criminel, elle

CRIMINEL, ELLE

(kri-mi-nèl, nè-l') adj.
Qui est coupable d'un crime ou de toute grave infraction à la morale. Un homme criminel.
On n'est point criminel quand on punit un crime [CORN., Cinna, III, 1]
Celui qui, sans autorité, tue un criminel, se rend criminel lui-même [PASC., Prov. 14]
Je le crois criminel puisque vous l'accusez [RAC., Phèd. V, 7]
Pour bien comprendre toute la confusion dont sera couverte l'âme criminelle, lorsqu'elle sera montrée à toutes les créatures et que tous ses vices les plus secrets seront exposés au grand jour [MASS., Avent, Jug. univ.]
Fig. Qui appartient à une personne criminelle, qui lui sert à commettre, à concevoir le crime. Des regards criminels.
Grâces au ciel ! mes mains ne sont pas criminelles, Plût aux dieux que mon cœur fût innocent comme elles ! [RAC., Phèd. I, 3]
En parlant des choses. Attachements criminels. Une passion criminelle. Une vie criminelle, une vie passée dans le crime.
Vanité de choisir pour souverains bonheurs Des plaisirs criminels les damnables mollesses [CORN., Imitation, I, 1]
Un amour criminel causa toute sa haine [RAC., Phèd. IV, 1]
Il n'y aura plus d'adoucissement qui ne vous devienne criminel [MASS., Car. Fausse confiance.]
Je mouille devant lui de larmes criminelles Ces lieux où tu m'as dit qu'il choisit son séjour [VOLT., Zaïre, IV, 1]
Zaïre n'a point vu ce billet criminel [ID., ib. IV, 7]
Terme de droit. Qui a rapport au jugement des crimes. Tribunal, juge criminel.
Ce même prince ordonna qu'on n'exécutât personne à mort, avant que le procès criminel lui eût été envoyé et même présenté trois fois [VOLT., Louis XIV, 39]
L'ordonnance criminelle ne devait-elle pas être aussi favorable à l'innocent que terrible au coupable ? [ID., Louis XV, 42]
La procédure criminelle des Romains [ID., ib. 42]
Qui a rapport au crime, par opposition à délit. Une affaire criminelle.
S. m. et f. Celui, celle qui a commis un crime. Un criminel. Une criminelle.
Quiconque sans l'ouïr condamne un criminel.... [CORN., Médée, II, 2]
Parce qu'il a plu à sa providence [de Dieu] de conserver les sociétés des hommes et de punir les méchants qui les troublent, il a établi lui-même des lois pour ôter la vie aux criminels [PASCAL, Prov. 14]
Et n'allez point, pour fuir la raison qui nous presse, Donner le nom d'amour au trouble inanimé Qu'au cœur d'un criminel la peur seule a formé [BOILEAU, Ép. XI]
Il y a des criminels que le magistrat punit, il y en a d'autres qu'il corrige [MONTESQ., Espr. XXVI, 24]
Chez les Germains, à la différence de tous les autres peuples, la justice se rendait pour protéger le criminel contre celui qu'il avait offensé [ID., ib. XXX, 20]
Les criminels tremblants sont traînés au supplice [VOLT., Orphel. V, 5]
Les malfaiteurs ont été condamnés aux mines, aux travaux publics ; leurs châtiments sont devenus utiles à l'État : institution non moins sage qu'humaine ; partout ailleurs on ne sait que tuer un criminel avec appareil, sans jamais avoir empêché les crimes [ID., Russie, I, 8]
Criminel d'État, celui qui a commis un crime d'État.
Et depuis qu'on les traite en criminels d'État [CORN., Poly. I, 3]
D'un criminel d'État l'importante cassette [MOL., Tart. V, 6]
De quoi l'accuse-t-il ? et par quel attentat Devient-elle en un jour criminelle d'État [RAC., Brit. I, 2]
S. m.Terme de droit. Juridiction criminelle. Procéder au criminel.
C'est à moi que vous aurez affaire, messieurs ; si tout le monde me ressemblait vous n'auriez pas si beau jeu ; je vous attaque tous au criminel [PICARD, Duhautcours, IV, 9]
Fig. Au criminel, en mauvaise part.
Juvénal était un fâcheux qui prenait toutes choses au criminel [BALZ., le Barbon.]
Ces exemples leur devraient apprendre à ne prendre pas au criminel d'autres expressions aussi fortes [BOSSUET, Var. 13]
Aller d'abord au criminel, juger malignement de quelque chose sur de légères apparences. Ancien terme de jurisprudence. Le grand criminel, se disait des procès qu'on jugeait à la tournelle criminelle et sur lesquels il pouvait intervenir condamnation à peine afflictive. Le petit criminel se disait de ceux où il ne s'agissait que de réparations ou d'amendes. Aujourd'hui le grand criminel se dit des affaires de crimes du ressort de la cour d'assises ; petit criminel, des affaires de délits du ressort du tribunal correctionnel.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Venger [tu] te peus de la gent criminel [, Ch. de Rol. CLXXV]
  • XIIIe s.
    Il n'avoit fet enviers le roi nul fait criminel [, Chr. de Rains, 233]
    De mainte guise a gent el monde, Que li un sont de pechié monde, Et moult i en a d'entechiez De toz les criminiés pechiez [, Ren. 15648]
    Que nos ne façons hui pechié criminal [, Psautier, f° 191]
  • XIVe s.
    La punicion des crimineulx [BERCHEURE, f° 59, recto.]
  • XVe s.
    Que si aucuns faisoit le contraire de ce que dessus est dit,... de celle offense que par la connoissance des officiers du seigneur et des lois à qui il appartiendra, le fait soit criminel [FROISS., II, II, 241]
    Crimineux de leze-majesté [COMM., III, 6]
    Le connestable estoit declairé ennemy et crimineulx vers tous les deux princes [ID., III, 11]
    Quant ils furent à cheval, l'estour [combat] commença moult criminel [violent] et plus fort que par advant [, Perceforest, t. III, f° 47]
    Disans les uns aux autres que jamais n'avoient veu si criminelle [violente] bataille [, ib. f° 105]
  • XVIe s.
    Executer les criminels au lieu où le crime est commis [MONT., I, 71]
    Ce noble criminel [Socrates] [ID., IV, 217]
    Combien ay je veu de condamnations plus crimineuses que le crime ! [ID., IV, 241]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. et espagn. criminal ; ital. criminale ; de criminalis, du latin crimen (voy. CRIME). Au XVe siècle, criminel avait pris le sens de violent, sanglant.