courant, ante

COURANT, ANTE

(kou-ran, rant-t') adj.
Qui court. Adverbialement. Tout courant, en grande hâte.
Elle envoie tout courant savoir de Mme du Châtelet, si S. M. [le roi de Prusse] passera [VOLT., Roi de Prusse, 14]
Tout courant, sans hésiter, sans peine. Il lit tout courant. L'Académie met un trait d'union à tout-courant ; ce qui est singulier et ne peut être suivi. Terme de vénerie. Chien courant, chien qui court le lièvre, le cerf, etc.
J'appelais une chienne courante [SÉV., 232]
Un comte de Nassau Hautveiller amena de fort bons chiens courants pour le lièvre [SAINT-SIMON, 49, 73]
Qui coule continûment. Eau courante. Ruisseau courant.
Le climat est sans pluie ; on n'entend aux montagnes Bruire en ces lieux aucuns torrents ; En ces lieux nuls ruisseaux courants N'augmentent le tribut dont s'arrosent les plaines [LA FONTAINE, Quinquina, II]
Nous allons sans cesse au tombeau, ainsi que des eaux qui se perdent sans retour ; en effet nous ressemblons tous à des eaux courantes.... [BOSSUET, Duch. d'Orléans.]
C'est un acte très méritoire aux Indes, de prier Dieu dans l'eau courante [MONTESQ., Esp. XXIV, 26]
Par extension, écriture courante, voy. COURANTE 3. Terme de marine. Pièces courantes, pièces qui glissent ou arrivent facilement et librement. Cape courante, cape dans laquelle il reste assez de voiles pour qu'on puisse gouverner. Manœuvres courantes, les cordages qui servent constamment à la manœuvre.
Qui est en cours. Le mois courant. Le terme courant. L'intérêt courant.
Et créer une rente Dès le décès du mort courante [LA FONT., Fabl. II, 20]
Qui a cours. Acheter au prix courant.
C'était [300 florins d'or] tout au plus 200 livres de la monnaie de France courante de nos jours [VOLT., Mœurs, 81]
Les lettres phéniciennes étaient le caractère courant de leur nation [les Cutéens] [ID., Phil. II, 255]
Terme de banque. Compte courant, voy. COMPTE. Main courante, voy. BROUILLARD.
En parlant des mesures, aune courante, toise courante, mètre courant, mesure prise avec l'aune, la toise, le mètre, et considérée par rapport à sa longueur, sans avoir égard à la largeur.
Terme de botanique. Feuille courante, feuille qui embrasse sa tige et s'allonge sur elle.
Terme d'imprimerie. Titre courant, titre qui se répète au haut de chaque page.
10° Ordinaire, habituel. Il est chargé des affaires courantes.
Pour les élections et autres affaires courantes et momentanées [J. J. ROUSS., Polit. 9]
L'avis courant que leurs complaisants ont soin de leur dicter, est toujours le leur, parce qu'ils n'en ont point à eux [D'ALEMB., Essai sur la soc. des gens de lettres, Œuvres, t. III, p. 39, dans POUGENS.]
Par analogie.
Je n'aurai que les chagrins courants de la vie [SÉV., 341]
11° S. m. Courant, le cours, la direction d'une eau vive.
Un agneau se désaltérait Dans le courant d'une onde pure [LA FONT., Fabl. I, 10]
Un torrent n'a jamais causé plus de ravage Que lorsqu'à son courant on ferme le passage [VOLT., Triumv. IV, 2]
Terme de marine. Direction particulière du mouvement des eaux, qui se portent, comme fait un fleuve, vers un point fixe. Il y a sur cette côte des courants très dangereux.
Si la terre était entièrement inondée par les eaux de l'Océan, ces eaux pourraient, aussi bien que l'air, former sous l'équateur un courant perpétuel, et ce courant serait vers l'est ou vers l'ouest, selon que la profondeur de la mer serait plus ou moins grande [D'ALEMB., Causes gén. des vents, Œuvres, t. XIV, p. 28, dans POUGENS.]
Des courants rapides s'opposent à l'arrivée des navigateurs [RAYNAL, Hist. phil. XIII, 9]
Fig.
Laissez-vous amuser, suivez le courant des plaisirs qu'on peut avoir en province [SÉV., 44]
Bien loin d'être emporté par le courant rapide Des flots impétueux de ses bouillants désirs [CORN., Imitation, I, 3]
Pour ne jamais sortir de l'état où vous êtes, vous n'avez qu'à suivre vos penchants, vous prêter à vous-même, vous laisser entraîner mollement au courant [MASS., Car. Fausse confiance.]
Les grands courants de l'opinion, les idées qui, à certains moments et dans certains pays, deviennent générales et entraînent tout. Rien ne résista à ce courant général de l'opinion en France.
12° Courant d'air, vent. Fermez cette porte pour éviter les courants d'air. L'atmosphère est agitée par des courants qui sont les vents.
13° Courant atmosphérique, dit, par analogie avec les courants de la mer, des vents qui suivent une direction déterminée. Le ballon rencontra les courants supérieurs.
14° Terme de physique. Courant électrique, progression en sens opposé des électricités de noms contraires, à travers un conducteur qui, par ses deux extrémités, est en contact avec une source d'électricité.
15° La période de temps qui court. Dans le courant de la semaine, de l'année.
Harlay crut que cette grande affaire [du pas] lui coûterait à peine le courant d'un hiver à emporter [SAINT-SIMON, 16, 193]
Le courant, le mois qui court. Le cinq du courant. On dit elliptiquement, en termes de bourse et en ce sens : fin courant, c'est-à-dire fin du mois courant.
16° En matière de rente, d'intérêt, le terme qui court. Il me doit les arrérages et le courant.
17° Terme de théâtre. Mettre une pièce au courant du répertoire, la mettre parmi les pièces qu'on joue habituellement.
18° La manière ordinaire de se comporter.
Suivez le courant de la maison pour la pauvreté [BOSSUET, Lettr. Corn. 151]
Le courant du monde, la manière ordinaire du monde. Il se laisse aller au courant du monde. Le courant du marché, le prix actuel des denrées.
19° Le courant des affaires, les affaires ordinaires qui se succèdent les unes aux autres, par opposition aux affaires extraordinaires.
Les portefeuilles qui ne renferment que le courant [BOSSUET, Lettr. abb. 226]
Il était trop distrait par le courant des affaires, trop souvent entraîné par les événements pour.... [CONDORCET, Maurepas.]
Un courant d'affaires, une masse d'affaires à traiter. Être au courant des affaires, connaître bien celles qui se font régulièrement tous les jours. Mettre, tenir quelqu'un au courant d'une affaire, lui en donner connaissance exacte. Être au courant, n'avoir plus d'arriéré, soit comme travail, soit comme dettes. Se mettre au courant, se débarrasser de l'arriéré.
20° Terme de marine. Partie d'une manœuvre qui passe dans les poulies.
21° Terme de charpentier. Courant de comble, comble considéré dans sa longueur.

