant plusieurs bosses et concavitez biaises [PALISSY, 62]
    Les bandes doivent estre coupées de droit fil et non de biaiz [PARÉ, XII, 1]

ÉTYMOLOGIE

  • Wallon. biaiz ; provenç. biais ; anc. catal. biais ; catal. mod. biax, biaix ; sarde, biasciu ; ital. s-biescio ; napolit. s-biaso ; piém. s-bias ; angl. bias, obliquité, pente. Diez le tire de bifax, qui est dans Isidore avec cette signification : duos habens obtutus, c'est-à-dire ayant un double regard, louche, comme l'espagnol bis-ojo, qui a deux yeux, louche. De là au sens d'oblique on voit sans peine le passage. La suppression de l'f ne fait pas obstacle : car on en a des exemples dans le provençal refusar et reusar, le français refuser et reüser, et encore dans le provençal preon de profundus. Bifax n'est pas isolé dans la basse latinité ; on y trouve befax, bifacius, bifacies. Ce mot est un adjectif ; et biais l'est aussi, comme on le voit dans l'historique et dans la phrase provençale : via biayssa, voie biaise. Bifax, bifacius viennent de bis, deux (voy. BIS), et facies, face (voy. FACE).

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    BIAIS.
    Ajoutez : Appareil et construction des ponts biais, par Graeff, Paris, 1867.
    S. m. La ligne la plus longue d'un fichu formé par l'étoffe pliée le droit fil de la chaîne sur le droit fil de la trame.
  • Biais de robe, petites bandes coupées dans le sens de cette plus longue ligne pour faire des ornements aux jupes et aux corsages.
    Costumes garnis de biais, de volants et de plissés de toute dimension [, Journ. offic. 9 mars 1872, p. 1695, 2e col.]

biais

BIAIS, AISE. adj. Qui a une direction oblique. Il ne s'emploie plus guère qu'en termes de Construction. Pont biais, Voûte biaise, Pont, voûte obliques par rapport à ce qu'ils traversent. Porte biaise, Porte oblique par rapport au mur où elle est percée.

biais

BIAIS. n. m. Obliquité, ligne oblique, sens oblique. On a fait cette palissade pour cacher le biais du mur. Cette maison est de biais. Ce parterre est tout de biais. Couper une étoffe de biais, en biais. Vous ne coupez pas cela droit, vous allez de biais. Prendre de biais.

Couper une étoffe du bon biais, du mauvais biais, La couper du bon sens, du mauvais sens, suivant l'usage auquel on la destine.

Fig. et fam., Prendre quelqu'un de biais, Le gagner avec habileté. Prendre une affaire de biais, Employer des moyens détournés pour la faire réussir.

Il se dit figurément et familièrement des Différentes faces d'une affaire ou des divers moyens qu'on peut employer pour réussir en quelque chose. Il y a plusieurs biais dans toutes les affaires. Le tout est de prendre le bon biais. Prendre une affaire du bon biais, du mauvais biais, de tous les biais, du vrai biais. Prendre un biais. Trouver un biais. Un biais ingénieux. User de biais et de ménagements. J'irai au fait avec lui, sans prendre aucun biais.

biais


BIAIS, s. m. [Biè, monosyllabe long., ê ouvert. En vers, il est de deux syllabes: "Des biais qu'on doit prendre. Mol.] 1°. Ligne oblique. "Il y a du biais dans ce bâtiment; cette maison, ce parterre est de biais, tout de biais. = 2°. Moyens dont on peut se servir pour réussir en quelque chôse. Prendre une afaire de bon biais, de mauvais biais, de tous les biais. — Prendre un homme de biais, le gagner avec habileté. "Il ne faut pas ataquer les hommes de front; il faut les prendre de biais..
   L'homme étrange! on ne sait de quel biais s'y prendre,
   Pour lui tirer l'aveu de ses méfaits.
       Poinsinet de Sivry.

Synonymes et Contraires

biais

nom masculin biais
Moyen détourné.
Traductions

biais

לוכסן (ז), אֲלַכְסוֹן, לוֹכְסָןomweg, schuintemodAusweg, Dreh, Schiefe, Schräge, Umweg, Verzerrungangle, bias, device, detour, slants-biescio, sbieco, sghimbescio (bjɛ)
nom masculin
1. de travers, de manière indirecte regarder qqn de biais
2. moyen détourné trouver un biais
par l'intermédiaire de trouver un appartement par le biais d'un ami

biais

[bjɛ] nm
(= oblique) en biais, de biais → at an angle (fig)indirectly
(= moyen) → means
par le biais de (= au moyen de) → by means of (= par l'intermédiaire de) → through
(= aspect) → angle
[tissu] → bias
(= bande de tissu) → bias binding