doux, douce

DOUX, DOUCE

(do-, dou-s' ; l'x se lie : dou-z et poli) adj.
Dont la saveur est agréable, qui n'a rien de rude. Amande, orange douce. Pomme douce.
Contre la maxime de médecine, que toutes les choses douces se tournent en bile [VOIT., Lett. 57]
Sauce douce, sauce faite avec du sucre et du vinaigre. Mets trop doux, mets trop sucré. Vin doux, jus de raisin qui n'a pas encore fermenté, et qui est doux au goût. Qui manque d'assaisonnement. Une sauce trop douce. Qui n'est pas salé. Eau douce, celle des lacs et des rivières, par opposition à celle de la mer. Familièrement. Marin d'eau douce, se dit par raillerie d'un homme qui n'a navigué que sur les rivières ou qui a peu navigué. Un médecin d'eau douce, s'est dit pour mauvais médecin et qui ne sait que prescrire de l'eau claire.
Par extension, qui fait sur les sens une impression agréable. Une chose douce au toucher. Un poil doux comme la soie. Une douce odeur. Doux parfum. Doux accents. Doux murmure. Un doux zéphyr. Air doux. Temps doux. Un doux sommeil.
Une contrée fertile, douce, aimable, riante.... [MASS., Car. Salut.]
Ainsi, dans les dangers qui nous suivent en croupe, Le doux parler ne nuit de rien [LA FONT., Fabl. III, 12]
Oh ! que j'aime bien mieux cet auteur plein d'adresse Qui, sans faire d'abord de si haute promesse, Me dit d'un ton aisé, doux, simple, harmonieux.... [BOILEAU, Art p. III]
Chantez le saule et sa douce verdure [DUCIS, Othello, V, 2]
Il a des vêtements plus doux, un asile mieux défendu contre l'injure des saisons [RAYNAL, Hist. phil. XVII, 4]
Il fait doux [c'est-à-dire la température de l'air est douce, tiède] [SÉV., 605]
Une douce influence, une influence lente et salutaire. Un doux sommeil, un sommeil tranquille.
Qui n'a rien de difficile, de fatigant. Un escalier doux. Pente douce. Voiture douce, voiture qui, bien suspendue, ne secoue pas ceux qui sont dedans. Pluie douce, pluie menue, qui n'est pas froide, avec un temps calme. Lime douce, lime dont les aspérités sont fines et peu saillantes. Vue douce, vue où il y a d'agréables repos, tels que des prés, de petits bois, etc. Terme de peinture. L'effet d'un tableau est doux, quand il présente une juste gradation des clairs aux ombres, des couleurs brillantes aux couleurs graves. Doux en ce sens s'oppose à dur. Purgation douce, purgatif doux, purgation, purgatif qui agit sans tranchées. Chaleur douce, chaleur modérée. Feu doux, feu qui, dans les opérations de cuisson, n'est pas poussé vivement. Il se dit de certains métaux purs et peu cassants. Cuivre doux. Le fer doux, par opposition au fer aigre qui est cassant. Terme de gravure. Se dit d'un métal que le burin coupe aisément et nettement. Gravure en taille-douce, ou, simplement, taille-douce, gravure qui se fait avec le burin ou l'eau-forte sur des planches de cuivre, l'art de faire cette gravure. Taille-douce, voy. TAILLE.
Terme de grammaire. Les consonnes douces sont b, g et d, par opposition aux consonnes fortes qui sont p, k, t. Terme de grammaire grecque. Esprit doux, signe en forme de virgule, qui se met sur les voyelles initiales qui ne doivent pas être aspirées.
Fig. Qui fait sur l'esprit ou le cœur une impression comparée à celle que font le miel et le sucre sur le goût. Il est doux de vivre en liberté.
Vous dire, sans que tant de personnes l'entendent, ce que je sens pour vous, combien votre absence m'est insupportable et votre mémoire m'est douce [VOIT., Lett. 42]
Agréable colère ! Digne ressentiment à ma douleur bien doux ! [CORN., Cid, I, 9]
L'exemple est la plus douce et la plus forte loi [ID., Imit. II, 3]
[Les religieux] Parlent peu, dorment peu, se lèvent du matin, Prolongent l'oraison, prolongent la lecture, Et sous ces dures lois font une douce fin [ID., ib. I, 25]
[devoirs] .... que vous êtes doux à mon cœur amoureux [ID., Poly. II, 4]
Les plus doux de mes vœux enfin sont exaucés [ID., Rodog. IV, 2]
Et ces grands cœurs, enflés du bruit de leurs combats, Souverains dans l'armée et parmi leurs soldats, Font du commandement une douce habitude [ID., Nicom. II, 1]
Porte, porte ce cœur à de plus douces chaînes [ID., ib. V, 1]
Tout ce qui naît de doux en l'amoureux empire [LA FONT., Adonis.]