REMARQUE

  • On dit et on écrit souvent, surtout dans le langage du commerce, le 8, le 10 courant, au lieu de le 8, le 10 du courant. Il est certain que cette forte ellipse a l'inconvénient de présenter courant comme se rapportant au 8, au 10, etc. ; mais du reste elle n'est pas plus forte que cette autre qui est très ordinaire : le 8, le 10 avril, au lieu de le 8, le 10 d'avril. Anciennement, jamais cette dernière ellipse ne se faisait. On ne la trouvera pas une seule fois dans la correspondance de Voltaire ; mais il semble que l'usage lui a donné droit de bourgeoisie ; il semble aussi qu'elle entraîne l'ellipse congénère : le 8, le 10 courant. Mme de Sévigné dit avec le nombre ordinal et sans de : le 4e avril.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Li val profond et les ewes [eaux] curant [, Ch. de Rol. CXXXVI]
  • XIIe s.
    Sor Velantif son bon cheval corant [, Ronc. p. 37]
    Corant i vint Margaric de Sebie [, ib. p. 42]
    [L'eau] Qui tant par est ravinouse et corans [, ib. p. 109]
  • XIIIe s.
    Il prenoient les nes [navires] toutes ardans à cros de fer, et les tiroient par vive force fors du port, et les menoient el corant del bras [VILLEH., XCVI]
  • XIVe s.
    Li peres et la mere si le heoient tant, Que souvent en leurs cuers aloient desirant Que fust mors ou noiez en une eaue corant [, Guesclin. 59]
  • XVIe s.
    Un nœud courant [MONT., III, 152]
    Ceulx qui minent soubs terre, rencontrent souventefois es entrailles de la terre des rivieres courantes [AMYOT, P. Aem. 23]
    Elle avoit attaché un las courant à son col, toute preste à se pendre et estrangler [ID., Pyrrh. 62]
    Il lisoit tout courant les rabins sans points et les expliquoit sans lire le texte [D'AUB., Vie, XI]
    En maniere de laqs courant [PARÉ, XVIII, 33]
    Elle commettra à la principale de ses servantes la charge des meubles courans par la maison, servans comme en quartier [O. DE SERRES, 880]
    (Courante, s. f. dans le sens de courant, s. m.)
    À la faveur de la mer qui estoit calme, sans vent ne fureur de courante, nos galleres.... [M. DU BELL., 597]
    Et même dans RÉGNIER : Au gouffre du plaisir la courante m'emporte, Sat. VII.

ÉTYMOLOGIE

  • Courir.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

  • COURANT. - SYN. LE COURANT DE LA JOURNÉE, DE LA SEMAINE, DE L'ANNÉE. LE COURS DE LA JOURNÉE, DE LA SEMAINE, DE L'ANNÉE. Il n'est pas tout à fait indifférent de dire, en cet emploi, le courant ou le cours. D'abord cours est d'un style plus relevé que courant. Puis on dira : il est survenu de grands événements dans le cours de cette année, et non dans le courant. Le courant se rapporte plus à l'espace de temps considéré comme s'écoulant ; et le cours à l'espace de temps considéré comme un tout.