enfoncé, ée

ENFONCÉ, ÉE

(an-fon-sé, sée) part. passé.
Poussé au fond. Des pieux enfoncés dans le sol de la rivière. Par extension. Enfoncé sous les couvertures du lit.
Et dans le lit l'une et l'autre enfoncée Ne laissa pas de l'entendre fort bien [LA FONT., Herm.]
Tout le reste du jour, enfoncé dans la forêt, j'y cherchais, j'y trouvais l'image des premiers temps, dont je traçais fièrement l'histoire [J. J. ROUSS., Confes. VIII]
Fig.
Dans un profond sommeil la paresse enfoncée D'aiguillons enflammés s'y trouvera pressée [CORN., Imit. I, 24]
Je suis actuellement enfoncé ou plutôt abîmé dans la ténébreuse matière de la formation des monstres [BONNET, Lett. div. Œuvres, t. XII, p. 316, dans POUGENS]
Enfoncé dans les calculs des spéculations commerciales [MARMONTEL, Mém. X]
Il [Napoléon] raisonnait comme certains cœurs enfoncés dans l'habitude du vice, sentant qu'il en faut sortir, le désirant sincèrement, mais remettant de jour en jour, si bien que la vie finit pour eux avant qu'ils aient trouvé le temps de s'amender [THIERS, Hist. du Cons. et de l'Emp. XLIII]
Populairement. Être enfoncé dans les affaires jusqu'aux sangles, y être engagé fort avant.
Qui a pénétré profondément. L'épée enfoncée jusqu'à la garde. Un clou enfoncé dans la muraille.
Dans le sein d'Araspe un poignard enfoncé [CORN., Nicom. V, 8]
Tandis que dans son sein votre bras enfoncé Cherche un reste de sang que l'âge avait glacé [RAC., Andr. IV, 5]
Profond. Une alcôve enfoncée. Avoir les yeux enfoncés dans la tête, avoir les yeux creux. Il a la tête enfoncée entre les deux épaules, c'est-à-dire il a le cou très court.
Représentez-vous un petit homme haut de trois pieds et demi, extraordinairement gros, avec une tête enfoncée entre les deux épaules ; voilà mon oncle [LESAGE, Gil Blas, I, 1]
Terme de botanique. Se dit des feuilles dont les intervalles des nervures sont creux ; des sutures des valves, lorsqu'elles sont placées au fond d'un sillon plus ou moins profond.
Fig. Qui est plongé en quelque chose comme dans un fond, dans un abîme. Enfoncé dans ses réflexions, dans ses livres, dans ses études. Être enfoncé dans une certaine société, y être entièrement livré, en avoir les idées, les préjugés.
Il est fort enfoncé dans la cour, c'est tout dit ; La cour, comme l'on sait, ne tient pas pour l'esprit [MOL., Femm. sav. IV, 3]
Avoir l'esprit enfoncé dans la matière, être épais, stupide.
Mon Dieu ! ma chère, que ton père a la forme enfoncée dans la matière ! que son intelligence est épaisse et qu'il fait sombre dans son âme ! [MOL., Préc. 6]
Un homme enfoncé, un homme qui cache ses pensées, ses sentiments.
Il n'était pas de ces hommes enfoncés et impénétrables, sur le cœur de qui un voile fatal est toujours tiré [MASS., Or. fun. Villars.]
Rompu. Une porte enfoncée. Par extension. Le carré enfoncé par la cavalerie.
Les Parthes au combat par les nôtres forcés, Tantôt presque vainqueurs, tantôt presque enfoncés [CORN., Rodog. I, 6]
Et des rangs enfoncés écrasant les débris [DELILLE, Énéide, X]
Néologisme et populairement. Renversé, battu, mis en déroute. Enfoncé le prétendant ! La partie est perdue, nous voilà enfoncés.

REMARQUE

  • Bossuet et Fénelon ont employé enfoncé dans le sens de foncé :
    On sent à la longue qu'un noir trop enfoncé fait beaucoup de mal [à la vue] [BOSSUET, Conn. III, 3]
    La ville se perd entre un bocage fort sombre et un petit bouquet d'autres arbres d'un vert brun et enfoncé [FÉN., t. XIX, p. 339]
    Ce sens n'est plus en usage.