Cet espoir est bien doux à des cœurs offensés [MOL., Don Juan, III, 5]
C'est ainsi qu'une femme en doux amusements Sait du temps qui s'envole employer les moments [BOILEAU, Sat. X]
Vous trouverez ailleurs des entretiens plus doux [RAC., Théb. V, 3]
Un bonheur si commun n'a pour moi rien de doux [ID., ib. V, 4]
Et tout ingrat qu'il est, il me sera plus doux De mourir avec lui, que de vivre avec vous [ID., Andr. IV, 3]
J'y consens ; porte-lui cette douce nouvelle [ID., Brit. II, 2]
Ce port majestueux, cette douce présence.... [ID., Bérén. I, 5]
C'est une vengeance douce à celui qui aime beaucoup de faire, par tout son procédé, d'une personne ingrate une très ingrate [LA BRUY., IV]
S'il est doux et naturel de faire du mal à ce que l'on hait, l'est-il moins de faire du bien à ce que l'on aime ? [ID., ib.]
Ô doux espoir à mon cœur éperdu [VOLT., Alz. II, 3]
Doux bocage, adieu ; je succombe ; Tu m'avertis de mon destin ; De ma mort la feuille qui tombe Est le présage trop certain [MILLEVOYE, la Chute des feuilles.]
Soleil si doux au déclin de l'automne, Arbres jaunis, je viens vous voir encor [BÉRANG., Ad. à la camp.]
Le 23, le quartier impérial était à Borowsk ; cette nuit fut douce pour l'empereur [qui se crut maître de la route de sa retraite hors de Moscou] [SÉGUR, Hist. de Nap. IX, 21]
Ils [les clairons] parlaient un langage Connu de mon oreille et doux à mon courage [DELAV., Paria, I, 1]
Faire les doux yeux, ou les yeux doux, chercher à plaire.
Ne fais point les doux yeux ; je veux être fâché [MOL., le Dép. IV, 4]
A Colin toujours alerte, Ne faites pas les yeux doux [BÉRANG., Mère aveugle.]
Faire les doux yeux à une femme, chercher à gagner ses bonnes grâces. Billet doux, billet d'amour, de galanterie. Les doux propos, paroles de galanterie, d'amour. Familièrement. Entre doux et hagard, c'est-à-dire moitié rude et moitié doux ; et aussi ni bien ni mal, ou encore avec un mécontentement masqué sous une apparence de douceur. Comment l'a-t-il reçu ? entre doux et hagard.
Qui n'a rien de pénible, de rigoureux, de cruel. Une morale douce. Une douce raillerie. Le service est fort doux dans cette maison.
Le supplice est trop doux, Et sans les voir d'un œil trop sévère ou trop doux [CORN., Cid, I, 1]
....Soit que l'issue en soit douce ou funeste [ID., Pomp. III, 1]
Je n'ai donc pas besoin d'un visage plus doux [ID., Nicom. I, 2]
Que Rome a des conseils plus justes et plus doux [ID., ib. V, 5]
La remontrance est douce, obligeante, civile [ID., Tois. d'or, I, 1]
Durant tout ce temps et dans les tourments inouïs de sa dernière maladie oses maux s'augmentèrent jusqu'aux derniers excès, elle n'a eu à se repentir que d'avoir une seule fois souhaité une mort plus douce [BOSSUET, Anne de Gonz.]
Enfin, tout ce qu'amour a de nœuds plus puissants, Doux reproches, transports sans cesse renaissants [RAC., Bérén. II, 2]
Seigneur, de mes malheurs ce sont là les plus doux [ID., Mithr. I, 2]
Il ne faut jamais hasarder la plaisanterie, même la plus douce et la plus permise, qu'avec des gens polis ou qui ont de l'esprit [LA BRUY., V]
Dans la Lithuanie plus anciennement réunie, où une administration douce, des faveurs habilement distribuées et une plus longue habitude avaient fait oublier l'indépendance [SÉGUR, Hist. de Napol. VIII, 1]
Qui a de la bénignité, de l'indulgence, de l'humanité. Un homme doux. Des mœurs douces.
.... En ce grand bruit le sort nous est si doux Que nous n'avons encor rien à craindre pour vous [CORN., Héracl. II, 2]
Qu'il [le ciel] vous soit aussi doux que vous m'êtes barbare [ROTR., Antig. V, 9]
Madame fut douce envers la mort, comme elle l'était envers tout le monde [BOSSUET, Duch. d'Orl.]
