déport

DÉPORT

(dé-por ; le t ne se lie pas ; au pluriel, l's ne se lie pas) s. m.
Terme de procédure. Action de se récuser soi-même. Le déport d'un juge, d'un expert.
Terme féodal. Droit qu'avait un seigneur de jouir du revenu d'un fief, la première année après la mort du possesseur. Terme d'église. Droit que certains évêques avaient de prendre le revenu des èglises paroissiales qui vaquaient par mort, à cause qu'ils avaient soin d'y faire célébrer l'office divin.
Imposer des taxes sur les bénéfices sous le nom de successions, déports, incompatibilités [VOLT., Louis XIV, 35]
Terme de procédure. Délai, retardement ; il ne s'emploie que dans la locution adverbiale : sans déport, c'est-à-dire incontinent, surle-champ.
Terme de bourse. Différence du loyer des titres sur l'intérêt de l'argent quand elle est à l'avantage des titres, l'acheteur à découvert voulant continuer son opération et se trouvant dans la néce sité d'emprunter des titres. La quantité de titres de chaque nature est limitée ; ainsi il y a un nombre limité de rentes, un nombre limité d'actions ou d'obligations de chaque chemin de fer, etc. : supposons que l'on ait vendu à terme et à une même époque une certaine somme de rentes sans avoir les titres en main, ce qui s'appelle, en termes de bourse, vendre à découvert ; comme on ne doit livrer ces titres qu'à l'expiration du marché à terme, on conçoit parfaitement qu'une personne, dans l'espérance de voir les cours baisser avant l'expiration du marché, ait vendu à découvert, c'est-à-dire sans posséder de titres, se promettant de racheter avant l'arrivée de la liquidation ; mais si, loin de baisser, les cours se soutiennent, ou montent même, il est certain qu'à l'expiration du marché il faudra, ou que le vendeur perde une différence en rachetant ce qu'il a vendu à découvert, ou bien qu'il continue son opération, comptant réussir à ne pas perdre ou même à gagner s'il a du temps devant lui. Dans ce dernier cas il devra chercher des prêteurs de titres, leur offrant un avantage qui sera d'autant plus fort que le nombre des personnes dans le même cas sera plus grand, que le nombre des prêteurs sera restreint, et surtout que ces prêteurs auront intérêt à faire monter les cours, et pour cela à contraindre les vendeurs à découvert à s'exécuter, c'est-à-dire à racheter.
C'est le prix du service rendu, en ce cas, par le prêteur de titres que l'on appelle déport [COURTOIS, Des opérations de bourse.]
Nom donné, dans certains départements, à une portion de terrain imposable, enclose ou non, attenant soit à une maison d'exploitation rurale, soit à une simple maison rurale, et servant de lieu de décharge ou de lieu de dépôt.
Cette maison de ferme contient un are soixante centiares, sous-sol et déport [LEGOARANT, ]

HISTORIQUE

  • XIIIe s.
    Je desparti de lui [d'elle] outre mon gré ; C'estoit la riens dont je plus me douloie ; Or a la mort le deport confermé [ANONYME, dans Couci.]
    Et quant vint au jour, si contremanda un jour de deport [délai] [, Chron. de Rains, 240]
    Et s'ele a trop grosses espaules, Por plaire as dances et as baules, De delié drap robe port, Si perra de mains lait deport [, la Rose, 13546]
    Ge ne di pas que bien n'en port, Et par solas et par deport, Ung joelet, se ses amis Le li a donné ou tramis [, ib. 4596]
    Et il avenoit que, quant li segneur commandoient au sergant qu'il meïst sor aucun quatre gardes, il n'i en metoit que deus, par deport ou por bonté qu'il en avoit [BEAUMANOIR, LIV, 11]
    Deux jovenciaux mena au port, Où mener soloit son deport [amusement] [RUTEB., II, 110]
  • XVe s.
    Sitost que j'encontrerai un homme, et je vous fais un tel signe, si le tuez sans deport [délai], comme grand ni comme haut qu'il soit, sans attendre autre parole [FROISS., I, I, 65]
    Car, par son bon commandement, Lieutenant vous veult ordonner De son cueur, en joyeulx deport [CH. D'ORL., Bal. 68]
  • XVIe s.
    Pour toute aultre chose, on les empale, ou descapite sans deport [MONT., IV, 200]
    Le pape ne peut lever aucune chose sur le revenu du temporel des benefices, sous pretexte d'emprunt, impost, vacant, despouille, succession, deport, incompatibilité [P. PITHOU, 14]

ÉTYMOLOGIE

  • Voy. DÉPORTER ; Berry, déport, retard ; provenç. deport, amusement ; espagn. deporte ; ital. diporto. Outre le sens de délai, déport, dans l'ancienne langue, a le sens de manière d'être du corps et celui d'amusement.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    DÉPORT. Ajoutez :
    Action de se démettre d'une fonction occupée ; expression usitée particulièrement en ce qui concerne les arbitres.

déport

DÉPORT. n. m. T. de Bourse. Prix que l'on paie pour emprunter des titres dont on a besoin dans une opération de vente à découvert.

deport

Deport, Les deports des benefices, ou Vacans et annates, Caduca, Caducaria sacerdotiorum commoda, Iura caducaria, Caducariae obuentiones Archidiaconorum, Caducaria iura Pontificum. B.

Benefices tombez en deport, Sacerdotia, quae in causam caduci cesserunt. B.

¶ Deport, id est, Delay, Mourir sans aucun deport.

¶ Deport, és Romans souvent signifie autant comme Esbat. Celuy jour passerent en joye et deport tant que vint le lendemain. Guy de Waruich. Ils revenoient de la chasse où ils avoient en moult gratieux deport et deduit. Guy de Waruich. A grand deport passerent celle nuit. Guy de Waruich.

Traductions