Le secours De quelque dieu plus doux qui veille sur ses jours [RAC., Iphig. I, 3]
Dieux plus doux, vous n'avez demandé que ma vie [ID., ib. V, 1]
Hé ! qui jamais du ciel eut des regards plus doux ? [ID., Esth. II, 1]
Les dieux me seraient-ils plus doux ? [VOLT., Œdipe, I, 1]
Héros terrible et doux à tous tes ennemis [ID., Triumv. III, 7]
Vous qu'un astre plus doux semblait avoir formée [ID., Adélaïde, I, 2]
Rendez-vous, je vous prie, un peu plus doux à vivre [BOISSY, Sage étourdi, II, 5]
Doux comme un agneau, se dit d'une personne qui est pleine de bonté, de docilité.
Avec Destin seul il était doux comme un agneau [SCARRON, Rom. com. I, 5]
On dit dans le même sens doux comme une fille, et même, avec quelque liberté dans le langage, doux comme une pucelle.
Votre petit Allemand paraît extrêmement adroit au bon abbé ; il est beau comme un ange, et doux et honnête comme une pucelle [SÉV., Lett. 7 oct. 1676]
Philosophe comme Spinosa, doux comme une fille [VOLT., Lett. d'Argental, 22 déc. 1771]
En parlant des animaux, qui n'est pas méchant. Un cheval doux. Ce chien est doux.
Ni loups ni renards n'épiaient La douce et l'innocente proie [LA FONT., Fabl. VII, 1]
Doux-amer s'est dit de ce qui a à la fois quelque chose de doux et quelque chose d'amer.
Une satire, où d'un œil doux-amer, Tout le monde s'y voit [RÉGNIER, Sat., XI]
10° Doux, adv. Doucement.
Vos paroles .... Résonnent doux à nos oreilles [ID., Mac.]
On va mieux quand on va doux [LA FONT., Cord.]
Familièrement. Filer doux, demeurer dans la soumission ; ne rien répliquer à une injonction, à une réprimande.
Monsieur, n'est-il pas temps ? Et moi de filer doux [RÉGNIER, Sat. X]
Il fut contraint de filer doux [SCARR., Rom. com. II, 8]
Ce moi qui le seul moi veut être, Ce moi qui m'a fait filer doux [MOL., Amph. II, 1]
En vain tu files doux [ID., ib. II, 3]
Il a avalé cela doux comme lait, se dit de celui qui ne s'est point ressenti d'un affront qu'on lui a fait ; et aussi d'une personne acceptant avec satisfaction les louanges qui lui sont données ; et, finalement, d'un homme simple à qui l'on fait croire ce qu'on veut.
11° Tout doux, loc. interj. familière, dont on se sert pour retenir quelqu'un qui s'emporte, qui s'oublie.
Tout doux : et, s'il est vrai que ce soit chose faite, Voulez-vous l'approuver, cette chaîne secrète ? [MOL., le Dép. III, 8]
Mon Dieu ! tout doux ; vous allez d'abord aux invectives ; est-ce que nous ne pouvons pas raisonner ensemble sans nous emporter ? [ID., Mal. imag. I, 5]
J'ai vu, dit-il, un chou plus grand qu'une maison ; Et moi, dit l'autre, un pot aussi grand qu'une église. Le premier se moquant, l'autre reprit : Tout doux ; On le fit pour cuire vos choux [LA FONT., Fabl. IX, 1]
12° S. m. Ce qui est doux.
Passer du grave au doux, du plaisant au sévère [BOILEAU, Art p. I]
C'était la force et la sévérité qui sortait du doux et du clément [MASS., Or. fun. Dauph.]
Il [le rossignol] saute du grave à l'aigu, du doux au fort [CHATEAUB., Génie, I, V, 5]
Familièrement. Faire le doux, la douce, affecter une fausse douceur. A la douce, cri des rues de Paris annonçant des cerises douces à vendre. Populairement. A la douce, tout doucement, ni bien ni mal. Comment vous portez-vous ? - A la douce.

PROVERBES

  • Les douces paroles n'écorchent point la bouche, se dit pour reprocher à quelqu'un de ne s'être pas exprimé avec la douceur convenable.
  • Ce qui est amer à la bouche est doux au cœur, se dit pour inviter les gens à prendre une médecine désagréable ; et, figurément, se soumettre à quelque chose qui déplaît.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Li empereres Charles de France dulce [, Ch. de Rol. II]
    Terre de France, mout estes dulz païs [, ib. CXXXVIII]
    Issent de mer, viennent as ewes dulces [, ib. CLXXXVII]
  • XIIe s.
    Et vers Franzois fu doux et souploiant [, ib. p. 38]
    Beaus douz amis, de moi aiez pitié [, ib. p. 92]
    Moult m'a amors atornée Douce paine et biau labor [, Couci, I]
    Tuit mi penser sont à ma douce amie [, ib. II]
    Et se je truis [trouve] ma dame o le douz nom Pleine d'orgueil et dame sans guerdon.... [, ib.]
    Se j'en travail [souffre], je n'en sai qui blasmer, Fors ses douz ieus et son simple viaire [, ib.]
    Las ! pourquoi l'ai de mes ieuz regardée, La douce rien qui fausse amie a nom ? [, ib. VI]
    Quant li estés et la douce saisons Font feuille et flor et les prés raverdir [, ib. XII]
    La douce voiz du loussignol [rossignol] sauvage [, ib. XI]
    Quant je recort la simple courtoisie Et les douz mots dont [elle] seut [a coutume] à moi parler [, ib. XXII]
    Le martir saint Denis, qui [cui, à qui] dulce France apent [, Th. le mart. 149]
    Ez [voici] une espie qui vint de France douce, Que envoia dans Imbers de Peronne [, Raoul de C. 229]
  • XIIIe s.
    Segnor et dames, ce est la boene feste que nos faison hui ; ce est la feste del douc saint Esperit que Diex envoia à ses aposteles [, Serm. de Maurice de Sully, dans Arch. des miss. scientifiques, t. V, p. 154]
    Cooins sont de diverses manieres : si com douc et aigre ; li douc sont froit et sec [ALEBRAND, f° 53]
    Qu'il ne menguce mie viande faite de miel ne nul douc fruit vert [ID., f° 22]
    A l'issue d'avril un temps dous et joli [, Berte, I]
    Onque si douce chose [que Berte] ne vi ne n'acointai [, ib. LVII]
    Biaus très dous fils, fait-elle, comment osas penser.... [, ib. III]
    Lasse ! mais ne verrai ma douce chere mere [, ib. XVIII]
    Li secons biens est DousParlers, Qui a fait à mains bachelers Et à maintes dames secors [, la Rose, 2683]
    Et l'autre plaignoit son douch cuer ; Jamais nus [nul] nen ert de tel fuer [qualité] [, Lai d'Ignaurès]
  • XIVe s.
    A son douch regard et al vis [visage] [J. DE CONDET, p. 107]
  • XVe s.
    Douce parole fraint grant ire [FROISS., Poésies mss. p. 374, dans LACURNE]
    Le comte, qui est à toutes dames et damoiselles doux et amoureux, en ot pitié [ID., H, III, 14]
    Chez cest avocat d'eau douce [, Patelin]
    Le porter doulz [supporter patiemment] [, Perceforest, t. IV, f° 65]
  • XVIe s.
    Les fleuves doux, et les undes sallées [MAROT, II, 58]
    Une pente doulce et insensible [MONT., I, 82]
    Des routes gazonnées et doux fleurantes [ID., I, 176]
    Un naturel doulx et traictable [ID., I, 195]
    Vie doulce et aysée [ID., I, 219]
    Je fais plus volontiers les doulx yeulx au ciel pour le remercier que pour le requerir [ID., IV, 67]
    Elle cuida lui avoir fait avaler sa colere aussi douce que sucre [DESPER., Contes, CXXVII]
    Le barbare estant homme cault et malicieux, parlant tout doulx, le reconfortoit [AMYOT, Crass. 42]
    Il avoit naturellement le visage fort doulx et fort beau [ID., Eumènes, 21]
    Grattant tout doulx le sanglier herissé [ID., Comment refrén. la colère, 37]
    Le second soir, la mer estant plus douce, l'escarmouche fut plus chaude et de plus près [D'AUB., Hist. II, 86]
    Douce est la mort qui vient subite et breve [RONS., 6]
    En grandeur douce fiere [, Poesies de LOYS LE CARON, f° 22, dans LACURNE]
    Doulx grave [doucement grave] [COTGRAVE, ]
    Doux inhumain [doucement inhumain] [NICOT, Dict.]
    Dardant au ciel sa douce amere peine [JACQUES TAHUREAU, Poésies, f° 179, dans LACURNE]
    La doux bruyante harpe [BAÏF, Œuvres, f° 32, dans LACURNE]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. dolz, dos, dous ; catal. dols ; espagn. dulce ; portug. doce ; ital. dolce ; du latin dulcis, doux.